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Donna
Foster (Joan Leslie) et Curtis Carey (Zachary Scott) forment un couple
d’avenir. Curtis est un homme d’affaires richissime tandis
que Donna est une jeune éditrice talentueuse. Leur mariage n’est
plus qu’une affaire de semaines lorsqu’ils accueillent à
leur domicile Christabel (Joan Fontaine), une cousine de Donna. Christabel
y rencontre Nick (Robert Ryan), un écrivain rebelle dont elle tombe
amoureuse. Mais peu à peu, Christabel est attirée par la
fortune de Curtis Carey.... |
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En 1948, Howard Hughes rachète
la RKO. L’une de ses premières décisions est de
relancer le projet initialement intitulé Bed of roses.
Ecrit en 1946, le scénario de ce film relate l’ascension
sociale d’une jeune femme sans scrupule. Il s’inspire
d’une nouvelle d’Ann Parish au titre évocateur
: All Kneeling ("Tous à genoux"). Initialement,
il était prévu que Joan Fontaine, Henry
Fonda,
John Sutton et Marsha Hunt soient les têtes d’affiche
de cette production. Quand Howard Hughes intègre ses fonctions,
il confie le sujet à Nicholas Ray. Le cinéaste, qui
vient de réaliser Le
Violent pour le compte de Santana Pictures, revient dans
le giron de la RKO, studio auquel il doit encore quelques films. Ray
propose alors une nouvelle distribution composée de Robert
Ryan, Mel Ferrer et Barbara Bel Geddes. La comédienne que l’on
connait surtout pour son rôle de mère de famille dans
la série Dallas est alors âgée
de 27 ans et vient de démarrer sa carrière. Notamment
remarquée dans Caught
de Max Ophuls et Panique
dans la rue de Kazan, elle intéresse particulièrement
Nicholas Ray qui voit en elle l’archétype de la jeune
femme américaine, blonde et vertueuse. Autrement dit, un modèle
national dont il souhaite mettre en évidence les failles. Malheureusement
pour Nicholas Ray, Howard Hughes ne partage pas ses idées,
ni ses goûts en matière de femmes. Il impose Joan Fontaine.Côté écriture, le script original est remanié par Charles Schnee, qui s’adjoint les services de George Oppenheimer pour les dialogues. Nicholas Ray tourne le film assez rapidement et en livre une version au studio. Après avoir visionné le travail accompli, Howard Hughes fait part de son mécontentement : le traitement de Nicholas Ray lui paraît trop sombre, notamment le final qu’il décide de réécrire. A partir de ce stade, Nicholas Ray ne touchera plus au montage, laissant Hughes et ses délires d’aviateur visionnaire charcuter
la fin de La Femme aux maléfices… Avec
Le
Brigand bien aimé et Ardente Gitane,
La Femme aux maléfices est l'un des films
que Nicholas Ray disait détester. Lors d’un entretien
avec Charles Bitsch, il déclarait à propos de ces trois
films douloureux : « Aucun de ces films ne m’a satisfait
et je n’ai aucun plaisir à en évoquer le souvenir.
»Qu’en est-il donc ? Doit-on suivre l’avis de son auteur et jeter l’œuvre aux orties ? La réponse à cette question est évidemment négative car si La Femme aux maléfices souffre du traitement infligé par Hughes et ses monteurs, il y subsiste des qualités que nous allons tenter de mettre en avant ! Comme souvent chez Ray, on retrouve ici le regard acerbe qu’il s’est toujours employé à poser sur le monde. Il dépeint ses personnages avec cruauté. C’est une évidence de dire que Ray déteste la sphère intellectuelle et bourgeoise. Pendant toute sa carrière, il exprimera ce dégoût (on pense notamment au Violent ou Secret de femme) et en paiera le prix. Ici, il filme un monde sans la moindre solidarité. Un monde malheureusement resté moderne et dont les acteurs ont une volonté unique : la reconnaissance sociale. L’héroïne du film, Christabel, incarne ce mode de pensée individualiste. Elle n’a de cesse d’utiliser et de détruire les autres pour assouvir sa propre réussite. Son personnage évoque évidemment celui d’Ann Baxter dans Eve de Mankiewicz (tourné la même année). On pense également à Liza Wilson dans La Vie facile réalisé quelques mois auparavant par Jacques Tourneur. A l’instar de ces deux "femmes maléfiques", Christabel n’a pas le moindre scrupule à écraser ses proches. Mais elle semble aller encore plus loin puisqu’elle va jusqu’à sacrifier son propre amour : après avoir succombé au charme de Nick Bradley (le romancier interprété par Robert Ryan), elle met tout en œuvre pour refouler ce sentiment et assouvir ses projets.
S’il est surprenant de voir avec quelle dureté Ray traite son personnage, on peut tenter de l’expliquer par le regard cynique qu’il pose sur le monde. Mais cette férocité manifestée par Ray a peut-être une autre source… En 1948, il rencontre Gloria Grahame sur le tournage de Secret de femme. Les deux artistes tombent éperdument amoureux et se marient immédiatement. Lui était un auteur tourmenté, elle une jeune comédienne pleine d’ambition, et très rapidement leur couple a souffert. En regardant La Femme aux maléfices, tourné juste après leur divorce, il est aisé de voir dans le couple incarné par Joan Fontaine et Robert Ryan le miroir de celui du cinéaste. Consciemment ou inconsciemment, Ray personnalise ainsi son film et lui insuffle, par instants, une force dramatique remarquable. Ainsi, dans toutes les scènes que Joan Fontaine partage avec Robert Ryan, il y a un surcroit d’intensité. La tension devient palpable et le cinéma de Nicholas Ray semble alors atteindre une forme de pureté. Lors de ces quelques scènes, Howard Hughes et le studio paraissent bien loin. Le spectateur voit simplement deux comédiens dirigés avec précision par un réalisateur totalement impliqué dans son art. Par ailleurs, on retrouve ici une caractérisation des personnages assez typique du cinéma de Nicholas Ray. Une jeune femme innocente (Donna), un artiste rebelle (Nick), et une femme mauvaise (Christabel). Ce trio typiquement "rayen" peut notamment être mis en parallèle avec celui de Johnny Guitar dont l’héroïne (Vienna) est une femme incarnant le courage
et une morale à toute épreuve. Emma Small y est une
jeune ambitieuse et perverse tandis que Johnny, interprété
par Sterling Hayden, y incarne un musicien alter ego de Ray à
l’écran.Si l'on trouve dans La Femme aux maléfices une implication évidente de son auteur et quelques figures incontournables de son cinéma, le film a une autre grande qualité : il bénéficie d’un excellent trio de comédiens. Comme nous l’avions évoqué en introduction, Ray fut déçu de ne pas faire tourner Barbara Bel Geddes. Cependant, il faut avouer qu’il a su tirer le meilleur de Joan Fontaine. La comédienne qui avait crevé l’écran dans Rebecca de Hitchcock en 1940, avant d’apparaître dans d’autres œuvres majeures comme Jane Eyre de Robert Stevenson ou Lettre d'une inconnue de Max Ophuls, livre une excellente prestation. Sous ces airs angéliques, elle incarne à merveille la cruauté de Christabel et dégage une belle sensualité. Une sensualité qui n’est pas évidente (on est loin ici de personnages purement sexuels comme le fut Jane Russell dans Le Banni de Hughes par exemple), mais qu’elle transmet à l’écran grâce à une gestuelle, des regards et un phrasé combinés avec subtilité. A ses côtés, on retrouve un duo d’acteurs épatants : Robert Ryan et Mel Ferrer. Fidèle à son talent, Ryan force l’admiration. Il est d’ailleurs remarquable d’observer le professionnalisme de ce comédien jamais pris en défaut de cabotinage ou de nonchalance devant une caméra. Ici encore, il livre une performance intense où sa puissance physique cache une vulnérabilité qu’il est capable d’exprimer avec la plus grande finesse. Son personnage (Nick Bradley) est un intellectuel
dans un corps d’athlète, un homme profondément
attaché à son indépendance et sa morale. Si,
par certains côtés, il est l’alter ego de Nicholas
Ray, sa personnalité est également très proche
de celle de Robert Ryan. D’ailleurs, le cinéaste se reconnaîtra
dans ce comédien qu’il retrouvera en 1952 à l’occasion
du tournage de La
Maison dans l’ombre. De son côté,
Mel Ferrer incarne un peintre homosexuel cynique et drôle, le
seul homme capable de lire le jeu de Christabel. Ferrer qui vient
de démarrer sa carrière devant la caméra (il
était assistant réalisateur et danseur) est le comédien
idéal pour ce type de rôle. Grâce à son
élocution rapide et sa gestuelle énergique, il insuffle
du dynamisme à son personnage et fait déjà preuve
d’une belle maturité.Outre la qualité des comédiens principaux et la mise en scène parfois passionnée de Nicholas Ray, le film ne regorge malheureusement pas de beaucoup d’autres qualités. Faute à un scénario peu rythmé et trop bavard, le film souffre notamment de quelques longueurs. Si la première partie est intéressante et laisse présager une suite riche en évènements, le reste n’est malheureusement pas à la hauteur. Pour couronner le tout, le final est tout simplement catastrophique. Comme nous l’avions rappelé précédemment, Howard Hughes a décidé de réécrire la dernière scène et de la tourner sans que Nicholas Ray ne soit impliqué. En réalité, il semble que Hughes ait été touché par le personnage de Curtis Carey, l’homme richissime que Christabel séduit afin d’assurer son ascension sociale. Pendant tout le film, Curtis paraît
faible et manipulé. Malgré son statut de victime, il
est évident que Nicholas Ray ne s’est pas pris d’affection
pour ce personnage. Hughes (qui y a certainement vu son double) a
décidé en quelque sorte de sauver l’honneur de
cet homme. Pour cela, il a écrit une scène où
Curtis Carey, aux commandes de son avion, s’emporte dans un
monologue grandiloquent sur les vertus du célibat et…
de l’aviation ! Quand on connait un peu l’histoire de
Howard Hughes, cette scène vaut évidemment le coup d’œil
et prête à rire. Mais quand on aime Nicholas Ray, on
souffre encore une fois de voir l'un de ses films dénaturé
par le délire d’un de ses producteurs…Les critiques de La Femme aux maléfices furent assassines et le public ne fut pas au rendez-vous. Aujourd’hui, les éditions RKO permettre de (re)découvrir cette œuvre de Nicholas Ray. Les aficionados du réalisateur rebelle, dont je fais évidemment partie, y trouveront leur compte tout comme ceux qui goûtent aux charmes et au talent de Joan Fontaine, Robert Ryan ou Mel Ferrer. Pour les autres, il est conseillé de passer son chemin et de se tourner vers d’autres œuvres majeures du cinéaste ! |
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![]() Image : Le master proposé par les Editions Montparnasse révèle quelques rayures, points blancs ou scratchs. Néanmoins, ces défauts sont rares et n’altèrent pas le plaisir des yeux. La copie est donc globalement belle avec un niveau de détail correct malgré le lissage effectué lors de la masterisation. Ceux qui verront le DVD sur un écran LCD ou Plasma seront satisfaits des efforts réalisés par Montparnasse sur cette dernière fournée. Les possesseurs de vidéo projecteurs éviteront pour leur part de visionner le film avec une trop grande surface d’image. Si Montparnasse a fait des progrès, on aurait évidemment préféré avoir une image avec plus de grain cinéma et mieux définie. Espérons que ce souhait soit pris en compte à l’avenir. Côté contraste, c’est plutôt bien géré et l'on ne constate aucun blanc ou noir brûlé. Son : Il faut noter qu’aucune piste française n’est proposée. Seule la VO est donc disponible (avec ou sans sous-titres). Sans être très dynamique, le mono est correct avec des dialogues clairs et une ambiance sonore assez bien rendue. |
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| Serge
Bromberg introduit le film avec son éternelle
passion. Il revient notamment sur le rôle joué par Howard
Hughes sur le final. Il évoque également les influences
architecturales de Nicholas Ray dans les premières scènes
du film. |
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