Comédie
la plus célèbre de Richard Quine,
cinéaste trop méconnu qui eut Blake Edwards
comme scénariste pour ses premiers films, cette Adorable
voisine passe pour être le film qui a donné
naissance à Ma sorcière bien aimée,
série mythique et délicieuse diffusée
en France dans les années 70. Elle rentre dans le
cadre de ces comédies à caractère fantastique
prenant pour héros de gentils sorciers ou fantômes
dont les plus connus sont L’Aventure
de Mme Muir de Mankiewicz ou Ma
femme est une sorcière de René Clair.
Il s’agit ici d’une adaptation d’un succès
théâtral de Broadway dont le passage à
l’écran devait voir au départ Jennifer
Jones interpréter le rôle principal.
Finalement, c’est le couple James
Stewart et Kim Novak qui se reforme la même année
que Sueurs froides
mais dans un film au registre beaucoup plus léger
quoique empreint d’une certaine mélancolie.
Richard Quine réalise une nouvelle fois un hymne
à la beauté de son actrice fétiche,
aidé en cela par la somptueuse garde robe que lui
a créé le costumier Jean-Louis. Divinement
habillée, elle rayonne sur toute la durée
du film et son talent n’est pas en reste. Mais ses
partenaires ne doivent pas être négligés
pour autant : James Stewart égal à lui-même
pour son dernier rôle dans une comédie, Jack
Lemmon (sorcier un peu immature) et Ernie Kovacs (l’écrivain,
soit disant spécialiste de la magie), très
drôle tous les deux mais aussi les autres sorcières
exubérantes interprétées par les pittoresques
Hermione Gingold et Elsa Lanchester.
Ce film, mené sur un tempo assez
nonchalant, baigne dans une ambiance feutrée bien
rendue par les décors, la musique jazzy de George
Duning et la belle photographie de James Wong Howe. Une
assez jolie mise en scène, qui réussit à
être vraiment superbe lorsque Quine aère la
pièce de théâtre par des échappées
à l’extérieur de l’appartement
: les scènes de déambulations nocturnes dans
les rues enneigées ou encore cette scène fabuleuse
du premier baiser suivi d’un travelling ascendant,
caressant en plan d’ensemble un New-York à
l’aube sous la neige, et qui se termine par une vision
du couple s’enlaçant en haut d’un building.
Et que dire de ce gros plan magnifique sur le visage en
larmes de Kim Novak (larmes qu’elle ne pouvait avoir
tant qu’elle possédait ses pouvoirs magiques)
? L’un des plus émouvant de l’histoire
du cinéma.
Mais alors, pourquoi cette belle et intelligente
réflexion sur la valeur du sentiment amoureux nous
laisse-t-elle sur notre faim ? Un peu trop sage peut-être.
On l’aurait voulu plus drôle, plus romantique,
plus émouvante, plus dynamique, plus rythmée.
On aurait souhaité un peu plus de l’élégance
de Minnelli, de la vigueur de Hawks et du mordant de Wilder.
La déception est d’autant plus grande que l’on
sent qu’il aurait suffit d’une étincelle
pour transformer ce beau film en un chef d’œuvre
du genre de La Garçonnière
par exemple. Il reste quand même assez de belles choses
pour y passer un très bon moment et parmi celles-ci,
un numéro musical de Philippe Clay dans la scène
de la boîte de nuit.
Deux ans plus tard, le réalisateur
retrouvera Kim Novak pour son chef d’œuvre méconnu,
un film d’une belle sensibilité mais dans un
genre totalement inédit pour lui, le drame de mœurs
: ce sera le splendide Liaisons secrètes,
drame de l’adultère avec pour partenaire masculin
Kirk Douglas dans un de ses rôles les plus émouvants.
En attendant, cette Adorable voisine considéré
par Tavernier comme l’un des plus beau film des années
50, n’est pas à négliger ne serait-ce
que pour tous les amoureux de la pulpeuse Kim Novak.