Réalisé par Delmer Daves
Avec Glenn Ford, Jack Lemmon, Brian Donlevy, Anna Kashfi
Scénario : Edmund H. North et Dalton trumbo (non crédité) d’après le livre de Frank Harris ‘My reminiscences as a cowboy’
Musique : George Duning
Photographie : Charles Lawton Jr
Un film Columbia
Usa – 88 mn - 1958



Columbia / Tristar
88 mn
Zone 2
Format cinéma : 1.85
Format vidéo : 16/9
Langues : Anglais / Français / Italien / Allemand / Espagnol
Sous titres : Français / Anglais / Allemand / Polonais / Tchèque / Hongrois / Hindi / Turc / Danois / Arabe / Bulgare / Suédois / Finnois / Islandais / Néerlandais / Norvégien / Portugais / Hébreu / Espagnol / Italien / Grec
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3h10 pour Yuma (Z2)

 

 



Réceptionniste dans un grand hôtel de Chicago, Frank Harris est fasciné par la vie itinérante des vachers. Souhaitant rejoindre au Mexique la fille qu’il aime, il profite de l’état d’ébriété de Reece, un cow-boy descendu à l’hôtel avec ses hommes, pour s’associer avec lui et se faire embaucher dans son équipe. En effet, Reece se rend justement dans le pays de la bien-aimée de Frank, pour acheter au père de cette dernière de nouvelles têtes de bétail. Frank démissionne alors de son poste pour suivre les cow-boys, mais découvre rapidement une vie non pas telle qu’il l’avait rêvé mais au contraire pénible, laborieuse, répétitive, dérisoire, émaillée de quelques joies mais aussi de beaucoup de douleurs.

1958. La décennie ayant marquée l’apogée du classicisme hollywoodien touche à sa fin. Décennie bénie de tous les cinéphiles pour le nombre de chefs d’œuvres qu’elle recèle, et chérie par tous les amoureux du western, la majorité des plus grands films du genre ayant été réalisé durant cette période. Une décade qui se terminera en apothéose, l’année suivant la sortie de Cow-boy, par l’éternel et inusable Rio Bravo de Howard Hawks. On peut dire, sans grand risque de se tromper, que les meilleurs cinéastes ayant œuvré dans le genre ont chacun réalisé au moins deux chefs d’œuvres durant cette courte période, que ce soit Anthony Mann, Howard Hawks, John Ford, Henry Hathaway, Robert Aldrich, William Welmann, Alan Dwan, Budd Boetticher, André De Toth, John Sturges, et d’autres encore. Delmer Daves a lui aussi contribué à cette ‘époque glorieuse du western’ avec, dès 1950, le premier film ouvertement ‘pro-indien’, La flèche brisée, mais surtout grâce aux deux sommets de sa filmographie que sont La dernière caravane (1954) et 3h10 pour Yuma (1957). D’où une partie de la déception que nous cause la vision de Cow-boy, ce dernier faisant quand même assez pâle figure placé au milieu de toutes ces pépites.

Sixième des 9 westerns de Delmer Daves, Cow-boy est tiré d’une chronique authentique de Frank Harris dont le rôle est tenu à l’écran par Jack Lemmon. L’idée de départ avait tout pour plaire, ayant pour ambition de narrer simplement et sereinement la vie de tous les jours d’un groupe de cow-boys à travers leur peines et leurs joies. Le scénario est attribué au générique par Edmund N. North, auteur entre autre du magnifique script de La fille du désert de Raoul Walsh. En fait, il ne s’agit pas du véritable auteur, celui-ci étant Dalton Trumbo, ne pouvant à cette époque pas le signer, car faisant partie de la tristement célèbre ‘liste noire’. C’est donc Edmund N. North, connu pour ses positions libérales, à qui l’on demande d’apposer son nom sur le scénario qui est remis entre les mains du réalisateur. Ce sera la dernière ‘œuvre non créditée’ de Dalton Trumbo.

Delmer Daves s’attelle donc à la tâche et reprend quasiment la même équipe ayant travaillée l’année précédente sur 3h10 pour Yuma. Mais cette fois le film ne s’avère être qu’une semi-réussite, et ceci à tous les niveaux. George Duning, qui avait signé l’une de ses plus belles partitions pour ‘Yuma’ nous concocte ici une musique bien sympathique mais très loin d’atteindre les sommets d’émotion que dégageait son score précédent. Charles Lawton Jr. pare le film de couleurs chatoyantes mais sa photographie ne marquera pas la rétine comme celle en somptueux noir et blanc du film antérieur. Et Delmer Daves, certainement lassé d’avoir, sur 3h10 pour Yuma, réglé tous ses cadrages à la perfection, ne nous laisse cette fois aucun souvenir précis d’une quelconque image ou d’un seul plan inoubliable. Certains parleront de nonchalance, mais si nonchalance et sobriété il y a, elles sont malheureusement accompagnées d’une certaine paresse de la mise en scène. Tout ceci est d’autant plus regrettable que le potentiel suggéré par l’idée de départ pouvait nous laisser espérer un nouveau chef d’œuvre du genre.

On ne ressent malheureusement qu’à de trop rares instants, la conviction qu’a du pourtant avoir Delmer Daves à diriger ce film : ce n’est qu’une impression puisque ce dernier demeure fier du résultat, son amour pour les situations et ses personnages n’étant pas à mettre en doute, et s’estimant avoir réussi à montrer ce qu’il avait voulu : "La vie des cow-boys était pénible, leur humour était rude, et nous l’avons montré. Les nuits étaient de véritables nuits et non ces crépuscules bleutés en Technicolor, des nuits comme on les vit dans la prairie, dans les canyons" dira t’il à l’un de ses plus grands défenseurs, Bertrand Tavernier, lors d’une interview reprise dans son passionnant ‘Amis américains‘. Mais peut-on imputer au seul réalisateur cette impression de semi-échec ? Delmer Daves était-il vraiment l’homme de la situation pour mettre en image un scénario mélangeant maladroitement les genres ? Car là où le bat semble blesser le plus, c’est assurément au niveau de l’écriture. Le film mélange les tons sans que jamais ceux-ci se marient harmonieusement entre eux. Il démarre en trombe, quasiment comme du Billy Wilder, la présence de Jack Lemmon accentuant ce sentiment, mais l’histoire d’amour, qui fait dès le début son apparition, est bien terne et nous aurions pu très aisément nous en passer. Même s’il est vrai que l’histoire ne se prêtait guère à un crescendo dramatique, nous aurions pu quand même préférer ressentir un certain ‘liant’ entre les scènes, ce qui nous aurait permis d’être plus en phase avec ces personnages qui nous restent un peu extérieurs bien qu’ils soient croqués avec humanité par le réalisateur.

Mais attention, par bien des côtés, le film demeure extrêmement intéressant. Daves a recherché le côté vériste sans jamais cependant verser dans la démystification à la manière d’un Peckinpah. Si effectivement le côté romantique du ‘cow-boy Marlboro’ en prend un sacré coup, le réalisateur demeure un chantre du classicisme, généreux et sensible, jamais cynique ni même ironique. Il a cherché d’une manière assez documentaire, sans dramatisation outrancière, à nous faire découvrir les vrais aspects d’un métier rude et non ‘exotique’ comme tous les adolescents se l’imaginait à la vision de multiples autres westerns. Pour comprendre cet aspect le plus passionnant du film, il suffit de citer deux extraits de ses dialogues. Au tout début, lorsque Reece, dans son bain, se fait livrer une bouteille par le garçon d’hôtel, en l’occurrence Jack Lemmon, ce dernier lui disant son admiration et son attirance pour le métier de cow-boy, Reece lui rétorque sans ménagement et avec une ‘savoureuse cruauté’ : "Oui, dormir à la belle étoile, les chants autour du feu de camp. Et votre fidèle cheval broutant à vos côtés…Vous êtes un idiot, un idiot rêveur et c’est la pire espèce d’idiot ! Savez vous vraiment ce qu’est la piste ? Nuages de poussière et trombes d’eau. Seul un idiot peut aimer cette vie. Et les boniments sur les chevaux ! La loyauté et l’intelligence du cheval. Les chevaux ont une cervelle de la taille d’une noix. Ils sont méchants, traîtres, stupides. Même pas assez intelligents pour s’éloigner du feu. Aucuns homme doué d’intelligence peut aimer les chevaux. L’homme tolère la sale carne parce que vaut mieux chevaucher que marcher." Pour qu’un sourire se dessine sur vos lèvres, je vous laisse imaginer la figure ahurie de Jack Lemmon à cet instant, qui reste bouche bée par ces explications.

Un autre moment très réussi, mais plus du tout drôle, est celui au cours duquel, une nuit, par excès de fanfaronnade, un homme lance un serpent venimeux au milieu du groupe, trop calme à son goût. Malheureusement l’animal retombe sur les épaules de l’un d’entre eux et le tue. Dans n’importe quel autre film, le responsable aurait été puni mais là, devant le regard étonné du ‘tenderfoot’, rien de tel ne se passe, tout le monde comprenant que ce n’était qu’un jeu stupide mais n’en faisant pas grand cas. Reece, lors de l’enterrement, dira : "Devant pareille chose, on se demande comment c’est arrivé. Par sa faute ou par celle d’un autre ? La seule certitude que nous ayons c’est qu’il y a un mort. La cause n’a aucun intérêt. Si ce n’avait pas été un serpent, ça aurait pu être un taureau ou un Comanche ou bien son cheval aurait pu trébucher dans un trou de chien de prairie par une nuit sombre." Et le responsable continue à tenir sa place au milieu du groupe comme si de rien n’était, sans même que sa conscience en soit affectée. C’était le destin, la vie continue !

Ces deux scènes montrent à quel niveau le film aurait pu s’élever si toutes les autres avaient été de cette qualité, mais il aurait fallu aussi que le thème de l’amitié entre les deux hommes ait été un peu plus creusé car, là encore, ça ne fonctionne qu’à moitié : nous avons vraiment du mal à croire au changement de caractère si rapide de Frank Harris après ce ‘voyage initiatique’. En effet, après sa déception au début du voyage, et après avoir partagé quelques temps la vie ce ces cow-boys, il va finir par comprendre Reece, sa dureté envers lui, et nous allons assister à la naissance d’une amitié à la toute fin du film. Ce qui nous empêche aussi de croire à ce revirement brusque du personnage, c’est, il faut l’avouer, le fait que Jack Lemmon se révèle bien moins à son aise dans le genre que le toujours impeccable Glenn Ford. Alors que dans la première partie assez enjouée, l’acteur se retrouve dans son élément de comédie quand il joue au ‘pied tendre’ naïf et maladroit, il est bien moins convaincant dans son rôle de ‘dur à cuire’ de la seconde moitié du film.

Un scénario qui aurait donc mérité, à mon sens, d’être étiré pour obtenir un film plus long, plus ample, moins saccadé, aux scènes d’actions mieux intégrées au reste du récit et pour ne pas avoir cette fâcheuse impression que le réalisateur n’a pas su comment boucler son film puisque le final nous apparaît purement et simplement bâclé. Cependant, et pour conclure sur une note plus positive, il serait exagéré d’accabler plus longtemps ce film honnête et généreux qui se regarde malgré tout avec beaucoup de plaisir. Delmer Daves n’a pas franchement un style reconnaissable car il a tout au long de sa carrière fourni un continuel effort pour adapter un style différent suivant le sujet qu’il traitait. L’ensemble de ses westerns, même s’il ne possède pas l’homogénéité de celui d’un Anthony Mann, est l’un des plus intéressant de l’histoire du genre, comprenant outre les titres déjà cités d’autres œuvres estimables comme L’aigle solitaire, Jubal, La colline des potences ou L’or du hollandais. Pour les fans du genre, il serait quand même dommage de passer à côté de Cow-boy malgré les réticences qui ont été notifiées ci-dessus.

Image : Etonnant de la part de l’éditeur Columbia de nous avoir sorti le même jour les DVD de 3h10 pour Yuma et de Cow-boy et que la différence qualitative soit à ce point énorme. Alors que 3h10 pour Yuma a bénéficié d’un traitement absolument remarquable, il n’en est pas de même, hélas, pour le film qui nous intéresse ici. Il aurait été encore plus dommage que ce soit le contraire, au vu de la qualité des films, mais quand même ; le DVD de Cow-boy est assez déplorable. Non content de bénéficier d’une copie assez abîmée (voire même très abîmée à certains moments), les couleurs ont tendance à virer au jaune et une compression déficiente nous donne très souvent des images très bruitées. Et puis, il faut avouer que certains bouts de séquences en extérieurs font partie des plus vilaines jamais encore vu sur ce support. Pour résumer, il ne reste quasiment rien du travail de Charles Lawton Jr. Heureusement, le générique de Saul Bass est intact.

Son : En ce qui concerne le son, la version originale est d’assez bonne tenue alors que la version française gomme tous les bruits d’ambiance.







En bonus, deux bandes annonces, celle du film ainsi que celle de Géronimo de Walter Hill.


Un film chroniqué par Jeremy Fox