Wall Street (Oliver Stone - 1987)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Demi-Lune
Bronco Boulet
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Wall Street (Oliver Stone - 1987)

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"Je voulais retrouver mes racines à New-York. Le nouveau Wall Street que j'avais découvert en écrivant Scarface. Il y avait tant de coke, tant de cinglés, et des gosses sortis de nulle part. Pour moi, les riches avaient 60 ans. Et je voyais des gosses de 25, 28 ans avec des millions de dollars, jouant sur le marché 24h sur 24. [...] Wall Street était un développement de Scarface." Oliver Stone, documentaire making-of présent sur le dvd.

Après avoir accouché du très personnel et catharsique Platoon, Oliver Stone quitte les jungles du Vietnam pour s'intéresser aussitôt à celles, tout autant impitoyables, de la haute finance new-yorkaise. C'est à son père Louis Stone, ancien courtier ayant connu la Grande Dépression, décédé en 1985, et aux principes moraux irréprochables si l'on en croit son fils, que le film est dédié. Symboliquement, c'est justement en 1985 que se déroule l'histoire de Wall Street. Et plus symboliquement encore, le film sort en décembre 1987, deux mois après le krach boursier du "Lundi Noir". Le film ayant nécessité un an de préparation, c'est dire si Stone avait pointé le doigt là où ça fait mal. Le réalisateur entend faire de Wall Street un prolongement du Scarface (1983) qu'il avait écrit pour Brian De Palma. Scénaristiquement, les deux films partagent en effet une structure relativement classique de rise and fall. Dans les deux cas, Bud Fox (Charlie Sheen) et Tony Montana (Al Pacino) sont issus d'un milieu social relativement modeste et rêvent de s'élever, quitte à brûler les étapes et à passer de l'autre côté de la ligne rouge. Un mentor (Frank Lopez, Gordon Gekko) vont le leur permettre. Bud Fox vendra son âme au diable en donnant à Gekko un renseignement de première main qui fait tomber la compagnie aérienne de son père (Martin Sheen) dans les griffes de l'impitoyable financier. Mais à la différence de Lopez qui n'est qu'un personnage secondaire, Gordon Gekko (impeccable Michael Douglas, qui n'a pas volé son Oscar) est la véritable figure vampirique de Wall Street. Monstrueusement charismatique, volant systématiquement la vedette à un Charlie Sheen très bon dans son rôle mais également moins complexe, Douglas incarne avec brio cet investisseur autodidacte cynique et sans scrupule, légende vivante dans le monde de la haute finance. Personnage formidablement écrit, Gordon Gekko est un businessman distingué et roublard, passant indifféremment ses journées à jongler entre ses téléphones, ses comptes cachés et les actions qu'il vend ou qu'il achète par paquets de millions de dollars ; figure marquante, le Gekko de Michael Douglas personnifie à lui tout seul tout le cynisme et l'arrogance du capitalisme triomphant et sans règles qui explose sous le second mandat du Président Ronald Reagan. Quel personnage autre que Gekko pourrait venir à l'esprit lorsqu'on évoque le businessman au cinéma ?

A l'instar de To Live and Die in L.A. de William Friedkin (1985), où le dollar circule dans une Los Angeles corrompue comme une contagion que l'on ne saurait arrêter, le Wall Street d'Oliver Stone est autant une peinture des folies que pousse à commettre le dollar, que celle des années 1980, décennie de tous les excès, où le toc est revendiqué par les nantis comme une valeur sociale (voir à ce titre cette séquence où Darien (Darryl Hannah), la décoratrice branchée, supervise le design de l'appartement friqué de Bud Fox, à grands renforts de toiles immondes mais onéreuses, de faux stucs et de fausses briques, et même de petites feuilles d'or). Si Scarface nous introduisait dans le milieu de la pègre de Miami, Wall Street nous introduit dans les arcanes de celle de New-York, celle des cols-blancs, des golden boys, des traders faisant disparaître l'argent à l'envi, des financiers sans morale qui jouent avec l'emploi de milliers de salariés dans une pièce de leur villa huppée. Tout ce qui est montré dans ce film est pourri, des avocats qui croquent aux traders qui s'en mettent dans la poche au passage, des journalistes dans la combine aux grands patrons qui s'en mettent plein les fouilles et conduisent une entreprise à la faillite. Même le personnage de Terence Stamp, Sir Lawrence Wildman, personnage le plus "moral", pratique également le florentinisme. Seul le personnage d'Hal Holbrook, sorte de projection du père de Stone, demeure droit dans ce monde de fous. Bud Fox n'est pas totalement corrompu dans le fond ; c'est le premier à vouloir s'incruster dans ce monde impitoyable mais aussi le premier à prendre conscience de sa damnation. S'il paiera pour ses actes fraduleux (en "trahissant" Gekko, comme le fait Tony Montana avec Lopez), une seconde chance de vie pourrait lui sourire. Thriller financier captivant quoique ardu à suivre parfois pour quiconque étant néophyte, le film déploie une intrigue au cordeau, très documentée (une constante chez Stone) et réaliste. Wall Street n'est pas, techniquement, une démonstration ostentatoire du talent de son metteur en scène : nous sommes encore loin de la furie d'un JFK ou d'un Tueurs-Nés (beurk). Mais la mise en scène de Stone se révèle très précise et maîtrisée (joli split-screen qui capte bien la folie des marchés), et Robert Richardson, le mythique directeur photo, compose quelques plans superbes. Surtout, Stone confirme après Salvador (James Woods) et Platoon (Tom Berenger et Willem Dafoe) qu'il est l'un des tous meilleurs directeurs d'acteur, à l'égal d'un Lumet ou d'un Spielberg. Mentionnons ainsi la superbe relation qui existe entre les deux Sheen ("Tu étais génial dans Wall Street !" (Hot Shots 2, 1993) :mrgreen: ), que Stone a eu l'idée géniale de réunir, pour un résultat d'une grande authenticité.

Wall Street ? Grand film, un des tous meilleurs Stone qui était alors dans une phase productive remarquable et ascendante, et rétrospectivement, une œuvre visionnaire et édifiante. Intéressant de voir ce que pourrait donner sa suite, avec l'actualité que nous connaissons tous.
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Jericho
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Re: Wall Street (Oliver Stone, 1987)

Post by Jericho »

Découvert récemment, c'est pas le film de Stone que je préfère loin de là, mais ça reste de bonne facture.
Je suis très curieux de voir la suite d'ailleurs, Gordon Gekko est un sacré personnage et Michael Douglas l'incarne à merveille.
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Demi-Lune
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Re: Wall Street (Oliver Stone, 1987)

Post by Demi-Lune »

Merci Jericho de sauver ce topic qui a fait un bide total. :mrgreen:
Jericho
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Re: Wall Street (Oliver Stone, 1987)

Post by Jericho »

Et bien je ne pouvais pas en parler avant vu que je l'ai découvert hier soir. Motivé par ta critique.
Wall Street ne m'a pas vraiment passionné, car déjà Oliver Stone n'avait pas encore sa mise en scène virtuose, puis surtout ça parle beaucoup de chiffres (normal me direz vous) et que j'entrave que dalle au monde particulier de la finance. Et j'ai d'ailleurs pas envie de m'y intéresser, le cinéaste montre bien la superficialité et la vacuité du truc.
Par contre, il est clair que pour diriger les acteurs il est balèze, Michael Douglas y trouve l'un de ses meilleurs rôle et effectue sa meilleure performance à mon sens. Puis j'ai beaucoup aimé également la relation père/fils de Charlie Sheen et Martin Sheen. Dommage que les scènes les réunissant soient peu nombreuses.
Néanmoins, ça reste un bon long métrage.
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Jericho
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Re: Wall Street (Oliver Stone, 1987)

Post by Jericho »

Je me permets de parler de la suite ici, c'est pour la bonne cause, ça alimente le topic:

Wall Street : L'Argent Ne Dort Jamais

Cette suite de Wall Street m'a semblé du même acabit que le précédent opus. Avec ceci dit une histoire encore plus romancée, avec davantage d'enjeux et moins de répliques cultes probablement (l'avenir nous le dira sur ce point). Néanmoins, cela ne m'a pas intéressé outre mesure, à cause du sujet et de l'univers dépeint.
Comme je l'avais fait remarqué dans ma critique du premier Wall Street, la finance, les traders, la bourse, et tout le bazar... Ce n'est pas du tout ma came, j'ai tendance à piquer du nez quand on évoque cela. Pour moi c'est du charabia, j'y comprends strictement rien.
Heureusement, il y a des à côté, avec la vie sentimentale du jeune couple et les relations difficiles voire conflictuelles entre Gordon Gekko et sa fille. Tout ce qui touche à l'humain, ça m'a de suite plus intéressé.
Sinon, ce qui tient aussi en éveil, c'est une réalisation efficace, le casting de bonne facture (même si j'estime que Michael Douglas n'est pas assez présent). Et aussi un scénario de qualité, en dépit d'une fin heureuse, qui arrive comme un cheveu sur la soupe, même si au fond ça reste logique. Le problème c'est que c'est mal amené.
Quand à Oliver Stone, je ne trouve pas qu'il s'est assagi, je l'ai toujours vu comme un cinéaste qui ne juge pas les individus. Et il n'est pas du genre à tirer sur l'ambulance, en atteste ses biopics sur Nixon et W.Bush, entre autres.
Puis un film montrant l'une des oeuvres que je préfère de Francisco Goya, ne peut pas être mauvais !
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Jeremy Fox
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Re: Wall Street (Oliver Stone - 1987)

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