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Réalisé par Norman Foster
Avec Joseph Cotten, Orson Welles, Dolores
Del Rio, Ruth Warrick
Scenario : Joseph Cotten et Orson Welles
d'après le roman de Eric Ambler
Musique : Roy Webb
Photographie : Karl Struss
Montage : Mark Robson
Un film RKO Pictures
USA - 68' - 1942
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Zone
2
Editions Montparnasse collec. Pocket
Format 1:33
Langues : Anglais
Ss-titres : Français
N&B - Mono d'origine |


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Chroniqués
par DvdClassik :
Pas d'autre film à ce jour
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Durant
la seconde guerre mondiale, Howard Graham, ingénieur
américain accompagné par son épouse,
est de passage à Istanbul sur le chemin du retour vers
les Etats-Unis. Accueilli par le représentant local
de sa compagnie d’armement, il se retrouve entraîné
dans un cabaret où un homme se fera tuer alors que
c’est vraisemblablement lui qui était pris pour
cible. Poursuivi donc par un assassin, il embarque sous la
pression du chef des services secrets sur un bateau en direction
de Batoumi. |
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Il
y a des cinéastes qui toute leur carrière
furent victimes de réputations usurpées. Celle
d’Orson Welles s’est en partie forgée
à Rio, sur le tournage de It’s all true,
documentaire censé constituer l’effort de guerre
de la RKO. Laissant La splendeur des Amberson sur
la table de montage, Welles part bénévolement
au Brésil sous la pression des dirigeants du studio
et alors qu’il peine là bas pour monter un
semblant de film quand aucun scénario ne lui a été
fourni, le studio est racheté et, du jour au lendemain,
on décide de le mettre à la porte, lui et
son équipe. Dès lors on sabotera son travail
en charcutant allègrement les Amberson et
en lui ménageant une sortie des plus confidentielle
lui assurant par la même un bide commercial, une façon
de justifier qu’on peut se passer du "capricieux
génie". Malgré les protestations d’Orson
Welles et les multiples mémos dont il inonde les
dirigeants du studio, La splendeur des Amberson
(qui selon lui aurait du être son chef d’œuvre)
sera massacré (plans séquences charcutés,
fin retournée, j’en passe et des meilleures…).
L’autre film qui fera les frais de ce divorce à
coups de pieds dans le derrière (en plus de It’s
all true dont Welles lui même ne verra jamais
les rushes) est Voyage au pays de la peur adapté
d’un roman de Eric Ambler, co-scénarisé
par Orson Welles et Joseph Cotten et réalisé
par Norman Foster (collaborateur de Welles sur It’s
all true également). Propriété
du studio le film sera allègrement remonté
et considérablement raccourci passant d’une
heure trente trois à … 68 minutes….
Le film (ce qu’il en reste) :
Le
début du récit tisse une toile d’araignée
dans laquelle semble coincé un Joseph Cotten excellent
dans son rôle d’ingénieur perdu dans
un étrange univers de faux semblants, d’espions
et de femmes fatales, de marins hilares et d’assassins
joufflus. A partir du moment où il rencontre Kopeikin,
le représentant stambouliote de Bainbridge &
Son Armaments, son destin n’est plus entre ses mains
et on se laisse emporter avec lui dans ce farfelu voyage
au pays de la peur. Entamée dans les nights clubs
enfumés d’Istanbul, l’aventure se poursuit
donc sur un bateau où le récit finit par s’orienter
vers le "film d’auberge" avec sa traditionnelle
galerie de personnages pittoresques. C’est avec plaisir
qu’on retrouve les visages familiers du Mercury Theater
: Everett Sloane d’abord dans le rôle de Kopeikin,
Joseph Cotten bien sûr, mais aussi la toujours excellente
Agnes Moorehead qui nous gratifie ici d’une savoureuse
prestation.
Tandis que l’ingénieur, malgré l’incrédulité
générale, tentera d’échapper
à son meurtrier désigné il retrouvera
sur le bateau la vedette féminine du "cabaret
fatal" (campée par la délicieuse Dolores
Del Rio) et tout un tas d’autres passagers plus étranges
les uns que les autres. Le caractère un brin surréaliste
et incongru de certains personnages et dialogues (le représentant
en cigarettes turques, le "socialiste par conviction"),
l’enchaînement des évènements
maintiennent constamment le personnage et le spectateur
dans un curieux et fort agréable climat de "mauvais
rêve" renforcé par des cadrages obliques
et des lumières tranchées proprement anti-réalistes.
L’image épouse la vision du héros, déformée
par le regard paranoïaque qu’il est contraint
de porter sur le monde.
On reconnaît sans hésitation la "griffe"
visuelle de Welles et s’il n’a effectivement
pas réalisé le film, son rôle de superviseur
l’a amené à en préparer un certain
nombre de cadres, de décors, de mouvements d’appareils
et éclairages. Certes le film est d’une facture
évidemment moins flamboyante que ses plus grandes
œuvres, mais il recèle tout de même quelques
jolis plans qui raviront les amateurs de son cinéma
"baroque". Le plan séquence pré-générique
d’ouverture qui voit la caméra s’élever
depuis la rue le long d’un hôtel avant de pénétrer
par la fenêtre dans la chambre de l’assassin
est un petit bijou qui n’est pas sans rappeler, à
une échelle plus réduite, celui, sublime,
de La soif du mal. A propos de cette séquence,
Welles restera longtemps persuadé d’avoir été
le premier à avoir inclus une séquence pré-générique
dans un film avant de découvrir bien des années
plus tard que Lewis Milestone avait utilisé le procédé
trois ans auparavant dans Des souris et des hommes
en 1939.
Comme bon nombre de films amputés c’est évidemment
dans la conduite de l’intrigue que le bât blesse.
Si le film suit un rythme régulier et cohérent
sur la première moitié du métrage,
tout semble s'accélérer dans le troisième
quart et les pseudos révélations qui se succèdent
perdent de leur effet à être si brièvement
exploitées. Le récit se précipite pour
se garder du temps pour la séquence finale, duel
sur une corniche sous une pluie battante, laissant par là
même la part belle à l’action.
Si le film est bancal et ne semble pas abouti il n’en
réserve pas moins donc sa part de petits plaisirs
visuels et de ses savoureux dialogues digressifs dont Welles
a toujours raffolé. On retiendra le soin apporté
aux aspects visuels du film et la performance des interprètes,
en premier lieu celle du formidable Joseph Cotten qui l’année
suivante enchaînera sur L’ombre d’un
doute d’Alfred Hitchcock. Peu importe l’intrigue
en définitive et les imperfections patentes de cette
œuvre tronquée, il faut apprécier le
film pour ce qu’il est : le reste d’un autre
film, une série B d’espionnage vidée
de ses ambitions, qui, sous ses aspects "mal fichue",
cache une réjouissante loufoquerie.
Nous laisserons le mot de la fin à Orson Welles en
prenant soin toutefois de tempérer ses propos : «
C’est horrible ce qu’ils en ont fait, car nous
avions écrit un assez bon scénario, cela aurait
du donner un film tout à fait correct. Ils en ont
enlevé tout ce qui était intéressant
pour essayer désespérément d’en
faire un film de série B, si bien que ce n’est
plus rien du tout. Il y a même un type qui regarde
par un trou de serrure deux bobines après s’être
fait tuer ! Ce n’est pas du montage, c’est du
travail à la serpe. » Moi, Orson Welles
entretiens avec Peter Bogdanovich.
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