Menu
Critique de film
Le film

If...

Analyse et critique

Un collège anglais strict et sélect dans les années 1960 ; des élèves - tous masculins - soumis à un système de valeurs très ancien, à un enseignement autoritaire et à une discipline particulièrement rude ; un rapport de forces entre nouveaux et anciens qui tourne au sadisme ; la révolte logique qui s’ensuit ; l’explosion de violence, le sang, la mort, la fin d’un monde... 1968, une date si fatidique. Dans le monde entier (et plus particulièrement en Occident), la jeunesse remet en cause la société et ses dogmes supposés aliénants. En Angleterre, le réalisateur anticonformiste Lindsay Anderson, qui avait lancé le mouvement du Free Cinema (au sein duquel on retrouvera ses compères Tony Richardson et Karel Reisz), dresse avec If... un bilan de l’institution scolaire britannique qui confine rapidement au pamphlet libertaire. Partant d’une base réaliste et très documentée, Anderson, ancien journaliste engagé, critique de cinéma exalté (on se souviendra de son ouvrage analytique sur John Ford paru en 1981, passionnant même si l'on est en droit de contester certaines prises de position) et documentariste, oriente peu à peu son film vers une allégorie presque fantasmagorique qui s’achève sur une ultra-violence inattendue mais justement cathartique. Le spectateur, souvent volontairement décontenancé, est d’abord invité à suivre les aventures malheureuses du jeune Mick Travis et de ses camarades, victimes de la pesanteur morale et des contraintes tant physiques que psychologiques imposées par un collège filmé tour à tour comme une véritable prison et une organisation militaire, puis il est happé par la spirale de la violence induite par la révolte des collégiens passant de la simple provocation à l'opposition, puis enfin à la rébellion armée.


If... fut une œuvre satirique symbolique d’une époque marquée par de profondschangements sociaux avant d’acquérir,avec les années, un statut de film culte. Quelques éclats surréalistes - du noir et blanc sur certaines scènes, imposé suite à des problèmes de production, au final apocalyptique - griffent l'œuvre de Lindsay Anderson, qui avoua s'inspirer du fameux Zéro de conduite de Jean Vigo pour bâtir sa structure narrative. Trois ans avant Orange Mécanique (le célèbre film de Kubrick, avec lequel on sent deviner une parenté quant à la dialectique sur la violence officielle organisée opposée à la violence primitive et décomplexée), Malcolm McDowell affiche déjà son charisme, son animalité féline, sa noirceur inquiétante et son ironie franche dans le rôle de Travis, le meneur de la révolte (Travis sera à nouveau le protagoniste de deux autres films emblématiques du cinéaste, qui naviguent entre la fable et la farce : Le Meilleur des mondes possibles et Britannia Hospital). Lauréat de la Palme d'or en 1969, If... témoigne-t-il simplement d’une époque aujourd’hui révolue ou se révèle-t-il toujours d'actualité ? Notre regard a-t-il changé en fonction de la violence dans les écoles, qui est aujourd'hui bien moins issue des instances officielles que des élèves eux-mêmes et du délabrement de leur milieu socio-économique ? Chacun jugera selon sa conscience, mais cette satire mordante et sans concessions, par ses parti pris moraux et esthétiques, demeure tout à fait moderne et fascinant aujourd'hui encore.

En savoir plus

La fiche IMDb du film

Film réédité en salle par Solaris Distribution

Date de sortie : 23 novembre 2011

La Page du distributeur

Par Ronny Chester - le 1 novembre 2011