
|
Réalisé par Orson Welles
Avec Rita Hayworth, Orson Welles,
Everett Sloane, Glenn Anders, Ted de Corsia, Erskine Sanford
Scenario : Orson Welles, William Castle,
Sherwood King...
Musique : Heinz Roemheld
Photographie : Charles Lawton Jr
Montage : Viola Lawrence
Un film Columbia Pictures
USA - 87' - 1948
|

Zone
1
Format 1.33:1
Langues : Anglais (DD 2.0) / Français
(DD 2.0) / Espagnol / Portugais
Ss-titres : Anglais / Français
/ Espagnol / Chinois / Coréen / Thai / Portugais
N&B - Mono d'origine
Columbia Tristar Studios |


|
Chroniqués
par DvdClassik :
|
|
|
|

|

Un soir, Michael O'Hara, un marin irlandais, vient
en aide à une mystérieuse et superbe femme victime
d'une agression. Après une courte conversation, elle
disparaît dans la nuit. Plus tard, il est engagé
à bord du yacht d'Arthur Bannister, riche avocat, et
mari de la femme qu'il a sauvé, Elsa Bannister. Michael
devient l’amant d’Elsa. Petit à petit,
il se retrouve mêlé à une complexe histoire
de fraude et de meurtre... |
|
 |
La
légende dit que La Dame de Shanghai
serait le cadeau empoisonné d'Orson Welles à
Rita Hayworth, qu'il lui aurait fait lors de leur divorce,
pour briser sa carrière. Disons-le d'emblée,
ce n'est qu'une légende. A cette époque, Welles
a besoin d'argent, et sa carrière est compromise
par les échecs commerciaux successifs de Citizen
Kane et La Splendeur des Amberson. Il doit
donc prouver qu'il est capable de mettre en scène
un film rentable. Il choisit comme sujet un roman noir de
Sherwood King qu'il avait sous la main, et Rita Hayworth,
comme cadeau de divorce, accepte de participer au projet.
Grâce à sa présence au générique,
le film peut se faire. Mais lorsque Harry Cohn, grand manitou
de la Columbia et pygmalion de Rita Hayworth, voit le résultat,
il fait remonter le film selon ses vœux et repousse
sa sortie pendant deux ans pour ne pas nuire à la
carrière de son actrice. A sa sortie, en 1948, le
film déroute le public, qui ne supporte pas de voir
Rita dans un rôle de monstre. C'est un naufrage financier
qui compromit la carrière de Rita Hayworth et encore
plus celle de Welles. Aujourd'hui encore, La Dame de
Shanghai est un film déroutant.
La Dame de Shanghai marque la
venue de Welles au film hollywoodien avec le mélange
de deux genres typiques : le film noir et le film d'aventure.
Car si l'intrigue, basée sur la corruption et la
manipulation , avec en plus la présence d'une femme
fatale, est typique du genre noir, son décor et son
déroulement font plus penser au film d'aventure :
Le film noir est un genre immobile, clos, nocturne. Ici,
on va de San Francisco aux Caraïbes pour se retrouver
au tribunal et quelques minutes plus tard à Chinatown,
et la plus grande partie du film s'est déroulée
à bord d'un yacht, décor mobile par excellence.
La fusion de ces deux genres diamétralement opposés
fait de La Dame de Shanghai un film hollywoodien
atypique, et l'un des films les plus étranges tout
court.
Mais son étrangeté vient aussi de son atmosphère.
Contrairement aux autres films de Welles, nous n'avons droit
ici qu'à peu de cadrages insolites, la caméra
y est beaucoup plus discrète. Est-ce dû au
charcutage des studios ou est-ce voulu par Welles ? On ne
le saura jamais. Mais le résultat est là :
Il en découle une ambiance onirique, planante, et
pénétrante.
L'autre élément qui déroute est le
personnage d'Elsa Bannister, interprété par
Rita Hayworth. Femme fatale originale presque surnaturelle,
contrairement à Barbara Stanwyck dans Assurance
sur la mort (Wilder, 1944) ou à Jane Greer dans
La Griffe du Passé (Tourneur, 1947), elle
ne trompe personne. Pour le spectateur, il est clair dès
le début qu’il s’agit d’un monstre
assoiffé de sang et d'argent, qui, dans la célèbre
scène de la galerie des glaces, devient littéralement
une créature surnaturelle, entre le requin et le
dragon (regardez bien les gants qu'elle porte lors de cette
scène), digne de King Kong ou de Godzilla.
Mais à travers cette histoire à dormir debout,
Welles a voulu dresser un portrait de la société
américaine : le portrait d'une société
de requins qui se dévorent, qui n'ont pour but que
de gagner de l'argent, quelqu'en soit le prix. Cet aspect
prend tout son sens lors du final (dont nous ne révèlerons
rien ici), où le film se déconstruit sous
les yeux de Welles et du spectateur, donnant l'impression
de se réveiller d'un cauchemar, d'une mascarade dont
les acteurs ne seraient que de sinistres pantins ne songeant
qu'à amasser le plus possible en s’entretuant.
Cette mascarade, semble nous dire Welles, c'est l'Amérique.
La Dame de Shanghai se révèle
être au final le film le plus fantasmatique de son
auteur, et aussi l'un de ses plus personnels. Aujourd'hui
encore, il déstabilise les spectateurs, et est de
ce fait mésestimé. Sans être le meilleur
film de Welles (qui est selon moi La Soif du Mal),
il s'agit de l'un des sommets de sa carrière. Il
serait donc dommage de passer à côté.
|
|
 |

Image : La copie présentée est correcte
mais pas exempte de poussières et de griffures. Cependant,
le transfert est de bonne tenue, et les artefacts de compression
sont rares. Certains fourmillements sont visibles lors des
travellings, mais ne sont pas trop gênants.
Son : Le film
est présenté dans son mono d'origine. La piste
anglaise est claire et propre, sans bruit de fond notable.
Les dialogues sont tout à fait compréhensibles.
Par contre, pour les amateurs de VF, la piste française
est assez mauvaise. Raison de plus pour voir le film en
VO! (en plus la voix de Rita Hayworth...)
|
 |

Un commentaire audio de l'historien Peter
Bogdanovich, qui fut ami et collaborateur de Welles, qui
analyse le film et raconte l'histoire de sa production.
Ce commentaire se révèle intéressant
et instructif, mais aussi agréable à écouter.
Un documentaire replaçant le film
dans son contexte et racontant les problèmes que
traversait Orson Welles à cette époque.
Plus les traditionnelles bandes-annonces
et biographies
Bien que la copie aurait mérité
une restauration, ce DVD s'avère tout à fait
correct. Mais attendons le Z2 prévu pour bientôt
pour comparer.
|
|
|
|