William Friedkin

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Carlito Brigante
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Re: William Friedkin

Post by Carlito Brigante »

J'avais déjà dû le mentionner ailleurs sur le forum mais Dimanche soir je fais une soirée-débat autour de Sorcerer au cinéma de Palaiseau (91) :

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J'aurai la chance d'y être accompagné par Yal Sadat qui avait fait la très bonne conférence 'William Friedkin, le Mal par le Mal' au Forum des Images :

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Flol
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Re: William Friedkin

Post by Flol »

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Enfin vu le fameux Rampage (merci Netflix US). Je pense qu'il s'agit de la version pro-peine de mort, celle que Friedkin a remontée en 1992, mais cela n'enlève rien à la puissance du récit. Le serial killer dépeint par Friedkin est l'un des plus effrayants qu'il m'ait été donné de voir. Les 1ères séquences du film, qui le voient commettre ses meurtres, sont brutales pas tant sur le plan graphique, mais plutôt sur le plan de la mise en scène et du montage, qui dégagent une folie collant parfaitement au personnage. Par exemple la séquence de la découverte de la cave du tueur, qui exhale une impression de malaise hyper palpable.

Une fois celui-ci capturé, on passe donc au film à procès. Un genre ultra-balisé qui peut parfois donner l'impression que les réalisateurs posent leurs caméras et filment tranquillou les joutes verbales des comédiens. Pas chez Friedkin. Chez lui, joutes verbales il y a, mais le tribunal est constamment placé dans une sorte de voile de ténèbres, qui confère au film une aura quasi fantastique. Ce que quelques visions surréalistes plus tôt dans le film, avec lion et bain de sang, viennent appuyer aussi. La musique de Morricone a elle aussi un aspect un peu hypnotisant qui renforce la folie dans laquelle le film semble baigner en permanence.

Malgré quelques fautes de goût, tels que les ralentis larmoyants sur la fille disparue de Michael Biehn, on est quand même dans un pur film de Friedkin, avec toute l'ambiguïté que cela implique. Et même si la fin de ce remontage laisse peu de doutes quant aux convictions du cinéaste, ça n'en est pas moins un objet assez passionnant sur les questions de la peine de mort et du recours à la folie (ou prétendue) pour toute défense.
Reste que je serais super curieux de découvrir le montage original (mais kestu fous, Netflix ??).
MJ
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Re: William Friedkin

Post by MJ »

Si quelqu'un était intéressé: long entretien de Friedkin chez Maron cette semaine. Appris entre autres qu'il aurait sauvé par un docu un condamné à mort de l'exécution capitale (ce qui change de toutes les anecdotes parlant plutôt en défaveur de ce brave cinglé). Bref, très riche en infos pour les curieux.
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Watkinssien
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Re: William Friedkin

Post by Watkinssien »

MJ wrote:Si quelqu'un était intéressé: long entretien de Friedkin chez Maron cette semaine. Appris entre autres qu'il aurait sauvé par un docu un condamné à mort de l'exécution capitale .
Anecdote que j'avais entendue lors de la conférence de Thoret sur Sorcerer. Et qui aurait amené chez le cinéaste la théorie utopique que "le cinéma peut sauver le monde".
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ballantrae
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Re: William Friedkin

Post by ballantrae »

Rampage, fort beau film hélas pas revu depuis sa sortie!qui sait, un jour en DVD ou BR avec les 2 versions? allez, wild side un petit effort dans la même collection que Body double et Year of the dragon!
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Jack Carter
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Re: William Friedkin

Post by Jack Carter »

ballantrae wrote:Rampage, fort beau film hélas pas revu depuis sa sortie!qui sait, un jour en DVD ou BR avec les 2 versions? allez, wild side un petit effort dans la même collection que Body double et Year of the dragon!
Carlotta... :fiou:
ballantrae
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Re: William Friedkin

Post by ballantrae »

oh pardon! CARLOTTA vite un bon geste!!!
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Kevin95
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Re: William Friedkin

Post by Kevin95 »

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THE FRENCH CONNECTION de William Friedkin (1971) révision

Si l’on devait résumer le polar 70 à un titre, pour bibi ce serait ce film-ci. William Friedkin, dents aiguisées, quelques bricoles au compteur (excepté son fameux doc, The People vs. Paul Crump), le type qui en veut à mort, profite de ce copper movie pour remettre toutes les cartes en jeu : tournage sur le trottoir, visuel guérilla, pas de grosses stars au casting, musique peu aimable, relation tordue entre le chasseur (Gene Hackman tout énervé) et sa proie (Fernando Rey bien habillé), comme si le réalisateur voulait proposer une alternative radicale (donc complémentaire) à Bullitt de Peter Yates, soit le prototype du polar hype de l'époque. The French Connection ne dialogue pas avec le policier de l'époque, s'échappe de certains codes en en inventant d'autres (qu'on retrouvera dans un camion de polars par la suite). Pas de trench, pas de chapeau mou, pas de diner ou de supérieur paternaliste mais pas mal de coins glauques, de la violence à froid, des poursuites donnant la chair de poule et des personnages plus opaques, bien moins héroïques et paradoxalement tout aussi iconiques. Fast and furious, l'un des plus grands polars de ce bas monde.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
mannhunter
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Re: William Friedkin

Post by mannhunter »

Les réalisateurs et films américains préférés de Friedkin...peu client du cinéma US des années 70 apparemment :mrgreen: :

batfunk
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Re: William Friedkin

Post by batfunk »

Les Garçons De La Bande

Troisième film de Friedkin, ce film est avant tout un formidable portrait d'un groupe d'amis gays en 1968.
Adapté d'un gros succès de Broadway,refusé par de grands réalisateurs, Friedkin en fait un vrai moment de cinéma porté par une mise en scène exemplaire et une immense troupe de comédiens dirigés avec talent.
Film psychologique, d'une grande cruauté(la scène du jeu est un modèle de tension), aux dialogues brillants et féroces, il a ouvert une brèche dans le cinéma américain en représentant ouvertement cette communauté et sa place dans la société.
A noter que les bonus du DVD sont passionnants.

Grand film et coup de coeur du mois :D .
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Thaddeus
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Re: William Friedkin

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


French connection
Documenté, nuancé, offrant une peinture étonnante du New York interlope rongé par la désaffection urbaine, ce film policier rude et réaliste, tourné dans un froid polaire infiltrant jusqu’à la pellicule, imposa les nouveaux standards du genre à Hollywood. Pour narrer la croisade d’un flic ambigu et obstiné qui mène sa propre guerre contre le crime et que campe un formidable Hackman, le cinéaste refuse toute adjonction romanesque susceptible de faire basculer le récit dans une fiction convenue, joue d’une espèce de coquetterie de l’effacement, comme si la certitude de sa technique et la maîtrise de son découpage le dispensaient du moindre effet ostentatoire. Accélération du scénario et libération du spectaculaire adviennent ainsi comme les prolongements nécessaires d’une captivante partie d’échecs. 4/6

L’exorciste
Refus de tout ménagement du spectateur, déploiement d’effets cauchemardesques selon un crescendo horrifique assumé jusque dans sa dimension la plus grand-guignolesque, traitement physique d’un sujet qui en appelle aux peurs les plus primitives : Friedkin signe ici un film absolument terrifiant. Les regards vides des indigènes irakiens, le martèlement des forgerons, les râles, blasphèmes et hurlements de Regan y forment un arsenal très sophistiqué d’allusions, de contrastes et d’analogies, une spirale d’images pénétrantes qui n’omet jamais la dimension humaine (arrogance, colère, alcoolisme ou culpabilité) des origines du fléau. Grande parabole sur la chrétienté, la crise de foi, la présence du Mal au sein du quotidien, cette descente aux enfers instaure un malaise brut, éprouvant, véritablement traumatisant. 5/6
Top 10 Année 1973

Le convoi de la peur
Remake harassant du classique de Clouzot, que le réalisateur ramène constamment sur son terrain. Perdus dans un trou d’Amérique du Sud, les personnages tentent d’échapper à leur destin au fil d’une équipée sadique, méchamment désabusée : la poisse existentielle est toujours là, s’infiltrant sous la peau avec une expressivité implacable, mais elle s’accompagne cette fois d’un halo de fantastique à la lisière du cauchemar. L’originalité du propos réside dans la description morbide et apocalyptique du paysage, juge de paix suprême devant laquelle la psychologie des protagonistes s’efface, jungle-aquarium bleue au déluge sans cesse renouvelé qui précipite l’action en même temps qu’elle l’englue. Beaucoup ont vu dans ce vivier crasseux une démarche biblique : ils sont loin d’avoir tort. 4/6

La chasse
Le cinéaste n’est pas un angelot, et il est difficile d’estimer à quel point ce polar volontiers sordide, qui émut les ligues homosexuelles américaines, calcule le traitement de son sujet en peaufinant une esthétique imperturbable où, dans des cabarets glauques, se rencontre et s’ébat une faune très particulière. Mais au-delà du décor et de l’anecdote, il y a un regard : celui posé sur un être apparemment fort, straight, sûr de lui et qui, peu à peu, se retrouve happé par la soif inextinguible du mal. Loin du pamphlet simpliste, le film fait donc son miel de l’ambigüité, notion fondamentale chez un auteur s’attachant, avec une précision glacée, à démonter la distance entre le regardant et le regardé, à faire tanguer les concepts de demi-monde et d’état de droit, d’ordre et de loi, d’intégrité et de corruption morale. 4/6

Police fédérale Los Angeles
Sommet du cinéma policier des années 80, un film stupéfiant d’ambigüité vénéneuse, de toxicité fascinante, d’ardeur sans compromis. Friedkin élabore un polar démentiel autour du culte du dollar, du basculement progressif du bien au mal et de la loi à la criminalité, de l’emprise mentale exercée les uns sur les autres par des personnages obsessionnels et individualistes qui se manipulent. Avec une virtuosité stylistique de feu, il fait du Los Angeles pourri et caniculaire un microcosme en pleine désagrégation, sans orientation morale ni point d’appui solide, recouvre la cité d’une ambiance infernale, atomise tout manichéisme, fait ressentir les vacillements éthiques et pulsionnels en alignant les morceaux d’anthologie, telle cette extraordinaire course-poursuite automobile qui relègue celle de French Connection aux oubliettes. 6/6
Top 10 Année 1985

Bug
L’histoire d’un type qui réfléchit trop, jusqu’à la manie et la phobie, possédé par le démon de la pensée, saisi des mêmes convulsions que l’ado de L’Exorciste. Poète délétère, rêveur fruste mais d’une grande gentillesse, il contamine une femme aux abois par ses paroles tordues, et voilà le couple uni en un délire affamé, sombrant par osmose dans la folie paranoïaque. Le bug, c’est donc l’espèce humaine, dont le réalisateur observe le dérèglement via une multitude de signes se multipliant et se parasitant les uns les autres. Huis-clos étouffant, électrisé par une batterie d’effets brutaux agencés en un crescendo diabolique, ce film hautement métaphorique explore une interzone indatable pour analyser l’amour comme maladie contagieuse, les mécanismes du choc et de l’effroi dans l’Amérique contemporaine. 5/6

Killer Joe
Friekdin est un sacré roublard, et c’est bel et bien sa faculté à flirter constamment avec l’ambigüité des motivations, avec la frontière ténue entre le sérieux et le délire, le grotesque et le pathétique, qui permet à son polar acide et très noir de dépasser le stade délectable mais limité de la farce outrancière. Il suffit de quelques détails cruciaux (la complicité entre Dottie et sa belle-mère, le lien trouble mais très fort unissant Chris à sa sœur…) pour remplir les interstices de cette spirale sanglante d’une humanité équivoque. Passée au décapant, greffée d’un corps maléfique qui entraîne son implosion, la famille américaine en prend pour son grade, sans que jamais le jeu de massacre ne sombre dans la caricature. Le casting est formidable, permettant à chacun d’avoir (ou non) ses préférences. 5/6


Mon top :

1. Police fédérale Los Angeles (1985)
2. L’exorciste (1973)
3. Bug (2006)
4. Killer Joe (2011)
5. French connection (1971)

Friedkin est bien davantage qu’un artisan efficace du Nouvel Hollywood apparu dans les années 70 ; c’est un auteur iconoclaste, subversif, dont le style brut s’accommode parfaitement des sujets souvent sulfureux qu’il choisit.
manuma
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Re: William Friedkin

Post by manuma »

GOOD TIMES (1967)
Mordicus, un homme d'affaires, propose à Sonny Bono et Cher de faire d'eux des stars de cinéma. Sonny et Cher planchent alors sur des idées de film, mais Mordicus leur met des bâtons dans les roues.
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Découverte du premier long de Friedkin. Une comédie musicale parodique largement dispensable mais pas aussi mauvaise que son 4,6 sur IMDB (pour seulement 500 votes) ne le laisse penser. Le réalisateur de French Connection n’y croit pas une minute mais ça reste constamment distrayant et dynamique, voire même rigolo par moment dans certaines réparties et trouvailles comiques - j’aime assez l’épisode « film noir », en fait. Au passage, le film égratigne gentiment l’industrie hollywoodienne ronronnante de la fin des sixties, Sonny & Cher se présentant face à elle comme 2 électrons libres dupes de personne. Enfin, côté interprétation, c’est George Sanders qui empoche le max de points ici, le gars sachant à l’évidence rester digne en toute occasion. Rien de mémorable, mais rien de honteux non plus.
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Flol
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Re: William Friedkin

Post by Flol »

manuma wrote:Une comédie musicale parodique largement dispensable mais pas aussi mauvaise que son 4,6 sur IMDB (pour seulement 500 votes) ne le laisse penser.
Je m'étais fait le même constat en découvrant Deal of the Century (sur Netflix) : une pauvre moyenne de 4.7/10 sur IMDb (plus de 3000 votes, pour le coup), alors que le film vaut bien mieux que ça.
Bon, ce n'est clairement pas fantastique non plus, mais je me suis tout de même bien bien marré à plusieurs reprises - il faut dire qu'en un seul coup de sourcil, Chevy Chase est capable de me faire mourir de rire.
Bref je m'attendais à bien pire, alors qu'il n'y a que la fin qui m'était apparue plutôt lourdingue ; pour le reste, j'avais trouvé ça tout à fait recommandable et j'avais trouvé Friedkin plus à l'aise dans le registre de la comédie que ce à quoi je m'attendais.
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Kevin95
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Re: William Friedkin

Post by Kevin95 »

Vu que le programmateur de TCM est fan du film (il doit bien passer un fois tous les deux mois sur la chaine), je l'ai découvert il y a peu et c'est effectivement très sympa. Si la partie techno-militaire - ordinateur - demain l'an 2000 - fait mal aux yeux, la cool attitude du trio marche parfaitement.

J'adore l'intro très Casablanca en Amérique du Sud et la scène où Gregory Hines perd son sang froid. Les iconiques (du moins là-bas) Siskel & Ebert le classent dans les pires films du cru 83 aux cotés de Jaws 3D, Porky's 2 ou Smokey and the Bandit 3, c'est dire si Deal of the Century est jugé comme mineur.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Re: William Friedkin

Post by manuma »

Ben tiens, justement, je suis très client de ce Deal of the century. C'est d'ailleurs le Friedkin que j'ai le plus vu à ce jour avec To live and die in L.A ! Jamais trop compris sa catastrophique réputation, moi aussi.

Friedkin lui-même ne doit pas en être très satisfait car je crois me souvenir qu'il n'en dit pas un mot dans son autobio, alors qu'il evoque brièvement le Sonny & Cher.