Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jack Carter
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jack Carter »

Jeremy Fox wrote:
Jack Carter wrote:
j'ai toujours du mal avec cette phrase, si souvent c'est tous les 5ans, alors qu'est-ce que ce sera quand tu diras "parfois" :mrgreen:

Ne regardant plus les programmes tv depuis bientôt 5 ans, ça doit correspondre à ça :oops: Disons qu'à l'époque où j'avais TNT Classic Movie (ex-TCM), il était passé assez souvent :fiou:

Donc ce n'est pas le cas ?
non, j'ai TCM depuis 6 ans, et il me semble qu'il est passé au tout debut que j'avais la chaine, j'avais du le louper, et pas repasser depuis. D'ailleurs, la chaine est devenue tres avare en westerns.

mais je te confirme que certains films passent absolument tout le temps, tous les mois depuis des années :mrgreen:

TCM passe des films de plus en plus recents en journée et j'ai presque envie de dire que si on a une chance de (re)voir Ambush sur la chaine, faut esperer une integrale Robert Taylor :uhuh:
L'étranger...
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by L'étranger... »

Jeremy Fox wrote:Promis, je ne vous parlerais plus des diffusions TV :mrgreen:
Effectivement, le film n'a plus été diffusé depuis 5 ans, mais bon... :mrgreen:

Sinon, Ambush est un film que j'aime beaucoup, son rythme est assez soutenu et on ne s'ennuie pas du tout, du coup on peut le (re)voir régulièrement (tous les 2/3 ans) sans problème.
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

Julien Léonard wrote: Par contre, je te vois venir Jeremy, à vouloir me mettre en boite avec Montana ! :mrgreen: Sincèrement, sur près de 40 films avec Errol Flynn que j'ai chez moi, c'est celui que je considère comme étant son plus mauvais, c'est dire... On y reviendra tantôt... Et franchement, j'ai hâte de te lire, afin de voir en détails ce que tu lui trouves. :)
J'avais fourbi mes armes ; je les range pour rejoindre ton camp. Ceux qui attendaient un duel seront déçus mais voilà... :mrgreen: Je me demande encore ce que j'ai bien pu trouver à ce petit navet. Mon avis en fin de semaine
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Jeremy Fox
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Montana

Post by Jeremy Fox »

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Montana (1950) de Ray Enright
WARNER


Avec Errol Flynn, Alexis Smith, S. Z. Sakall, Douglas Kennedy, James Brown, Paul Burns…
Scénario : James R. Webb, Borden Chase et Charles O’Neal
Musique : David Buttolph
Photographie : Karl Freund
Une production William Jacobs pour la Warner
Couleur - 76 mn


Sortie USA : 28 janvier 1950


En 1879, le Montana est un État dans lequel le bétail est roi et où la loi se fait encore à coups de revolver, les convoyeurs et les ranchers ayant alors plus d’influence que les hommes de loi. D’ailleurs ce sont Maria Singleton (Alexis Smith) et Rod Ackroyd (Douglas Kennedy), les plus gros éleveurs alentour, qui tiennent les rênes de la région de Fort Humboldt. Des panneaux sont érigés un peu partout pour prévenir que le premier berger qui fera traverser son troupeau de mouton sur les prairies destinées aux bêtes à cornes passera immédiatement de vie à trépas. Morgan Lane (Errol Flynn), un éleveur de moutons d’origine australienne, ne compte pas seulement passer sur ce territoire mais aussi s’y installer. Il souhaite prouver que, comme il l’a vu au Mexique, bovins et ovidés peuvent vivre en bon voisinage. Pour se faire, se faisant passer pour l’associé du colporteur Papa Schultz (S.Z. Sakall), il va commencer par user de ruse auprès de Maria qui, ayant été éblouie par sa facilité à monter un cheval sauvage, tombe immédiatement sous son charme. Sans savoir qu’il est propriétaire d’un troupeau des fameux animaux abhorrés, elle lui loue une partie de ses terres. Au moment même de la signature du contrat, il est démasqué et roué de coups pour avoir trompé son monde. La lutte entre gros éleveurs de bétail et bergers s’engage de plus belle ; les morts commencent à s’amonceler...


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Montana a beau être un très mauvais film (n’attendons pas inutilement des dizaines de ligne avant de l’affirmer), il aura au moins eu le mérite d’aborder pour la première fois en 75 petites minutes (une bénédiction que cette courte durée) le thème des conflits entre éleveurs de bétail et éleveurs de moutons. Par la suite, peu de westerns reviendront sur ces rivalités alors que celles entre ranchers et fermiers ont été et seront encore légions. Batailles rangées pour l’accaparement de terres ou à cause de la haine envers toutes sortes de clôtures venant morceler les ‘Open Range’ mais jamais encore à cause de ces paisibles petites bêtes à laine. Bizarrement, la présence de moutons dans un western ne donnera pratiquement naissance qu’à des films à tendance humoristique, George Sherman mettant en scène le meilleur d’entre eux huit ans plus tard avec le bien nommé The Sheepman, le rôle titre étant tenu par Glenn Ford. Mais s’il ne fallait se rappeler que d’une seule fiction à propos de cet antagonisme historique, ce serait Drag-a-long Droopy, un dessin animé hilarant de Tex Avery datant de 1954.


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Au Far-West en ce dernier quart du 19ème siècle, du Texas au Sud jusqu’au Montana tout au Nord, les Cattlemen et les Sheepmen se considéraient comme des ennemis mortels. Les premiers regardaient avec mépris les seconds suivre leurs bêtes à pied au lieu de chevaucher, ne supportaient pas l’odeur des moutons et pensaient que ces derniers allaient détruire les prairies ne laissant rien à brouter aux autres animaux d’élevage. Ils se mirent à massacrer les troupeaux par tous les moyens : Stampede, empoisonnements, tueries... De nombreux bergers perdirent la vie dans le même temps. Pourtant, parmi les petits éleveurs de bétail, certains pensaient à diversifier leurs cheptels par l’intégration de quelques moutons d’autant que l’idée circulait qu’ils apporteraient une richesse supplémentaire à leur région par l’apport de la laine en sus de la viande. Ces éléments nouveaux à l’intérieur du genre, ce conflit sanglant encore jamais abordé, auraient pu donner un scénario tout du moins intéressant ; mais Borden Chase et ses deux acolytes ont accompli un travail de sagouin. Il aura fallu non moins que le scénariste de Red River assisté de deux autres confrères pour nous pondre un scénario d’une telle indigence et d’une telle bêtise ! Convention à la pelle, trous béants dans la dramaturgie, rebondissements sans surprises et ridicule des situations, rien ne permet à ce script pitoyable de relever la tête, pas même l’écriture des protagonistes et des relations qu’ils entretiennent entre eux.


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Du coup, les acteurs se révèlent aussi transparents que leurs personnages, certains même se transformant en fantôme tel celui du colporteur joué par S.Z. Sakall qui disparait de l’histoire sans prévenir et sans qu’on ne le revoie jamais. Ce n’est pas qu’il nous manque puisque l’acteur nous refait son sempiternel numéro de bouffon (il est parfois très drôle notamment dans les comédies musicales mais parfois bien pénible) mais cet évanouissement prouve le manque de sérieux des auteurs. A la fin du film, on ne se souvient (hormis peut-être le vieux Tecumseh joué par Paul E. Burns) d’aucun seconds rôles pas même des Bad Guys qui sont d’une rare fadeur. Quant à Errol Flynn, si on le sent parfois gêné aux entournures de devoir débiter de telles âneries, il semble le reste du temps s’en fiche royalement, absolument pas concerné par le film, paraissant s’y ennuyer à mourir au point de ne même pas essayer de sauver ce qui aurait pu l’être. Sa prestance et son charme font cependant et heureusement toujours mouche. Pas mieux concernant sa partenaire Alexis Smith avec qui pourtant il formait un beau couple dans Gentleman Jim de Raoul Walsh ou même dans l’agréable San Antonio de David Butler. Mal maquillée, son budget fond de teint a du grever les moyens alloués au film.


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Budget qui, au vu des vilaines transparences usées jusqu’à plus soif, semble minime alors que Ray Enright et la Warner avaient probablement dans l’idée de nous redonner un western de prestige tel Les Conquérants (Dodge City) ou San Antonio. Étonnant et paradoxal d’ailleurs de constater une nouvelle fois que ce sont les studios les plus modestes (Columbia et Universal) qui évitent d’utiliser stock-shots et transparences alors que les plus prestigieux de l’époque (Warner et MGM) ne s’en privent pas. Le peu de talent que possédait le modeste Ray Enright (à son actif, il a quand même signé les sympathiques Les Ecumeurs et Coroner Creek) semble fondre comme neige au soleil et il n’en reste pas une miette ici. Walsh aurait d’ailleurs réalisé quelques scènes mais on se demande bien lesquelles tellement tout s’avère médiocre ; aucun rythme, aucune hardiesse, aucune idée de mise en scène, aucune originalité, seuls surnagent quelques beaux plans notamment sur le visage d’Errol Flynn et un beau travail de Karl Freund à la photographie, le Technicolor s’avérant magnifique, le costume bleu porté par la star et les yeux verts de sa partenaire en bénéficiant avec éclat.

Bref, même si l’on ne peut pas dire s’y ennuyer, on ne peut que constater le gâchis. Heureusement, il reste un magnifique Technicolor et des séquences musicales certes totalement incongrues mais permettant d’oublier la nullité du reste, notamment ‘Old Dan Tucker’ entonnée par un quatuor de cow-boys et surtout un duo entre Errol Flynn et Alexis Smith, ‘Reckon I'm In Love’. Vous n’aurez pas beaucoup d’autres occasions d’entendre chanter le bel Errol ni de le voir gratter les cordes d’une guitare même s’il n’essaie pas de cacher qu’il fait semblant ! A consommer avec modération par les afficionados mais formellement interdit à ceux qui souhaiteraient à l'occasion découvrir le genre !
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Père Jules
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Père Jules »

Bon ben je passe mon tour pour celui-là.
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Et en plus, ils chantent :mrgreen:
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Rick Blaine
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Rick Blaine »

Vu que je l'ai à la maison, il va bien falloir que je le regarde un jour, mais franchement, ce ne sera pas pour tout de suite! :D

Je me joint tout de même à Jeremy, pour souligner les qualités de l'extraordinaire Drag-a-long Droopy du grand Tex Avery. A lire ces lignes, il vaut mieux se le passer en boucle pendant 75mn que de regarder le film d'Enright.
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Jeremy Fox
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The Sundowners

Post by Jeremy Fox »

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Les Cavaliers du Crépuscule (The Sundowners - 1950) de George Templeton
EAGLE-LION


Avec Robert Preston, Robert Sterling, Chill Wills, Cathy Downs
Scénario : Alan Le May
Musique : Leonid Raab & Rudy Schrager
Photographie : Winton C. Hoch (Technicolor 1.37)
Un film produit par Alan Le May & George Templeton pour Le May-Templeton Pictures


Sortie USA : 02 février 1950


Les frères Cloud, Tom (Robert Sterling) et Jeff (John Drew Barrymore), éleveurs dans le Nord du Texas, trouvent le cadavre d’un de leurs rares cow-boys caché sous un buisson. Ils se rendent en ville rapporter cet assassinat au shérif qui se dit désolé mais leur explique qu’il ne peut rien faire pour eux, que tous leurs malheurs leurs sont imputables par le fait d’être venus s’installer sur des terres (d’une manière totalement légale) convoitées par beaucoup. Ce même jour, à leur retour à leur ranch, ils ont la mauvaise surprise de voir arriver le bandit Kid Wichita (Robert Preston) qui n’est autre que leur frère ainé qu’ils détestent cordialement. Tom lui demande de quitter les lieux mais Wichita lui dit connaitre le coupable du meurtre de Juan et lui propose d’aller lui faire payer son crime. Peu convaincu, Tom va finir par accepter de l’héberger d’autant qu’il n’a plus d’hommes de main pour l’aider à s’occuper de son troupeau. Tom ferme alors les yeux sur les exactions nocturnes commises par son frère alors qu’à son tour il vient gonfler leur cheptel en volant les bêtes de voisins peu scrupuleux, ceux-là même qui avaient fait de même en tuant Juan témoin de leur larcin. Ce qui inquiète le plus Tom dans cette guerre entre ranchers est que son cadet Jeff semble subir la mauvaise influence de son ainé et vouloir suivre son exemple. Se greffe là-dessus une romance quadrangulaire puisque la jolie Kathleen (Cathy Downs) trompe son époux (Jack Elam) avec Tom alors que Wichita lui tourne aussi autour…


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The Sundowners (à ne pas confondre avec le film de Fred Zinnemann de 1960 avec Robert Mitchum et Deborah Kerr) est un western réalisé par George Templeton et écrit par Alan Le May, écrivain par ailleurs très réputé dans le genre puisqu’il est l’auteur des romans ayant servi de supports à deux westerns parmi les plus célèbres qui soient, rien de moins que La Prisonnière du désert (The Searchers) de John Ford et Le Vent de la plaine (The Unforgiven) de John Huston. Le May s’était également fait un nom en tant que scénariste, signant de très bons scripts tels que ceux écrits pour Cecil B. DeMille et qui furent d’ailleurs ses premiers travaux pour le cinéma - Les Tuniques écarlates (North West Mounted Police), Les Naufrageurs des mers du Sud (Reap the Wild Wind) - mais aussi celui du très amusant Le Grand Bill (Along Came Jones) de Stuart Heisler, du très agréable La Vallée maudite (Gunfighters) de George Waggner voire encore celui de l’excellent et méconnu Cheyenne de Raoul Walsh. S’étant associé au producteur George Templeton, leur collaboration ne donnera que deux westerns, le second étant High Lonesome (La Vallée du solitaire) qu’il réalisera lui-même la même année sur les mêmes lieux avec beaucoup des mêmes comédiens dont John Drew Barrymore, Dave Kashner, Chill Wills et Jack Elam. Heureuse initiative de la part de l’éditeur Artus d’avoir sorti les deux films d’autant qu’ils peuvent être considérés -comme le dit très justement George Ramaïoli dans les bonus du DVD- comme des westerns jumeaux.


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Deux westerns qui se ressemblent beaucoup de par leur casting et lieux de tournage presque identiques (les endroits choisis dans le Palo Dura Canyon situé dans le Nord du Texas ont par ailleurs très rarement été filmés), du fait qu’ils possèdent le même scénariste et quasiment la même équipe technique, mais aussi par la volonté des auteurs de tourner entièrement en dehors des studios y compris pour les intérieurs, sans aucune utilisation de transparences ou de stock-shots. Tout ceci donne ainsi à ce duo de westerns un aspect pas spécialement plus naturaliste mais disons une patine un peu différente des westerns de l’époque ainsi qu’un ton un peu ‘autre’ découlant d’un mélange assez original et paradoxal de ‘réalisme’ et de naïveté fantaisiste dû probablement aussi en partie à un travail sur la photographie qui change du rendu Technicolor habituel (peut-être du fait de la lumière différente de ces endroits rarement utilisés pour les westerns). L’histoire, comme celle de High Lonesome, est avant tout celle très classique de la lutte pour les terres, ici celle qui oppose un grand Cattle Baron à un modeste éleveur alors que de part et d’autre leurs bêtes se volatilisent. Une fois n'est pas coutume, aucun des deux n'est impitoyable ni détestable ; ils pensent juste se faire voler l'un par l'autre alors que nous verrons que ce n'est pas le cas. Beaucoup de points communs entre les deux westerns mais contrairement au film de Le May, dans The Sundowners pas de pointe de fantastique ni de ‘Rebel without a Cause’, pas de flashbacks ni d’incursions dans le film noir, moins de détails insolites et plus qu’un seul rôle féminin là où High Lonesome en proposait deux d’à peu près égale importance.


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Il faut cependant dire que Cathy Downs remplace avantageusement les deux comédiennes du film de Le May (pourtant déjà tout à fait convaincantes), l’inoubliable Clementine de John Ford (La Poursuite infernale - My Darling Clementine) ayant grandement embellie et se révélant non seulement extrêmement charmante mais également très bonne actrice, son personnage de femme adulte et adultère étant à l’origine des plus belles et ‘sulfureuses’ séquences du film, celle où elle se fait gentiment ‘molester’ par Robert Preston suivie tout de suite après par celle où on la découvre amoureuse de Robert Sterling et où elle le force à venir l’embrasser. Un personnage de femme à priori mal-mariée (à un Jack Elam que l’on est étonné de trouver dans un rôle positif) sans que ce n’ait été expliqué, sans même que ça ne se remarque forcément à l’écran, d’où le questionnement de certains sur un éventuel monteur ayant fortement sabré pour en arriver à la demande des producteurs à une durée standard pour les séries B de l’époque, soit environ 80 minutes. Car même en étant attentif, on se posera à plusieurs autres occasions la question de scènes manquantes, des trous dans le scénario semblant se faire jour ici et là, certains même assez béants ; ce qui rend le film un peu bancal, bien moins attractif et captivant que le sera celui de Alan Le May peu de temps après. Beaucoup de pistes très intéressantes semblent également avoir été abandonnées en cours de route ou pas assez approfondies comme les relations entre le Cattle Baron et son fils -qui n’est autre que le shérif couard de la ville ; voire peut-être plus mais on vous laisse le découvrir-, l’attirance et l’idolâtrie du cadet pour les côtés obscurs de son ainé ou encore les différentes rivalités fraternelles que l'on aurait souhaité plus puissantes émotionnellement parlant ; l’on peut d'ailleurs regretter que la plupart des personnages ne soient pas plus richement dépeints même si leur écriture s'avère néanmoins plutôt correcte.


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En effet, même si son intrigue à priori toute simple se montre un peu tarabiscotée faute à de probables coupures (d’où provient et quelle est la signification de la phrase répétée à maintes reprises par Robert Preston qui clôture même le film ?), même si elle ne s’avère pas forcément convaincante dans sa résolution et même si elle n’est pas dénuée de grosses invraisemblances, l’auteur de The Searchers arrive néanmoins à capter notre attention presque de bout en bout en se focalisant avant tout sur ses protagonistes, aidé en cela par une direction d’acteurs n’ayant à souffrir d’aucun reproches en particulier, les comédiens s’étant tous pris au sérieux et accomplissant un travail correct à défaut d’être inoubliable. Outre Cathy Downs et Jack Elam pour sa première apparition au cinéma, on retiendra John Litel et son visage de pierre qui rend son rôle de Cattle Baron assez inquiétant, John Barrymore Jr dans son premier rôle, bien moins cabotin que dans High Lonesome, presque terne même en comparaison, Robert Preston (excellent comédien ayant beaucoup tourné avec Cecil B. DeMille mais dont les deux prestations les plus mémorables auront peut-être été dans Whispering Smith de Leslie Fenton et surtout bien plus tard dans Victor Victoria de Blake Edwards) interprétant un personnage ambigu et haut en couleurs, n’hésitant pas à pousser la chansonnette dans les moments les plus tendus, tout à la fois haïssable (il cherche constamment à titiller ses interlocuteurs jusqu’à vouloir à tout prix les faire sortir de leurs gonds) et parfois attachant, et enfin, en totale opposition, Robert Sterling dont le jeu posé contraste étonnement avec celui de Preston, leurs relations n’en étant que plus intéressantes à voir évoluer.


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Avare en scènes d’action, le film propose néanmoins un long et très bon combat final dans un lieu escarpé, les ennemis jouant à cache-cache au milieu d’impressionnantes anfractuosités creusées dans les falaises, le personnage au fouet interprété par Dave Kashner allant s’en donner à cœur joie dans la brutalité et le sadisme avant d’assez mal s’en sortir. Dommage que le réalisateur ne maitrise pas assez l’espace et la topographie auquel cas contraire nous nous serions trouvé devant une séquence d’anthologie. Au final, un western sans génie et parfois laborieux faute à un éparpillement (voulu ou non) du scénario mais néanmoins assez solide, plutôt plaisant et surtout très bien dialogué. Malgré de flagrants défauts et un ensemble moyennement captivant, une rareté dont il aurait été dommage de passer à côté... pour les aficionados bien évidemment !
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feb
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by feb »

"Julien Léonard est attendu au topic Western américain, Julien Léonard, topic Western américain, merci !"
Excellente chronique Jeremy :wink: pour un film qui semble bien dispensable....même si je lui donnerai bien une chance un jour vu qu'il se trouve dans mon meuble DVD :fiou:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by catzilla »

Montana je le trouve moyen. La disparition du rôle du camelot sans raison, un manque d'action ne permettent pas au film de se placer dans les reussite du genre.
Pour ceux qui veulent le découvrir pour pas cher le coffret Errol Flynn UK avec VF et stf comprenant Montana (1950),Rocky Mountain (1950), San Antonio (1945)est à moins de 10 euros sur Play.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Julien Léonard »

J'ai lu en détails ta chronique Jeremy. Que dire... si ce n'est que je suis d'accord ! :mrgreen: Tu t'en doutes, je suis content de voir que je ne suis en fin de compte pas passé à côté de quelque-chose. :wink:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

Pour une fois, Jeremy ne nous fera pas passer a la caisse... lol. :lol: :wink:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

someone1600 wrote:Pour une fois, Jeremy ne nous fera pas passer a la caisse... lol. :lol: :wink:
Attention, je ne voudrais pas que ton "pour une fois" fasse ressortir cette phrase : C’est un forum sans juste milieu. Il y a rarement de nuance : ça fait tout de même le 19ème film que j'ai noté en dessous de la moyenne ; grâce à moi, vous en avez déjà fait pas mal d'économies :mrgreen:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by someone1600 »

Lol en effet. Ceci dit c'etait loin d'etre un reproche. Je suis chanceux pour ma part, bien des films que tu as chroniqué, je les possede soit deja, soit j'ai un enregistrement. :wink:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Post by Jeremy Fox »

someone1600 wrote: Ceci dit c'etait loin d'etre un reproche.
Bien sûr ; je plaisantais aussi :wink:
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The Outriders

Post by Jeremy Fox »

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Le Convoi Maudit (The Outriders, 1950) de Roy Rowland
MGM


Avec Joel McCrea, Arlene Dahl, James Withmore, Barry Sullivan, Ramon Novarro, Claude Jarman Jr…
Scénario : Irving Ravetch
Musique : André Prévin
Photographie : Charles Schoenbaum (Technicolor)
Une production Richard Goldstone pour la MGM
Couleur - 92 mn


Sortie USA : 01 mars 1950

Alors que le western n’était jusqu’à présent pas franchement la tasse de thé de la MGM, elle nous en aura offert deux très bons en ce début de décennie, Embuscade (Ambush) de Sam Wood et, encore un cran au-dessus, Le Convoi Maudit (The Outriders) de Roy Rowland, ce dernier, ce qui ne gâte rien, proposé dans un très beau Technicolor qui avait fait défaut au précédent. Décennie qui peine cependant encore à trouver ses marques, aucun des deux titres n’ayant de réelle importance au sein de l’histoire du genre, ne révolutionnant pour ainsi dire pas grand chose et ne dépassant guère le stade de l’honnête divertissement. Mais nous aurions tort de faire la fine bouche alors que les deux spectacles proposés, aussi conventionnels soient-il, ne lésinent pas sur la qualité du service à quelque niveau que ce soit. Alors que Ambush nous emmenait passer quelques jours au sein d’un fort Yankee, le film de Roy Rowland débute aussi dans une garnison nordiste située cette fois dans le Missouri.


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En 1865, trois soldats confédérés, Will (Joel McCrea), Jesse (Barry Sullivan) et Clint (James Whitmore) s’évadent d’un camp de prisonniers nordiste dans le Missouri. Poursuivis par les troupes Yankees, ils tombent nez à nez avec un groupe de francs tireurs dévoués au fameux Quantril. Dirigé par le sanguinaire Keeley (Jeff Corey), sous prétexte d’aider les troupes sudistes en difficulté et de continuer à lutter pour cette cause, ces hommes assassinent impunément civils et militaires. Leur devant néanmoins la vie et étant en principe du même bord, nos trois fuyards acceptent une mission qui leur est alors confiée, celle de conduire un convoi partant de Santa Fe et transportant secrètement de l’or jusqu’à Saint Louis. Ils doivent le faire passer à Cow Creek, un plateau désert où les hommes de Keeley les attendront pour leur tendre une embuscade et s’emparer du butin. Sans se douter de quoi que ce soit, le chef du convoi, Don Antonio (Ramon Novarro), accepte l’aide qui lui est proposé après que les Apaches aient malmenés ses hommes et chariots. Font également partie du voyage, Jen (Arlene Dahl), une jolie veuve accompagnée par le jeune frère de son mari défunt, Roy (Claude Jarman Jr). La beauté de cette femme va provoquer bien des jalousies et notamment créer des rivalités entre Will et Jesse. A côté de ça, la petite troupe aura fort à faire : se protéger contre les attaques indiennes, traverser des rivières tumultueuses, rattraper les chevaux effrayés par l’orage ; ils ne sont pas au bout de leur peine alors même qu’on vient leur annoncer triomphalement que le Général Lee vient de se rendre et que la guerre civile est donc enfin terminée. Car évidemment, les hommes de Quantril et de Keeley n’en ont rien à faire…


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Roy Rowland n’a que 40 ans lorsqu’il tourne son premier western qui n’est autre que The Outriders. Très peu connu auprès des spectateurs français, le cinéaste n’en aura pas moins signé quelques belles réussites notamment dans la comédie musicale avec l’amusant et dynamique La Fille de l’Amiral (Hit the Deck) mais surtout, son plus grand titre de gloire, le curieux et fascinant Les 5000 Doigts du Dr T (The 5000 Fingers of Dr T). Difficile d’en dire plus car excepté ses autres westerns sur lesquels nous reviendrons plus tard, peu de ses autres films nous sont connus excepté Sur la Trace du Crime (Rogue Cop), un honnête thriller et Viva Las Vegas (Meet me in Las Vegas), comédie musicale gentillette avec Cyd Charisse. Le Convoi Maudit (bien nommé pour une fois dans sa traduction française) est un western qui remplit parfaitement son contrat sans jamais se moquer de son public. Presque entièrement filmé dans les superbes paysages de l’Utah, il y aurait esthétiquement juste à déplorer quelques rares transparences ratées lors de certaines scènes d’action car sinon les toiles peintes signées Arnold Gillespie sont très belles (notamment celle de Santa Fe) et les séquences nocturnes en studio s’avèrent très correctes, témoin celle, plastiquement réussie de l’orage avec les ombres inquiétantes portées sur les rochers qui vont effrayer le jeune Claude Jarman Jr. Correctement réalisé, écrit et interprété, même s’il ne comporte guère de surprises (sauf dans son premier quart d’heure), The Outriders devrait pouvoir plaire au plus grand nombre des aficionados du genre.


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En effet, Irving Ravetch, qui sera plus tard le scénariste attitré du très intéressant Martin Ritt et l’auteur notamment de l’excellent Celui par qui le Scandale arrive (Home from the Hill) de Vincente Minnelli, pour son premier travail dans le cinéma, nous offrait à cette occasion une belle histoire bien charpentée et respirant l’aventure et les grands espaces. Dès le départ, les situations évoquées nous semblent un peu nouvelles : le bain forcé que doivent prendre les prisonniers crasseux, l’acharnement de Jesse, proche de la folie meurtrière, lorsqu’il tue l’un de ses gardiens laissant l’eau du lac rougie du sang de sa victime, la délation avec une pointe de contentement des civils lorsqu’ils s’aperçoivent avoir hébergé des soldats ennemis, le mensonge et la trahison que doivent perpétrer nos trois héros vis-à-vis des personnes convoyées… Et puis qui dit film de convoi (que ce soit une caravane de pionniers comme dans La Piste des Géants (The Big Trail) ou de bétail comme dans La Rivière Rouge (Red River) dit nombreuses embuches à affronter : ici nous avons droit à une attaque Apache, la traversée d’une rivière tumultueuse, un vol de chevaux par les Pawnee, un orage amenant une ambiance quasi-fantastique ainsi que l’embuscade finale qui doit clore violemment le voyage comme attendu. Sans que le rythme soit endiablé, loin de là, toutes ces péripéties sont assez bien amenées, efficacement réalisées et entrecoupées par la description des relations amicales ou tendues entre les trois convoyeurs, deux d’entre eux se querellant pour les yeux de la belle Arlene Dahl, le dernier, joué par James Withmore, étant là pour tempérer dans un rôle à la Walter Brennan sans cependant qu’il ait à forcer sur l’humour quasiment absent du film.


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Puisque nous en sommes à nous attacher aux yeux de la belle rousse (c’est une des Deux Rouquines dans la Bagarred’Allan Dwan), on dirait que le Technicolor a été inventé pour cette actrice physiquement superbe et qui est d’ailleurs à l’origine de la séquence la plus troublante du film. Rien que pour cette scène, Irving Ravetch et Roy Rowland méritent nos éloges car que ce soit par son écriture ou sa mise en scène, elle reste inoubliable. Alors qu’à la nuit tombée, les hommes enivrés se mettent à danser autour du feu de camp, Arlene Dahl, censée restée dans son chariot, fait une apparition remarquée dans sa splendide robe noire de deuil. Agrémentant le bal de sa présence féminine, elle accepte quelques pas de danse avec chacun des hommes pour contenter tout le monde. Puis Barry Sulivan, qui ne cache pas son désir, l’enlace avec un ruban vert lui faisant faire quelques pas de danse assez langoureux. Mais ayant jetée son dévolu sur Joel McCrea, elle lui susurre à l’oreille "you wanted me the most" avant d’aller chercher d’autres chaussures avec lesquelles elle serait plus à l’aise. Elle lui amène et lui demande devant tout le monde de les lui mettre. Il s’exécute, lui prend délicatement les chevilles et lui enfile de délicats souliers verts. Cette séquence est tout à la fois d’une élégance et d’une sensualité encore assez rare jusqu’à présent dans le western.


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L’autre moment mémorable du film est la traversée de la rivière à fort courant, les gens du convoi étant obligés de construire un radeau servant de bac sur lequel ils pourront transporter les chariots ; séquence très bien construite avec tout ce qu’il faut de réalisme, de suspense et de tragédie pour nous tenir en haleine. Si le reste n’est pas de ce niveau, si le rythme a tendance à faiblir vers le milieu du film, le spectacle est assuré et ne procure d’ennui à aucun moment. Même si la mise en scène de Rowland manque de souffle et d’idées, c’est celle d’un homme respectueux de son public ; nous nous étonnons même de pouvoir contempler dans ce western mineur des plans aussi beaux que celui des quatre cavaliers en contre jour en haut d’une colline. Quant à l’interprétation, elle s’avère elle aussi convaincante. Si Arlene Dahl n’est finalement pas aussi bien utilisée que dans Embuscade de Sam Wood, si Claude Jarman Jr, le jeune acteur attachant de Jody et le Faon (The Yearling) de Clarence Brown, est sacrifié dans tous les sens du terme (mais John Ford lui octroiera un rôle bien plus consistant la même année dans Rio Grande) et si la plupart des seconds rôles ne font office que de toile de fond, Joel McCrea acquiert de plus en plus d’assurance dans le genre, James Withmore s’avère excellent ainsi que l’inquiétant Barry Sullivan. Quant au chef de convoi, c’est le Ben-Hur de Fred Niblo, Ramon Novarro en personne avec pour une fois un rôle plutôt conséquent en comparaison de ceux qu’il avait pu tenir jusqu’ici dans le cinéma parlant. Dommage en revanche que Jeff Corey, le chef de bande psychopathe, soit aussi peu présent à l’écran.


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Bref, rien qui nous pousserait à crier au génie, aucune franche originalité mais une histoire bien ficelée au point de départ assez neuf, celle d’un convoi escorté par des hommes supposés le défendre mais l’envoyant en fait dans la gueule du loup pour y trouver la mort et un bon travail d’ensemble des équipes techniques et artistiques de la MGM à l’image d’une des premières partitions de André Prévin et de la belle photographie de Charles Edgar Schoenbaum. Roy Rowland, un réalisateur à suivre.