Notez les films juillet 2012

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Flol
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Re: Notez les films juillet 2012

Post by Flol »

Stark wrote:Je ne refuse pas de les voir, simplement je suis peut-être un spectateur plus conciliant, plus "facile" que toi, c'est possible en effet.
Quoi ?? Tu sous-entends que AtCloseRange serait "difficile" ?? :o
Strum
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Re: Notez les films juillet 2012

Post by Strum »

Stark wrote:Je sais que tu adules L'Homme qui tua Liberty Valance - quels défauts y perçois-tu ?
Et bien par exemple, je trouve les scènes de classe avec Stewart/Stoddard en professeur un peu trop didactiques ou démonstratives à mon goût. Je ne suis pas non plus très amateur de la première attaque de due diligence par Valance qui ouvre le flashback, qui est très manifestement filmée en studio, et où, surtout, Stewart surjoue un peu l'indignation.

Sinon, merci pour ton développement sur les défauts. J'en retiens que tu vois les défauts en tant qu'éléments détachés du contexte du film, mais que dans le contexte du film, tu les vois comme un élément nécessaire du tout, ce qui fait que non seulement ils ne diminuent pas ton plaisir, mais y participent. :wink:
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AtCloseRange
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Re: Notez les films juillet 2012

Post by AtCloseRange »

Ratatouille wrote:
Stark wrote:Je ne refuse pas de les voir, simplement je suis peut-être un spectateur plus conciliant, plus "facile" que toi, c'est possible en effet.
Quoi ?? Tu sous-entends que AtCloseRange serait "difficile" ?? :o
Je m'insurge! Je mets moins de notes pourries que Johell!
Bon, c'est vrai que j'en mets plus que Profondo...
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monk
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Re: Notez les films juillet 2012

Post by monk »

The town (extended cut) de Ben affleck

L'héritage de Heat est ici évident, sans que le film me semble vouloir dépasser son modèle, allant plutôt vers l'hommage (Affleck devant la télé qui regarde...heat) que le pliagiat ou la mise en comprétition. Le film est honnête, tient bien la route (il m'a tenu malgré sa longueur), et réserve son lot de tension lors des braquages. Hélas, et c'est là son principal défaut, il ne reserve aucune surprise ! L'histoire et son déroulement et les personnages sont quand même très convenus. Le film n'apporte rien au genre, et ne semble même pas essayer d'amener quelque chose. J'aurais même eu l'impression qu'Affleck voulait volontairement faire un film standard pour se faire la main.
The town reste efficasse et malgré tout je n'ai pas l'impression d'avoir perdu mon temps. Mais je ne garde pas.
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AtCloseRange
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Re: Notez les films juillet 2012

Post by AtCloseRange »

Brake (Torres)
Bon, c'est Buried dans un coffre de voiture mais c'est globalement plus fun parce que la voiture bouge. On se rapproche plus d'un mix de 24 heure chrono avec un peu de l'esprit "ludique" d'un Saw (sans le gore). Le plus, c'est aussi une prestation convaincante de Stephen Dorff (plus expressif que Ryan Reynolds). Mais par contre, Buried a l'avantage de se tenir jusqu'au bout alors qu'ici, il faut bien dire que la fin
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à double twist
n'est pas loin d'être une grosse arnaque.

Scalene (Zack Parker)
Oh que voilà un film frustrant! Tournant autour d'une agression sexuelle vue successivement par 3 personnages, le film commence par une demie-heure à la chronologie bouleversée finalement un peu trompeuse (la première scène et son côté cartoonesque) avant de prendre sa vraie dimension dans une partie centrale apaisée et assez touchante. La thématique du film tourne autour de la notion intéressante de point de vue et se montre convaincant jusqu'à ce que, patatras, le film patine dans sa dernière partie par un choix scénaristique très malheureux (et complètement artificiel). Dommage pour le 3 interprètes très convaincants, notamment Margo Martindale.

ATM (Brooks)
ça commence comme une comédie romantique (avec le joli minois d'Alice Eve, vue dans The Raven) et puis nos héros décident d'aller retirer de l'argent. Voilà, voilà. Ecrit par le scénariste de Buried, ce thriller est une bouse innommable aux rebondissement plus cons et prévisibles les uns que les autres. Il faut voir les dernières scènes pour le croire. Allez, je sauve la photo.
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Wagner
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Re: Notez les films juillet 2012

Post by Wagner »

Jurassic Park III: ça doit être un de mes films de pur divertissement préféré, je ne sais même pas trop pourquoi à part que tout est bien. 8/10
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"LE SAINT" (1997)

Post by Happy Charly »

Alors que Phillip Noyce nous offrait en 2010 l'un des meilleurs films d'action et d'espionnage avec "SALT" (dont j'avoue attendre éventuellement une sequel), le réalisateur Australien d'un premier "thriller" maritime et de deux adaptations cinématographiques des aventures du contre-espion Jack Ryan (interprété par Harrison Ford alors) nous offrait, après un thriller érotique qui tentait de faire perdurer les charmes de Sharon Stone, le passage sur grand écran d'une série phare du petit avec ce "SAINT" que j'ai regardé à nouveau ce soir sur France 4.

Et si dans l'enfance d'une majorité des forumeurs de ce site, Simon Templar, le héros littéraire -datant tout de même de 1928- de Leslie Charteris a pris et gardé les traits de son altesse sérinissime Roger Moore pour la série de 1962, en pleine vague de ces funestes et fumeuses adaptations de séries TV ("MISSION IMPOSSIBLE" maltraitée par Brian de Palma himself, "PERDU DANS L'ESPACE" de Stephen Hopkins allant se disputer la palme du mauvais goût avec le "WILD WILD WEST" de Barry Sonnenfeld quand les "CHAPEAU MELON ET BOTTES DE CUIR" de Jeremiah S. Chechik allaient être incompris et mésestimé) le scénariste de "UNE JOURNEE EN ENFER", Jonathan Hensleigh, allait faire d'un Val Kilmer cabotin le héros de ses aventures cinématographiques.
Multipliant les maquillages et perruques à la gloire d'une période où le rock et le grunge étaient de mise et dominaient la kultur of zeu world, l'inoubliable interprète de Jim Morrison pour Oliver Stone y encaisse son cachet et sauve la jolie fille (qui est une tête également) tout en libèrant le bloc communiste du joug de sales industriels mafieux pour un monde meilleur avant d'enfin enfiler son auréole de saint sauveur mais surtout noble criminel au grand coeur -qu'il me semble falloir identifier comme Américain (arf arf) et non plus Britannique durant ces 116 minutes de détente à l'action tout de même un brin mou du genoux :(

Moui, un film pour occuper son début de soirée -sans réfléchir et en se rappelant de nineties sortant à peine de près de cinquante ans de Guerre Froide, mais surtout une énième mauvaise adaptation de série TV :evil:
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hellrick
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Re: Notez les films juillet 2012

Post by hellrick »

TIMECOP

C'est quand même vraiment sympa à la revoyure...Même si le film s'appuie sur un comic et, surtout, sur un paquet de romans de sf comme La Patrouille du temps le scénario gère bien les paradoxes temporels et les voyages dans le temps...il y a surement moyen de chipoter sur certaines incohérences mais il y a également moyen de se laisser porter par cette intrigue qui ménage les passages jcvd obligés (le coup de pied dans la gueule, le grand écart) avec suffisamment d'humour pour que ça fonctionne. Jean-claude, pour sa part, est correct et la réalisation est vraiment très propre et nette, ce qui rend le film très rythmé et nerveux...on arrive au bout sans regarder sa montre une seule fois et le climax fait même preuve d'une bonne originalité avec les personnages issus d'époques différentes qui se croisent sous une pluie très atmosphérique.

Du bon divertissement très solide et plaisant. Et tant pis pour les allergiques à notre Belge préféré
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Thaddeus
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Re: Notez les films juillet 2012

Post by Thaddeus »

Mes découvertes de juillet.


Le prince de New York (Sidney Lumet, 1981)
Huit ans après Serpico, Sidney Lumet en offre une déclinaison encore plus complexe et amère, franchissant un palier supplémentaire dans le brouillage des frontières entre la loi, le crime et l’éthique individuelle. Des dizaines de personnages, une authenticité scrupuleuse, un script en béton armé qui dresse le tableau le plus dense et le plus précis de la corruption au cœur de la mégalopole américaine : il faut tout cela au cinéaste pour mettre en relief tous les aspects de son sujet, pour en dénuder les dilemmes et les tiraillements. Sur les pas d’un flic pris au piège de la délation, qui espérait trouver son salut dans la dénonciation mais ne fera que perdre ses dernières illusions, Lumet éclaire le fonctionnement d’un système gangrené par le chantage, la dissimulation, les rapports occultes entre pègre et police. Film admirable, moral, passionnant. 5/6

Vers sa destinée (John Ford, 1939)
C’est à un des premiers fait d’armes d’Abraham Lincoln que s’intéresse ici John Ford, en empruntant de judicieux chemins de traverse : plutôt que la démonstration pontifiante ou le faste de l’épopée, le film choisit l’humilité d’une chronique pastorale, avec ses beuveries, sa fête dominicale, ses villageois modestes. Jambes interminables et pif refait, Henry Fonda y campe un futur président un peu gauche mais très malin, qui injecte à une seconde partie procédurière, véritable film de procès avant l’heure, une humanité tenace et un humour narquois tempérant l’hagiographie. Un film mineur mais attachant. 4/6

Holy motors (Leos Carax, 2012)
Pas difficile de percevoir ici les épanchements bouillonnants et éperdus d’un artiste qui s’est tu pendant treize ans. La somptueuse ouverture en forme de note d’intention théorique donne le la ; la suite fonctionne comme un inventaire assez inégal de fictions, de tonalités, de propositions méta autour des itérations infinies du travail transformiste et protéiforme du comédien. En une gerbe de séquences parfois fascinantes (les vagues ondulantes et lumineuses des créatures numériques), parfois assez banales, Carax médite autour de la disparition inéluctable de l’ancien cinéma, avec une humeur mi-ricanante mi-rochon. Manquant de cohésion, de liant, d’unité émotionnelle, le film m’a peu touché, et si la richesse de ses propositions reste stimulante, j’ai pour le coup un peu de mal à partager le délire de la critique. 4/6

Vivre sa vie (Jean-Luc Godard, 1962)
Chronique en douze tableaux d’un glissement progressif dans la solitude, d’un quotidien de la misère où chaque étape, paradoxalement, prend valeur d’affranchissement, de cheminement vers la liberté. Dans une recherche singulière visant une curieuse mise à distance des faits décrits, Godard extrait de la vie de sa Nana une interrogation d’ordre presque sacré, du moins éminemment spirituel, que les renvois à Dreyer et Rossellini ne font que valider. La pureté des gros plans et du noir et blanc, la force des rencontres de hasard (celle avec le vieux philosophe, particulièrement) atténuent la sécheresse d’une œuvre assez cérébrale, qui n’émeut que ponctuellement. Une chose est sûre : Godard est amoureux d’Anna Karina, la filme avec une passion vampirique que la citation de Poe met en lumière, et en tire de très beaux fragments de détresse et de fragilité. 4/6

Les quatre cavaliers de l’Apocalypse (Vincente Minnelli, 1962)
Les deux branches d’une famille libre et heureuse d’Amérique du Sud se déchirent alors que le cauchemar nazi propage son ombre en Europe : Minnelli rejoue les notes exacerbées de la tragédie familiale en opposant l’éden perdu d’un bonheur argentin aux sacrifices de la nécessité et de l’engagement, à l’heure où le monde bascule dans le chaos. Une fois de plus, le cinéaste affirme la prééminence des couleurs saturées, des situations signifiantes, des querelles intestines pour exprimer les déchirements et les aspirations brisées des protagonistes. Les décors s’entre-dévorent, une sourde tristesse naît de la fin d’un monde jadis harmonieux : les enjeux sont supérieurement articulés, mais l’inspiration moins féconde que dans Celui par qui le Scandale arrive, peut-être plus attendue, plus sage, plus prévisible. 4/6

Où est la maison de mon ami ? (Abbas Kiarostami, 1987)
Hésitante mais décidée, mue par une urgence irrépressible, la petite silhouette court sur le chemin de terre qui zèbre le flanc de la colline, ou dans le labyrinthe de ruelles et d’escaliers d’un village envahi par l’obscurité. Son visage est le plus souvent tourné vers le haut, vers les adultes, qui répondent à ses questions par l’indifférence. Seuls des garçons de son âge sauront l’aider, lui apporter des indices, le faire avancer dans sa quête, ainsi qu’un vieillard philosophe mais au souffle trop court pour pouvoir le suivre. D’une limpidité exemplaire, le conte dit tout de la solitude, du désarroi, des craintes de l’enfance, exalte l’esprit de solidarité et de camaraderie, montre le cheminement d’un petit être de courage et d’obstination qui, le long d’une soirée et d’une nuit, fera de son geste d’amitié le plus beau des actes de foi. 5/6

Le beau mariage (Éric Rohmer, 1982)
Plus peut-être que dans tout autre épisode des Comédies et Proverbes, Rohmer s’interroge ici sur la substitution à une morale d’un système de normes sociales et dessine les nouveaux contours d’une éducation sentimentale où le mariage constitue le modèle presque marchand de la société bourgeoise. C’est tout l’enjeu de l’aventure vécue par Sabine, butée sur son obsession, et dont le doux délire tient tout à la fois du caprice égoïste, du jeu superficiel, voire d’une certaine forme d’érotomanie. Ses assauts répétés, de plus ou plus désespérés, pour conquérir le cœur d’un élu choisi presque par hasard, se heurtent à la résistance diplomate et courtoise d’un Dussollier particulièrement savoureux (ah, cette grande scène d’explication au bureau !). 4/6

Le garde du corps (Akira Kurosawa, 1961)
C'est une évidence dès La Forteresse cachée : les jidai-geki de Kurosawa imposent de plus en plus l’image du héros solitaire et supérieur, qui se joue de ses ennemis en adoptant un comportement volontiers cynique et opportuniste. Une ironie cocasse baigne cette série d’affrontements dont la brutalité est tempérée par un humour à la limite du burlesque – ici un chien trimballe une main coupée, là un géant patibulaire joue de la massue. Multipliant tactiques et stratégies individualistes, parlementant pour mieux manipuler, le protagoniste tire son parti de la lutte des clans et ne dévoile qu’in extremis un altruisme modéré. De l’autre côté des Alpes, un réalisateur dans les starting blocks trouvera dans cette vision sèche, narquoise et distanciée l’une de ses principales sources d’inspiration. 4/6

Que le spectacle commence ! (Bob Fosse, 1979)
Cinéaste-chorégraphe bouffé par la dope, les pilules et l’alcool, rongé par le doute artistique, Joe/Bob n’en finit pas de peaufiner le montage de son dernier film (évocation d’un comique de scène – pour que le parallèle soit bien clair), jongle avec les femmes de sa vie, fait le bilan douloureux de son existence. Surtout, il entame un flirt à l’issue sans cesse différée avec la Faucheuse, qui possède la blonde beauté de Jessica Lange. Crépusculaire et prémonitoire, cette époustouflante comédie chorégraphique est incendiée par un montage d’une vitalité prodigieuse, électrisée par des idées formelles, des procédés de narration qui éclatent à chaque plan. La réflexion morbide mais joyeuse s’y traduit en des gerbes étincelantes, felliniennes, un jeu allègre avec les métaphores et les niveaux pirandelliens, qui l’élèvent en hymne au spectacle et à la création. "It’s showtime, folks !" 5/6

La belle noiseuse (Jacques Rivette, 1991)
L’action se situe dans un véritable château, qui impose de traverser une série d’antichambres avant de pénétrer l’atelier de l’artiste, dangereuse arche d’abandon, d’affrontement et de vérité, où vont se jouer quatre heures durant tous les enjeux de la création, des sacrifices qu’elle impose, du travail douloureux consistant à capter et endiguer l’inspiration. L’œuvre ne s’offre pas aisément, refuse toute satisfaction immédiate, se construit en un cheminement aussi long qu’obstiné, mais le mystère que Rivette donne à voir et à ressentir est assez fascinant, jusque dans l’effroi qu’il inspire : rien moins que la vampirisation du modèle par le tableau, l’incrustation d’un secret intime, d’une âme, sur la toile. Jeu dangereux, dont il faudra emmurer le fruit pour préserver ceux qui l’auront goûté. 4/6

Requiem pour un massacre (Elem Klimov, 1985)
Conçu comme un direct à l'estomac, engageant tous les moyens d'une expression déchirée et viscérale pour retranscrire par le biais d'un regard trop fragile les atrocités dont est capable l'être humain lorsque tous les garde-fous de la civilisation ont sauté, le film cherche le choc. Par l'intelligence avec laquelle Klimov laisse transparaître les stigmates de l'horreur sur le visage de son jeune héros, par la patience avec laquelle il met en scène son odyssée comme une déambulation au coeur du chaos, de plus en plus absurde et soumise à l'arbitraire, par la force de ses intuitions formelles surtout, qui conjugent ultraréalisme et notations presque grotesques, l'expérience, physique et éprouvante, impose une puissance durable. 5/6

Gosses de Tokyo (Yasujiro Ozu, 1932)
C’est dans les relations d’une famille fraîchement installée dans les faubourgs de Tokyo qu’Ozu puise l’inspiration alerte et facétieuse de cette chronique souriante du quotidien, dont l’humanisme social et les mille petits détails tendres et drolatiques, captés par un sens inné de l’observation, installent dans une heureuse disposition. Les deux jeunes frères, complices jusque dans la synchronisation de leurs mouvements, le père résigné mais bienveillant, la mère douce et attentive s’opposent en une série de conflits passagers où transparaissent la quête de reconnaissance, la fierté déçue, le respect de l’identité au sein d’une société très hiérarchisée, le souci d’une éducation ferme mais juste. A la fin, les enfants auront un peu boudé, pas mal contesté, et beaucoup appris. 5/6

Les enfants de Belle Ville (Asghar Farhadi, 2004)
Découvert (car sorti chez nous) tardivement, ce film antérieur à la reconnaissance internationale de Farhadi impose déjà le regard aiguisé et la rectitude d’un auteur en pleine possession de ses moyens. Il lui suffit de quelques esquisses (un surveillant de prison bienveillant), d’une situation forte (les tiraillements presque cornéliens d’un jeune homme entre sa promesse et ses sentiments) et d’un milieu social observé avec la plus grande attention pour déployer la dynamique de son cinéma, faire jouer l’arc de ses effets, ou dévier de ses axes afin d’en élargir la portée. Ainsi, le dialogue avec un père muré dans sa douleur ricoche vers un dilemme d’ordre sentimental (la naissance d’un amour), le questionnement moral se nourrit d’une émotion sourde, sans que jamais la perception du spectateur ne soit prise en otage. 5/6

Le mur invisible (Elia Kazan, 1947)
Le ponte Darryl F. Zanuck avait à cœur de mener à bien ce projet potentiellement sulfureux sur un sujet sensible. En embauchant Elia Kazan pour le mettre en images, il a récolté les fruits d’une illustration sobre, quoique un peu lénifiante, qui a valu au film un Oscar. Il ne faudrait pourtant pas réduire à la simple et bête démonstration d’un film-dossier les qualités d’écriture et d’interprétation de ce constat sans aménité, qui démonte les rouages de l’antisémitisme ordinaire avec une force de conviction peu discutable. Et s’il provoque toujours indignation et questionnement, c’est parce que l’intelligence avec laquelle il dénude les racines d’un problème toujours actuel, particulièrement lors de la dernière demi-heure, atténue sa raideur légèrement didactique. 4/6

Un temps pour vivre, un temps pour mourir (Hou Hsiao-hsien, 1985)
Hou Hsiao-hsien a vécu sans le comprendre un exil qui a meurtri ses géniteurs dans leur chair. A-Ha, jeune garçon immature et frondeur prenant conscience des choses au fil d’expériences remémorées à la lumière de sa vie d’adulte, c’est lui. Il y a beaucoup de délicatesse, un art de la variation infinitésimale, dans cette évocation autobiographique dont le ton naturaliste est contredit par la déformation du souvenir, l’empreinte ineffaçable des impressions vécues lors de l’enfance et de l’adolescence. A la fois douce et cruelle, la chronique nous fait ressentir l’écoulement du temps, le lien de la famille, l’héritage des aînés, les humeurs de la campagne taïwanaise et l’inéluctabilité de la mort qui, après le père, après la mère, emporte l’aïeule figée dans l’oubli. 4/6

Arizona junior (Joel & Ethan Coen, 1987)
On sait les Coen proches de Sam Raimi, avec qui ils ont régulièrement collaboré : à la vision de cette aventure délirante, dont les joyeux artifices et les coquetteries folles semblent vouloir formaliser en prises de vue réelles toutes les outrances d’un cartoon survolté, on comprend un peu mieux en quoi le réalisateur d’Evil Dead peut leur être associé. La tornade frénétique nous emporte aux côtés de personnages à la fois burlesques et attachants, au cœur d’une Amérique profonde où, sous la satire, on perçoit comme une douloureuse prise de conscience, une incapacité à concrétiser ses rêves, et surtout une inextinguible soif d’affection. D’où la tendresse pudique du film, son regard bienveillant, et l’émotion feutrée qui, sur le final, cueille au moment où on l’attend le moins. 5/6

Laurence anyways (Xavier Dolan, 2012)
Evidemment, une telle ébauche d'affectations, de fioritures et d'afféteries peuvent agacer. Ceux qui connaissent le précédent film de Dolan ne seront guère surpris par l'ostentation avec laquelle le jeune auteur cherche à séduire, imposer son style chic-Art déco, et au forcing s'il le faut. Mais il faut bien convenir une chose : le jeune homme a des choses à dire, et du talent pour le faire. En l'occurence, cent-soixante minutes d'une relation amoureuse au long cours, étalées sur dix ans, chargées de suffisamment d'élans romanesques, d'énergie en fusion et d'amertume pour emporter l'adhésion. Il y a du gras, des choses qui ne fonctionnent pas, des excès de zèle, mais aussi une sincérité désarmante dans ce portrait d'un couple qui tangue et vacille sous l'impact d'une déflagration inattendue. En prime, la découverte d'une actrice superbe et flamboyante : Suzanne Clément. 4/6

Le cri (Michelangelo Antonioni, 1957)
Avec ses longues berges striées de labours, percées de souches, creusées par des ouvriers de modeste condition, la plaine padane offre au triste récit un cadre très concret, hérité pleinement du néoréalisme dont il tire un pathétique constant – les films suivants s’en démarqueront. Et pourtant les principaux motifs d’Antonioni sont déjà là : tout y est obstacle, clôture, blessure du cœur, fatalité des amours. L’errance désemparée du héros, que son épouse a abandonné, le fait croiser la gironde tenancière d’une station-service, puis une jolie prostituée esseulée (les femmes sont belles, chez Michelangelo). Autant de rencontres qui ne font que l’engloutir davantage dans le désarroi et la solitude, le long d’un périple dont les nuances de gris restituent à ses états d’âme leur exacte couleur. 5/6

The dark knight rises (Christopher Nolan, 2012)
Nolan boucle la trilogie de façon cohérente, et s’il y a une chose que l’on ne peut lui enlever, c’est la solide unité de sa saga, l’ambition avec laquelle il décline sa vision du dark knight à l’aune des bouleversements et des inquiétudes contemporaines – mais de manière un peu trop carrée. Car tous les enjeux sont, à nouveau, exposés selon une grille de lecture qui ménage la chèvre (paraître intelligent, ambigu, complexe) et le chou (tout cela peine à dépasser le respect consciencieux du cahier des charges), et martelés à grand renfort d’explications sentencieuses et de musique ta-ta-ta, dans une logique de saturation permanente. A tout gaver au maximum, à courir les trente-six lièvres d’une narration anabolisée en forme de rouleau compresseur, Nolan perd le suc un peu anarchique et désemparé qui faisait le sel du volet précédent, et ne livre guère plus qu’une machinerie premium, beaucoup plus formatée qu’elle ne voudrait le faire croire. 3/6

Key Largo (John Huston, 1948)
Humphrey Bogart est alors définitivement entré dans l’univers hustonien mais, malgré sa présence et celle de Bacall, c’est davantage Edward G. Robinson, dans un numéro spectaculaire de gangster mégalo qui se nourrit de son passif, que l’on retient ici du casting. Dans un climat de chaleur tropicale trouée par un typhon cataclysmique, le cinéaste brode un affrontement psychologique en huis-clos que l’on peut lire comme une parabole sur le New Deal et le retour désillusionné des vétérans au pays, y découvrant corruption et banditisme. Sans être une réussite majeure, le film assume ses origines dramatiques et déroule sa narration tendue avec une maîtrise éprouvée. 4/6

Les grandes espérances (David Lean, 1946)
Cimetière perdu dans la lande et baigné de brume, escalier labyrinthique conduisant à une salle à manger envahi par les souvenirs fantomatiques, refuge dans une maison abandonnée au bord de la mer… Pour sa première adaptation de Dickens, Lean maîtrise une imagerie soignée mais un peu trop attendue, et décline un goût prononcé pour un romantisme ténébreux, un rien obsessionnel, qui sacrifie volontiers le réalisme psychologique à l’impact du plan ou de la séquence. D’où le sentiment quelque peu frustrant qui émerge de cette œuvre au romanesque endigué, peinant à offrir autre chose qu’une illustration sage et appliquée des enjeux initiatiques de son récit. 3/6

Jeux d’été (Ingmar Bergman, 1951)
A l’occasion d’un retour sur les lieux d’une idylle estivale et adolescente, marquée d’un drame dont elle peine à s’affranchir, une ballerine se souvient. L’occasion pour Bergman de faire jouer certains ressorts propres au nevermore suédois, et d’allier dans un même mouvement de joie et de mélancolie les beautés volatiles d’une saison vécue dans une euphorie passagère – jusqu’à la mort qui survient, dont le souvenir empêche de vivre, et dont la catharsis surviendra lors d’une scène de miroir en coulisse. Le film capte avec douceur et gravité la cristallisation d’un jeune couple, ses exigences, ses querelles, dans un climat de suavité solaire en accord avec la fraîcheur lumineuse de Maj-Britt Nilsson. 4/6

Les amants diaboliques (Luchino Visconti, 1942)
Un chômeur désœuvré devient l’amant d’une entêtante créature et ourdit avec elle l’assassinat du mari – on aura reconnu l’intrigue criminelle et poisseuse d’un roman de Cain plusieurs fois porté à l’écran. Le long d’une mise en place lourde et sensuelle, Visconti déplace les motifs du film noir au sein d’une composition au réalisme social constamment dominé par l’âpreté des passions, et dont l’engagement vériste se refuse au didactisme et à tout sentimentalisme démagogique. La suite, qui constitue l’essentiel du long-métrage, perd en intensité magnétique, mais installe les rudiments d’une esthétique imprégnée de théâtralité et de préciosité, tout en chargeant la trajectoire de son couple animal et tourmenté d’une fatalité mortuaire. 4/6

Rivière sans retour (Otto Preminger, 1954)
Rien ne destinait Preminger, cinéaste urbain par excellence, à se frotter aux espaces ouverts et au rythme sauvage du western. Il s’en sort sans génie mais avec une aisance éprouvée, honorant scrupuleusement un cahier des charges rempli jusqu’à la garde de péripéties hétéroclites et d’oppositions psychologiques. Classique et sans surprise, loin de l’évolution idéologique que le genre connaît à cette époque (les Indiens y sont toujours des méchants sanguinaires), l’œuvre se suit sans déplaisir, grâce à la belle simplicité de ses relations triangulaires (le père, le fils, la mère en devenir), et à l’attrait de Marilyn, qui rayonne en jean serré, bottes et corsage. 4/6

Les dames du bois de Boulogne (Robert Bresson, 1945)
L’histoire de Mme de Pommeraye contée par Diderot est d’une étrange atemporalité, et ce sont aux manigances amoureuses, au cynisme assassin d’un Laclos que renvoie l’implacable mécanique de vengeance ourdie par une héroïne figée dans la douleur, l’orgueil et la haine. Si l’on décèle dans le décalage des conventions les germes de l’esthétique bressonnienne, la stylisation subtile de l’image, les répliques de Cocteau et surtout la terrible cruauté du récit, qui tend toute son énergie vitale dans la programmation d’une déchéance et d’une mise à mort sociale, font naître une émotion bien loin de la sécheresse à venir. Davantage que le jeu un peu guindé de Maria Casarès, c’est la fragilité d’Elina Labourdette, son innocence volée par la machination d’une Merteuil maléfique, qui en exprime la nature la plus juste. Bah moi qui n'aime généralement pas Bresson, si je m'attendais à une telle adhésion ! 5/6

Le droit du plus fort (Rainer Werner Fassbinder, 1975)
Fassbinder creuse des thèmes similaires à ceux explorés dans les précédents films en transposant dans le milieu homosexuel les rapports de domination et de manipulation au sein du couple. En s’octroyant le rôle d’un jeune homme de condition modeste, et dont la fortune inattendue sera dilapidée par un fils de bonne femme dont il s’est entiché, le cinéaste apporte un supplément de vérité à une œuvre qui, comme souvent chez l’auteur, refuse tout sentimentalisme en privilégiant une étrange froideur, nourrie d’une sèche ironie. Pas d’apparat donc, malgré une mise en scène toujours très pensée, et une implication rendue difficile, mais un regard critique et toujours aussi lucide sur la hiérarchie commune aux rapports d’exploitation économique et aux bénéfices culturels, et sur la honte sociale qui mine l’équilibre conjugal. 4/6
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AtCloseRange
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Re: Notez les films juillet 2012

Post by AtCloseRange »

Stark wrote:Mes découvertes de juillet.
Les dames du bois de Boulogne (Robert Bresson, 1945)
L’histoire de Mme de Pommeraye contée par Diderot est d’une étrange atemporalité, et ce sont aux manigances amoureuses, au cynisme assassin d’un Laclos que renvoie l’implacable mécanique de vengeance ourdie par une héroïne figée dans la douleur, l’orgueil et la haine. Si l’on décèle dans le décalage des conventions les germes de l’esthétique bressonnienne, la stylisation subtile de l’image, les répliques de Cocteau et surtout la terrible cruauté du récit, qui tend toute son énergie vitale dans la programmation d’une déchéance et d’une mise à mort sociale, font naître une émotion bien loin de la sécheresse à venir. Davantage que le jeu un peu guindé de Maria Casarès, c’est la fragilité d’Elina Labourdette, son innocence volée par la machination d’une Merteuil maléfique, qui en exprime la nature la plus juste. Bah moi qui n'aime généralement pas Bresson, si je m'attendais à une telle adhésion ! 5/6
J'avais beaucoup aimé aussi et les 2 autres Bresson vus se sont révélés douloureux (L'Argent et Pickpocket).
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Thaddeus
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Re: Notez les films juillet 2012

Post by Thaddeus »

AtCloseRange wrote:J'avais beaucoup aimé aussi et les 2 autres Bresson vus se sont révélés douloureux (L'Argent et Pickpocket).
Personnellement j'ai un rapport très étrange avec Bresson, frappé d'une singulière dichotomie. J'en ai vu quatre (Un condamné à mort s'est échappé, Pickpocket, Au hasard Balthazar, Mouchette), qui m'ont tous profondément ennuyé. Puis j'ai récemment revu Un condamné à mort... et - surprise ! - j'ai adoré son suspense ultra tendu, sa mystique de la gestuelle, sa rigueur morale. Bref, une grande redécouverte. Bien motivé, je me suis alors refait Mouchette, et patatras : je suis resté sur ma première impression, celle que me vaut le ciné de Bresson en général avec son atonie morose, sa désespérante neutralité. Et puis là, donc, Les Dames du Bois de Boulogne m'a complètement plu. Bref, c'est les montages russes, bizarre. Je me tête à découvrir Journal d'un Curé de campagne ou L'Argent, du coup. Mais je sais que Les Dames... est un peu à part chez lui, qu'il n'est pas encore phagocyté par cette sécheresse qui plombe tellement les autres, ceci explique peut-être cela.
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AtCloseRange
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Re: Notez les films juillet 2012

Post by AtCloseRange »

Stark wrote:
AtCloseRange wrote:J'avais beaucoup aimé aussi et les 2 autres Bresson vus se sont révélés douloureux (L'Argent et Pickpocket).
Personnellement j'ai un rapport très étrange avec Bresson, frappé d'une singulière dichotomie. J'en ai vu quatre (Un condamné à mort s'est échappé, Pickpocket, Au hasard Balthazar, Mouchette), qui m'ont tous profondément ennuyé. Puis j'ai récemment revu Un condamné à mort... et - surprise ! - j'ai adoré son suspense ultra tendu, sa mystique de la gestuelle, sa rigueur morale. Bref, une grande redécouverte. Bien motivé, je me suis alors refait Mouchette, et patatras : je suis resté sur ma première impression, celle que me vaut le ciné de Bresson en général avec son atonie morose, sa désespérante neutralité. Et puis là, donc, Les Dames du Bois de Boulogne m'a complètement plu. Bref, c'est les montages russes, bizarre. Je me tête à découvrir Journal d'un Curé de campagne ou L'Argent, du coup. Mais je sais que Les Dames... est un peu à part chez lui, qu'il n'est pas encore phagocyté par cette sécheresse qui plombe tellement les autres, ceci explique peut-être cela.
Pour l'Argent, j'ai des doutes que ça te plaise. C'est vraiment du Bresson hardcore.
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Gounou
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Re: Notez les films juillet 2012

Post by Gounou »

Revois Pickpocket.
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Flol
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Re: Notez les films juillet 2012

Post by Flol »

A ma grande surprise, j'avais beaucoup aimé Procès de Jeanne d'Arc.
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Re: Notez les films juillet 2012

Post by AtCloseRange »

Gounou wrote:Revois Pickpocket.
Pour une comédie, ça m'a pas beaucoup fait rigoler. Un peu mais pas suffisamment.
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