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Critique de film
Le film

Il y a de l'amour dans l'air

(My Dream Is Yours)

Partenariat

L'histoire

L’histoire d’une modeste vendeuse de disques (Doris Day) chez qui le "chasseur de têtes" d'une célèbre radio (Jack Carson) a décelé de réelles aptitudes de chanteuse, et qui va tenter de lui faire remplacer la star actuelle (Lee Bowman) de son émission qui souhaite le quitter faute d’un contrat pas assez juteux à son goût. Une histoire qui reflète quelques éléments biographiques de l’actrice.

Analyse et critique

Faisant entièrement confiance à sa toute jeune découverte à qui il prédit un avenir brillant dans le cinéma, au vu uniquement des rushes qu’il amasse lors du tournage de son film Romance on the High Seas (Romance à Rio), Michael Curtiz n’attend pas la sortie de ce dernier pour mettre immédiatement en pré-production My Dream Is Yours dans lequel il offre à Doris Day la possibilité d’agrandir sa palette de jeu. En effet, si le film précédent était une pure comédie, un vaudeville loufoque dans lequel la débutante avait à interpréter un rôle à la Betty Hutton ou Judy Holiday, My Dream Is Yours lui permet de s’essayer à des scènes poignantes et dramatiques telles que la séparation d’avec son jeune fils dans un hall d’aéroport, la découverte de la muflerie et de l’égoïsme de son amant, ou à quelques séquences sensibles et touchantes comme par exemple la déclaration de "non amour" à son soupirant le plus entiché lors d’un petit déjeuner.

C’est à partir de ce film que l’on découvre la déconcertante facilité de cette ex-chanteuse de big band à passer de la comédie au drame, n’ayant jamais à forcer la note pour arriver simultanément à nous faire rire ou pleurer. Pour l’y aider, sa voix suave fait une fois encore des miracles et, dès sa première apparition dans le désormais célèbre et swinguant Canadian Capers, elle met tout le monde d’accord : dans son registre, aidée par ses sobres déhanchements, ses mouvements de mains et son regard à la fois pétillant et attendrissant, elle est unique ! S’ensuivront les magnifiques ballades que constituent My Dream Is Yours, I’ll String Along With You ou les morceaux plus "remuants" tel le pétillant Tic, Tic, Tic ou le swinguant et jazzy Someone Like You. Le public ne s’y trompera pas et, non content de voir se confirmer le talent d’une chanteuse inimitable, tombera amoureux de cette actrice aussi naturelle, enjouée, chaleureuse et sympathique : il lui fera une véritable ovation et le succès sera au rendez-vous une deuxième fois.

My Dream Is Yours est le remake de Twenty Million Sweethearts (1934) de Ray Enright avec Dick Powell en tête d'affiche. Le film, qui raconte l’histoire d’une modeste vendeuse de disques (Doris Day) chez qui le "chasseur de têtes" d'une célèbre radio (Jack Carson) a décelé de réelles aptitudes de chanteuse, et qui va tenter de lui faire remplacer la star actuelle (Lee Bowman) de son émission qui souhaite le quitter faute d’un contrat pas assez juteux à son goût, reflète quelques éléments biographiques de l’actrice. Si son parcours professionnel avait été moins laborieux que dans le film, sa vie privée avait été sacrément mouvementée et ses problèmes de couple, assez violents (dans un accès de folie, son époux la menaça d’un pistolet alors qu’elle était enceinte...), inspireront même New York, New York de Martin Scorsese ; ce dernier avouera dans une interview donnée en 1995 pour la BBC que ce deuxième film de Michael Curtiz avec Doris Day avait été l'une des influences principales pour son film. Doris Day avait à l'époque déjà été mariée deux fois, et avait eu un fils à 17 ans dont elle s’occupait sans l’aide de personne. Dans le film, elle est veuve de guerre et doit s’occuper seule de son petit garçon qu’elle doit provisoirement "abandonner" pour tenter de trouver pour eux deux une meilleure vie ailleurs. On trouve aussi un petit côté A Star is Born dans l’ascension de cette femme, parallèlement au déclin du chanteur qu’elle aime mais dont elle doit prendre la place, ce dernier sombrant dans l’alcoolisme.

Cependant attention, My Dream Is Yours est bien plus frivole et, hormis les quelques passages émouvants déjà cités, se révèle une comédie musicale légère et sans prétentions contrairement au chef-d’œuvre de George Cukor. Autour de Doris Day gravite un casting des plus sympathiques : un Jack Carson plein de bonhomie, une Eve Arden réjouissante et bougrement attachante, un S.Z. Zakall fournissant la touche comique, un élégant Adolphe Menjou en fin de carrière et un Lee Bowman jouant parfaitement l’hypocrisie, l’arrogance, l’ingratitude et l’égoïsme. Michael Curtiz dirige parfaitement ses comédiens, signe une mise en scène sans génie mais très carrée, les décors et les costumes sont magnifiés par un formidable Technicolor, et la musique est excellente. Après, pour pleinement apprécier le spectacle, il faut ne pas être trop exigeant vis-à-vis d'une intrigue conventionnelle et bourrée de clichés, pardonner le coup de mou du scénario dans son dernier quart et pouvoir supporter Freddy Get Ready, un numéro de Fritz Freleng plutôt moyen mélangeant animation (Bugs Bunny et Titi) et personnages réels et dans lequel la transcription de la deuxième rhapsodie hongroise de Liszt devrait agacer les oreilles de certains mélomanes. Les fans de Doris Day, en revanche, apprécieront d'autant que, contrairement à son premier film, la beauté naturelle de son visage est bien mieux mise en valeur ici. Michael Curtiz la dirigera une troisième fois, aux côtés de Kirk Douglas et de Lauren Bacall, dans Young Man with a Horn l’année suivante...

La Warner avait, au bout de tant d'années de recherche, trouvé sa star maison en ce qui concerne le film musical et pouvait désormais rivaliser avec la RKO (Ginger Rogers), la MGM (Judy Garland, Jane Powell...) ou la Fox (Betty Grable, Alice Faye...). Contrairement à ce que certaines mauvaises langues avaient annoncé, le succès de l'actrice dans son premier film n'aura pas été un one-shot : a star was born.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 18 mai 2007