Menu
Critique de film
Le film

La Chasse aux visages pâles

(Apache Territory)

Partenariat

L'histoire

L’aventurier Logan Cates (Rory Calhoun) traverse le territoire Apache pour rejoindre Yuma. Témoin de la probable attaque de trois cavaliers par une bande d’Indiens, il tire des coups en l’air afin d’avertir les trois hommes du danger. Reste un seul survivant, Lonnie (Tom Pittman), qu’il emmène avec lui, ainsi qu’une jeune fille trouvée dans un fourré où elle s'était cachée après que le reste de sa famille a été massacrée. Toujours poursuivi par les Apaches, le trio nouvellement constitué se réfugie derrière une anfractuosité rocheuse où se trouve un point d’eau. Puis les rejoint un couple, dont la femme était une ancienne maitresse de Logan, ainsi qu’une troupe de soldats rescapés d'une patrouille décimée. Ils sont bientôt tous assiégés, sur le point de n’avoir plus de nourriture ni d’eau...

Analyse et critique

La Chasse aux visages pâles - titre belge, le film n’ayant jamais été projeté en France - fait partie de cette catégorie de westerns que l'on pourrait qualifier de survivals dont une grande partie - très souvent la deuxième moitié - se déroule en vase clos alors qu’un groupe se retrouve confiné dans une église, un chalet, un relais de diligence ou encore comme ici une anfractuosité rocheuse en plein milieu du désert. Ces hommes et femmes ainsi réunis doivent souvent lutter contre un ennemi qui fait le blocus à l'extérieur et parfois même, dans le même temps, gérer les conflits et les tensions qui les gangrènent de l'intérieur. Parmi les réussites issues de ce type de scénario "lost patrol" au cours duquel le suspense doit être grandissant au fur et à mesure de l'avancée de l'intrigue, on trouvait déjà L'Attaque de la malle-poste (Rawhide) de Henry Hathaway, Le Relais de l'or maudit (Hangman's Knot) de Roy Huggins, Les Bannis de la Sierra (The Outcasts of Poker Flat) de Joseph Newman, sans oublier Quand les tambours s'arrêteront (Apache Drums) de Hugo Fregonese. Mais il s'avère qu’en règle générale, il n'est pas du tout évident de capter l'attention du spectateur tout au long de ces huis clos westerniens ; il doit impérativement y avoir un scénario et des dialogues bétonnés sous peine de voir rapidement pointer l'ennui. De grands noms comme André de Toth, Gordon Douglas ou Robert Wise n'y ont malheureusement pas échappé, mais leurs semi-ratages sont sans commune mesure avec ce que Ray Nazarro nous donne à voir pour son dernier long métrage pour le cinéma.

Ce réalisateur fut probablement, avec Lesley Selander et quelques autres artisans hollywoodiens, l’un des plus prolifiques cinéastes à œuvrer dans le genre durant les années 40 et 50, capable de réaliser jusqu’à treize films dans la même année ! Né à Boston, il débuta sa carrière au cinéma à l’époque du muet, dirigeant alors de nombreux courts métrages. A partir de 1945, il travailla exclusivement pour la Columbia à qui il fournit de la matière pour ses premières parties de séance, presque exclusivement des westerns de séries B ou Z. A l’occasion de la découverte du très plaisant Top Gun, l’un de ses derniers films, réalisé en 1955, j’écrivais que seule une infime partie de l’iceberg cinématographique du réalisateur nous était encore aujourd'hui connue, mais qu’au vu de la réussite que constituait ce titre, sa filmographie mériterait d’être creusée un peu plus. Car si probablement une majeure partie de sa production devait être constituée d’œuvres plus ou moins médiocres, il existait sans doute autant de probabilités pour que quelques films sympathiques s’en dégagent. Ce fut effectivement le cas avec La Folie de l’or (Cripple Creek) alors que dans le même temps certains autres titres furent de véritables calvaires, comme par exemple La loi du colt (Al Jennings of Oklahoma).

C’était néanmoins sans commune mesure avec ce très mauvais Apache Territory, qui reprend tous les clichés et les situations décrites plus haut pour ce genre d’intrigue sans que les trois médiocres scénaristes n’arrivent à tirer quoi que ce soit de nouveau ou ne serait-ce que seulement captivant, intéressant ou tendu. Certains amateurs mettront certainement en avant l’idée du "changement de chaussures", celle des "gourdes-bombes’"ou encore "le suspense de l’iguane ou monstre de Gila", sauf que s'il s'agit effectivement de situations encore jamais vues dans le domaine du western, le résultat à l’écran n’a strictement aucun intérêt, quand il n’est pas totalement ridicule à l’image de ces pétards que représentent les grenades artisanales lancées par nos "héros" sur les Indiens. Une histoire pourtant écrite par le fameux spécialiste Louis L’Amour, mais qui se transforme sous les mains des auteurs du scénario en un long et ennuyeux huis clos en extérieurs aux personnages "ectoplasmiques".

Le manque de moyens n’est pas une excuse pour ce ratage totalement inconsistant, puisque l’on sait très bien qu’en d’autres occasions d’infimes budgets ont pu aboutir à quelques chefs-d’œuvre du cinéma. Et quel dommage de voir des comédiens aussi talentueux que John Dehner ou Leo Gordon se fourvoyer dans un tel navet ; rien n’en ressort, pas plus que de leurs partenaires dont un Rory Calhoun qui, aussi sympathique soit-il, et également coproducteur du film, prouve à nouveau qu’il n’a pas l’étoffe d’un Randolph Scott, d'un Audie Murphy ou d'une John Payne pour faire oublier la pauvreté de l’ensemble. Nous jetterons un voile pudique sur les deux comédiennes peu gâtées par l’écriture de leurs personnages, notamment Carolyn Craig d’une pénible "nunucherie". A signaler que la musique du film - grève des compositeurs oblige - est constituée de plusieurs thèmes d’autres westerns Columbia dont 3.10 pour Yuma. Sauvons quelques beaux extérieurs assez peu vus dans le genre ; pour le reste, on préfèrera se féliciter que la durée du film n’ait pas excédé 68 minutes et l’on se reportera plutôt, dans le même style, sur le très bon Dakota incident (Guet-apens chez les Sioux) réalisé par Lewis R. Foster.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 14 avril 2018