Peter Greenaway

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Thaddeus
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Re: Peter Greenaway

Post by Thaddeus »

Alexandre Angel wrote:
Demi-Lune wrote: Greenaway était grand.
Voilà un réalisateur à côté duquel je suis (presque) complètement passé. C'est même un cas d'école personnel. A une époque, les films sortaient, les uns après les autres et je les boudais systématiquement. Quelque chose en moi avait décidé qu'il n'aimait pas ça.....d'avance (échaudé tout de même par ce que j'en avais expérimenté). C'est assez mystérieux parce que ça continue :oops: .
Dans mon esprit, Greenaway incarne la maîtrise formelle totalement dénuée de frémissements.
Que faire? :mrgreen:
Jeremy Fox wrote:Tenter pour commencer Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant. Tu y trouveras les frémissements voulus.
Ben Castellano wrote:J'ai mis du temps à aimer avec le même genre de blocages... et maintenant je suis plutôt fan, y compris de Nightwatching et de son Eiseinstein dans les derniers
Demi-Lune wrote:Tu n'es pas le seul dans ce cas, rassure-toi.

Pour moi, Greenaway est un génie à l'univers sans nul autre pareil. C'est comme avec Lynch ou Fellini, on sait d'emblée qu'on est dans un film de Peter Greenaway : il faut exterminer toute pensée rationnelle et obéir à ses propres lois. Le voyage, dès lors, est souvent mémorable et incroyablement stimulant, parce que ses films sont d'authentiques énigmes artistiques. Je les vois comme des codex précieux, échoués sur les berges de notre temps. C'est comme si plusieurs siècles de l'Histoire de l'art (arts plastiques et arts scéniques) y étaient concentrés et sublimés, et dont le sens esquiverait même les analyses des initiés. Par exemple, je ne "comprends" pas particulièrement Meurtre dans un jardin anglais alors que le pitch est assez simple, mais c'est à dess(e)in, et le film ne cesse de se rappeler à ma mémoire depuis que je l'ai vu. Il ne faut pas tant chercher des frémissements d'émotions humaines dans ce Cinéma, que le plaisir intellectuel et esthétique de terrains de jeu en abyme, à l'instar de ces "trucages" découverts par certains maîtres de la Renaissance ou de l'art baroque. On peut trouver ça assez limité ou hermétique, ou être complètement emporté par l'absolu et la radicalité cinématographiques de telles visions. Et éprouver, au final, des émotions de l'ordre de la sidération, du malaise, du vertige, de la nausée... bref, quelque chose qui se rapprocherait du syndrome de Stendhal.
Par ailleurs, je trouve ses films souvent très érotiques (alors que paradoxalement très crus) et très évocateurs sur le plan de la reconstitution historique. Les grandes perruques, les fraises, tout ça...
Son chef-d’œuvre en l'état de mes découvertes : The baby of Mâcon.
Mais Prospero's books et toutes ses expérimentations visuelles, c'est quelque chose.
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Demi-Lune
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Re: Peter Greenaway

Post by Demi-Lune »

Aaah, des posts bien archivés au bon endroit... c'est beau :mrgreen:
Max Schreck
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Re: Peter Greenaway

Post by Max Schreck »

The Draughtsman's contract (Meurtre dans un jardin anglais), 1982
Premier long-métrage, qui se goûte davantage à chaque vision. Visuellement splendide et imposant la musique répétitive de Michael Nyman, c'est un vrai polar ludique en mode puzzle, marqué comme toujours chez Greenaway par un mélange de raffinement extrême et de cruauté. On accepte de se laisser berner par cette impression de sa balader comme rarement dans un tableau vivant, et ça reste constamment fascinant même lorsque le sens continue à nous échapper.

The Belly of an architect (Le Ventre de l'architecte), 1987
Vu qu'une fois, pas souvenir d'avoir vraiment été convaincu par les déambulations de ce personnage d'architecte malade à Rome. Le film m'avait même pas mal ennuyé, ne bénéficiant même pas de la musique de Nyman. Ça aura au moins permis à Brian Dennehy d'ajouter un titre intéressant à sa filmo...

The Cook, the thief, his wife & her lover (Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant), 1989
J'ai découvert Greenaway avec ce film, et c'est peu de dire que le choc fut brutal. Je n'avais jamais rien vu de tel, j'avais été tour à tour heurté, excité, horrifié et bouleversé. Ici chaque élément fait sens, se nourrissant les uns les autres en une extraordinaire harmonie. Je me demandais alors s'il existait d'autres films ayant poussé le raffinement aussi loin ? Greenaway atteint ici une maîtrise éblouissante, construisant son film en une suite de tableaux — littéralement — imposant un dispositif filmique d'une implacable rigueur, avec son décor immense, ses références picturales, ses couleurs et costumes dessinées par Jean-Paul Gautier. Avec une audace et une intelligence incroyables, il mêle le sublime à l'ordure, la chair à la boue, le sexe à la mort, la grâce au châtiment. Et sa cruauté jamais n'apparaît déplacée. Éprouvante, incontestablement, mais faisant logiquement corps avec le sujet. Face à ces combinaisons si inspirées je reste sans voix et je me laisse emporter par ces travellings qui sont peut-être parmi les plus beaux du cinéma, et par la musique somptueuse de Michael Nyman, une de ses plus belles créations à mes oreilles. Enfin, le casting est inoubliable, de l'ogre Gambon (à chaque fois que je le vois en Dumbledore, je me force à penser à ce rôle) à Helen Mirren, en passant par le chien fou Tim Roth.

The Baby of Mâcon, 1993
Autre puissant choc esthétique, presque supérieur encore au précédent, même si peut-être moins immédiat. Il faut accepter une mise en place un peu déstabilisante, et une progression de l'intrigue qui louvoie un peu avant de se recentrer et de révéler ses enjeux. On est ici dans du baroque atroce et fiévreux, un spectacle stupéfiant qui réussi à la fois à être inconfortable pour l'âme et ravissant pour les sens. Ça tend parfois vers une mise à l'épreuve, mais on peut aussi voir ça comme un somptueux cadeau.

The Pillow book, 1996
J'ai un peu l'impression que c'est avec ce film qu'on a perdu le cinéaste, dont les films suivant donnaient l'impression de sortir un peu du circuit conventionnel. Sur le papier (c'est le cas de le dire), c'est séduisant et évidemment totalement cohérent avec les obsessions du cinéaste, mais je n'ai pas du tout adhéré à ses choix visuels avec cette mise en scène qui privilégie des effets peut-être pas vides de sens mais dont le résultat à l'écran n'est pas des plus heureux (ces incrustations d'images entre autres).

Nightwatching (La Ronde de nuit), 2007
Comme quoi, on peut apprécier qu'un cinéaste n'évolue pas. Le film prend en effet par bien des aspect l'apparence d'un retour aux origines, nouvelle variation à la Draughtman's contract où la peinture devient plus que jamais l'art de la vérité, message codé pour dénoncer un crime. Souvenir déjà un peu brumeux d'un dispositif cultivant l'artificialité, en moins directement flamboyant qu'un Baby of Mâcon mais en toute logique puisque Greenaway investit cette fois le clair-obscur de Rembrandt. Et Martin Freeman y est parfait.
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Jack Griffin
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Re: Peter Greenaway

Post by Jack Griffin »

Max Schreck wrote:Nightwatching (La Ronde de nuit), 2007
Et Martin Freeman y est parfait.
Son meilleur rôle
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Flol
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Re: Peter Greenaway

Post by Flol »

Jack Griffin wrote:
Max Schreck wrote:Nightwatching (La Ronde de nuit), 2007
Et Martin Freeman y est parfait.
Son meilleur rôle
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Jack Griffin
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Re: Peter Greenaway

Post by Jack Griffin »

Disons qu'il offre un autre visage dans le greenaway, avec une palette bien plus grande. Il m'avait surpris en bien
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moonfleet
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Re: Peter Greenaway

Post by moonfleet »

Max Schreck wrote:RIP...
Pour Dennehy, j'ai toujours eu l'impression que très arty Le Ventre de l'architecte (auquel je l'associe instantanément) détonne un peu dans sa filmo, plutôt faite de seconds rôles dans des films aux visées plus commerciales. Choix étonnant de la part de Greenaway.
Dans l'entretien avec Peter Greenaway présent en bonus sur le dvd BAC du Ventre de l'Architecte, il explique qu'il a pensé à cet acteur après un séjour à Rome où il avait eu des problèmes gastriques suite à une forte consommation de café italien, et qui lui ont fait envisager qq chose de plus grave peut être. De là l'idée d'un personnage qui se croit gravement malade.Ce qui l'a amené à penser à son père qui est décédé d'un cancer de l'estomac. Il a donc cherché un acteur qui aurait la carrure de son père et c'est pourquoi son choix s'est arrêté sur Brian Dennehy, avec qui il a par la suite gardé le contact et qui lui a dit que c'était son plus beau rôle.
L'entretien ne dure que 15' et c'est bien dommage car Greenaway est toujours intéressant et accessible dans ses propos, cultivé et drôle, il fait beaucoup de mimiques comme s'il essayait différentes poses (nervosité ??), bref un vrai plaisir.

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