
Réalisé
par Fritz Lang
Avec Stewart Granger, George Sanders,
Jon Whiteley, Joan Greenwood
Scénario : Jan Lustig et Margaret
Fitts d’après le roman de John Meade Falkner
Musique : Miklos Rosza
Photographie : Robert Plank
Un film MGM
Usa - 93 mns - 1955 |

Editeur :
Warner
Zone 2
Format 2.35, 16/9 compatible 4/3
Langues : anglais (mono), français (mono)
Sous-titres : français
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L’Eden
Cinéma (commande sur le site
du CNDP)
93 mn
Zone 2
DVD9
Format cinéma : 2.35 respecté
Format vidéo : 4/3
Langues : Anglais / Français
Sous titres : Français / Anglais
Mono d’origine
Chapitrage et menus fixes |


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Le
milieu du 18ème siècle sur les côtes
anglaises. John Mohune, orphelin de 10 ans, arrive à
Moonfleet avec une lettre de recommandation de sa mère
défunte pour un certain Jeremy Fox (Stewart Granger),
gentleman libertin, cynique et sans scrupules, à qui
elle demande de prendre soin de son fils et de parfaire son
éducation. Mais Jeremy Fox, côtoyant des aristocrates
corrompus, se révèle être le chef d’une
bande de contrebandiers. Il ne souhaite nullement s’encombrer
de la présence de cet enfant d’une naïveté
confondante mais y sera contraint. Ponctué de multiples
péripéties (traversée nocturne d’un
cimetière, guet-apens, trésor enfoui au fond
d’un puits…), ce récit initiatique va alors
s’attacher à narrer les relations entre le hors
la loi et le jeune garçon. |
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19
ans après Fury,
Fritz Lang travaille de nouveau pour la prestigieuse MGM
avec un budget conséquent. Mais le studio, estimant
que le film ne se différencie pas des produits de
seconde zone, décide de ne pas le diffuser hors des
Etats-Unis. Aujourd'hui encore, dans le catalogue de la
firme, on peut lire le film critiqué en deux lignes "maladroitement adapté et réalisé
par un Fritz Lang distrait." Il faudra attendre
sa découverte par l’un des créateurs du
cinéma Mac-Mahon sur les Champs Elysées pour
que cette merveille sorte en France cinq ans après
sa distribution américaine. Il deviendra instantanément
un film culte auprès de toute une génération
de cinéphiles et, encore aujourd’hui, les comptes-rendus
sont unanimement élogieux à son sujet.
Ce
classique du film d’aventure se
situe aux croisées du film de terreur gothique et
du film de cape et d’épée classique.
Son caractère unique vient de ce mélange entre
une histoire rocambolesque traditionnelle, une noirceur
typiquement langienne dans la description des personnages
tous plus ou moins pervertis et un climat inquiétant,
étrange et funèbre. De ce point de vue, le
prologue est inoubliable avec cette étonnante succession
de plans plus effrayants les uns que les autres. Le premier
démarre sur une vision du jeune garçon se
détachant en contre jour alors qu’il marche
sur les landes nocturnes et menaçantes. Il s’assoit
pour se reposer et entend un bruit étrange ; levant
la tête, il voit une statue de pierre aux yeux brillants
qui l’effraie, baisse les yeux pour tomber sur l’apparition
d’une main décharnée et crochue. S’évanouissant
de frayeur, le plan suivant en caméra subjective,
montre une contre plongée, vue par le regard du garçon
s’éveille, sur les trognes patibulaires d’un
groupe de personnes penchées au-dessus de lui. Toutes
ces images supportées par les fulgurantes stridences
de la partition de Miklos Rosza nous offrent l’un
des préambules les plus mémorables de l’histoire
du cinéma.
C’est à un superbe travail
d’adaptation que se sont livrés Jan Lustig
et Margaret Fitts. Ils ne reprennent que le point de départ
du roman de John Meade Falkner, auteur dans la lignée
de Stevenson et Dickens, et, à partir d’un
cadre tout ce qu’il y a de plus banal, ils réussissent
à y inclure les thèmes récurrents au
cinéma de Lang, en particulier la confrontation du
bien et du mal. Ils créent un monde inquiétant
dans lequel on n’hésite pas à vouloir
tuer les enfants. Pour se plier à l’univers
du cinéaste, ils inventent même le personnage
qui deviendra le héros du film, celui joué
par Stewart Granger. L’acteur s’était
fait une spécialité dans les années
50, d’interpréter les héros de films
d’aventure aussi célèbres que Le
prisonnier de Zenda ou Scaramouche, héros
bondissant, vigoureux, dans la continuité des personnages
joués par Errol Flynn dans les décennies précédentes.
Il trouve avec Jeremy Fox son meilleur rôle, un homme
d’une grande classe mais très ambigu, personnage
à la fois cynique, violent, séducteur mais
aussi charismatique et humain ; personnage débauché
mais absolument pas manichéen. Au moment de quitter
son protégé, préférant l’abandonner
au profit de ses futurs compagnons de brigandages, il lui
écrit que "sa mère n’aurait
pas du faire confiance en Jeremy Fox". Par un
réflexe
de justice et de générosité, il se
décide à faire marche arrière pour
pouvoir s’occuper de l’enfant ; il est mortellement
blessé à l’instant même où
il prend cette décision. On retrouve ici le pessimisme
habituel de Lang qui n’accorde aucune rédemption
possible pour son héros si ce n’est dans la
mort.
Le scénario remarquablement écrit
et d’une belle fluidité peut donc proposer
plusieurs niveaux de lecture : les plus jeunes pourront
se régaler devant un film d’aventure très
bien mené et toujours passionnant ; les adultes pourront
aussi se délecter du rocambolesque de ce conte tragique
mais, seront aussi très intéressés
par le récit initiatique de cette innocence au pays
de la corruption, cette innocence qui sera inconsciemment
la cause de tant de morts. Le jeune Mohune subira toutes
ces épreuves sans que sa belle naïveté
en prenne un coup, le final le montrant toujours aussi optimiste.
D’ailleurs, Lang n’était pas satisfait
par ce happy-end imposé mais peut-on ici vraiment
parler de happy end ? En effet, le jeune garçon attendra
toujours avec une foi inébranlable que son ami revienne
mais le spectateur sait que sa croyance n’est qu’illusion.
La
mise en scène est d’un
superbe classicisme et d’une facture impeccable :
il faut revoir cette scène d’une grande élégance
et virtuosité qui commence au moment où John
Mohune entre dans le manoir de ses ancêtres, traverse
le jardin envahi par les herbes et arrive derrière
la fenêtre grillagée par laquelle il voit cette
danse gitane plastiquement superbe. Les scènes d’action
sont également remarquablement réalisées,
témoin ce duel inoubliable à la hallebarde
et à l’épée. Le tout enveloppée
par la perfection formelle habituelle des films de studio
de la MGM que ce soit dans la somptuosité des costumes
et des décors (la lande est celle déjà
utilisée par Minnelli dans Brigadoon),
et par l’un des plus beaux scores de Miklos Rosza, à
la fois empreint de romantisme et de nostalgie funèbre.
Le casting est irréprochable faisant se côtoyer
autour de Stewart Granger, le jeune Jon Whiteley très
sobre, la belle Viveca Lindfors, la pulpeuse Joan Greenwood
et le talentueux George Sanders, toujours aussi à
l’aise dans ses interprétations de personnages
totalement mauvais.
Fritz Lang étant un homme sérieux
et somme toute assez austère, amateurs de films d’aventures
et de cape et d’épée remuants et vigoureux,
sachez que ce film est totalement dénué de
la verve d’un Raoul Walsh, de l’éclat
chatoyant d’un Richard Thorpe ou de la vivacité
et de l’humour d’un George Sidney. Pourtant
ce chef d’œuvre du film de studio est une perle
inquiétante qui n’a pas fini de hanter nos
esprits que nous soyons enfant ou adulte.
Bonus critique :
extrait de "Regards sur le cinéma américain"
de Patrick Brion (2001) :
"De tous les films hollywoodiens de Fritz Lang,
Moonfleet est l’un des plus purs, une sublime confrontation
entre les thèmes germaniques des premières
œuvres du cinéaste et l’atmosphère
des romans d’aventures anglo-saxons, entre les exigences
et les obsessions du réalisateur incorruptible et
hautain et la perfection plastique de la Metro Goldwin
Mayer"
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Image : Contrairement à la précédente édition
distribuée par le CNDP, Warner propose ici une
image encodée en 16/9 de toute beauté.
Le format 2.35 est respecté et la colorimétrie
qui avait tendance à fluctuer est cette fois-ci
parfaitement maîtrisée. Le travail effectué par
Warner France rend ainsi un bel hommage à la superbe
photographie de Robert Plank : les couleurs sont pimpantes
sans être criardes, c’est un véritable
plaisir pour les yeux.. Que les scènes soient
tournées en extérieurs ou en studio, on
ne relève quasiment aucun défaut. La copie
est particulièrement propre et propose un master
d’une qualité assez rare pour un film âgé,
rappelons-le, de presque 50 ans ! Côté compression
c’est également une réussite : les
arrières plans ont un beau rendu et on ne remarque
aucune pixellisation ou autre effets de scintillement.
Enfin
la définition et les contrastes sont, eux
aussi, très bons : sans atteindre le niveau de
North by Northwest (édité également
par Warner), l’image offre tout de même un
niveau de détail remarquable. Côté contrastes,
c’est un vrai bonheur : les scènes nocturnes
on un beau rendu et restent parfaitement lisibles.
Bref,
les efforts de restauration sont remarquables et l’équipe de Warner France à l’origine
de cette réédition (que vous ne trouverez
pas en Z1) signe ici un encodage DVD exemplaire.
Son : contrairement aux spécifications
que l’on trouve imprimé au dos de la jaquette,
le DVD ne possède pas de piste 2.5 ( !!). Les
deux bandes son (VF et VO) sont en mono. Ce format fidèle à la
piste originale permet aux voix et à la partition
de Rosza de s’exprimer dans de bonnes conditions
(en v.o. bien sûr !). A priori cette bande son
est la même que celle présente sur le précédent
DVD (éditions CNDP).
Image :
La copie utilisée ici est celle diffusée
par TCM dont on ne peut pas dire qu’elle soit de première
fraîcheur. Le master n’est pas trop abîmé
mais les changements de teintes sont trop nombreux à
l’intérieur des scènes : certains plans
tout au long du film virent au vert ou au rose assez souvent.
Les nombreuses séquences de nuit sont trop peu contrastées
à cause de l’augmentation de la luminosité
pour qu’on puisse y voir quelque chose : les noirs
deviennent alors des gris. La seule séquence tournée
hors studio, celle du piège tendu aux contrebandiers
sous les falaises, est bien trop granuleuse. Heureusement,
toutes les scènes d’intérieur utilisant
des décors et costumes aux couleurs chatoyantes (la
scène de danse gitane par exemple) sont assez bien
rendues même s’il est probable qu’elles
aient été, dans les copies originales,
encore plus pimpantes.
Son : La bande sonore, reprenant le
mono d’origine, est de bonne tenue. La superbe partition
de Miklos Rosza ressort très bien et les dialogues
sont compréhensibles et clairs.
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Nous l’avons
vu, Warner France nous offre un superbe master. Par
contre on y perd (question
d’espace disque ?) un des trois documentaires présents
sur la précédente édition qui, rappelons-le, était
destinée aux enseignants. Les deux passionnants
documentaires présentés ici sont : "L’épreuve
du souterrain" et "Les messages de Fritz
Lang (genèse
de Moonfleet)" dont Jeremy Fox parle dans les lignes
précédentes.
Pour
conclure, nous pouvons être satisfait : après
une longue attente Moonfleet sort enfin dans une édition
de grande qualité. La packaging est classique
mais en revanche le prix (environ 13 euros) est particulièrement
attractif pour un film de cette trempe.
Au
départ, ce DVD est issue d’une collection
conçue pour accompagner en cinéma le plan
de cinq ans pour le développement des arts et de
la culture dans les écoles. C’est donc tout
d’abord à une vocation pédagogique qu’est
dévolu ce DVD. Nous lui pardonnerons donc son esthétique
purement didactique que ce soit pour la jaquette ou les
menus d’une rare laideur.
La grande force de ce DVD vient de ses bonus : un portfolio
de tableaux, images et affiches ayant un rapport direct
ou lointain au chef d’œuvre de Lang et surtout
trois documentaires :
1. Les messages de Fritz Lang (genèse
de Moonfleet) : A partir des documents déposés
par Fritz Lang à la cinémathèque
française (scénario, storyboard…),
des extraits de Moonfleet, d’un entretien entre
Lang et Godard, Bernard Eisenchitz commente le travail
du réalisateur en insistant surtout sur la confrontation
du cinéaste avec les exigences du studio. Documentaire
de 30 minutes vraiment passionnant dans lequel on a
la
chance de voir Lang commenter son travail de mise en
scène.
2. L’épreuve du souterrain :
Analyse de 20 minutes par Alain Bergala des épreuves
qu’affronte le jeune héros en se retrouvant
à deux reprises sous terre (la grotte et le puits).
Analyse symbolique et psychologique assez intéressante
permettant aux enfants d’appréhender ce
qui peut se cacher derrière des images ou des
péripéties
apparemment banales.
3. Pirates et contrebandiers :
Documentaire de 26 minutes d’Hervé Pernot
sur les pirates. Assez didactique mais souvent intéressant
ponctué
d’extraits de Moonfleet, Barbe-Noire le pirate
et Le pirate noir. Il se termine même sur une
brève
présentation des pirates au cinéma.
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