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Critique de film
Le film

La Colline des hommes perdus

(The Hill)

Partenariat

L'histoire

Durant la Seconde Guerre mondiale, cinq hommes, parmi lesquels se trouve Joe Roberts (Sean Connery), viennent d'être internés dans un camp militaire disciplinaire anglais situé en Libye. Ils font la connaissance d'un sergent sadique (Harry Andrews) et d'une colline que les détenus, à la moindre incartade, doivent escalader encore et encore sous l'accablant soleil du désert...

Analyse et critique

Ray Rigby, l'auteur de The Hill, a véritablement connu les camps de détention d'Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale et Sidney Lumet, chargé de mettre en scène l'adaptation cinématographique de son récit, met toute son énergie à retranscrire au mieux cette expérience traumatisante et douloureuse vécue par l'écrivain. Le projet lui vient de Sean Connery qui voit dans ce film l'occasion d'échapper à la franchise James Bond, l'acteur écossais ayant déjà revêtu par trois fois la panoplie de l'agent 007 et craignant déjà d'être prisonnier de ce rôle. Mais au-delà de la volonté de s'émanciper de ce personnage (Connery fera encore appel à Lumet afin de briser une fois pour toute son image d'agent secret avec The Offence), il y a dans The Hill un discours humaniste et progressiste qui résonne chez l'acteur et que l'on retrouvera dans The Molly Maguires (écrit par Walter Bernstein, l'auteur de Fail Safe le précédent film de Lumet), ces deux films faisant d'ailleurs partie des œuvres dont Sean Connery est le plus fier.

The Hill dénonce toute forme de discipline reposant sur la peur et l'humiliation, la violence du pamphlet dépassant le seul cadre de l'armée. Rigby et Lumet montrent les rouages d'un système où les petits chefs peuvent donner libre cours à leurs penchants sadiques car ils sont protégés par leurs galons, les hommes les moins gradés fermant les yeux devant des ordres injustes par crainte des représailles. Tout fonctionne ici sur la peur : c'est elle qui pousse les prisonniers à se soumettre, c'est elle qui amène les gardiens à abdiquer leurs préceptes moraux. Tout au long de sa carrière, Lumet reviendra sur ce thème de l'injustice - et de son corollaire, la désobéissance - qui trouve déjà ici sa magistrale expression.

Le cinéaste nous place au plus près de ces cinq personnages qui, écrasés par un système inique, voient leur personnalité être niée, dégradée puis détruite. Lumet livre un film sans compromis qui nous fait ressentir toute la violence de l'institution et le désespoir de ces hommes qui ont été mis au ban de la société. Sean Connery, Harry Andrews (qui deviendront deux habitués du cinéma de Lumet) ou encore Ian Bannen (que le cinéaste retrouvera pour The Offence) sont d'une incroyable justesse ; mais c'est l'ensemble de l'interprétation qu'il faut saluer - une constante chez le cinéaste - tant elle compte pour beaucoup dans les sentiments de vérité et d'urgence qui imprègnent le film. Une vérité qui vient aussi des conditions de tournage et de l'imposant décor construit pour l'occasion en Espagne, dans la région d'Alméria.

Cinq cent ouvriers sont employés pour fabriquer de toute pièce la colline de dix mètres de haut qui écrase le camp de sa présence inquiétante. Lumet tourne pendant cinq semaines, sous une température de 45 degrés : les acteurs sont exténués, surtout ceux qui incarnent les prisonniers et qui doivent réellement grimper la colline sous cette chaleur écrasante. Tout cela fait que le film est d'une rare intensité, celle-ci étant bien entendu encore renforcée par les choix de mise en scène de Lumet. Le cinéaste filme au départ en 28 mm puis change de focale progressivement, passant au 21, puis au 18mm afin de s'approcher au plus près des visages et de capter la peur ou la colère des hommes perdus. Ce choix d'objectifs lui permet aussi de déformer les perspectives, ce qui renforce encore la douleur des victimes et la folie sadique des tortionnaires. Une occasion de rappeler que Sidney Lumet est un immense metteur en scène qui sait trouver d'instinct les réponses techniques appropriées aux enjeux de ses films. C'est cependant le scénario qui retient l'attention du Jury du Festival de Cannes, prix qui aide ce film radical à trouver son public en Europe, ce qui n'est pas le cas aux États-Unis où il reçoit un accueil glacial. Il est depuis devenu un petit classique et l'une des œuvres les plus réputées du cinéaste.

Dans les salles


Film réédité par Swashbuckler Films

Date de sortie : 11 juillet 2012

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La fiche IMDb du film
Par Olivier Bitoun - le 1 avril 2011