Neil Jordan

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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AtCloseRange
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Re: Neil Jordan

Post by AtCloseRange »

Demi-Lune wrote:Tiens, j'ai vu la bande-annonce lors de la séance de Parasite et n'avais même pas fait gaffe que c'est un film de Jordan. C'est vendu comme un banal thriller.
Ça a l'air complètement tarte.
la BA est pire que celle de Ad Astra...
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odelay
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Re: Neil Jordan

Post by odelay »

Je l'ai vu aussi avant Rocketma. Ça ressemble à un énième fatal attraction.
Amarcord
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Re: Neil Jordan

Post by Amarcord »

C’est effectivement très mauvais... Mais qu’est donc allée faire ma si chère Isabelle dans cette galère ?? (Même elle, est terriblement à côté de la plaque, dans ce navet).
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odelay
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Re: Neil Jordan

Post by odelay »

Peut être que c'est une nouvelle oeuvre traumatisante, un chef d'oeuvre. Le nouveau Silence des agneaux.




Peut être.
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Alexandre Angel
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Re: Neil Jordan

Post by Alexandre Angel »

Ça fait vraiment début 90 genre JF recherche appartement ou Fenêtre sur Pacifique. C'en est même curieux.
Mais Huppert ne sera jamais aussi inquiétante que dans La Cérémonie, de Claude Chabrol.
Amarcord
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Re: Neil Jordan

Post by Amarcord »

odelay wrote:Peut être que c'est une nouvelle oeuvre traumatisante, un chef d'oeuvre. Le nouveau Silence des agneaux.




Peut être.
Euh... Définitivement : non.
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mannhunter
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Re: Neil Jordan

Post by mannhunter »

Alexandre Angel wrote:Ça fait vraiment début 90 genre JF recherche appartement ou Fenêtre sur Pacifique.
C'est le cas...sauf que c'est moins bien :(
C'est décevant pour un Neil Jordan en effet, un thriller très lambda, impersonnel, au scénario déjà vu, qu'on croirait sorti du début des 90's...le réalisateur a sûrement besoin de remonter la pente après l'échec de ses dernières productions...
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Roilo Pintu
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Re: Neil Jordan

Post by Roilo Pintu »

Enfin vu La compagnie des loups.
Très bonne découverte, une belle et sinistre allégorie sur l’adolescence, Neil Jordan explore les variations sombres des contes dans un traitement gothique de toute beauté. Entre les décors d’Anton Furst, des maquillages saisissant (effrayante 1ere transformation), l'angoissante partition de George Fenton, une construction de rêve dans le rêve pour faire traverser la charmante Sarah Patterson dans ses émotions d'adolescente... les plaisirs ne manquent pas.
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Profondo Rosso
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Re: Neil Jordan

Post by Profondo Rosso »

Mona Lisa (1986)

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George vient de sortir de prison et recherche du travail. Il finit par dégotter un boulot comme chauffeur, le chauffeur de Simone, une call-girl de luxe. Entre George et Simone, des liens se tissent. Puis Simone s'attire des ennuis…

Il y a dans les meilleurs films de Neil Jordan souvent un jeu de va et vient entre réel et imaginaire, dans les postulats des récits comme dans les aspirations des personnages. Des protagonistes surnaturels s'immiscent dans notre réalité pour s'y fondre ou s'en défier avec créature marine de Ondine (2009), les vampires de Entretien avec un vampire (1994) et Byzantium (2013). Le mysticisme s'invite dans la romance tragique de La Fin d'une liaison (1999) et La Compagnie des loups (1984) joue littéralement les émois de l'adolescence dans jeu entre rêve teinté de conte et réalité. Mona Lisa s'avère étonnant pour exprimer cela puisque contrairement aux autres films évoqués, il est totalement dénué tout moindre élément fantastique (puisque même le mélo La Fin d'une liaison pouvait entretenir une certaine ambiguïté).

Le personnage d'ancien taulard de George dans un Londres contemporain réveille les souvenirs du fameux The Long Good Friday (1980), d'autant qu'il est incarné par le charismatique Bob Hoskins. George sort de sept ans de prison (ce qui ajoute à la continuité avec The Long Good Friday) et se trouve livré à lui-même tant du côté familial avec une ex épouse qui le rejette et sa fille qu'il ne peut voir, que de celui de ces anciens acolytes qui l'ont oublié durant sa peine. Il va subsister en devenant le chauffeur de Simone (Cathy Dyson), call-girl de luxe qu'il conduit d'un client nanti à un autre dans les plus prestigieux hôtels londoniens. Ces deux caractères bien trempés mais authentiques vont s'opposer puis se rapprocher dans une première partie prenante. Les hautes sphères qu'elle fréquente à sa façon vont amener Simone à "civiliser" un George mal dégrossi qui de son côté va dérider sa passagère par sa gouaille et lui donner une vision moins cynique des hommes. Seulement Simone cache une profonde douleur, elle recherche une ancienne compagne d'infortune exploitée par d’ignobles proxénètes locaux et George, amoureux va l'y aider.

L'environnement du film a un pied dans une certaine tradition du polar anglais et l'autre dans la modernité. Le final sanglant à Brighton lorgne évidemment sur le légendaire Brighton Rock de John Boulting (1947) et la trame évoquant l'exploitation sexuelle sur certains point le Get Carter de Mike Hodges (1971). Par contre le Londres melting-pot est un choc pour le personnage de George (ce Where they do come from ? lorsqu'il est pris à parti par des noirs dans son ancien quartier, quelques saillies xénophobes qui lui échappe plus par inculture que racisme) qui est vraiment une réminiscence dans de plus petites sphères et la folie meurtrière en mois que le Shand de The Long Good Friday. On sent également une influence des polars new-yorkais glauques des 80's (notamment ceux d'Abel Ferrara) dans la manière de filmer les bas-fonds londoniens, que le Kings Cross interlope où tapinent de trop jeunes prostituées ou alors un Soho sordide à souhait et tout en néon où doit s'enfoncer George pour retrouver la disparue. Dans tout ce milieu, une seule logique existe, celui du dominant vieux, nanti et libidineux et des dominées jeunes, brutalisées et conditionnées à la soumission. Si Simone est aguerrie à cette mentalité, le dur à cuire George s'avère finalement le plus innocent. La dimension de conte intervient à travers ce personnage se rêvant en chevalier blanc qui extraira la femme qu'il aime de cette fange. Seulement il s'avèrera peut-être lui aussi une pièce aussi exploitable et sacrifiable comme il le constatera tardivement à ces dépens.

Le gimmick des intrigues policières farfelues que George invente avec son ami Thomas (Robbie Coltrane) anticipe ainsi le monde imaginaire qu'il se rêve George face au réel sinistre. Le personnage sous ces airs taciturne est un amoureux naïf et attachant aspirant lui aussi à l'affection, ce qui le rend bouleversant grâce à l'interprétation habitée de Bob Hoskins. Les interactions avec Simone transpirent l'authenticité et la facette fantastique de Jordan transparait dans sa description des méchants. Tous les clubs de strip-tease, sex-shop et autres hôtel de passe pouilleux sont filmés et éclairés comme l'antichambre des enfers dont le mac violent Anderson (Clarke Peters) est le cerbère tandis que le patronyme gothique et les airs démoniaques élégants de Mortwell (Michael Caine glaçant à souhait) en font la figure du mal absolu. C'est le cœur brisé mais la pureté d'âme intacte (le sentiment amoureux s'avérant toxique au final) que George pourra réchapper de ces lieux où il n'a pas sa place. Une grande réussite souvent trop oubliée dans le film de Neil Jordan même si la prestation de Bob Hoskins marquera les esprits avec un Prix d'interprétation masculine à Cannes 1986 (ex æquo avec Michel Blanc pour Tenue de soirée), un BAFTA du meilleur acteur en 1987 et une nomination aux Oscars. 5/6
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Thaddeus
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Re: Neil Jordan

Post by Thaddeus »

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La compagnie des loups
Il était une fois une jeune fille qui s’était aménagée une pièce close, secrète, pleine de peluches et de confidents imaginaires. Sa grande sœur s’appelait Alice, mais c’est elle qui pénétrait dans une forêt enchantée peuplée de loups, de voyageurs mystérieux et d’animaux mythiques, où les désirs prenaient une coloration plus vive et plus sensuelle. Empruntant au décor, à l’atmosphère, à l’univers des contes de fées, Jordan inverse la fonction répressive de leurs archétypes pour métaphoriser les fantasmes et la sexualité en éveil d’une adolescente. Tel un Petit Chaperon Rouge revu par Bruno Bettelheim, le film puise son irrésistible pouvoir d’attraction dans le charme ambigu des frissons de l’enfance, que cultivent un climat onirique et des décors baroques oscillant entre Gustave Doré et Jean Cocteau. 5/6

The crying game
Curieux film, riche de promesses pas toujours concrétisées, plein de tentatives assez hardies qui stimulent la curiosité et maintiennent l’intérêt en dépit d’une certaine incapacité à imbriquer la petite et la grande histoire, à irriguer la vie privée des personnages par les passions publiques. Il élabore une quête initiatique à rebours et fonctionne sur des changements de régime, des effets de surprise scénaristiques qui relancent une tension de l’indéterminé en le sauvant de l’illustration psychologique. À l’instar du protagoniste, guérillero usé de l’IRA, écartelé entre l’amour et l’Irlande, on éprouve un plaisir ambigu à flotter dans les méandres de ce rêve éveillé, à la fois aimanté et tourmenté par un thriller aux frontières du fantastique, tissant le portrait d’une Angleterre égarée quant à son devenir social et politique. 4/6

Entretien avec un vampire
Louis est le fils de Lestat, mais aussi son amant. Mélancolique et suicidaire, marginal contraint de vivre en autarcie dans un monde tribal, il souhaite l’extinction de sa race. N’ayant pas vu un lever de soleil depuis cent ans, c’est au cinéma, devant L’Aurore, qu’il en contemplera le spectacle éblouissant. Avec ce voyage à travers les siècles et les villes (La Nouvelle Orléans, Paris, San Francisco), dont l’opulente imagerie privilégie la finesse de la miniature au trait large de l’eau-forte, Jordan ne cherche pas à brider les lectures d’un sujet toujours propice aux métaphores : il les intègre au sein d’une approche qui défriche brillamment la nouveauté là où l’on croyait se retrouver en terrain connu. Prince pervers d’un séduisant casting de beaux mecs, Tom Cruise campe un mémorable vampire jouisseur et démoniaque. 5/6


Mon top :

1. Entretien avec un vampire (1994)
2. La compagnie des loups (1984)
3. The crying game (1992)

Deux très belles réussites fantastiques et un étrange hybride entre film engagé et thriller hitchcockien auront réussi à imposer le réalisateur irlandais comme un excellent serviteur du cinéma de genre. Mêlant une imagerie raffinée à une thématique parfois perverse, ces longs-métrage laissent transparaître une personnalité capable de renouveler un folklore surchargé sans jamais le prendre de haut. Notoirement en dents de scie, sa carrière me reste encore largement à découvrir.
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cinéfile
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Re: Neil Jordan

Post by cinéfile »

Profondo Rosso wrote:Mona Lisa (1986)

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:D

Super film. Dans mon top 2019.

De loin le meilleur de Jordan me concernant (pour ce que j'en ai vu jusque là). Un néo noir british de très haute volée.
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Demi-Lune
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Re: Neil Jordan

Post by Demi-Lune »

"Curieux film, riche en promesses pas toujours concrétisées", voilà une qualification qui pourrait très bien convenir également à La fin d'une liaison, dont je te recommande le visionnage, Thaddeus. Une histoire d'amour et de mort imparfaite mais obsédante, classique sur le forme mais étonnante sur le fond, qui requiert un véritable saut de foi de la part du spectateur. C'est la grande époque, fiévreuse et tourmentée, de Ralph Fiennes, et Julianne Moore y est inoubliable. A noter, ingrédient suprême, une partition absolument déchirante d'un Michael Nyman transcendé, qui enrobe ses notes d'un désespoir infini.


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batfunk
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Re: Neil Jordan

Post by batfunk »

We're No Angel's, film rare, dispo sur Amazon Prime dans une copie corrected, en V. F OU... V. O sous titrée anglais :lol:
J'y suis allé en aveugle, attiré par le casting(De Niro, Sean Penn en stars) et le réalisateur(j'ai aimé récemment La Compagnie Des Loups, étrange relecture des contes classiques sur l'éveil au désir des jeunes filles).
Au final, pas un grand film, mais une comédie très sympathique et tendre. Le Duo marche bien, avec un De Niro déjà tout en mimiques et un poupon Penn,parfait en Jeune simplet.Le scénario de David Mamet mélange habilement aventure, comédie, romance et social.
Le cadre religieux ne prête étonamment pas à la moquerie mais est un havre d'humanité, loin de la bondieuserie(la discussion entre De Niro et le père supérieur sur les miracles est pleine de malice)
Ça, plus la photographie de Rousselot et la Belle partition de Fenton, font de ce film un joli moment. :D
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Michel2
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Re: Neil Jordan

Post by Michel2 »

Demi-Lune wrote:"Curieux film, riche en promesses pas toujours concrétisées", voilà une qualification qui pourrait très bien convenir également à La fin d'une liaison, dont je te recommande le visionnage, Thaddeus. Une histoire d'amour et de mort imparfaite mais obsédante, classique sur le forme mais étonnante sur le fond, qui requiert un véritable saut de foi de la part du spectateur. C'est la grande époque, fiévreuse et tourmentée, de Ralph Fiennes, et Julianne Moore y est inoubliable. A noter, ingrédient suprême, une partition absolument déchirante d'un Michael Nyman transcendé, qui enrobe ses notes d'un désespoir infini.
Personnellement, j'aime beaucoup, et ce qui peut passer pour des des virages sur l'aile négociés de manière particulièrement abrupte vient en fait du roman largement autobiographique de Graham Greene. La partie la plus facile à apprécier pour la majorité des spectateurs est celle qui procède à la dissection quasi-entomologique d'une jalousie maladive et obsessionnelle : le film restitue parfaitement l'ironie que Greene manie en virtuose dans son bouquin, ironie d'autant plus acerbe qu'elle est passablement masochiste (Greene avait lui-même été plaqué par sa maîtresse américaine dans la vraie vie et le personnage joué par Ralph Fiennes est son alter ego à peine déguisé).

Ensuite, il y a le catholicisme de choc qui est au coeur de l'oeuvre du romancier et qui ne fait pas toujours dans la dentelle métaphorique. C'est bien connu, il n'y a pas plus envahissant que la foi des convertis et Greene était lui-même un ancien anglican devenu catholique à l'aube de la vingtaine. C'est cet aspect-là qui a le plus de chance de mettre à l'épreuve la foi - pun intended - que le spectateur aura dans le récit et les personnages. Et Jordan est courageux : il ne cherche pas à diluer ou à faire passer au second plan le message chrétien qui sous-tend tout le roman. Il y a dans son approche "ça passe ou ça casse" une intégrité qui force le respect. Que les spectateurs accrochent ou non, et il s'en trouvera forcément pour être allergiques à ce qu'ils percevront comme de la bondieuserie assommante, le film refuse d'avoir peur de sa source littéraire, qu'il assume entièrement. Cette démarche me plaît : à titre personnel je n'adhère pas au discours religieux de Greene mais cela ne m'empêche pas de trouver le film remarquable en dépit de la lourdeur de la révélation finale (dans le livre comme dans le film, le miracle a la légèreté d'une division de panzers qui traverse les Ardennes, mais que l'on l'aime ou que l'on déteste, c'est une composante organique de l'histoire et le récit ne fonctionne pas sans lui).

Une dernière chose : à la liste des nombreuses qualités du film, il ne faut pas non plus oublier l'interprétation très fine de Stephen Rea, qui confère une belle humanité au personnage a priori très ingrat du mari cocu.