Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méconnus

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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kiemavel
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

pak wrote:Tiens, l'a changé de pseudo André Jurieux ou bien ? :mrgreen:

Décidément, faut pas s'absenter quelques mois...

Bon, on perd pas au change, ce topic est toujours passionnant à lire. Bravo kiemavel, ça donne des envies de polars crapoteux tous ces avis !
Merci pak.

Et oui, j'ai changé de nom (tant de popularité, c'était plus vivable). Et toi, il y a un moment qu'on ne t'avait plus lu par ici...Tiens petite coïncidence. Je me souviens que les films d'aviation étaient une de tes spécialités. Toi ou Filiba (un autre disparu), je ne sais plus lequel des 2, avait ouvert un topic à ce sujet...Or je viens de voir ou revoir quelques films pas trop communs de la famille "vieux coucous". Air Mail (Tête brulée) de Ford (intéressant mais mineur pour Ford). Men with Wings (Les hommes volants) de Wellman (Pareil, intéressant mais relativement mineur pour ce metteur en scène). Ce film de 1938 était déjà le 3 ou 4ème Technicolor de Wellman !!! Et enfin A Guy Named Joe (Un nommé Joe) de Fleming, qui est plus un drame romantique comportant un aspect fantastique qu'un film d'action. Je viens d'écrire un texte sur ce dernier mais je l'ai mis dans le topic Irene Dunne (et pas dans Cinema et Aviation dans lequel il pourrait être aussi)
pak
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by pak »

Hello,

Oui, j'ai fait une pause de quelques mois, occupé par ailleurs à alimenter une base de données cinéma. Mais ce travail de taupe, bien que super intéressant et instructif, est assez lassant sur la durée. Et c'est moins convivial que de participer à un forum car à faire des recherches dans des bouquins et sur le net, on s'isole quelque peu...

J'avais bien aimé le remake que Spielberg avait fait du Flemming (par contre pas vu l'original). Je connais le Ford et le Wellman de nom, mais pas vus non plus hélas...
Le cinéma : "Il est probable que cette marotte disparaîtra dans les prochaines années."

Extrait d'un article paru dans The Independent (1910)

http://www.notrecinema.com/
Dave Bannion
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by Dave Bannion »

kiemavel wrote:
Dave Bannion wrote:On est 2 maintenant à attendre tes prochaines chroniques......qui n'arrivent pas.
Au boulot Kiemavel !!!!
J'aimerais bien que cesse ce harcèlement svp :mrgreen: Euh, cette fois çà arrive...ou plutôt çà revient. J'ai une nouvelle rafale de Noirs qui devrait rentrer dans le topic prochainement.

Tu vois quand tu veux !!!!!!
Impatient de lire la suite.....
kiemavel
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

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SHOW THEM NO MERCY ! George Marshall. 1935

Avec Cesar Romero (Tobey), Bruce Cabot (Pitch), Rochelle Hudson (Loretta Martin), Edward Norris (Joe Martin), Edward Brophy (Buzz) et Warren Hymer (gimp)

La voiture de Joe et Loretta Martin, un jeune couple sans le sou en partance pour Sacramento ou Joe doit prendre un travail, s'enlise sur une route secondaire inondée par une pluie torrentielle. Au milieu de la nuit, Joe, sa femme, leur petite fille et leur chien trouvent refuge dans une maison apparemment abandonnée et isolée au milieu de la forêt, pensant en repartir dès le lendemain matin, mais alors qu'ils dorment, 4 hommes armés surgissent dans la maison. Ils enferment la famille dans une des chambres, pensant d'abord se débarrasser d'eux au plus vite mais la présence d'un bébé qu'un des hommes refuse de supprimer, et la volonté de Tobey, le chef du groupe, qui refuse par principe de se livrer au meurtre mais qui hésite néanmoins à supprimer ces témoins gênants, stoppent provisoirement les intentions criminelles de Pitch, le plus violent de tous. Les 4 hommes avaient prévu de se partager la rançon de 200 000 $ qu'ils venaient de récupérer contre la libération d'un fils de famille qu'ils avaient kidnappé avant de repartir au plus vite mais ils sont contraint de rester sur place et d'attendre que les recherches s'estompent. Alors qu'au cours de cette première nuit, ils s'interrogent sur le sort à réserver aux otages, la radio diffuse une alerte les concernant et le jeune couple comprend à qui ils ont affaire. Leurs jours sont désormais comptés...

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Le titre annonce partiellement la couleur, en français çà donne " Ne leur montrez aucune pitié ". A propos de ce petit film de gangsters du milieu des années 30, je peux réemployer les termes utilisés à propos d'un autre film précédemment critiqué dans ce topic, "Citadel of Crime" de George Sherman. C'est le genre de film très bien fait, court et nerveux (75 min) mais aussitôt vu, aussitôt oublié, même si de ce récit minimaliste, Marshall tire sans doute le meilleur parti possible. C'est un film au rythme vif, en rien statique malgré un huit-clos quasi permanent, comportant des moments de violence assez saisissants, notamment dans le final, mais dans lequel, en spécialiste de la comédie, Marshall épice heureusement le récit de traits d'humour bienvenus qui contrebalance un peu le coté douteux du fond du propos. Le film en effet se présente en apparence comme un plaidoyer en faveur des méthodes policières expéditives employées pour éradiquer le crime.

Le film est de fait le reflet d'une époque. Il a été réalisé juste après une vague d'enlèvement de personnalités célèbres, alors la production avait surement l'intention de montrer avec quels traitements impitoyables il fallait procéder avec de tels malfrats...mais paradoxalement, au final ce seront les policiers qui s'avèreront bien plus dangereux que les 4 kidnappeurs. Les plus grands éclats de violence, une certaine volonté de vengeance, viendront en effet de la police car même si les 4 hommes ne sont pas des enfants de coeur, Marshall et son scénariste se servent du cadre inhabituellement bucolique et rural de ce film de gangsters -un peu comme dans Citadel of Crime d'ailleurs- pour nuancer le propos à leur sujet et pour commencer, le scénariste ne les a pas présenté d'un bloc, bien au contraire. Les différentes personnalités des 4 hommes sont assez bien montrés et ne seront pas sans conséquences dans la suite du récit, les voici :

L'assez limité Cesar Romero jouait donc Tobey, le chef des affreux. Il restait dans son emploi presque minimal, l'élégant gominé, très souriant et charmeur malgré le coté mauvais garçon. Par ailleurs, il est dans le doute concernant l'avenir des otages. Il répugne à répandre le sang mais n'a aucune envie de se faire prendre après ce gros coup réussi et doit faire face à la bande et agir...(ou bien...) et d'ailleurs son second, Pitch, joué par Etienne Pelissier Jacques de Bujac, cad Bruce Cabot, son nom véritable, lorgne un peu sur la place et à beaucoup moins de scrupules de Tobey...Cabot est excellent dans ce rôle, le plus riche et le plus intéressant de tous les personnages, otages compris. Entre autre chose, il maltraite un peu les 2 autres membres de la bande, Gimp, le plus humain et le plus scrupuleux, ainsi que Buzz, un type assez stupide dont Pitch et Tobey se moquent en permanence. Ce rôle est tenu par l'excellent Edward Brophy, petit bonhomme rondouillard et chauve qui a peur de tout. Il est l'objet de la plupart des gags amenés par Marshall. Je n'en dis pas trop mais ce bon George sait se servir d'une maison bouffée aux termites, de la présence d'un pivert dans la forêt environnante, etc...sans que cela ne rompe aucunement la tension généré par le film car justement l'humour est introduite presque exclusivement par ce personnage ridicule...Mais Marshall sait se servir aussi de la présence d'un bébé et d'un chien (qui est au moins d'une excellente scène).

Quant au couple d'otages, le jeune courageux est joué de manière acceptable par Edward Norris, tandis que la très belle Rochelle Hudson incarne bien mieux la douce et jeune ingénue aux ressources insoupçonnées. Elle multiplie les regards effrayés, pour elle comme pour sa petite fille pendant une bonne parie de l'histoire, mais elle sait à l'occasion jouer de la mitraillette Thompson ! La très belle Rochelle Hudson (oui, je sais, je radote) n'a eu qu'une toute petite carrière. Dans les années 30, elle était notamment une des 2 jeunes filles de " Wild Boys of the road ". Elle était également Cosette dans la très moyenne version des Misérables de Lewis Milestone, jouait aussi la fille de Claudette Colbert dans le 1er " Imitation of life" et elle a terminé sa carrière en étant la mère de Natalie Wood dans " La fureur de vivre " puis au milieu des années 60 en tenant des rôles secondaires dans les thrillers de William Castle.

Quand à George Marchemal, d'une carrière très prolifique, plutôt cantonnée aux séries B, on peut retenir ses comédies (pour Laurel et Hardy, Bob Hope, Betty Hutton, Jerry Lewis...et Glenn Ford qu'il employa souvent dans des comédies) et ses westerns, dans lesquels on retrouve parfois l'humour qui était sa grande spécialité. Il aura assez rarement joué en 1ère division mais il y a tout de même quelques exceptions : La belle biographie du magicien " Houdini ", le film noir "Le dahlia bleu " et une imitation pas trop honteuse -contrairement à ce qu'en dit Tavernier, d'Autant en emporte le vent, " Le sang de la terre "...mais dans lequel il faut supporter une plus que jamais larmoyante Susan Hayward.

Show Them...a été une belle surprise et est surement un des tout meilleur film de gangsters "inconnu" que j'ai vu jusqu'ici. vu en VOST
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

pak wrote:Hello,

Oui, j'ai fait une pause de quelques mois, occupé par ailleurs à alimenter une base de données cinéma. Mais ce travail de taupe, bien que super intéressant et instructif, est assez lassant sur la durée. Et c'est moins convivial que de participer à un forum car à faire des recherches dans des bouquins et sur le net, on s'isole quelque peu...

J'avais bien aimé le remake que Spielberg avait fait du Flemming (par contre pas vu l'original). Je connais le Ford et le Wellman de nom, mais pas vus non plus hélas...
Une base de données qui est lisible ? et ou ?
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

Rochelle again...

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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

Chip wrote:CLASSICFLIX annonce pour le 30 juillet 2013 (aux USA), la sortie en dvd video et blu-ray de " Cry vengeance " (la vengeance de Scarface)(1954) de et avec Mark Stevens, S/t pas précisés, s'il y en a.
Comme le précise Rick Blaine, il sera exclusivement en VO non st, donc je passe étant donné que je l'ai déjà dans cette version, tout comme le second polar de Stevens, Time Table (parfois orthographié en un seul mot). Les deux sont de bons films noirs, mon préféré restant peut-être le premier dans lequel quelques scènes d'une grande brutalité sont "méchamment" marquantes.

çà me fait penser que je n'ai toujours pas le moindre DVD édité par Olive...P'tain ces économies que je fais. Il faudrait néanmoins que j'aille faire un tour sur leur site un de ces jours...
pak
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by pak »

kiemavel wrote:
pak wrote:Hello,

Oui, j'ai fait une pause de quelques mois, occupé par ailleurs à alimenter une base de données cinéma. Mais ce travail de taupe, bien que super intéressant et instructif, est assez lassant sur la durée. Et c'est moins convivial que de participer à un forum car à faire des recherches dans des bouquins et sur le net, on s'isole quelque peu...

J'avais bien aimé le remake que Spielberg avait fait du Flemming (par contre pas vu l'original). Je connais le Ford et le Wellman de nom, mais pas vus non plus hélas...
Une base de données qui est lisible ? et ou ?
J'ai participé à l'alimentation de fiches de films et écrit quelques bios sur le site Notrecinema.fr, mais c'est un travail de fou, y a tout à faire pour les vieux films. C'est un site de bénévoles, ils font ce qu'ils peuvent. Évidemment ce n'est pas IMDb, mais ce dernier est tout de même truffé d'erreurs en dehors du cinéma américain.

J'ai levé le pied sur Notrecinema car je ne faisais plus rien d'autre.
Le cinéma : "Il est probable que cette marotte disparaîtra dans les prochaines années."

Extrait d'un article paru dans The Independent (1910)

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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

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THE HATCHET MAN. William A. Wellman. 1932

Avec Edward G. Robinson (Wong Low get), Loretta Young (Toya), Leslie Fenton (Harry En Hai) et J. Carrol Naish (Sun Yat Ming)

Dans le San Francisco du début du 20ème siècle, les règlements de compte entre les gangs d'origine chinoise se succèdent. Un jour, Wong Low Get, le tueur professionnel d'un des clans de Chinatown, est convoqué par le conseil qui lui ordonne de supprimer un homme soupçonné d'avoir commandité la mort d'un de ses membres mais lorsqu'il apprend l'identité de l'homme a exécuter qui est un de ses amis d'enfance, un homme originaire de la même région que lui et avec lequel il avait immigré aux États-Unis, il veut se dérober mais il est cependant contraint de respecter le contrat. Il se rend donc au domicile de Sun Yat Ming, qui ayant anticipé sa fin prochaine est en train de rédiger le testament par lequel il lègue à Wong tous ses biens et à qui il demande de s'occuper de sa fille Toya, puis de l'épouser lorsqu'elle sera en âge de le faire.

15 ans plus tard, Wong Low get est devenu un commerçant prospère mais s'il fait toujours partie de son clan, il a remisé ses hachettes depuis de longues années. Quand après des années de trêve, une série de crimes se succèdent dans l'entourage du chef du clan, celui ci se sentant en danger, fait à nouveau appel à l'ancien tueur pour régler le conflit et éviter une nouvelle guerre des clans. Ainsi, contre son grée, Wong est contraint de ressortir ses hachettes...Mais ainsi, il quitte provisoirement San Francisco et sa jeune femme Toya qu'il vient d'épouser. Pendant son absence elle rencontre un garde du corps d'origine chinoise travaillant pour le clan, le repousse d'abord, avant de succomber et de fuir avec lui...

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Évidemment pour apprécier ce genre de curiosités hollywoodiennes, il faut être déjà un peu habitué à ces regards américains discutables et plus ou moins bien documentés portés sur les cultures d'importation et il faut accepter de voir sur l'écran ces vedettes occidentales, grimés de manière plus ou moins crédibles, incarner des personnages aux origines exotiques. Sur le premier point, le regard porté sur la culture et les traditions chinoises -ici transposés dans le milieu du gangstérisme- n'est pas honteux. Il est même plutôt respectueux même s'il souffre du décalage du temps puisque le film est de 1932 et rend compte du regard porté à cette époque là sur les minorités. Il permet en tout cas à Wellman et à ses scénaristes de proposer une réflexion certes minimaliste mais vivante car centrée sur les personnages du film, sur la notion d'intégration plus ou moins réussie. Le personnage de l'exécuteur incarné par Robinson est clairement un homme du passé. Il est le seul qu'on voit prier, une pièce de sa maison est d'ailleurs occupé par une grande statue de Bouddha et à plusieurs reprises il y dépose des papiers de prière, la plupart du temps peu conventionnelles d'ailleurs... Bien souvent dans les dialogues, il sera aussi question de ce qui est considéré comme honorable et respectueux des traditions pour un chinois et ce sont ses règles brisées par la jeune génération qui pourront causer la perte de Wong ou son discrédit au sein de la communauté chinoise et plus particulièrement à l'intérieur de son clan qui le repoussera quand lui-même ne se comportera pas conformément à la tradition.

Les raisons pour lesquelles il est repoussé par son gang (le renoncement à la vengeance), certains propos tenus sur les droits du mari sur sa femme dans la tradition chinoise pourraient passer pour douteuses mais difficile de parler de racisme car de l'autre coté de la balance, c'est un gangster américain qui affichera son mépris pour ses fils d'immigrants et qui empêchera -provisoirement- la paix entre les clans. Enfin, en dehors du personnage de tueur professionnel, les éléments ou les scènes propres aux films de gangsters "traditionnels" sont assez nombreux. On verra, ou il sera question à plusieurs reprises, de règlements de compte et de guerre des gangs, de rackets. On verra l'exécution d'un informateur sur les quais de San Francisco, etc...

Quant aux interprètes, ils sont très inégaux. Comme souvent, J. Carrol Naish en fait beaucoup, ici il fait trop bien le chinois : il est plus bridé que les vrais, a le visage figé dans un rictus bizarre, porte les mains jointes en avant de son corps, courbe la tête à tous bouts de champ, et c'est un trotte-menu...et je ne parle pas de son accent. En somme, c'est un aussi bon imitateur que Michel Leeb. Leslie Fenton en fait à peine moins mais il tient un rôle intéressant. C'est un jeune sino-américian séduisant et beaucoup moins enclin que ses ainés à se plier aux traditions. La très jeune Loretta Young est assez peu à l'aise et elle est affublée d'une coupe de cheveux un peu ridicule. Elle tient le rôle complexe d'une jeune femme en appparence soumise, respectueuse et loyale vis à vis de l'homme qui l'a jadis recueilli et a qui elle est promise. Elle aime d'ailleurs d'une certaine façon cette homme beaucoup plus âgé qu'elle mais elle cède à une passion qui s'averera destructrice...En revanche, Edward G. Robinson est extraordinaire. Il n'a pas besoin de tonnes de maquillage pour se glisser dans la peau d'un immigrant chinois avec infiniment de sobriété. Sans aucun pathos, avec même une économie de moyens très moderne, il parvient à faire ressentir, par moment uniquement par son regard, la puissance de ses émotions quand par exemple, il sera tourmenté entre ses obligations de bourreau, sa loyauté envers les membres du clan, et les sentiments de l'homme pour le vieil ami qui a trahit. Cependant, même si les traditions lui pèsent, il y tient malgré tout. Dans ce rôle, Robinson est une nouvelle fois assez fascinant et je ferais à son sujet le même commentaire que celui que je ferais sur Cagney : avec ces deux Little Big Men, on est très rarement déçu même quand le film est moyen.

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L'autre point fort du film, c'est sans surprise la mise en scène de Wellman qui est parfois réellement inspirée, notamment durant la 1ère période du film au cours de laquelle il montre un quartier chinois de San Francisco au début du siècle crédible dans des mouvements d'appareils fluides. Il est ici bien aidé par son chef décorateur qui soignera aussi particulièrement certains intérieurs notamment la maison de Wong. Ces séquences superbement composées se terminent par la visite de Wong à son ami d'enfance, puis son exécution à la hachette traditionnelle qui est montrée en ombres...chinoises, (il n'y a rien de mieux que le travail d'authentiques artisans toujours plus soucieux de travailler dans les règles de l'art). Le final qui verra le retour des principaux protagonistes en Chine est lui aussi très bien réglé par Wellman. La toute dernière scène est particulièrement géniale. Elle est même particulièrement morbide, un peu ricanante et bien violente. Le film se termine du reste par un cri d'épouvante. Il est bien rare que j'exprime un tel souhait mais ce sujet, certains développements baroques du scénario, auraient pu violemment inspirer un Samuel Fuller qui 20 ans plus tard aurait peut-être traité ce sujet avec un peu plus d'audace et de liberté et aurait peut-être pu nous donner un chef d'oeuvre...mais je rêve.

Je ne reviens pas sur la carrière de Wellman, même partiellement en me concentrant uniquement sur ses fructueuses années 30. C'est un des metteurs en scène dont j'ai vu le plus de films. Il n'y en a plus beaucoup que je n'ai jamais vu. L'un des dernier en dehors des muets, c'est " La petite provinciale " avec Janet Gaynor et Robert Taylor. The Hatchet Man est passé sur le sat. français en VOST.
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

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INFERNO. Roy Ward Baker. 1953

Avec Robert Ryan (Donald Carson III), Rhonda Fleming (Geraldine Carson), William Lundigan (Joe Duncan), Henry Hull (Sam Elby)

Donald Carson, un richissime homme d'affaires, est abandonné avec une jambe cassée au milieu du désert de Californie par Geraldine, sa femme et par l'amant de celle ci, Joe Duncan, par ailleurs associé de l'homme d'affaires. Ils étaient partis en excursion à la recherche de minerais et lorsque Carson s'était brisé la jambe, les 2 amants avaient profité de l'occasion pour laisser le mari encombrant au sommet d'une montagne isolée dans ce milieu inhospitalier. Bien que disposant de très peu de matériel, et presque sans eau ni nourriture, Carson, commence alors une lutte pour sa survie d'abord presque uniquement animé par la colère et le désir de vengeance. Pendant ce temps, les amants font tout pour orienter les recherches entreprises pour retrouver Carson dans de mauvaises directions, cherchant à gagner du temps afin qu'on ne retrouve plus que son cadavre...

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Un thriller en Technicolor plus qu'un film noir bien qu'il comporte en germe des éléments purement noirs. A l'origine, le film était en Technicolor...et en 3D -il faisait d'ailleurs partie d'un ensemble de films en relief projetés à la cinémathèque en 2010 -or, le film propose le genre de récit d'un intérêt relativement limité mais bourré de péripéties se déroulant de surcroit dans un milieu spectaculaire que le relief devait forcement servir. Même si le montage choisi fait alterner les scènes montrant tour à tour les 2 amants et les services de recherche lancés sur la piste de Carson, l'action se concentre essentiellement sur les faits et gestes du disparu. Presque tous les développements de cette histoire sont ultra prévisibles car les possibilités de montrer les moyens de survie d'un homme dans ce milieu sont relativement limités. De ce point de vue, le manuel de survie en plein désert s'il est mouvementé n'est guère passionnant : C'est du Bear Grylls (Man vs. Wild) en moins marrant (Bon, faut admettre...qu'il faut connaitre). Cependant, Roy Baker et ses scénaristes ne pouvaient guère faire mieux avec ces matériaux de base sauf sur un point. Ils commencent à exploiter une très bonne idée puis l'abandonne assez rapidement ou en tout cas ne l'exploite pas suffisamment.

Au moment ou la disparition de Carson est annoncée, son entourage, la presse, et de fait tout le monde, dresse un portrait peu flateur de Carson qui est montré comme un impitoyable homme d'affaires et de surcroit comme un alcoolique qui néglige sa femme. En grossissant à peine le trait, les commentaires serait presque "si on ne le retrouve pas ce ne sera pas une grosse perte". Or ce n'est pas cet homme tel qu'il nous est présenté que l'on voit et dont on entend les raisonnements en voix off et qui quelquefois parle pour lui même. Il est certes amer sur le sort qui lui a été réservé mais n'exprime pas une haine à la hauteur de la cruauté de sa situation. Il use même d'humour noir et semble prendre peu à peu conscience de l'importance toute relative de certaines valeurs. Alors même qu'on le présente comme un être cupide et impitoyable en affaire, il rira quand il retrouvera une liasse de dollars dans une sacoche qu'il avait pu conserver. Bref, sans que ce soit d'une originalité folle, le chemin "spirituel", cette remise en question des valeurs d'un homme à priori peu recommandable est très bien montrée par Baker... et admirablement joué par Robert Ryan, l'acteur rêvé pour exprimer des sentiments complexes avec peu de moyens. En chemin, et donc dans l'action, cette lutte physique se transforme discrètement en quête spirituelle involontaire car provoquée accidentellement et agissant pratiquement à l'insu de l'homme. Nul doute que Carson sortira transformé par ces épreuves...et qu'il cherchera la compagnie de femmes moins bien roulées mais plus gentilles que Rhonda ! :mrgreen: D'ailleurs la voilà...

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En contrepoint, on a les faits et gestes du couple d'amants criminels. C'est le point faible du récit. Le couple est assez mal caractérisé et leurs scènes sont beaucoup moins intéressantes. De plus, c'est joué mollement par le terne William Lundigan et plus inhabituellement sans plus de convictions par Rhonda Fleming qui se contente d'être aussi sexy que d'habitude. Tout deux s'obstinent à brouiller les pistes, a masquer la réalité des faits qui ont conduit à la disparition de Carson. Rhonda est tout de même un peu mieux servie que son amant. Elle a des états d'âme et demande à plusieurs reprises à Duncan si à son avis les souffrances de son mari sont enfin terminées. En réalité, on a plus l'impression d'assister à l'expression de la plus haute mauvaise foi. Une saleté, je vous dis... On assiste aussi aux recherches entreprises par les autorités pour retrouver cette célébrité du monde des affaires. Les recherches...et ses ratés, avec en contrepoint les tentatives de Carson pour être repéré par les secours. Le final est lui très réussi avec comme ultime péripétie une très longue et très bonne bagarre entre Carson et...suivit d'un incendie tout aussi spectaculaire.

Enfin, un dernier point pour signaler que Baker et ses scénaristes ont ménagé quelques moments d'humour dans leur suspense. On peut voir en effet un peu d'humour noir dans cette succession de dialogues qu'on entend au tout début du film et dans lesquels tous expriment des doutes sur les capacités de survie de Carson, un homme plus très jeune et usé par l'alcool car évidemment, à chaque fois, la séquence suivante nous le montre luttant au contraire avec infiniment d'habilité et avec acharnement pour vivre. On pourrait presque y voir l'expression d'un souhait...Le scénario usait encore d'humour noir quand il faisait s'enchainer certaines scènettes assez malicieuses :

- Carson qui dispose d'un révolver dans lequel reste 2 balles réussit à abattre un lapin mais avant qu'il n'ai pu s'en saisir, il est emporté par un coyote...et Baker enchaine avec un gros plan sur l'assiette bien garnie des amants en train de diner dans un restaurant. Plus loin, alors que Carson est accablé de chaleur et crève littéralement de soif, Baker enchaine avec une séquence montrant le couple criminel, plongeant dans une piscine et allongé dans un transat avec chacun un cocktail à la main...et ainsi de suite. Plus largement, le savoir faire de Roy Ward Baker ( ici au générique, comme pour plusieurs autres films, uniquement Roy Baker) à la mise en scène est indéniable. Il tire aussi excellemment partie des splendides paysages semi-désertiques traversés par Carson. Un mot sur sa carrière. Il est connu pour avoir été très prolifique pour la tv anglaise. Il a en effet réalisé de nombreux épisodes de séries anglaises à succès, notamment " Le Saint ", "Chapeau melon..." et " Amicalement votre". Il a aussi réalisé en Angleterre les visibles " L'homme d'octobre", DVD zone 2 (en GB). " La nuit commence à l'aube " DVD zone 1 avec vost . " The House in the Square " DVD zone 1 avec vost (Coffret Tyrone Power Matinee idol). " L'évadé du camp 1 " DVD zone 2 ; " Atlantique Latitude 41° " DVD zone 2 (peut-être le meilleur film sur le naufrage du Titanic). " Les monstres de l'espace " DVD zone 2 et aux USA " Troublez-moi ce soir " DVD zone 2.
Vu en VOST
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

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Escape. Joseph Mankiewicz. 1948

Avec Rex Harrison (Matt Denant), Peggy Cummins (Dora Winton), William Hartnell (L'inspecteur Harris), Jill Esmond (Grace Winton)

Matt Denant, ancien pilote durant la guerre, pose son petit avion privé sur un aérodrome situé à proximité de Londres. Il passe une journée en ville, se rend notamment aux courses puis le soir venu flâne dans un parc public. Il est alors abordé par une jeune femme et bavarde un instant avec elle. Il commence déjà à s'éloigner quand un homme surgit de l'ombre se met à accuser la jeune femme de se livrer au racolage. Denant s'interpose pour la défendre et lorsque l'homme esquisse un geste brutal, il lui donne un coup de poing qui l'envoie au sol. L'homme ne se relevant pas, Denant se rend compte qu'il l'a tué accidentellement, la tête de l'inconnu ayant heurté le pied d'un banc. Il conseille alors à la jeune femme de fuir puis attend les services de police et endosse totalement la responsabilité des faits.

La victime était un policier en civil aussi Denant est condamné à une lourde peine de prison qu'il trouve injuste. A la première occasion, profitant de travaux en extérieur, il prend la fuite dans la campagne anglaise poursuivit par un inspecteur de police tenace. Au cours de sa fuite, il rencontre Dora, une très jeune femme promise à un riche héritier mais qui, malgré sa méfiance initiale, rêvant sans doute d'une vie moins programmée, accepte de l'aider...

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Le plus difficile à voir des films de Mankiewicz est le remake d'un film des années 30, lui même adapté d'une pièce de théâtre de John Galsworthy et c'était le 3ème et dernier scénario de Philip Dunne pour Mankiewicz après " Un mariage à Boston " déjà avec Peggy Cummins et " L'aventure de Mme Muir " déjà avec Rex Harrison. C'est un film poursuite, un thriller très mouvementé qui peut faire penser à quelques Hitchcock anglais. Un ami dit " Les 39 marches", moi je trouve qu'il fait d'avantage penser à "Jeune et innocent". Le film est en mouvement perpétuel et il se déroule presque totalement en extérieur. La fuite de Denant qui traverse des petits villages du sud de l'Angleterre est essentiellement pédestre mais il emprunte ponctuellement à peu près tous les moyens de locomotions possibles : plusieurs voitures et même un avion...mais assez ironiquement il est systématiquement très rapidement obligé de se séparer de ces moyens rapides d'échapper à la police. Ironiquement encore, c'est une voiture...bloqué par un train qui manquera de le faire prendre...et plus tard son avion ne restera pas longtemps en l'air.

Bref, il est n'est pas cloué sur place mais il tourne en rond ! En chemin, il rencontre Dora, une jeune femme en apparence superficielle qui assume un petit coté arriviste et qui se méfie donc de l'irruption de cet homme qui peut la compromettre. Assez rapidement, elle lui vient en aide, d'abord presque involontairement et sans arrières pensées même s'il devient vite évident qu'elle aussi éprouve le besoin de s'échapper..." Escape " pour lui, c'est échapper à la police et donc à la prison, pour elle, c'est échapper à un avenir médiocre tout tracé, un mariage d'argent qui a tout l'air d'une future prison pour elle aussi. Cette situation qui évolue entre les deux nous donnent des dialogues parfois bourrés d'humour et assez brillants. Ces dialogues brillants, on les retrouve aussi dans les échanges entre Dora et sa mère et plus largement tout au long du film...et plus largement encore, c'était une constante durant toute la carrière du metteur en scène.

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Le scénario en revanche multiplie les incohérences ou les maladresses. Pendant la 1ère partie du récit, Denant tombe à plusieurs reprises sur Dora, comme par hasard. D'abord au cours d'une chasse à cour puis il s'introduit dans LA maison de Dora pour y dérober de la nourriture, etc...D'autre part, les péripéties de la fuite de Denant ont un coté assez répétitif et elles manquent d'invention. En revanche, tous les autres personnages croisés au cours de la fuite sont intéressants. Dans cette campagne anglaise en apparence paisible, la bienveillance à l'égard des étrangers ne saute pas aux yeux et ceci d'autant plus que la nouvelle de la présence d'un évadé se répand. Mankiewicz multiplie les plans sur les regards soupçonneux de quelques uns. D'autre voudront ouvrir la période de la chasse au fuyard ! Un autre profitera de la situation du fugitif pour tenter de l'arnaquer. Un de ses vieux amis sera même fortement tenté de le trahir contre de l'argent, etc...Bref, la plupart des personnages rencontrés seront pour le moins peu compatissants en dehors de Dora et d'un prêtre à la toute fin du film. Je précise que la présence d'un homme d'église ne préfigure pas une fin trop moralisante. Le dialogue entre les 2 hommes est intéressant car même si l'homme d'église soutient que seule la justice divine est impartiale et parfaite, conseillant par la même à l'homme en fuite la soumission, c'est Denant lui même qui par loyauté envers le prêtre prendra sa décision en toute liberté.

Pour finir, un mot pour évoquer la mise en scène de Mankiewicz qui est remarquable. La fuite dans la campagne anglaise est fort bien mise en valeur par mankiewicz et son chef opérateur. On a droit à des plans superbes de la lande anglaise dans le brouillard et le travail sur la profondeur de champ est formidable. Pour donner un seul exemple, l'irruption de Rex Harrison s'approchant de la maison de Dora, mais ignorant qu'il s'agit du domicile de la jeune femme rencontrée peu auparavant, qu'on aperçoit au loin sortant d'un champ, dans le coin d'une fenêtre ouverte, au moment même ou Peggy Cummins s'écarte de la fenêtre et par conséquent du champ et le rate donc in extremis, mais nous permet par la même de le découvrir, c'est superbe. Malheureusement il faudrait pouvoir trouver ce film dans une meilleure copie mais ce film est très rare. Vu en VO

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kiemavel
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

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SLANDER. Roy Rowland. 1957

Sorti en Belgique sous le titre Calomnie. Inédit en France sauf à la télévision

Avec Steve Cochran (Manley), Van Johnson (Scott Martin), Ann Blyth (Connie Martin) et Marjorie Rambeau (Mme Manley)

H.R Manley, le propriétaire d'un magazine à scandales, constatant une baisse sensible de ses ventes, réunit ses principaux collaborateurs et leur met la pression. Jugeant les investigations en cours pas suffisamment accrocheuses, il ordonne à un de ses journalistes qui avait été chargé d'enquêter sur une jeune femme en pleine ascension et considérée comme la nouvelle star de cinéma en vogue, d'obtenir des résultats car elle est réputée avoir un secret honteux à cacher. C'est en tout cas ce que croit savoir Manley qui a de multiples informateurs à travers tout le pays.

Il décide de s'intéresser à Scott Martin, un ami d'enfance de l'actrice. Ce marionnettiste qui après des années de vie difficile vient enfin d'obtenir le contrat de sa vie en étant choisi pour animer un programme télévisé très populaire auprès des enfants est ciblé car il a vécu dans le même quartier populaire que la star durant son enfance et il pourrait connaitre son secret. Manley ne tarde pas à découvrir que Martin a lui même quelque chose à cacher. A l'âge de 19 ans, il avait été condamné pour un vol avec violence aussi il ne tarde pas à user de chantage pour obtenir les informations tant convoitées. Si Martin ne dévoile pas les secrets compromettants, c'est sa condamnation qui fera la une du magazine ce qui entrainerait la fin de sa carrière...

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Le film dresse un tableau assez puissant sur le fonctionnement de la presse à scandales mais évidemment étant donné ce qu'est devenu ce type de presse aujourd'hui, le propos pourra paraitre démodé. Plus largement, ce qui est montré du fonctionnement des médias et notamment de la télévision ainsi que la personnalité du rôle principal pourra faire penser à un autre film qui est lui presque totalement concentré sur ce sujet, c'est Un Homme dans la Foule de Kazan. Comme le personnage incarné par Andy Griffith, le héros du film de Rowland est un homme aux origines modestes, un artiste raté, fauché et à l'audience confidentielle (jusque là il animait des anniversaires...) qui devient une immense vedette du petit écran du jour au lendemain mais le propos sur le fonctionnement des médias est moins acerbe que celui du film de kazan. On a tout de même quelques scènes bien senties montrant le sponsor hypocrite -le vendeur de céréales- effrayé par le scandale à venir qui peut compromettre la popularité du programme du moment le plus aimé par les enfants...et par la même sa petite entreprise. Mais le film se contente pour l'essentiel d'être un drame intime puis un drame familial, conséquence des agissements d'un être sans scrupules qui affiche un mépris souverain pour tous les êtres humains (sauf maman) et il se concentre surtout sur l'affrontement entre les 2 hommes. Voici ces personnages :

Van Johnson est intéressant en artiste raté connaissant une gloire soudaine a un âge ou il ne l'espérait plus. Les numéros qu'il monte sont d'ailleurs plutôt sympas (C'est semble t'il lui qui manipule ses marionnettes et qui module sa voix pour coller aux personnages). Le film tient essentiellement d'une part sur les états d'âme de Martin confronté à un tel dilemme et d'autre part, sur l'opposition entre les 2 personnalités radicalement différentes des 2 hommes de l'histoire.

Le second c'est Steve Cochran. Son jeu, toujours excellent dans le noir, est nettement moins physique que d'habitude mais c'est le rôle qui l'imposait. Il avait été un peu vieilli pour l'occasion (ses tempes sont grisonnantes) et il jouait dans ce film un délinquant en col blanc. Toujours aussi rude mais uniquement verbalement, il dresse malgré une certaine sophistication des manières et un coté onctueux et séduisant, le portrait d'un homme de presse d'un cynisme glacial. Les propos qu'il tient sur la pourriture humaine : - "tout le monde a quelque chose à cacher..." et son mépris pour les gouts du public peuvent paraitre caricaturaux.

Encore plus tiré par les cheveux est le personnage de la mère incarnée par Marjorie Rambo (attention à l'orthographe l'ami). Les relations avec la maman chérie peuvent faire un peu ricaner. Certes ce n'est pas la première fois que la maman d'un salopards tient un rôle non négligeable et même parfois envahissant dans une intrigue de drame matinée de film noir mais il faut admettre que c'est parfois plus convaincant...Surtout quand le scénario se servira de cette relation privilégiée dans d'ultimes prolongements très délirants.

Un mot (vraiment vite fait) sur Ann Blyth dont le jeu se résume ici à feindre l'indignation puis l'accablement. Elle n'a pas un personnage très intéressant à incarner et je confesse ne pas être un grand fan de cette actrice ( Ann Blyth, c'est une des rares filles qui avaient trop de dents ! Pinaise, çà c'est un cinéphile...)

Roy Rowland a relativement peu tourné pour un metteur en scène de séries B. Il aura réalisé des Noirs ou des policiers potentiellement intéressants mais pour la plupart assez mous, voir languissants. Tels sont en tout cas mes souvenirs car je ne les ai pas vu depuis longtemps. Tous ont été vu à la TV chez nous. Chronologiquement on a " La scène du crime " en 1949 avec V. Johnson et A. Dahl, " Témoin de ce meurtre" en 1954 avec B. Stanwyck et G. Sanders, " Sur la trace du crime " avec R. Taylor et J. Leigh, " Solo pour une blonde " de et avec Mickey Spillane (DVD zone 2 chez Carlotta), liste à laquelle j'ajoute " Mac Coy aux poings d'or ", un film de boxe assez moyen comportant des aspects "noirs" (voir page 16 du topic).
Son autre spécialité était le western. J'aime bien " Le convoi maudit " et " Les clairons sonnent la charge ". Au même rayon, on peut aussi jeter une oeil à ceux qui sont facultatifs : " Le voleur de minuit ", " L'aventure fantastique " et " Terreur dans la vallée "

Vu en VOST. Film passé à la tv chez nous.

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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by Federico »

kiemavel wrote: Encore plus tiré par les cheveux est le personnage de la mère incarnée par Marjorie Rambo (attention à l'orthographe l'ami).
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A ne pas confondre avec Estelle Getty, of course... :P
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by kiemavel »

Federico wrote:
kiemavel wrote: Encore plus tiré par les cheveux est le personnage de la mère incarnée par Marjorie Rambo (attention à l'orthographe l'ami).
Spoiler (cliquez pour afficher)
A ne pas confondre avec Estelle Getty, of course... :P
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:D Je pré-suppose que tu ne l'as pas vu mais tu avais doublement raison de mettre un spoiler car le coup de la mémé qui sort son flingue, c'est vrai !!!



Et sinon tu en as raté une autre au gros potentiel de mauvais gout...Ah mais c'est surement pour çà :idea:
kiemavel wrote: je confesse ne pas être un grand fan de cette actrice ( Ann Blyth, c'est une des rares filles qui avaient trop de dents ! Pinaise, çà c'est un cinéphile...)
Heureusement, à son âge, çà a du bien changer !
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Re: Les films noirs à petits budgets et/ou de cinéastes méco

Post by Federico »

kiemavel wrote: je confesse ne pas être un grand fan de cette actrice ( Ann Blyth, c'est une des rares filles qui avaient trop de dents ! Pinaise, çà c'est un cinéphile...)
C'est un peu vache, elle ne devait pas en avoir plus de 32 :P et puis, sans déborder de charisme, je le trouve plutôt mignonne dans le style girl-next-door.
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- Burt ! Y a kiemavel qui dit que j'ai trop de dents !
- Don't worry, baby, il ne va plus en avoir assez dans deux secondes... :mrgreen:
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