Terry Gilliam

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Cadichon
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Re: Top Terry Gilliam

Post by Cadichon »

Chefs-d'oeuvre

1) Brazil (1985)
2) Sacrée Graal! (1975)
3) Les aventures du Baron de Munchausen (1988)

Très bons
4) L'armée des 12 singes (1996
5) Fisher King (1992)
6) Las Vegas Parano (1997)
7) Le Sens de la vie (1983)

Curiosité
8 Jabberwocky (1977)

Bof
9) Bandits, bandits (1981)


pas vus
Tideland (2005)
Les Frères Grimm (2005)
allen john
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Re: Top Terry Gilliam

Post by allen john »

Sur mon blog, je viens de compiler une petite rétrospective des films de Gilliam, à l'exception de sa contribution à la filmo Pythonienne. Pour ceux qui veulent y faire un tour...
:mrgreen:
http://allenjohn.over-blog.com/categorie-11743527.html
Jericho
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Re: Top Terry Gilliam

Post by Jericho »

Je n'inclus pas ses films avec la troupe des Monty Python:

1/ L'Armée des douze singes
2/ Las Vegas Parano
3/ Les Aventures du baron de Münchhausen
4/ Brazil
5/ L'Imaginarium du Docteur Parnassus
6/ Bandits, bandits
7/ Le roi pêcheur
8/ Tideland
9/ Les Frères Grimm

Il faut que je revois Les Frères Grimm en entier, car je l'ai aperçu à la téloche vite fait en HD, ça semblait moins nul que dans mes souvenirs.
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Demi-Lune
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Re: Top Terry Gilliam

Post by Demi-Lune »

Un cinéaste que je connais assez mal, en fait. Je me rends compte que si j'adore son sens du visuel et son imagination à toute épreuve, ses films m'apparaissent souvent assez boiteux, alternant fulgurances et baisses de rythme, génie et pénibilité.

Chef-d'oeuvre :
1 - Brazil (1985)
Très grand film :
2 - Sacré Graal ! (1975) (co-réalisation avec Terry Jones)
Très bon :
3 - Les Aventures du baron de Münchhausen (1988)
4 - L'armée des Douze Singes (1995)
Pas aimé du tout :
5 - Bandits, Bandits (1981)
Last edited by Demi-Lune on 2 Aug 11, 14:09, edited 2 times in total.
Federico
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Re: Top Terry Gilliam

Post by Federico »

Je n'ai pas vu ses trois derniers films mais je partagerai en deux parties très distinctes :

au top : les 5 premiers (donc en incluant le Monty Python qui reste mon préféré)

au fond : les 3 suivants

Rarement un cinéaste m'aura autant donné la triste impression d'avoir perdu son talent, sa verve, son ironie et sa poésie en si peu de temps.
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
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ergoproxad
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Re: Terry Gilliam

Post by ergoproxad »

(deterrage de topic)

pour ceux qui recoivent la BBC d'une manière ou d'une autre, la BBC 4 diffusera les 14-15-16 octobre la Damnation de Faust de Berlioz mise en scène par Terry Gilliam.

Ca a l'air chargé :uhuh:
http://www.gilliamfaust.com/
http://www.bbc.co.uk/programmes/b015swyf

Je ne sais pas si ça sera repris sur le BBC Iplayer, sinon faudra trouver des amis équipés de paraboles :arrow:
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riqueuniee
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Re: Terry Gilliam

Post by riqueuniee »

Très chargé, même...
PS Ca m'a donné envie de revoir La grande vadrouille
Bon, OK, je :arrow:
ergoproxad
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Re: Terry Gilliam

Post by ergoproxad »

donc pour ceux qui sont interessés, c'est maintenant visible en ligne
http://www.bbc.co.uk/iplayer/episode/b0 ... ams_Faust/

..avec les restrictions habituelles made in BBC, en ligne pour 1 semaine et necessite une IP anglaise. expat shield ou autres proxies sont vos amis :fiou:

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...et il a un autre Berlioz dans les tuyaux..
http://www.independent.co.uk/arts-enter ... 68120.html.
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Akrocine
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Re: Terry Gilliam

Post by Akrocine »

Court-métrage du réal.

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1kult
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Re: Terry Gilliam

Post by 1kult »

Akrocine wrote:Court-métrage du réal.

Le court-métrage sera visionnable en entier sur The Guardian la semaine prochaine pour quelques euros... ou livres... enfin vous m'avez compris ! Sinon, Gilliam a réalisé un autre court métrage en 2010 particulièrement barré et burlesque autour du monde des Nascar, des reportages télés et émissions type Mystère (que les moins de 30 ans...) et du chamanisme !!! Un court de 14 minutes environ produit par une marque de boisson énergisante. Il est visible ci-dessous (précision : la version youtube est dégueulasse, donc je mets mon lien perso) :

http://www.1kult.com/2012/01/18/short-t ... de-retour/

:wink:
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nobody smith
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Re: Terry Gilliam

Post by nobody smith »

Quelque peu mis en retrait dans sa filmographie, Jabberwocky est souvent juste résumé comme le point de transition entre les Monty Python et les réalisations solo de Gilliam. Cette généralité n’invite guère à découvrir ce premier long-métrage puisque sous-entendant qu’il n’a aucun intérêt hors de son aspect disons "historique". Et le film tient effectivement plus de la curiosité qu’autre chose. Il faut déjà dire que je me suis bien fais avoir par l’affiche mettant en avant la créature-titre et sa promesse de grand spectacle fantastique. Le monstre n’apparaît que dans les dernières minutes et son look diverge de celui-ci de l’affiche pour donner une sorte de gros poulet mutant. Les conséquences d’un budget serré mais que Gilliam tente de compenser par l’orientation de son histoire. Laissant en retrait la créature, il se concentre sur la description du royaume plongé dans la terreur. Pour se faire, il construit le parcours d’un jeune héros moins innocent que passablement niaiseux. Un choix de point de vue parfaitement adapté afin de passer aux cribles l’intégralité de la société. Commerçants profitant de la misère d’autrui, artisans se complaisant dans la petitesse et incapable de faire face à une situation de crise, religieux ravis que la peur leur amènent des ouailles en masse, princesse un peu trop obsédé par les contes, roi inapte à gouverner… Toute trace de raison et de bon sens semblent avoir disparu (à l’image de ce moment où un conseiller note que le tournoi chargé d’élire un champion risque de décimer l’intégralité des chevaliers du royaume… et propose de conclure l’affaire avec une partie de cache-cache). Le résultat aurait pu être réjouissant mais Gilliam semble se perdre dans sa volonté de bien faire (la maladie du premier film en quelque sorte). Le récit est trop souvent foutraque, se perdant dans des interludes comiques rigolos mais inutiles (le héraut aux annonces à rallonge) et contant laborieusement le parcours de son personnage principal. D’ailleurs, si Michael Palin fait pourtant du bon travail, je ne peux m’empêcher de penser qu’il est une erreur de casting pour un tel rôle. Reste un esthétisme médiéval bien crasseux qui tape méchamment dans l’œil et évite de s'attarder sur la maladresse de la mise en scène (excusable cela dit par le fait que Gilliam ne pouvait pas se permettre plusieurs prises faute de moyens). Au final, Jabberwocky évoque plus les faiblesses des réalisations récentes de Gilliam que les opus majeurs qui lui feront suite.[/justify]
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hellrick
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Re: Terry Gilliam

Post by hellrick »

Actuallisation après divers révisions

Excellents:
Brazil
Twelve Monkeys

Très bien
Monty Python Sacré Graal
La Vie de Brian

Bien
The Fisher King
Munchausen
The Crimson Permanent Assurance (court-métrage)

Pas mal
Le Théorème Zéro

Moyen
Les frères Grimm
Jabberwocky
The Wholy Family (court-métrage)

Pas aimé
Las Vegas Parano
Bandits, bandits

Toujours pas vu
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hansolo
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Re: Terry Gilliam

Post by hansolo »

Décidément la malédiction de Don Quichotte va loin :(

http://www.lefigaro.fr/cinema/2018/04/2 ... ection.php
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Le grand saut - Joel & Ethan Coen (1994)
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Thaddeus
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Re: Terry Gilliam

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Monty Python : sacré Graal !
Il est des films qui ne peuvent se raconter et doivent impérativement se vivre. Ainsi de la première incursion des Monty Python au cinéma, sommet de loufoquerie envoyant valdinguer la légende arthurienne dans les hautes sphères du délire irrévérencieux. Du générique sous-titré en pseudo-suédois et enrichi de faux crédits à l’ultime pirouette faisant tomber le rideau, elle s’offre comme un énorme capharnaüm défoulatoire où le rire surgit de partout, infiltre tout, sans que jamais la rigueur technique et le soin accordé à la réalisation, aux décors, aux costumes ne soient pris en défaut. Entre férocité satirique et merveilleux grinçant, ce bouquet d’incongruités composé avec une réjouissante apparence de désordre absolu porte la dérision, l’absurdité, le non-sens et l’anachronisme au rang d’arts majeurs. 5/6
Top 10 Année 1974

Jabberwocky
Le premier film réalisé en solo par Gilliam, s’il accuse encore pleinement l’influence des Pythons, est une œuvre solide, étrange, entièrement vouée à l’imaginaire et qui, dans son partiel ratage, atteint par moments à une beauté plastique que l’on associe guère au genre : clair-obscurs à la Rembrandt tamisant les apparitions invisibles du jabberwocky, mutilations, dépeçages et brimborions divers filmés dans un expressionnisme digne du Welles de Falstaff, quand ils ne pastichent pas directement, style compris, Le Septième Sceau de Bergman. Et si la fable fantastique renvoie avec ironie à notre monde moderne où affameurs et affamés se retrouvent coincés dans une même dialectique, les déferlements d’humour loufoque l’apparentent à un canular qui aurait la courtoisie de ne pas étaler son talent. 3/6

Bandits, bandits
On sait que Dieu a créé le monde avec rien. Activité qui lui occasionna une grande fatigue et le contraignit à livrer un travail inachevé, plein de trous dans le temps et l’espace. Assez pour motiver quelques nains mal intentionnés à une perfide destruction de l’Histoire universelle, que le cinéaste réécrit à la manière des lutins des almanachs. Devant sa caméra, le merveilleux, l’absurde et l’extravagant deviennent les armes de Napoléon, Agamemnon ou Robin des Bois. Entre Jules Verne, les frères Grimm et Le Magicien d’Oz, ce téléscopage burlesque déploie une panoplie de gadgets et de trouvailles, mêle époques, légendes et aventures en un chapelet de péripéties cocasses et farfelues, une fantaisie théologique d’une exemplaire dévotion. L’ensemble est inégal mais pas éparpillé, toujours inventif et surprenant. 4/6

Brazil
Avec les seuls moyens du cinéma, et le sien exclusivement, Gilliam se livre à une autopsie in vivo de l’organisme social, ne laissant rien ignorer des réseaux sanguins, nerveux, digestifs qui irriguent les cellules et les habitations de sa ville tentaculaire. D’une richesse plastique, d’un foisonnement esthétique proprement hallucinants, la fable traduit une recherche picturale de chaque plan, joue de la satire sociale et de la farce débridée dans un registre de représentation à la fois cauchemaresque et délirant. S’il déborde de partout, capte le rythme frénétique d’un cartoon endiablé, le film dévoile également une noirceur terrible, quelque part entre Kafka et Orwell : pour échapper à ce monde malade, qui dépersonnalise et écrase l’individu, ne reste que la fuite dans l’imaginaire, le réconfort dérisoire du rêve et du merveilleux. 6/6
Top 10 Année 1985

Les aventures de baron de Münchausen
Dix-huitième siècle. Des canons aux gueules scupltées comme des gargouilles crachent inlassablement leur feu sur une petite ville assiégée par les Turcs. Au milieu des ruines, un théâtre. Point de départ d’un récit rocambolesque, d’un grand livre d’images interdit aux esprits cartésiens, œuvrant sans relâche à stimuler le pouvoir d’émerveillement. Parce qu’il défend l’imagination contre la raison, préfère le rêve au réel et revendique le pouvoir de la fantaisie face au totalitarisme, rien d’étonnant à ce que cet infatigable baron ait séduit Gilliam. En activant tout un bric-à-brac poético-fellinien, celui-ci fait fructifier une inspiration qui puise autant dans le rationalisme pré-scientifique que dans la féérie carrolienne, et dont les trucages, les décors, l’univers plastique renvoient à la magie du cinéma muet. 5/6

Fisher king
À la base du film, une belle idée de buddy movie selon laquelle un animateur de radio, involontairement responsable d’une tuerie dans un bar et objet d’un traumatisme aigu, rencontre un doux illuminé, clochard mystico-philosophe dont la femme faisait partie des victimes. Hélas Gilliam se prend les pieds dans les méandres tentaculaires d’une histoire à géométrie variable. Croulant sous une avalanche de pistes, on est balloté entre la fable baba cool, la comédie américaine remise au goût du jour, la méditation sur les sans abris et le jeu de rôles à consonance médiévale (c’est la conquête du Graal à New York). Tendance à l’indigestion dont échappent une vision fantasmatique de Big Apple ainsi que Jeff Bridges, gueule de beau baroudeur qui permet au conte de ne pas se laisser trop noyer par la sensiblerie. 3/6

L’armée des douze singes
Remake labyrinthique et étouffant de La Jetée, le classique de Chris Marker auquel il emprunte la figure de la spirale : du logo des écologistes révolutionnaires à l’architecture de l’hôpital psychiatrique, en passant par les arabesques des mouvements d’appareil, l’œuvre travaille une matière esthétique entre expressionnisme allemand et constructivisme ruse, qui prolonge très brillamment la désorientation mentale et les paradoxes vertigineux dont le protagoniste est le sujet hagard. Dans cet univers de capharnaüm auquel il insuffle une portée visionnaire, le cinéaste décline sur un mode romantique et kafkaïen certains grands thèmes de la science-fiction (angoisse post-apocalyptique, voyage dans le temps), explore le rapport de l’homme à la société, la relativité du temps et de la raison. Une totale réussite. 5/6

Las Vegas parano
Le roman culte d’Hunter S. Thompson, brûlot emblématique de la beat generation, était sous-titré "Une équipée sauvage au cœur du rêve américain". Gilliam le réduit à un lassant délire psychédélique, ivre de sa virtuose vacuité, qui voit deux lascars ravagés se bourrer de substances toxiques et détruire une chambre d’hôtel très laide, puis une autre, et une autre encore... Le film déçoit par son incapacité à maintenir de façon convaincante l’intensité du délire, aussi bien au niveau des situations (répétées à l’infini) qu’à celui de la réalisation, qui s’enlise à force d’effets optiques ou spéciaux beaucoup trop appuyés. D’où l’impression constante d’une monotonie narrative qui tourne à vide, d’une overdose d’images aussi hallucinogènes que superficielles, provoquant plus de migraine que de fascination. 2/6


Mon top :

1. Brazil (1985)
2. L’armée des douze singes (1995)
3. Monty Python : sacré Graal ! (1974)
4. Les aventures de baron de Münchausen (1988)
5. Bandits, bandits (1981)

Opérant le croisement original et souvent fructueux entre l’humour absurde des Monty Python (dont il est issu), l’effervescence visuelle de Kusturica et de poésie baroque de Fellini, Terry Gilliam possède une identité toute reconnaissable, un univers bien à lui, foisonnant, délirant, excentrique, mais travaillé par des réflexions inquiètes. Si sa carrière semble à bout de souffle aujourd’hui, il fut pendant vingt ans l’un des plus précieux visionnaires du cinéma américain.
Last edited by Thaddeus on 29 Feb 20, 18:23, edited 1 time in total.
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Brazil (1985)

Post by Thaddeus »

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À cause d’un scarabée terroriste

"Au fait, pourquoi ce film s’appelle-t-il Brazil ?" Et pourquoi pas ? Certains artistes donnent à leurs œuvres des noms d’année, d’autres des noms de pays. "Je ne vois pas le rapport !" Du calme vieux, ça vient : aussi sûrement que 1984 est l’année où Big Brother vous regarde, 1985 est celle où Big Brazil nous contemple. "Mais encore ?" Bouché le type ou quoi ? Si Terry Gilliam a voulu ce titre bizarre, on se doute que ce n’est pas pour élaborer une fresque socio-politique sur l’état sud-américain du même nom. "Et alors ?" Quel boulet, il faut tout lui expliquer. Qui n’a jamais fredonné le vieux standard de Xavier Cugat, repris d’un air composé à la fin des années trente par Ary Barroso ? "Ça y est, j’y suis ! C’est donc une comédie musicale néo-Acapulco avec le fantôme de Carmen Miranda dans le rôle des maracas. Non ?" C’est ça, mon chou. Maintenant, avant que je ne devienne vraiment nerveux, tu retournes gentiment dans ta chambre et tu me laisses avec les invités, sinon je vais devoir tout leur réexpliquer à partir du début. Alors voilà : c’est Noël dans le futur indéterminé d’un pays anglo-saxon, disons la Grande-Bretagne. Posée sur la vitrine d’un magasin d’électroménager, une télé allumée diffuse un spot publicitaire parfaitement conventionnel. Jusque là, rien d’anormal. Et pourtant cette émission dégage quelque chose d’insolite. L’image est nette, bien en couleur, mais le poste de réception détonne : un gros buffet en bois, copie conforme des coffrages encombrants qui habillaient les téléviseurs dans les années 40-50. Bizarre : on est censé être aujourd’hui ou demain et ça ressemble pourtant à avant-hier. On a à peine le temps de réfléchir à ce télescopage qu’une bombe fait tout voler en éclat dans un éparpillement de verre, un nuage de fumée noire. L’écran clignotant, miraculeusement rescapé de l’explosion, transmet cette fois (de guingois) une allocution du ministre de la Sécurité publique, expliquant que les terroristes ne passeront pas, raillant leur manque d’esprit sportif et pérorant sur leur irrespect des vertus élémentaires. Tel est le début pétaradant de Brazil et son emblème même. Car sur ce principe du bien connu-jamais vu, sorte de manifeste du futurologisme rétro, il n’a pas fini de stupéfier.

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Les décors d’abord : dômes, cariatides, galeries, hall de gare, dédales et vestiges monumentaux, insignes d’une mégalomanie architecturale babylonienne et écrasante qui oscille entre Albert Speer, Le Corbusier et Ricardo Bofill, du Gross Berlin à Big London. Ces colossaux bâtiments mussoliniens, ces vastes salles tirées au cordeau, ces immeubles géométriques sortis d’une toile de Piet Mondrian semblent recouverts d’une couche de vitrificateur. Mais comme dans toute cité radieuse normalement dégradée par son surpeuplement, la pourriture bat son plein et assure une ambiance de poubelle renversée : appartements aux airs de clapiers crasseux, bombages, graffitis, vandalisme, escaliers délabrés, ascenseurs en panne, chiottes bouchées. Les costumes ensuite : apparemment tout tweed, Old Bond Street un jour de soldes. Mais que font là ces miliciens casqués de chrome et harnachés comme des Duce d’opérette ? Et ces filles en surplus des Halles, déchiquetées-déstructurées comme un rêve de styliste japonais ? Voilà pour le contexte douteux (avant-guerre ou après-guerre ? la dernière ou la prochaine ?) d’une intrigue aussi tordue. Archiviste dans un ministère, Sam Lowry est le type même du fonctionnaire anonyme, zélé, discipliné, soumis. Sa mère, une riche excentrique shootée au lifting qui ne quitte jamais son chirurgien esthétique, nourrit à son égard des ambitions hiérarchiques. Mais lui ne veut pas en entendre parler, anesthésié par sa sécurité et son petit confort. Plus gris que gris, c’est Sam Lowry. Avec son air tracassé, son œil humide, sa dégaine longiligne, il fait penser au jeune et naïf James Stewart de Capra. Dans le cabinet du Contrôle Général où il travaille, on fiche sur un même pied de délinquance le grand banditisme et un retard dans le paiement d’une note de gaz, on consulte des moniteurs ultra-perfectionnés avec un clavier évoquant celui d’une vieille Remington. Chaque nuit, Sam se projette en ange du Quattrocento, sanglé comme un dessin de Vinci revu par Buck Rogers, planant extatique au-dessus d’un éden originel de nuages roses, de campagnes riantes et de fées archangéliques. Tout cela dégage pourtant un sentiment tenace de familiarité : un mauvais songe dystopique, à peine exagéré.

Autrefois, des urbanistes astucieux avaient inventé le tout-à-l’égout. Centralisme oblige, le tout-à-l’État lui a succédé. Mais voilà qu’un scarabée infiltre cette machinerie impeccablement huilée et joue les parasites. Parce que l’insecte s’est fait écraser sur un document d’identification, l’ordinateur confond soudain un dangereux activiste, Harry Tuttle, avec un citoyen honnête, Monsieur Buttle. C’est le premier raté d’une cascade de dérèglements où le héros va successivement tomber amoureux de la voisine du dessus (routière madmaxienne et sosie parfait de la créature de ses rêves), accepter une promotion au Service des Renseignements, y foutre un bordel monstre qui s’achèvera en apoplexie du réseau pneumatique, virer son Œdipe, terrasser un samouraï haut de quinze mètres, s’allier avec les dissidents (et surtout Tuttle, le saboteur de l’ombre, le plombier pirate métamorphosé en spermatozoïde joufflu dans sa combinaison noire à cagoule intégrale, sorte de Super-Smith de la clé de 12 qui tombe toujours à pic pour le tirer de son pétrin) et, l’espace d’une nuit, vivre l’amour fou avec sa dulcinée. Évidemment tout cela finira mal. Au petit matin, Sam se retrouvera au trou, lobotomisé par son bourreau de meilleur ami, et il ne lui restera plus que la ritournelle-titre pour pleurer. À l’instar de Joseph K., il erre dans les dédales d’un univers imprévisible, aussi drôle que terrifiant. Il se heurte partout à un logo obscène désignant en termes comminatoires la toute-puissante réalité, parfois à un mot d’ordre (La vérité libère) qui recouvre un esclavage technologique hérité d’Orwell et de La Colonie Pénitentiaire. Son avatar ailé demeure réprimé, velléitaire, victime d’un écrasement universel. Filmés du point de vue d’Icare, les immeubles parallélépipédiques qui jaillissent du sol sont autant de menaces, comme le golem de pierre dont les mains de muraille le retiennent aux chevilles quand il voudrait s’envoler. Ce monde punitif, surcloisonné, concentrationnaire et totalement digestif qui se démantibule par ses câbles grouillants, ses boyaux d’aération et ses messages codés, ce déluge de personnages triples, d’identités interchangeables, de paperasseries proliférantes, de gadgets et de hiéroglyphes infonctionnels décrivent moins un enfer de l’idéologie qu’un purgatoire du modernisme agressif, de la communication, de la surinformation, de leurs implications anarchiques et irréversibles, où tout (les machines, les hommes, la politique, l’économie) ne marche qu’en se déglinguant.

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Le film devient alors une très subtile philosophie du temps présent, un vrai guide pratique pour la vie courante. Tous ceux qui se sont déjà retrouvés la main coincée dans un distributeur automatique goûteront ainsi avec délice le passage où Sam doit affronter une panne de climatiseur. Lorsqu’il dévisse le panneau de la cloison palpitant comme un cœur, c’est un éventrement intestinal de tuyaux, tubes et circuits intégrés qui lui explose à la figure. Aux moments les plus dramatiques, un élément de décor, un objet, une situation vient relancer l’action dans la comédie et le burlesque, de préférence très noirs. Une secrétaire joviale tape à la machine les cris de douleur des suppliciés. Entre les instruments bien alignés de la table de torture s’insère une tétine de bébé. Dans la cellule capitonnée où Sam est emprisonné, le chef du gouvernement lui rend visite déguisé en Père Noël et lui propose une bouteille de limonade tandis que le détenu clame vigoureusement son innocence. Les divagations se bousculent, les gags se carambolent, énormes, épouvantables. Il n’est pas de meilleur symbole inversé pour ce pays étatisé, gris, sale, froid, en béton debout ou démoli, que la chanson ensoleillée, entraînante, légère et tropicaliste qui fait office d’échappatoire. Et en toute logique, le film adopte régulièrement un rythme de comédie musicale. Le maître d'hôtel propose les plat numérotés et clame "Bon appétit" aux clients, qui en chœur lui répondent "Merci". Dans de larges couloirs-bureaux traversés par des mouvements browniens, les conférences décisionnaires se tiennent à vives enjambées, ponctuées de "Oui" et de "Non" sur ressorts, de virages et de retournement chorégraphiques. Les accélérations, la dilatation de l'espace par le grand angle, l’invention plastique qui ménage la surprise à chaque coupe participent d’un langage constamment étourdissant. La patte inimitable de l’animateur-graphiste, fomentant son œuvre sur story-board avant de la diriger, définit aussi l’œil du concepteur de séquences, approche que partage notamment un Ridley Scott. Ce n’est pas un hasard si, de ces cinquante dernières années au bas mot, Brazil reste avec Blade Runner la plus hallucinante représentation urbano-futuriste vue à l’écran.

Renchérissant sur l’adage de Godard ("Une idée par plan, un plan par idée"), Gilliam rejoint ici le peloton des grands cinéastes visionnaires, celui de Kubrick et Fellini. Le film libère les effusions de créativité insatiable d’un réalisateur en folie, rameutant aussi bien l’un de ses compères montypythonesques (Michael Palin) que la crème des acteurs britanniques (Ian Holm, Bob Hoskins, Jim Broadbent) ou américains (De Niro). Dans cette histoire kafkaïenne de bureaucrates fous qui se cannibalisent à l’infini, cette allégorie d’une utopie socioculturelle punk complètement déboussolée, la puissance ahurissante de l’image emporte tout. Mais les dialogues de Tom Stoppard, héritier de Lewis Carrol et facétieux casseur de prose, jouent aussi un rôle déstabilisant : leur richesse nonsensinque, leur fonction paradoxale, leur analyse du jargon administratif indiquent un esprit très exercé, sollicité par l’illusion et la transformation à vue. Techno-machinisme débridé fait de ronds-de-cuir en chaleur et de listings affolés, musée des modes qui conglomère les reliquats du passé et les indices du futur, paysans électroniques et mystiques vidéo : cette planète est bien la nôtre. L’œuvre carbure à l’indétermination, à la bougeotte, à l’assemblement hétéroclite d’influences diverses (de Salvador Dalí à Max Escher, du Procès à Metropolis, du Cuirassé Potemkine à Playtime), mais rien ne traduit plus de cohérence et de rigueur que ce délire fourmillant, arachnéen, claustrophobique, cette avalanche d’effets visuels se balayant les uns les autres avec une propension cataclysmique qui désoriente et stimule en permanence, jusqu’au crescendo surréaliste dessiné par la vertigineuse demi-heure finale. L’angoisse la plus profonde s’y marie avec la dérision la plus féroce. Car si un pauvre petit plomb fondu peut entraîner des conséquences catastrophiques, c’est également par un mini-accroc que peut advenir sinon la rébellion, du moins la vigilance. Gilliam a déclaré un jour chercher sans espoir de jamais la trouver une sortie à ce puits de désespoir. Il s’est donc inventé l’issue la plus adulte et la plus lucide : un cauchemar qui fait rire, une farce percluse d’effroi, apte à conjurer l’absurdité de nos existences par les vertus libératrices de l’imaginaire.

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