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Critique de film
Le film

Gloria

L'histoire

Jack Dawn (Buck Henry), un comptable de la mafia, fait transiter des informations au FBI. Sachant qu'il a été percé à jour par les malfrats, il confie son garçon de six ans, Phil (John Adames) à Gloria (Gena Rowlands), sa voisine de palier. Femme dure et égoïste, qui a dans le passé trafiqué avec la pègre, Gloria se prend d'affection pour l'enfant ; et lorsque ses parents, sa grand-mère et sa sœur sont assassinés, elle décide de le protéger en se cachant dans New York. La pègre les traque car Jack Dawn lui a également confié un carnet contenant des éléments incriminants qu’il leur faut absolument récupérer.

Analyse et critique

Gloria est, chose rare chez John Cassavetes, une œuvre de commande. Le scénario, d’une grande banalité, ne semble guère intéresser le cinéaste. Les dialogues sont réduits à leur portion congrue, la musique de Bill Conti pompière et le style même de Cassavetes tend à se fondre dans le moule du "revenge movie". Il se fond, mais pas totalement, et bien que Gloria soit l’un de ses films les moins personnels, on peut néanmoins assez facilement le relier à ses autres réalisations. On retrouve ainsi l'art de Cassavetes pour créer de beaux portraits de femme, épaulé comme il se doit par une magistrale Gena Rowlands qui donne une épaisseur magnifique à ce personnage de femme dure qui se protège de l'extérieur par un égoïsme et un instinct de survie qu'elle va devoir mettre au service, pour la première fois, d'un autre.

Car, derrière le récit policier, ce que raconte Cassavetes c'est la rencontre de deux êtres échoués sur les rivages de la société américaine, deux êtres qui apprennent à se connaître, à s'aimer et qui se réinventent une famille. On savait déjà depuis Un enfant attend, que Cassavetes savait filmer l'enfance, mais en osant confier au tout jeune John Adames un rôle complexe et difficile il se lance dans un pari qu'il relève haut la main. Le jeune acteur se révèle absolument admirable et forme avec Gena Rowlands un couple de cinéma inoubliable. Il faut voir avec quelle sensibilité, avec quel sens de l'observation Cassavetes filme chacun de leurs gestes, admirable ballet de sentiments où l'on voit la méfiance, la défiance céder peu à peu place à l'affection et l'amour. Intacte aussi, la capacité de Cassavetes à décrire la vérité d'une ville derrière les cartes postales. Gloria est ainsi un plongée dans l'envers du décor, le cinéaste nous faisant sentir la réalité des quartiers pauvres, des ghettos et de toute cette frange de la population qui survit par des petits boulots ou des petites combines. L'ouverture du film est à ce titre programmatique : la caméra survole le pont de Brooklyn puis celui de Manhattan avant de s'enfoncer dans le Bronx où débute l'action du film. Un mouvement qui est une plongée au cœur de l'Amérique, celle des oubliés de l'american way of life.

Si pour tous ces aspects, Gloria vaut indéniablement le détour, on se retrouve tout de même devant une œuvre bancale, Cassavetes se révélant à l'aise lorsqu'il s'agit de décrire des rapports humains ou l'envers du mythe américain mais comme démuni lorsqu'il s'agit pour lui d'utiliser le matériau du film d'action hollywoodien. Si Gloria est un beau film, ce n'est pas un bon polar. Heureusement, il y a ce plaisir à voir comment un cinéaste de la trempe de John Cassavetes essaie de se réapproprier un film de commande en œuvrant à la marge, en développant des aspects qui ailleurs auraient été évacués.

Dans les salles


Film réédité en salle par Mission distribution

Date de sortie : 11 juillet 2012

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Par Olivier Bitoun - le 2 juin 2010