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A
la poursuite des pilleurs de train, les trois frères Barton,
le ‘policier du rail’ Luke Smith (Alan Ladd), surnommé
‘Whispering Smith’ pour la manière qu’il a de
s’exprimer toujours calmement, tombe dans un de leurs traquenards.
Luke en réchappe, est obligé d’abattre son cheval,
mais retrouve rapidement les bandits qui viennent d’assassiner un
télégraphiste. Les Barton tentent un nouveau pillage du
train dans lequel est monté Luke ; ce dernier réussit à
en mettre deux hors de combat mais, blessé, laisse s’échapper
Blake (Murvyn Vye). Amené à Medicine Bend pour y être
soigné, Luke se retrouve au foyer de son ami d’enfance, Murray
Sinclair (Robert Preston). Il y revoit son amour de jeunesse, celle qui
est désormais l’épouse de Murray, la douce Marian
(Brenda Marshall). Il ne souhaitait pas revenir dans cette ville à
cause de sa présence mais, maintenant que le voilà sur place
et soupçonnant l’éleveur Barney Rebstock (Donald Crisp)
de cacher Barton, il décide de mener à bien sa mission.
Peu de temps après, il met fin aux jours du dernier des frères
Barton. Bill Dansing (William Demarest) confie à Luke ses motifs
d’inquiétude à propos de son collègue Murray
et de ses relations amicales avec Rebstock et son bras droit, l’inquiétant
DuSang (Frank Faylen). Luke ne comprend pas non plus comment son ami peut
se permettre de posséder un aussi beau ranch uniquement avec sa
modeste paie d’homme du rail et se met à le soupçonner
de se livrer à de louches trafics. Mais sa mission étant
achevée, Luke est sur le point de repartir. Le déraillement
d’un train et l’éviction de Murray, accusé de
pillage du fret, retardent son départ. Il est une nouvelle fois
habilité à résoudre le mystère du déraillement
et, dans le même temps, va essayer de faire réintégrer
son ami à son poste… |
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Les "westernophiles"
peuvent être ravis ; le DVD va leur permettre de découvrir
une petite perle méconnue et qui mérite sans plus attendre
de sortir de l’oubli. Tout au moins en France, il n’y est
fait allusion dans aucun ouvrage traitant du genre, seul Jean-Louis Rieupeyrout
ayant l’air de l’avoir vu et écrivant dans sa ‘grande
histoire du western’, en une courte notule, "un déraillement
spectaculaire, une action rondement menée, des extérieurs
bellement photographiés donnèrent à ce western le
charme des récits d’aventures naïfs auxquels, si blasé
soit-on, l’on prend toujours autant de plaisir".
Cette description démontre que Whispering Smith
lui a fait bonne impression mais elle donne aussi une vision assez faussée
car en fait, point de déraillement spectaculaire (mais uniquement
son résultat), une histoire pas aussi naïve qu’elle
semble l’être au premier abord et une action rondement menée
certes, mais qui n’est pas seule à faire la richesse de ce
western : il ne faudrait pas oublier entre autres, une description respectueuse
et attentive de tous les personnages et une interprétation sans
failles. Mais nous n’allons pas tarder à y revenir.Le personnage de Luke Smith, détective privé engagé par une compagnie de chemin de fer dans les années 1890, connut une existence réelle particulièrement mouvementée. Conforme à son modèle, le héros de Frank H. Spearman continua, au péril de sa vie, d’assurer la sécurité des trains qu’il protégeait des voleurs et apparaîtra dans plusieurs autres films réalisés en 1916, 1926, 1935 et 1952. Avant de passer derrière la caméra, Leslie Fenton fut acteur de 1923 à 1938 : on le rencontre dans la distribution d’excellents films tels L’ennemi public de William Wellman ou The Strange Love of Molly Louvain de Michael Curtiz. En 1938, il commence sa carrière de réalisateur mais malheureusement, aucune de ses 18 œuvres ne passera à la postérité. Pourtant il semblerait que le cinéaste aurait mérité une plus grande reconnaissance. Bertrand Tavernier parle de Tell no Tales (1939) en ces termes : "ce film tranche totalement avec l’esthétique et le ton MGM. Le dialogue en est très incisif, avec certaines répliques à la Fuller… Un tel refus des clichés de ‘l’oncle tomisme’, une telle dignité dans la description des noirs sont uniques à l’époque. Il suffit de repenser à Gone with the Wind sorti la même année…". James, du site Western Movies, doit être l’un des rares a avoir eu la chance de pouvoir visionner ses quatre westerns et il nous dit que Fenton jouit d’une belle réputation aux Etats-Unis par le fait de diriger ses acteurs et ses films avec une grande rigueur : "il fait partie de ces réalisateurs qu'il faut connaître car très attachant et dont les films sont si limpides que l'ont aurait beaucoup de mal à leur trouver quelque défaut". Attachant et limpide, les adjectifs sont lâchés et s’appliquent effectivement à merveille à Whispering Smith ! Le scénario est si pur qu’il m’aurait été très agréable de continuer à le narrer, m’étant seulement arrêté, dans la partie ‘Sujet’, à mi-parcours. On devine facilement qu’après s’être fait mettre à la porte du chemin de fer, Murray va se laisser entraîner du mauvais côté de la barrière et s’enrôler dans la bande à Rebstock avec qui il traficotait déjà. Luke Smith va alors être tiraillé entre son amitié pour Murray et son devoir d’homme de loi. Si on ajoute à ça, son amour caché pour l’épouse de son ami, l’on peut deviner ce que les relations entre les personnages principaux peuvent avoir de riches et passionnantes. Quand Bill Dansing, autre ami de Murray, dit à Luke qu’il a tort de se mêler des affaires de ce dernier, Luke lui rétorque avec un bel aplomb : "tu as tort Bill ! Quand je le vois se diriger vers un carrefour dangereux, ça me concerne". Le personnage de Luke est quelque peu moralisateur mais toujours d’une grande droiture et d’une grande fidélité. Ce héros pur et dur ne réussira pourtant que dans sa mission : il mènera à bien son travail mais perdra sur toute la ligne aussi bien en amour et qu’en amitié. Découragé
et dépité de n’être pas parvenu à sauver
son couple d’amis, il laissera même discrètement couler
des larmes à la dernière image, ce qui est assez peu courant
pour l’époque dans un film hollywoodien, et qui plus est,
dans un western.Leslie Fenton possède donc bien une sensibilité un peu à part et qui nous rend d’autant plus impatient de pouvoir découvrir le reste de son œuvre. Il conduit son film de main de maître, aussi bien dans l’action spectaculaire que dans la description psychologique des personnages (psychologie manquant un peu de finesse mais ayant le mérite d’être présente, surtout qu’elle ne possède pas la lourdeur de trait que l’on trouve dans le genre chez les plus grands à l’époque, dans La vallée de la peur de Raoul Walsh ou dans Ciel Rouge de Robert Wise). Il faut mettre aussi à l’actif de Fenton, un casting très bien choisi et une direction d’acteur qu’on aurait du mal à prendre en défaut. Tous les comédiens se sentent concernés et l’on éprouve beaucoup de sympathie aussi bien pour Alan Ladd que pour Robert Preston (qui jouera la même année un rôle similaire dans Ciel Rouge de Robert Wise mais qui est surtout connu pour son personnage d’homosexuel vieillissant dans Victor Victoria de Blake Edwards) mais aussi pour le couple âgé joué avec une pudeur extrême par William Demarest et Fay Holden, et pour le beau personnage féminin, réservé et tendre, interprété avec une grande douceur par Brenda Marshall que l’on croirait tout droit sorti d’un film de John Ford. Les "méchants" sont par contre un peu plus monolithiques et conventionnels : Donald Crisp (que l’on a peu l’habitude de voir du mauvais côté de la loi) interprétant le chef de gang "qui tirerait sur un mourant pour le voir gigoter", Frank Faylen, un peu ridicule avec sa perruque blanche, dans le rôle de l’homme de main, tueur sans sourire ni scrupules, et Murvyn Vye, belle gueule de hors-la-loi, acteur au fort charisme dont on regrette qu’il se fasse tuer aussi tôt dans le courant de l’intrigue. Ray Rennahan, même s’il ne peut se prévaloir de faire partie des plus grands chefs-opérateurs car certaines utilisations de filtres sont d’un goût douteux, signe ici une admirable photographie aussi bien pour les paysages de jour (voir la séquence initiale du générique suivie du traquenard), et les scènes de nuit sous la pluie d’un très bel effet que pour les intérieurs tous plus richement décorés les uns que les autres ; de nombreux plans sont ainsi inoubliables surtout que les décorateurs et costumiers possèdent eux aussi un goût certain. Adolph Deutsch écrit une partition très agréable comprenant un très beau thème romantique d’une discrétion qui lui fait honneur. Les dialogues, s’ils sont parfois sentencieux (personnage de Luke Smith oblige) proposent d’excellents "punchlines" lorsque Alan Ladd se trouve en face des" hors-la loi". Quant au milieu décrit dans Whispering Smith, il est assez rarement évoqué pour que l’on éprouve un grand plaisir à le voir évoluer : celui des hommes du rail dans leur travail et leur vie quotidienne, le tout parfois assez proche du documentaire. La scène de destruction de l’épave du train est spectaculaire et les scènes de bureau sont assez bien vues ainsi que les relations existantes entre le patron et ses employés, le tout sans aucun manichéisme. Question mise en scène, c’est également de tout premier ordre, Fenton étant aussi à l’aise dans les scènes agitées que dans les séquences dialoguées mais c’est aussi d’une précision remarquable pour tout ce qui concerne la topographie des lieux et d’une délicatesse de ton constamment remarquable et qui tranche avec la violence nerveuse de certains séquences d’actions. Plusieurs exemples montrent la parfaite maîtrise de Fenton : le superbe prologue muet admirablement découpé et filmé ; le magnifique travelling balayant l’écran de droite à gauche, suivant
la carriole dans les grandes étendues désertiques, image
coupée par le passage de la locomotive en avant-plan et en sens
inverse, la caméra poursuivant son mouvement pour retrouver, après
le passage du train, la même carriole pénétrant dans
la ville ; la battue finale superbement enlevée et profitant des
étonnants décors naturels mis à la disposition du
réalisateur ; les deux règlements de comptes nocturnes se
déroulant entre les wagons... Du superbe travail pour un scénario
mélangeant les éléments constitutionnels du western,
du polar et du mélo (le personnage féminin vient en droite
ligne de ce genre de film). Alan Ladd trouve, au sein de ce film à
la fois doux et violent, touchante histoire d’amitié et d’amour
contrariés, l’un de ses plus beaux rôles, peut-être
encore plus marquant que dans Shane.Les gros bénéfices de Whispering Smith remirent Alan Ladd en selle pour Marqué au fer alors que le cinéaste tournera ses deux westerns suivants avec respectivement William Holden et Glenn Ford. Une chose est certaine pour les spectateurs d’aujourd’hui, une merveilleuse découverte ! |
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Certainement le western de chez Universal possédant la plus belle restauration de toute la collection et certainement même l’un des DVD de westerns, tous éditeurs confondus, techniquement le plus réussi, la copie étant quasiment sans défaut et le technicolor pouvant ici briller de ses mille feux. Les plus pointilleux trouveront certains plans un peu plus flous, quelques autres légèrement saturés (23’04). Mais soyons francs ! Qui ne sera pas estomaqué par une telle qualité de l’image et une copie aussi étonnante ? La définition et la compression sont parfaites. Pourquoi s’apesantir plus longuement sur un miracle de conservation ou de restauration, c’est tout simplement magnifique ! Niveau son, rien à redire non plus, c’est clair, net, précis et sans souffle : que ce soit les dialogues ou la musique, ils peuvent s’épanouir à loisir. |
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