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Critique de film
Le film

Escorte pour l'Oregon

(Escort West)

Partenariat

L'histoire

Dans le Nevada juste après la fin de la Guerre de Sécession. L’ex-officier confédéré Ben Lassiter (Victor Mature), accompagné par Abbey (Reba Waters), sa fille de dix ans, est en route vers l’Oregon où il a décidé de commencer une nouvelle vie dans la ferme de sa tante. Lors d’une halte au relais tenu par les Fenniman, ils tombent sur une patrouille de l’Union chargée d’acheminer la paye des soldats. Le Lieutenant Weeks (John Hubbard) doit dans le même temps escorter deux soeurs ; l’une, Betty (Elaine Stewart), est fiancée avec le commandant de la seconde escouade qu'ils doivent rejoindre, le Capitaine Poole (Howard Ching), tandis que l’autre, Barbara (Faith Domergue), a perdu son mari durant le conflit civil et ne peut plus supporter la vue d’un Sudiste. Ben et sa jeune fille font alors les frais des sarcasmes de cette dernière ainsi que de tous les soldats yankees. Mais les deux groupes finissent par se séparer et repartir chacun de leur côté. Ben est attaqué par des Indiens Modocs ; ayant réussi à s’échapper, il retourne au relais des Fenniman pour se reposer mais trouve tous les bâtiments détruits, leurs occupants massacrés. Seules les deux sœurs ont réussi à échapper au carnage en se cachant dans une cave ; les voilà reparties avec Ben et sa fille pour retrouver et avertir les militaires de l'imminence du danger. Ce dont ils ne se doutent pas, c’est que la deuxième escouade est elle aussi en mauvaise posture, enfermée dans une sorte de blocus par les mêmes Indiens Modocs qui ont déjà décimé la troupe transportant l’argent. Le voyage ne va pas être de tout repos, surtout que les rancœurs sont tenaces de la part de Barbara...


Analyse et critique

La traversée de territoires indiens hostiles par une petite troupe conduite par un "rebelle" et constituée presque uniquement de femmes et de jeunes adolescents dont certains, par leur haine, vont rendre le voyage encore plus difficile et dangereux... ceci ne vous rappelle-il-pas un autre western ? Vous aurez probablement pensé à juste titre à La Dernière caravane (The Last Wagon) de Delmer Daves. Les deux films possèdent en effet quelques points communs dans leur intrigue mais les ressemblances s’arrêtent là ; car autant le film de Daves est un des sommets du genre, autant celui de Francis D. Lyon devrait être "condamné" pour ses laborieuses et interminables 75 minutes qui sont une véritable atteinte au plaisir cinématographique ou, au choix, un somnifère de premier ordre. Dans le domaine du western, Francis D. Lyon avait tourné en 1956 L’Infernale poursuite (The Great Locomotive Chase), un western familial pour les studios Disney avec dans le rôle principal leur vedette d’alors, Fess "Davy Crockett" Parker ; l’année suivante, Fureur dans l’Oklahoma (The Oklahoman) était sa deuxième incursion dans le genre, guère mémorable. Avant de passer à la réalisation, Francis D. Lyon avait surtout été connu pour avoir obtenu un Oscar en collaboration avec Robert Parrish pour le montage de Body and Soul (Sang et or) de Robert Rossen. D’autant plus étonnant qu’il ait pu laissé passer un montage aussi calamiteux que celui de son Escorte vers l’Orégon ! D’ailleurs, en tant que réalisateur, aucun de ses films ne sera passé à la postérité. Et pour cause : il n'y a vraiment rien d’enthousiasmant dans tout ce que j’ai pu voir de lui jusqu’à présent, ce dernier western étant encore plus mauvais et indigent que les précédents !


Comme pour Fureur sur l’Oklahoma, Escort West bénéficiait d’un assez bon potentiel de départ (si ce n’est original, plutôt sympathique et a priori distrayant), malheureusement sous -exploité dans ce western totalement inoffensif qui n'a pas bénéficié d'un budget important même si l"on a voulu le faire passer pour un western de prestige avec son format Cinemascope. Après les cinq premières minutes qui auraient pu nous faire croire à un western insolite (le décor extérieur du relais est vraiment très réussi) et plutôt tendre (rarement avions-nous eu l’occasion de voir comme personnages principaux un duo père / fille), il faut vite déchanter et devoir supporter 75 longues minutes d'une totale médiocrité ! Le Cinémascope tente donc de cacher le manque flagrant de budget mais nous ne sommes pas dupes longtemps, et malheureusement le cinéaste ne possède pas la moindre once de talent ni d'imagination pour pallier tout cela. La pauvreté des dialogues, celledu scénario, le manque de conviction de l'interprétation, l’inexpressivité de la plupart des comédiens (pourtant chevronnés pour la plupart) et l'absence totale d'une quelconque vigueur dans la mise en scène font de ce film mené sans aucun entrain un calvaire ridicule (les pauvres Indiens) et d’une mollesse comme ce ne devrait pas être permis. Un ensemble terne de bout en bout à l’image du scénario totalement conventionnel, ses enjeux dramatiques étant tous attiédis par une écriture sans puissance, témoin cette construction complètement foireuse. La tension et l’émotion, il n’y en a quasiment pas alors qu’au vu de l’intrigue, nous pouvions largement compter dessus. Si la partie "familiale et romantique" avait été réussie, nous n’aurions pas tenu rigueur au film d’un tel manque de robustesse ; mais même son côté romance n’est pas vraiment bien exploité. On a beaucoup de mal à sentir vivre ces situations et ces personnages.


A quoi alors se raccrocher ? Pas à la musique de Henry Vars (Sept hommes à abattre pourtant) parfois totalement assourdissante, disproportionnée, envahissante ou hors-sujet. Pas à la photographie de William H. Clothier (Track of the Cat pourtant), pas spécialement laide mais aussi plate que l’ensemble malgré de beaux paysages à sa disposition et quelques beaux plans. Pas à l’histoire très banale (pourtant écrite par l’excellent comédien Leo Gordon) ni à la beauté plastique d’un film qui en est dépourvu. Pas aux dialogues inconsistants ni à une quelconque efficacité des scènes d’action. Pas à la jeune actrice sans aucun talent ni à Victor Mature que l’on a connu bien plus convaincant et inspiré notamment dans le genre (La Poursuite Infernale - My Darling Clementine ; La Charge des Tuniques BleuesThe Last Frontier). Et comment ne pas regretter une telle brochette de seconds couteaux totalement sous exploités : Noah Beery, Jr., Slim Pickens, Rex Ingram, and Harry Carry, Jr... ? Comment ne pas être agacé par les maquillages outranciers et ratés pour d'aussi jolies actrices telles Elaine Stewart et Faith Domergue ? Pour tout dire, la deuxième collaboration entre la compagnie Batjac (John Wayne fait partie des producteurs) et Ramona n’est guère réjouissante. Pas la peine de s’y étendre plus avant ; mieux vaut passer à autre chose !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 16 janvier 2016