Pablo Larrain

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jeremy Fox
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Pablo Larrain

Post by Jeremy Fox »

Anorya wrote: Neruda - Pablo Larrain


Plongée dans les apparences dans une traque aux accents littéraires entre un poète répudié pour son appartenance communiste et le policier qui s'est mis en tête de l'épingler à son tableau de chasse. Mais peux-t-on rattraper un mythe (à l'image de tout un pays qui ne semble que faire corps au gré des poèmes de Pablo Neruda) ? A ce jeu du chat et de la souris, chacun refaçonne l'autre, se le reimagine constamment dans ce qui peut commencer comme un biopic pour continuer vers le film noir pour finir western dans la blancheur immaculée de la neige. Superbe, souvent drôle voire émouvant (ce final qui transcende l'art, la mort et le vivant !).

Déconcertant au début par sa construction, sa photo tirant vers le violet, sa voix-off dont on a un peu de mal au départ à savoir à qui elle appartient, le point de vue adopté, on se fait finalement assez rapidement à ce film virtuose et brillant, formellement superbe, rempli d'idées de mise en scène et de montage, formidablement bien interprété, ce biopic assez unique se concentrant surtout sur la traque du poète par le policier. Une sorte de poème cinématographique dont l'utilisation de la musique classique est tout simplement parfaite ; je n'avais pas vu depuis longtemps une telle cohérence dans le choix des morceaux (Ives, Penderecki, Bryars et Grieg ), comme s'ils avaient été écrits pour le film. Vu dans des conditions de fatigue assez extrêmes, je suis persuadé de l'apprécier encore plus lors d'un second visionnage. Original, attachant et lyrique.
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Thaddeus
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Re: Pablo Larrain

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


No
1988, au Chili. Le vieux Pinochet tente de museler les pressions internationales en recourant au référendum. Un jeune publicitaire en profite pour inventer le combat par le clip et met en branle la déferlante qui emportera le dictateur. Finesse de la reconstitution et des caractères, dramatisation tour à tour haletante et drolatique d’un bras de fer avec la clique dont le spectateur connaît pourtant l’issue, uniformisation de toutes les images, spots d’archive et récit cadre, par le recours aux matériels de tournage et à la grammaire visuelle de l’époque... Fort de ces qualités, le film se présente également comme le fantôme d’une année-clé où Larraín n’avait lui-même que douze ans. La fable politique est d’autant plus convaincante qu’à l’acuité de l’analyse s’ajoute le plaisir joueur de la mise en scène. 4/6

Neruda
Parce que le héros national chilien est de ces écrivains dont la notoriété étouffe toute férocité à son égard, Larraín choisit judicieusement de prendre la tangente et, dynamitant les règles du biopic, se focalise sur les quelques mois de sa clandestinité et de sa fuite à travers les Andes, à la fin des années quarante. Mieux : il troque les conventions au formol de la fresque de prestige pour une rutilante rêverie entre réel et imaginaire, polar rocambolesque et leçon d’histoire farceuse, un jeu de pistes fantaisiste où l’obsession d’un chasseur pour sa proie, la haine envieuse de la graine de fasciste pour le poète génie des mots, se métamorphose en un dialogue borgésien entre le créateur et sa création. L’ensemble souffre peut-être d’une légère roublardise mais suscite surtout un sentiment assez planant. 4/6

Jackie
Trois jours qui ébranlèrent le monde, le basculement d’un destin et d’une nation perçus depuis l’œil du cyclone, par le petit bout de la lorgnette, à travers le visage d’une femme et d’une actrice (superbe Natalie Portman) autour duquel Larraín tente d’agencer un kaléidoscope qui relève davantage de l’investigation mentale que de l’évocation historique. En racontant comment l’iconique veuve de JFK chercha à dompter intuitivement les évènements pour mieux forger son mythe, le cinéaste louvoie avec habileté entre proximité du réel et distanciation analytique. Mais l’académisme ne sort par la porte que pour mieux faire entrer l’hagiographie par la fenêtre, à moins que ce ne soit l’inverse – impression nourrie par certains facteurs à la lisière du hiératisme (telle l’omniprésente musique de Mica Levi). 4/6


Mon top :

1. Neruda (2016)
2. No (2012)
3. Jackie (2016)

Réunis par un même goût de l’évocation historique, ces trois films résistent pareillement aux normes généralement attribuées à ce type d’entreprises. Le réalisateur chilien, qui se distingue par un ton volontiers sarcastique et démystificateur, cultive un sens oblique sur les évènements et les figures du passé et démontre un talent romanesque qui ne demande sans doute qu’à s’épanouir davantage.
Last edited by Thaddeus on 23 Jan 19, 23:09, edited 1 time in total.
Max Schreck
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Re: Pablo Larrain

Post by Max Schreck »

Film sur la puissance des images, No est un génial sur tous les plans. Le fait historique est en soi passionnant, mais le réalisateur a en plus l'intelligence d'y balader de vrais personnages, humains, fragiles ou flippants, et crédibles. Avec en plus un jeu de miroir très destabilisant entre passé et présent, lorsqu'on se rend compte qu'il a fait appel pour ses reconstitutions aux vrais protagonistes qui ont tourné dans les clips de l'époque.

El Club c'est par contre tout sauf aimable. Par son sujet, par son rythme et sa froideur. Il faut le vouloir pour s'imposer une plongée dans une atmosphère aussi pénible.
« Vouloir le bonheur, c'est déjà un peu le bonheur. » (Roland Cassard)
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