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Critique de film
Le film

La Maîtresse de papa

(By the Light of the Silvery Moon)

Partenariat

L'histoire

Deux ans ont passé depuis On Moonlight Bay qui se terminait sur le départ de Bill (Gordon MacRae) sur le front lors de l’entrée en guerre des USA dans la Première Guerre mondiale, sa petite amie Marjorie (Doris Day) promettant de l’attendre avec le mariage en point de mire. En cette année 1919, Bill revient dans sa petite ville d’Indiana ; il annonce à Marjorie qu’il souhaite repousser les noces à une date ultérieure, une fois qu’il aura acquis une situation stable capable de les rendre autonomes. Ce qui n’est pas du goût ni de Marjorie ni de ses beaux-parents (Leon Ames et Rosemary DeCamp) qui se faisaient une joie de marier leur ainée. Un qui ne se soucie aucunement de ces noces est le cadet, Wesley (Billy Gray), qui continue à commettre bêtise sur bêtise, la plus grosse allant être le vol d'une dinde chez le patron de son père afin que la sienne ne passe pas au four pour Thanksgiving. Tout cela n’ayant pas de graves incidences, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où, suite à un quiproquo, on soupçonne le père de famille d’avoir une liaison avec une actrice française, Miss LaRue (Maria Palmer). Branle-bas de combat chez les Winfield !

Analyse et critique

A la fin de l’année 1952, Doris Day est devenue pour la première fois l’actrice la mieux payée de Hollywood. By the Light of the Silvery Moon est le premier film qui sort sur les écrans depuis que l'actrice et chanteuse a atteint une telle notoriété ; ce sera évidemment un franc succès, mais il faudra attendre Calamity Jane (La Blonde du Far West) quelques semaines après pour assoir définitivement l’amour que portent les spectateurs américains à la comédienne à la voix suave et au charme irrésistible. Cette suite de On Moonlight Bay (Le Bal du printemps) - pour laquelle tous les comédiens du film précédent ont répondu présents - sera le quatrième des cinq films de la collaboration entre le réalisateur David Butler et Doris Day ainsi que le dernier - sur cinq également - du couple constitué par la nouvelle "petite fiancée" de l’Amérique et Gordon MacRae. Ce diptyque est l’adaptation des histoires de Penrod par le célèbre écrivain Booth Tarkington (La Splendeur des Amberson, Alice Adams...), qui sont des récits semi-autobiographiques et gentiment satiriques inspirés par la jeunesse du romancier en Indiana. Ici, le duo de scénaristes composé par Robert O'Brien et Irving Elinson remplace celui plus rodé qui avait écrit le précédent, Jack Rose et Melville Shavelson.

On Moonlight Bay - réalisé par Roy Del Ruth - ayant remarquablement bien marché auprès du public, les producteurs ne prennent aucun risque : plutôt que de partir vers d’autres horizons et thématiques, ils préfèrent quasiment décalquer cette première tranche d’Americana familiale et bon enfant qui se déroulait dans une Amérique idéalisée et grandement fantaisiste, au sein de laquelle il faisait bon vivre malgré les modestes tracasseries quotidiennes. On prend donc les mêmes et on recommence : l'intrigue se passe à nouveau en début de siècle au sein d'un quartier chic typique des petites villes américaines de province. Seront pêle-mêle proposés au menu une villa cossue où les repas sont préparés par une servante acariâtre mais au grand cœur, un couple de parents aimants mais aux idées un peu "vieux jeu" du point de vue de leur progéniture, un jeune garçon malicieux voire parfois infernal (la servante dit de lui : « Wesley is their second child. If he had been the first, there never would have been a second ! »), une jeune fille qui de garçon manqué (elle n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis pour réparer les voitures) va se transformer en une jolie jeune fille une fois son amoureux rentré du front, des sorties au bal, des maisons richement décorées à l’approche des fêtes de Noël... A nouveau le parfait attirail du film familial nostalgique avec son Technicolor rutilant, ses décors et ses costumes qui flashent, ses bons sentiments, ses touches gentiment humoristiques et ses séquences romantiques surannées.

Si dans On Moonlight Bay on trouvait cinq ou six standards musicaux du début du siècle, la partie dévolue à la musique ne devant guère dépasser le quart d’heure, By the Light of the Silvery Moon est plus fourni en la matière. Seulement, on a l’impression que ce passage d'une comédie familiale à une comédie musicale est surtout dû au fait que les scénaristes, n’ayant plus d’idées et pas grand-chose à raconter par rapport à leurs prédécesseurs, ont décidé de boucher les trous et combler leur manque d'inspiration par des chansons et des numéros musicaux malheureusement pour la plupart peu mémorables voire même assez gênants tels King Chantacleer. On retiendra néanmoins la chanson titre interprétée par le couple Day/MacRae et surtout Your Eyes Have Told Me So toujours par le même duo, ou encore la très amusante Be My Little Baby Bumble Bee au cours de laquelle nos deux tourtereaux se moquent gentiment du prétendant malheureux interprété par le savoureux Russell Arms. Doris Day nous comblera enfin avec la très émouvante I'll Forget You qui ne vaut cependant pas les plus belles mélodies mélancoliques susurrées par l'artiste en bien d’autres occasions. Quant à la séquence rêvée de Wesley se prenant pour un grand détective, elle est un peu décevante, les auteurs ne profitant pas vraiment de l’opportunité pour créer quelque chose de bien plus fantaisiste. Et pourtant l’ouverture du film laissait présager beaucoup mieux : les scénaristes faisaient présenter les membres de la famille par l’inénarrable Mary Wickes qui s’adresse directement aux spectateurs en leur faisant se remémorer l'intrigue du film précédent.

Il n’est encore une fois pas interdit de tomber sous le charme "carte-postale" de cette comédie certes un peu datée et fortement désuète, plus mécanique et moins bien rythmée que On Moonlight Bay, mais pas désagréable pour autant - tout du moins durant sa première moitié - d’autant que le Technicolor est toujours aussi rutilant. Dommage que la seconde partie (l’histoire d’adultère d’où est tiré le titre français) se révèle bien plus laborieuse, limite ennuyeuse, le film se terminant heureusement avec sa meilleure séquence, celle de la patinoire en nocturne. Étonnement, que ce soit Doris Day ou David Butler, ils semblent avoir été un peu en retrait sur ce film, bien moins convaincants que lors de leurs précédents films respectifs. Étaient-ils alors tout à leur projet suivant, Calamity Jane, dans lequel l’actrice allait littéralement exploser grâce à une vivacité extraordinaire qui lui fait un peu défaut ici ?

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 29 décembre 2016