Lars Von Trier

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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gnome
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Re: Lars Von Trier

Post by gnome »

Amarcord wrote:
gnome wrote: Moi c'est fait. 8)
Pas sûr d'avoir envie de le revoir par contre... Autant, j'avais trouvé la première partie intéressante avec de jolis moments, autant la partie deux m'a semblé totalement gratuite.
Ah.. Moi, c'est le contraire :oops: Mon admiration pour Charlotte Gainsbourg s'est évidemment trouvée bien plus satisfaite dans la deuxième partie que dans la première. Il va de soi que je parle des versions longues (et que, dans la partie 2, il y a une longue scène en particulier qui, paraît-il, est totalement absente de la version courte : celle, absolument terrifiante, hallucinante - et peut-être "gratuite" finalement, pourquoi pas - de Charlotte dans la cuisine... je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler ! Mais ceux qui ont vu sauront de quoi je parle)
J'ai malheureusement vu les versions courtes.
Filou
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Re: Lars Von Trier

Post by Filou »

gnome wrote:
Jeremy Fox wrote:Va falloir que j'essaie de voir Nymphomaniac avant que ces gugusses tombent dessus.
Moi c'est fait. 8)
Pas sûr d'avoir envie de le revoir par contre... Autant, j'avais trouvé la première partie intéressante avec de jolis moments, autant la partie deux m'a semblé totalement gratuite.
Pareil que toi. La première partie est plus légère, avec de très beaux moments et un humour qui fait souvent mouche. Je trouve la deuxième partie trop sombre, avec des moments totalement gratuits dans leur provocation.
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Thaddeus
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Re: Lars Von Trier

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Element of crime
Les débuts du réalisateur traduisent déjà une recherche très poussée de la rhétorique et des dispositifs narratifs. Longs mouvements d’appareil, décors inquiétants et bizarres suintants d’humidité, photographie glauque, eaux croupies ou pluies torrentielles, précipités, bouillonnements et exposions graphiques : autant d’éléments qui refusent toute référence à une réalité supposée extérieure et tentent de fixer un imaginaire sous hypnose, quelque part entre le Welles de Mr Arkadin et de La Soif du Mal et le Tarkovski de Stalker. Trier décline les ingrédients du récit policier en une introspection onirique aux antipodes du récit classique, un véritable délire baroque dont l’hyperformalisme fusionne ambitions esthétiques et velléités expérimentales, et qui métaphorise un pays en déliquescence. 4/6

Europa
Un train de cauchemar traverse la mémoire coupable d’une Europe en ruine. L’Allemagne violemment délabrée de l’imédiate après-guerre scelle pour les personnages l’asphyxie des illusions. Le film poursuit et approfondit la démarche du précédent, en quête d’une certaine idée de "cinéma absolu" dont l’artiste prendra le contre-pied par la suite. Plongeant dans un arrière-monde oppressant où tout a valeur de symbole, le héros suit un itinéraire initiatique aux allures de trip halluciné que la mise en scène, avec sa pellicule traitée en laboratoire, son recours élaboré au noir et blanc, aux surimpressions multiples, aux associations visuelles, aux couleurs signifiantes, aux compositions surréalistes, rend pour le moins original. L’exercice de style demeure quand même assez hermétique. 3/6

Breaking the waves
Le mélodrame, disait Truffaut, est du cinéma qui n’a pas honte de l’être. Ce premier grand virage dans la filmographie de l’auteur le prouve. La sophistication formelle des précédents opus est substituée par une approche brute, sans afféterie, presque organique, une trémulation fébrile tout juste trouée d’interludes psychédéliques. Quelque part entre la spiritualité de Dreyer et le romantisme de Brontë, le cinéaste raconte l’amour fou en faisant le portait d’une héroïne à la bonté absolue, oscillant de la naïveté à la dépravation, de la sainteté à la folie, et dont les sentiments incandescents pulvérisent l’intolérance d’une communauté bigote et rigoriste. D’une puissance émotionnelle rare, visant une expressivité viscérale, l’œuvre atteint les cimes d’une cantate bouleversante pour une âme meurtrie, jusqu’à un miracle final d’une audace folle. 6/6
Top 10 Année 1996

Les idiots
Dans une grande maison entourée d’un parc, un groupe de jeunes gens joue un jeu bien étrange, où chacun apporte ses problèmes personnels, ses frustrations, ses névroses : l’idiotie considéré comme un sport, un défi, un révélateur, un exutoire, un baromètre de l’intolérance ambiante. Ce film stimulant et perturbant parvient à transcender la puérilité un peu potache de ses provocations (une des spécialités maison) pour faire partager le trouble et l’ambiguïté d’une expérience-limite, entre régression fœtale et mise en crise des normes sociales. La catharsis qu’il tente de mettre en scène à travers sa petite communauté subversive, qui vire bientôt à la dérive sectaire, pose des questions passionnantes sur le regard, la limite individuelle, la règle, le défi qu’on impose à soi-même et aux autres. 5/6

Dancer in the dark
J’ai toujours été très ennuyé avec ce film – comme je le suis souvent vis-à-vis de Trier. D’un côté, l’œuvre expérimente des propositions formelles incroyables, notamment dans la façon dont elle fait percuter la spontanéité brute et vive des séquences vécues avec la fragmentation numérique des séquences chantées et dansées, purs moments de décollage verticaux. De l’autre, le terrorisme lacrymal de son traitement frise le scandaleux, véritable chantage à l’émotion qui ne s’épargne rien en termes de putasserie, suit aveuglément les rails de la fatalité consentie et impose une mise à l’épreuve en forçant à visionner l’impensable. Sublime ou honteux, sans doute les deux à la fois, même s’il est difficile de nier à cette tragédie lyrico-punk du sacrifice et de la sanctification une identité toute singulière. 3/6

Dogville
Même réception ambivalente. Je perçois ici une vraie intelligence d’artiste, un raffinement remarquable qui s’exprime dans la beauté du texte, la précision du cadre, la poésie paradoxale (car dépouillée) de l’image, le brio d’un dispositif hybride et composite exploité de façon assez magistrale. Trier est un authentique styliste, un véritable inventeur de formes. Il est aussi, de toute évidence, un misanthrope auto-satisfait, un petit joueur de flûte dont la condescendance envers les personnages et le nihilisme forcené trahissent un esprit moralisateur. Il déteste ceux qu’il filme et n’a de cesse de les mener vers l’abjection : dans cette parabole sur ce qui construit la communauté des hommes, tout le monde est pourri et voué à la lie, à la destruction. C’est peu dire qu’une telle acrimonie me déplaît. 3/6

Antichrist
Pour la troisième fois (je me répète), je suis partagé. Voilà encore un cinéma stimulant à bien des égards, dans la façon dont il tente de moderniser tout un héritage gothique et germanique, dans certaines de ses fulgurances plastiques, dans la création d’une atmosphère d’angoisse, de superstition et de folie en adéquation avec l’intériorité tourmentée de ses personnages, dans la radicalité d’une démarche qui plonge sans filet aux racines du deuil et de la culpabilité. Alors pourquoi de telles saillies puérilo-provocatrices (effusions sanguinolentes gratuites), pourquoi un tel grand-guignol final, pourquoi un discours si ambigu sur la nature féminine ? Curieuse et fâcheuse habitude de Lars Von Trier, qui semble vouloir systématiquement saborder des grands films en puissance à la seule fin de s’en réjouir. 3/6

Melancholia
Une œuvre faussement tarkovskienne, sertie dans une majesté somptueuse, un écrin de beauté mortifère qui confère à l’Apocalypse une tonalité étrangement sereine : convoquant art préraphaélite, picturalité symboliste et poésie romantique, le cinéaste formalise avec un saisissant lyrisme figuratif l’état affectif de son héroïne. Hélas encore, que d’arrogance, de malveillance et d’aigreur mesquine : l’atroce Justine (aka Lars le narcissique-mélancolique) est une hyper-lucide omnisciente (elle connaît même le nombre de haricots dans la boîte) qui sait bien, contrairement aux êtres médiocres et méprisables qui l’entourent, que le bonheur est une maladie empêchant d’accéder à la vérité (le monde est pourri, méritant sa fin). Philosophie négativiste au ras des pâquerettes, d’une présomption insupportable. 3/6


Mon top :

1. Breaking the waves (1996)
2. Les idiots (1998)
3. Element of crime (1984)
4. Dogville (2003)
5. Melancholia (2011)

"Les êtres humains sont mauvais" : dans la bouche de l’héroïne de son avant-dernier film (évidente projection de lui-même), cette réplique illustre la conception très antipathique que Lars Von Trier le misanthrope s’attache à exprimer avec un nihilisme satisfait, en déversant sa bile et son fiel depuis plus de dix ans. Je ne me sens aucune affinité avec cette pensée ; du coup ses derniers films ne me touchent pas le moins du monde. Dommage, je le trouve très doué, et ses premiers films me plaisaient bien, voire plus (j’adore Breaking the Waves). Il a donc rejoint le club ultra-fermé des "plus jamais".
Last edited by Thaddeus on 29 Jan 19, 19:06, edited 1 time in total.
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AtCloseRange
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Re: Lars Von Trier

Post by AtCloseRange »

ça fait un bout de temps qu'il faut que je revoie Europa mais j'avais beaucoup aimé et je ne me souviens pas que c'était aussi hermétique que ça.
Sinon globalement le même avis: je préfère rester sur l'image du cinéaste de Breaking The Waves.
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Truffaut Chocolat
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Re: Lars Von Trier

Post by Truffaut Chocolat »

Tes notes sont bien généreuses pour des films qui t'ont détourné une bonne fois pour toute de LVT. :o
Sinon je me garderais bien d'affirmer quoi que ce soit sur ce qu'il pense vraiment de la condition humaine / les femmes / dieu / whatever. Ce genre de personnage, tellement cyclothymique, doit bien changer d'avis chaque matin selon qu'il fasse gris ou plein soleil. Et puis on parle d'un provocateur-né.
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gnome
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Re: Lars Von Trier

Post by gnome »

AtCloseRange wrote:ça fait un bout de temps qu'il faut que je revoie Europa mais j'avais beaucoup aimé et je ne me souviens pas que c'était aussi hermétique que ça.
Découvert à l'époque en salles si je me souviens bien, j'avais été emballé. Je ne l'avais plus revu jusqu'à il y a un an ou deux et cette révision m'a confirmé tout le bien que je pensais du film. J'en avais fait mon film du mois d'ailleurs... Pas l'impression que le film soit si hermétique que ça non plus...
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Thaddeus
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Re: Lars Von Trier

Post by Thaddeus »

Truffaut Chocolat wrote:Tes notes sont bien généreuses pour des films qui t'ont détourné une bonne fois pour toute de LVT. :o
Sinon je me garderais bien d'affirmer quoi que ce soit sur ce qu'il pense vraiment de la condition humaine / les femmes / dieu / whatever. Ce genre de personnage, tellement cyclothymique, doit bien changer d'avis chaque matin selon qu'il fasse gris ou plein soleil. Et puis on parle d'un provocateur-né.
Oui, je suis toujours trop généreux sur les notes. Disons que mon barème va de 2 à 6. :mrgreen:
Mais les films de LVT, même ceux que je n'aime pas, brillent de qualités qu'il m'est difficile de nier (comme je le signale d'ailleurs dans mes commentaires). Pour cette raison, je leur assure une note moyenne. Reste que le fond m'est tellement rédhibitoire que j'ai décidé d'abandonner.

Je ne préjuge en rien de ce que le cinéaste pense de tous ces grands sujets, je me contente d'exprimer ce que ses films, et seulement eux, me laissent percevoir. Il est peut-être un ange guilleret dans la vraie vie, n'empêche que tous ses films depuis près de quinze ans déclinent un même propos arrêté, péremptoire et fumeux sur la médiocrité du genre humain et la vanité de toute existence. De ce point de vue, je trouve d'ailleurs son cinéma très peu évolutif : on a bien compris depuis longtemps où il veut en venir.
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G.T.O
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Re: Lars Von Trier

Post by G.T.O »

Totalement d'accord avec ce que tu dis Thaddeus, en particulier concernant le fond abominable de LVT. :wink:
Le cinéma de LVT est un cinéma nihiliste. Un cinéma malade. Voilà un cinéaste bourré d'idées mais dont le talent, les recherches formelles et thématiques sont sans cesse gâchées par sa misanthropie sans borne, son profond dégout de l'humain, le regard pervers et complaisant qu'il porte sur la bassesse humaine. On sent chez lui une envie d'en découdre, de vomir sa haine contre l'homme, moins dans le but d'exprimer une déception, ce qui pourrait être beau et le moteur d'une certaine mélancolie, que pour se venger. Avec toujours cette impression désagréable qu'à chaque fois LVT cherche à sadiser son auditoire en l'obligeant à ressentir un panel d'émotions et de sentiments triés : apitoiement, accablement, dégoût devant le spectacle de la cruauté humaine ( ex : le procès à charge dans l'affreux Dancer in the Dark) Après, au-delà de cela, je ne suis pas fan de sa syntaxe cinématographique, à base de gros plan tremblé au plus près des visages, et, pas fan non plus de sa photo monochrome. Au demeurant, bon directeur d'acteur.
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Re: Lars Von Trier

Post by Amarcord »

Amarcord wrote:Lamentable... Et encore : les obsédés sexuels de Promouvoir n'ont sans doute pas encore vu Nymphomaniac...
Bon bah finalement, ça y est : les grands malades de Promouvoir (mais ils ne sont pas seuls) ont vu Nymphomaniac (enfin : le volume 1 pour le moment... ils vont sûrement se faire le 2 dans la foulée).
>>> http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cine ... ux-mineurs
[Dick Laurent is dead.]
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Re: Lars Von Trier

Post by Strum »

Thaddeus wrote:Il a donc rejoint le club ultra-fermé des "plus jamais".[/justify]
Même chose me concernant. Melancholia sera mon dernier.
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Re: Lars Von Trier

Post by Supfiction »

J'aime beaucoup Melancholia. C'est pessimiste, voire misanthrope tout comme Dogville certes mais je ne vois pas en quoi c'est un problème. Faut juste ne pas se faire l'intégrale Von Trier en un week-end pour éviter une grosse déprime.

C'est quoi "la fragmentation numérique" au fait ?
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Thaddeus
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Re: Lars Von Trier

Post by Thaddeus »

Supfiction wrote:J'aime beaucoup Melancholia. C'est pessimiste, voire misanthrope tout comme Dogville certes mais je ne vois pas en quoi c'est un problème.
Cela devient un problème (pour moi, je précise) à partir du moment où cette vision du monde est assénée sans laisser le moindre place au doute, avec une arrogance de procureur qui se pose au-dessus du commun des mortels, tout là-haut dans sa tour d'ivoire. Il y a un côté donneur de leçons, un ressentiment, une aigreur dans ces deux longs-métrage qui, mariés au patent complexe de supériorité du cinéaste (rarement films m'auront autant donné l'impression que leur auteur se place très au-dessus de ses personnages), m'apparaissent foncièrement déplaisants. Il me semble évident, en les voyant, que Lars Von Trier se dissocie des êtres qu'il jauge, qu'il ne sent pas personnellement visé par son propre jugement sur l'humanité. C'est particulièrement flagrant dans Melancholia : Justine, c'est lui, de toute évidence. Et Justine détient le Savoir, la Lucidité, le Vérité, la Raison, face à tous les autres qui sombrent.
C'est quoi "la fragmentation numérique" au fait ?
L'expression est sans doute impropre ; disons qu'elle fonctionne comme un mot-valise. J'évoque ici le recours aux dizaines de caméras numériques utilisées lors des séquences dansées, et dont les prises de vue ont été agencées par un montage extrêmement court et syncopé, donnant cette impression de "fragmentation" du temps et de l'espace. Sur ce point, l'originalité de Dancer in the Dark me semble indéniable, surtout si on replace le film dans le genre (musical) auquel il appartient.
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Karras
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Re: Lars Von Trier

Post by Karras »

Interview assez décapante de LVT sur allociné : :)
http://www.allocine.fr/article/ficheart ... 74163.html