Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Post by Jeremy Fox »

Alphonse Tram wrote:Tiens c'est curieux : le panneau du générique indique "formerly : in old Oklahoma" (auparavant : in old Oklahoma), alors que je croyais justement que ce titre était le plus récent par rapport à "La guerre des chats sauvages", et que le film était plus connu sous ce nom (Dans le vieil Oklahoma, donc).
Les producteurs ont dû revenir au titre premier assez rapidement après la sortie du film ?
En fait, s'étant rendus compte que beaucoup de spectateurs pensaient l'avoir vu en se souvenant du précédent titre du duo Wayne-Dekker (In Old California), les producteurs ont décidé de lui attribuer, quelques mois après sa sortie, ce second titre qui avait été prévu au départ et qui était, il me semble, le titre de l'histoire originale de Thornton Burtis. L'anecdote est justement racontée dans le livret qui accompagnait le DVD de la collection Atlas.
Donc le titre sous lequel il est sorti est In Old Oklahoma vite modifié pour que les spectateurs affluent en plus grand nombre.
Alphonse Tram
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Post by Alphonse Tram »

D'accord :idea: Le film est donc bien connu sous son nom d'origine. Je me demande si aujourd'hui le film est toujours présenté avec cette particularité au générique.

Le dvd Atlas pour la VO semble correct, je vais essayer de me le procurer (je viens de voir ta chronique sur le site, je l'avais loupé il y a bien longtemps)
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Post by Jeremy Fox »

Alphonse Tram wrote:D'accord :idea: Le film est donc bien connu sous son nom d'origine. Je me demande si aujourd'hui le film est toujours présenté avec cette particularité au générique.

Le dvd Atlas pour la VO semble correct, je vais essayer de me le procurer (je viens de voir ta chronique sur le site, je l'avais loupé il y a bien longtemps)
Oui ; revu hier soir et, à l'exception de 3 ou 4 plans qui semblent tirer d'un master plus ancien, c'est vraiment tout à fait correct.

L'image du générique est une capture d'écran du DVD Atlas
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Jeremy Fox
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Le Western américain : Année 1943 en DVD

Post by Jeremy Fox »

Le Western de 1943 en DVD

Les deux seuls westerns historiquement importants ont été traités au sein de ce topic. Mais encore une fois, je n’ai pas vraiment de mérite puisqu’il n’y en eut que deux ! Je tiens à redire qu'il ne s'agit pas là de lister les westerns que j'apprécie nécessairement (auquel cas j'aurais inclu mon petit coup de coeur pour The Desperadoes) mais de référencer ceux qui tiennent une certaine place dans l'histoire du genre. D'ailleurs ce serait bien que ce dernier sorte en DVD avec STF :idea:

Les Westerns le plus importants de cette année :

* Le Banni (The Outlaw) : Howard Hughes :arrow: Page 25
* L'étrange Incident (The Ox-Bow Incident) : William Wellman :arrow: Page 26


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Pour les aficionados uniquement car là j'ai du racler les fonds de tiroir, il manquerait encore néanmoins pour posséder un choix un poil plus large parmi la quarantaine d'autre titres d'une année très avare en westerns de prestige (peut-être la plus faiblarde depuis le début du parlant)

* Pour La Universal : Frontier Badman de Ford Beebe avec Robert Paige & Noah Beery Jr

* Pour la United Artists : The Kansan de George Archainbaud avec Richard Dix & Albert Dekker

* Pour la RKO A Lady takes a Chance de William Seiter avec John Wayne et Jean Arthur

Et encore, je ne suis même pas certain qu'ils m'intéresseraient vraiment !

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Mon top 5 arrivé à cette date :

* Sur la Piste des Mohawks (John Ford)
* Une Aventure de Buffalo Bill (Cecil B.DeMille)
* La Caravane Héroïque (Michael Curtiz)
* La Charge Fantastique (Raoul Walsh)
* La Piste des Géants (Raoul Walsh)


En 1944, encore moins de titres mais après les années de guerre ce sera une autre paire de manches !
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Re: Le Western américain : Année 1943 en DVD

Post by Cathy »

Jeremy Fox wrote:
* Pour la RKO A Lady takes a Chance de William Seiter avec John Wayne et Jean Arthur

Et encore, je ne suis même pas certain qu'ils m'intéresseraient vraiment !

*****************************************************************
!
Oh quand même un western avec Jean Arthur et John Wayne, cela pourrait être sympa, même si ne révolutionnant pas le genre :wink: !
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Année 1943 en DVD

Post by Jeremy Fox »

Cathy wrote:
Jeremy Fox wrote:
* Pour la RKO A Lady takes a Chance de William Seiter avec John Wayne et Jean Arthur

Et encore, je ne suis même pas certain qu'ils m'intéresseraient vraiment !

*****************************************************************
!
Oh quand même un western avec Jean Arthur et John Wayne, cela pourrait être sympa, même si ne révolutionnant pas le genre :wink: !
Oui, à vrai dire quand même curieux pour celui-ci d'autant que John Wayne se révélait doué pour la comédie et le voir former un couple avec Jean Arthur mérite la découverte.
Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Post by Julien Léonard »

La mise en scène de Seiter est toujours aussi convenue (vraiment un metteur en scène qui ne se distinguait pas des autres), et l'ensemble n'est pas inoubliable. Mais effectivement, John Wayne y est très à l'aise et forme un couple plutôt crédible avec Jean Arthur. Cela se suit avec plaisir, mais aussi vite vu aussi vite oublié (vis-à-vis de ce que je me souviens, parce que je l'ai vu il y a tout de même près de 12 ans).

Sinon, après avoir parcouru cette année 1943, je suis content de voir une qualité qui s'affirme davantage que l'année précédente. Par ailleurs, le Wellman a toute ma considération. Content de voir aussi que La ruée sanglante te plait toujours, Jeremy. :wink: C'est un bon western sans prétention. Lui aussi a été édité chez Atlas, et reste aujourd'hui très rare (comme 5 autres films de cette collection).

L'année 1944 va beaucoup m'intéresser, je pense. Car je ne connais que Buffalo Bill de Wellman et L'amazone aux yeux verts de Marin cette année-là... Le premier est, dans mon souvenir, assez superbe (faudra que je revoie le DVD). Le second est très sympa, très cool, avec des bagarres encore homériques, un John Wayne qui pète le feu (dans une interprétation sans forcer), et une intrigue policière bienvenue, présentant un film à mi-chemin entre le western et le polar. Curieux, et plutôt réussit.
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Post by Jeremy Fox »

Le film de Seiter, s'agit-il néanmoins bien d'un western ou d'une comédie se déroulant dans l'univers des cow-boys ?
Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Post by Julien Léonard »

Bonne question : si mes souvenirs sont bons, il s'agit d'une comédie se déroulant dans un univers de cow-boys. Il ne s'agit pas d'un western au sens classique du terme. L'action se situe dans un contexte contemporain au film (on y voit même des véhicules motorisés : voitures, autobus...). Et John Wayne y joue un expert en rodéos, grand cœur et grande gueule, encore une fois pataud et doucement machiste.

Du coup, c'est l'éternelle question de ce qui constitue réellement un western (époque, états, personnages...). A lady takes a chance ne correspond à aucun des films que tu as passé au crible jusqu'ici, en tout cas. :)
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Post by Jeremy Fox »

Ok merci ; il me semblait bien en étant allé feuilleter le bouquin sur John Wayne il y a quelques temps en arrière.
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Jeremy Fox
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Buffalo Bill

Post by Jeremy Fox »

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Buffalo Bill (1944) de William Wellman
20TH CENTURY FOX


Sortie USA : 13 avril 1944

" En 1877, un jeune homme surgit de l’Ouest et du jour au lendemain son nom fut sur toutes les lèvres. Il n’avait pas découvert un Continent ou gagné une guerre. Il n’était pas un grand général, un chef d’état ou un chercheur. Et pourtant, aujourd’hui encore, plus de 60 ans plus tard, sa légende est aussi vivante qu’au moment des faits. Son nom était William Frederick Cody. Mais aux yeux de tous, jeunes et vieux, riches et pauvres, il est connu sous le nom de Buffalo Bill. Ceci est son histoire."


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Tel est le prologue en voix-off qui vient s’immiscer juste après le générique. Nous savons donc dès le départ à quoi nous attendre, non pas à une biographie mais à une hagiographie d’un des plus grands personnages de l’histoire du Far-West. Pourquoi pas après tout ! Après qu’Hollywood ait beaucoup misé sur les hors-la-loi ces derniers temps (Billy le Kid, les frères James, les frères Younger, les frères Dalton...), l’usine à rêve se tourne alors vers les héros ‘positifs’ de l’Ouest. Il est étonnant que ce soit un baroudeur comme William Wellman qui s’y frotte, son univers semblant se situer à mille lieus de l’histoire de Cody. Et en effet, on apprend qu’il s’agissait d’un film de commande, un travail qu’il avait accepté de réaliser après qu’on lui ait laissé le soin de tourner l’Etrange Incident (The Ox-Bow Incident), western auquel il tenait énormément mais dont personne ne croyait financièrement parlant, prévision qui s’est d’ailleurs révélée exacte. Le contraste entre les deux films est d'ailleurs étonnant ; on ne pouvait pas faire plus différent !


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Le réalisateur n’a jamais apprécié son Buffalo Bill, lui qui souhaitait faire de ce personnage légendaire un véritable imposteur ! Au vu des désirs de ce dernier concernant Bill Cody, le premier scénariste Gene Fowler décide de stopper l’écriture, brûlant son travail en prétextant qu’il refusait de démystifier un tel héros. J’arrive désormais encore un peu plus à comprendre pourquoi ce film me laisse dubitatif sans jamais me convaincre vraiment (de moins en moins d’ailleurs) ; comment le cinéaste aurait-il pu se sentir concerné par ce qu’il filmait alors qu’il avait une conception totalement opposée du personnage principal dont il narrait l’histoire ?


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Quant on voit le résultat, un trop plein de naïveté, de concepts rétrogrades (la civilisation n’est pas bonne puisqu’elle amène la violence et l’injustice) et de bons sentiments balayant par leur nombre d’un revers de main toutes les bonnes idées un peu plus amères qui auraient pu s’avérer passionnantes (Cody désespéré par le massacre de ses amis indiens par la charge qu’il a commandé lui-même ; Cody se trouvant obligé de faire le tireur d’élite de kermesse assis sur un cheval de bois…) et se terminant sur une séquence sirupeuse à souhait, celle d’un jeune infirme l’acclamant et lui criant « Dieu te bénisse », on peut comprendre le désappointement de Wellman. On doit reconnaître au scénario final un certain courage dans sa prise de position pour la race indienne (célébrant à plusieurs reprises sa grandeur avec une belle dignité) ainsi que contre la xénophobie de l’armée et des hommes politiques de l’époque (« c’est le seul indien dont vous vous soyez occupé » lance Cody devant un auditoire éberlué quant il montre une pièce de monnaie à l’effigie d’un indien) mais sinon il s’avère bien médiocre malgré son immense potentiel de départ ; il s’agit plus d’une suite de vignettes sans liant ni cohésion que d’une histoire bien charpentée. C’aurait été une chronique (comme Wellman le fera plus tard avec un autre western d’une toute autre ampleur ; nous en reparlerons en 1951) que ce n’aurait pas eu de conséquences mais s’agissant de la biographie de Buffalo Bill, on reste sur notre faim d’autant que cette construction basique (Buffalo Bill chasse le bison ; Buffalo Bill se marie ; Buffalo Bill attend un enfant ; Buffalo Bill à la bataille de War Bonnet…) empêche toute progression dramatique et tout attachement à un quelconque personnage.


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Car il faut bien le dire aussi, Joel McCrea, par ailleurst excellent comédien, n’était visiblement pas fait pour ce rôle. Peut-être que le cinéaste, pour garder une certaine mainmise sur son idée première, l’a poussé à le rendre aussi maladroit et sans saveur ; en tout cas, ça ne colle pas du tout avec le statut de héros pur et dur qu’on lui colle tout du long. L’acteur ne possède apparemment pas le charisme qu’il fallait pour interpréter un tel personnage ; James Ellison dans The Plainsman de Cecil B. DeMille (qui d’ailleurs aurait peut-être été l‘homme de la situation pour filmer ce scénario) était bien plus convainquant et sa prestance était toute autre. Il en va de même pour Thomas Mitchell et surtout Edgar Buchanan qu’on a connu ces dernières années bien plus pétillant et drôle car il tient ici aussi un rôle assez pittoresque, celui d’un officier de cavalerie moustachu et grisonnant (on ne le reconnaît d’ailleurs pas d’emblée si ce n’est par sa voix unique) qui se charge entre autre de distribuer le courrier et qui tombe sur une lettre d’une vingtaine d’années en arrière lui annonçant sa mise à la retraite. Anthony Quinn quant à lui est toujours convaincant en chef indien. Mais avoir Maureen O’Hara et Linda Darnell sous la main sans leur en faire faire plus, c’est bien dommage ; ah pour sûr, elles sont photogéniques et magnifiquement mises en valeur mais on ne voit malheureusement pas assez la seconde quant à la première, on aurait voulu l’écriture de son personnage un peu plus étoffé.


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Toutefois, elles sont de presque toutes les plus belles séquences du film car on en trouve quand même quelques unes, le film, aussi décevant soit-il, étant quand même loin d’être mauvais. C’est ainsi que celle au cours de laquelle Maureen O’Hara surprend Linda Darnell essayer ses robes, lui faisant comprendre qu’en tant qu’indienne elle n’aurait pas besoin d’en mettre ou cette autre de séduction entre Maureen O’Hara et Joel McCrea, ces derniers imitant la cérémonie de demande en mariage entre deux indiens de la tribu Cheyenne et finissant par se tomber dans les bras l’un de l’autre se révèlent superbes ; au sein de la biographie ‘Bigger than life’ d’une légende, les scènes les plus marquantes sont presque celles qui n’ont que peu de rapport avec les faits historiques ce qui semble démontrer le peu d’intérêt qu’eut Wellman pour son sujet.


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Le réalisateur fait néanmoins preuve d’une réelle virtuosité et d’une belle vigueur dans sa mise en scène, les séquences d’action étant franchement mémorables (même si Michael Curtiz n’est pas encore égalé à cette date) notamment celle de la bataille de War Bonnet plastiquement et rythmiquement prodigieuse. La superbe photographie en Technicolor de Leon Shamroy donne aussi beaucoup de prestige à ce film à gros budget. Pourquoi alors avoir repris quelques plans à Sur la Piste des Mohawks et à Western Union (ceux notamment des attaques indiennes de nuit), pourquoi avoir inséré d’aussi vilaines transparences derrière les gros plans en extérieurs de Maureen O’Hara et Joel McCrea, pourquoi avoir accepté une musique aussi insipide que celle de David Buttolph ? Buffalo Bill devrait néanmoins plaire à un grand nombre et notamment aux enfants dont ce pourrait être un film idéal pour leur faire découvrir le genre. Ceux qui auraient pensé trouver une réflexion sur les mythes, l’héroïsme et leur récupération par les journalistes et hommes politiques doivent savoir qu’elle s’y trouve bien mais à toute petite dose.


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Un somptueux livre d’images, ça ne fait aucun doute et ce n’est déjà pas négligeable ! Un bon film ? Pas vraiment. C'aurait pu mais Wellman ne me semblait pas du tout être l'homme de la situation. Désolé pour tous les adorateurs du film qui, je le sais, sont assez nombreux !
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Ann Harding
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Post by Ann Harding »

Je me souviens être allée voir ce Buffalo Bill à la cinémathèque au début des années 90 lors d'une rétro Wellman. Ce fut une douche froide : une copie 16 mm en noir et blanc ! :( Le film fut une terrible déception....je vois que, même avec la couleur, il reste assez plat.
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Jeremy Fox
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Tall in the Saddle

Post by Jeremy Fox »

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L'Amazone aux Yeux Verts (Tall in the Saddle, 1944) de Edwin L. Marin
RKO


Sortie USA : 29 Septembre 1944


L’énigmatique Rocklin (John Wayne) arrive dans la petite ville de Santa Inez où on l’attend pour travailler dans un ranch mais il apprend que le propriétaire vient d’être assassiné. Les successeurs sont une vieille dame et sa nièce, la jeune Clara Cardell (Audrey Long). Sa misogynie lui fait refuser de travailler pour des femmes mais en revanche il mène l’enquête quand à la mort celui qui aurait du être son patron. Il est aidé dans sa tâche par son fidèle compagnon, le conducteur de diligence (George Gabby Hayes). Il a en revanche en face de lui pas mal de personnes ne semblant pas pressé que la vérité se fasse : le juge Garvey (Ward Bond), le shérif Jackson (Emory Parnell), les frères Clews (Paul Fix et Harry Woods). D’autres ne supportent pas qu’ont leur tiennent tête comme le frère et la sœur Harolday. La charmante Arly (Ella Raine), l’amazone aux yeux verts du titre français, ne se laisse pas démonter face à lui ; furieuse qu’il ait accusé son frère de tricher aux cartes, elle l’embauche dans son propre ranch afin d’avoir le plaisir de pouvoir le virer dans la foulée ! Après maintes péripéties, nous découvrirons la vraie identité de ce mystérieux personnage qu’est Rocklin ainsi que les ficelles d’un complot visant à voler des terres.


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Instigateur du projet, John Wayne fait écrire le scénario de Tall in the Saddle par l’acteur Paul Fix (également son ami et interprète du film) et propose à son ami John Ford de le mettre en scène. Mais celui ci préparant Les Sacrifiés (They Were Expendables) refuse le tournage qui atterrit entre les mains d’un réalisateur de films de série, Edwin L.Marin. Ceci dit, on se demande ce que Ford aurait pu faire avec un scénario aussi éloigné de son univers habituel. Le Duke arrive également à ce que Robert Fellows et la compagnie RKO participent à la production. Il en sortira cette série B sympathique à défaut d’être inoubliable, le seul des deux films que John Wayne tournera cette année là, l’autre étant l’insupportable Alerte aux Marines (The Fighting Seabees).


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Si la mise en scène de Edwin L. Marin est terne et l’histoire bien inutilement compliquée, le scénario n’en propose pas moins quelques idées cocasses, nouvelles et (ou) originales (pour l’époque rappelons le, mes avis visant à faire comme si les films tournés après n’existaient pas encore). Plus aucune volonté historique que ce soit ans les faits ou les personnages mais une des premières fois où le western propose une intrigue de film policier ; John Wayne doit résoudre l’énigme qui entoure le meurtre de celui qui aurait du être son futur employeur (enfin, c’est ce qu’on nous fait croire). Comme pour les grands films noirs de l’époque, les scénaristes nous ont pondu une enquête dont nous ne comprenons pas immédiatement tous les tenants et aboutissants ; à vrai dire, il doit y avoir des trous béants dans l’écriture car on a parfois eu du mal à suivre ce qui s’avèrera en définitive très clair. Paul Fix et Michael Hogan semblent s’être surtout fait plaisir à emmener les spectateurs sur des pistes obscures mais le premier intérêt de ce scénario (qui aurait gagné à plus de limpidité) provient en fait de la description du caractère des personnages et les relations qu’ils entretiennent, notamment celles qui lient John Wayne avec les femmes et surtout la superbe Ella Raines.


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Comme pour ses précédents films, John Wayne prouve son intelligence en continuant à se moquer un peu du personnage dans lequel on le cantonne un peu trop facilement et il s’amuse une nouvelle fois énormément de ce Ronklin un peu maladroit et jouissivement misogyne : « Je suis indifférent à tout ce qui peut arriver à une femme » dira-t-il à son compagnon de route. Le voir refuser de porter les valises de deux femmes (dont une âgée) ou se faire tenir tête par l’actrice Ella Raines, femme indépendante et agressive sachant aussi bien que lui jouer du revolver ou du couteau, est un véritable plaisir. Fanfaronnant dans la rue alors qu’elle lui tire dessus, on le voit entrer au bar la tête haute mais une fois à l’abri on constate qu’il était littéralement effrayé ; sa mimique à ce moment là est follement amusante ! Une autre raison de se réjouir est la présence de Ward Bond dans le rôle du méchant de service, dont la bagarre homérique avec John Wayne est bien aussi dynamique et dévastatrice, quoique plus courte, que celles mises en place jusqu’ici par Ray Enright, réalisateur pourtant bien plus talentueux.


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Tous les seconds rôles font correctement leur travail à commencer par l’habituel George Gabby Hayes en Old Timer bougon mais le principal attrait du film est bien évidemment Ella Raines dans un personnage féminin au tempérament de feu. Sa photogénie, sa manière de se vêtir et de se déplacer sont un véritable régal. La séquence du baiser fougueux donné par John Wayne est superbe et préfigure celle similaire tourné plus tard par John Ford dans L'homme tranquille. A signaler aussi de beaux extérieurs et un thème principal de Roy Webb vraiment très réussi. On parle trop peu de ce compositeur de la RKO dont les partitions ont souvent touché et sonné juste même si elles étaient sans génie particulier. Celle qu’il a écrite pour Tall in the Saddle est représentative pour moi de ce que j’attends d’entendre comme thème principal pour un western, une musique à la fois légère et grave dont la mélodie est immédiatement reconnaissable et non dénuée d’une certaine mélancolie. Au final un film à postériori conventionnel mais bien plaisant notamment grâce à ses interprètes. En ces années de disette westernienne, ce devait être déjà pas mal !
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Re: Tall in the Saddle

Post by AtCloseRange »

Jeremy Fox wrote:
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Ah, Ella Raines.

Depuis ma découverte de Phantom Lady, je m'étonne qu'elle n'ait pas eu une plus grande carrière.
Elle était un peu au croisement de Gene Tierney et d'Yvonne de Carlo.
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Nevada

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Nevada (Nevada - 1944) de Edward Killy
RKO


Avec Robert Mitchum, Anne Jeffreys, Guinn 'Big Boy' Williams, Nancy Gates
Scénario : Norman Houston
Musique : Paul Sawtell
Photographie : Harry J. Wild (Noir et blanc 1.37)
Un film produit par Herman Schlom pour la RKO


Sortie USA : 25 décembre 1944


Jim (Robert Mitchum), Chito (Richard Martin) et Dusty (Guinn ‘Big Boy’ Williams) sont trois cow-boys itinérants. Alors qu’ils arpentent une immense prairie du Nevada, ils tombent sur un convoi de chercheurs d’or rentrant bredouilles à Gold Hill, ce qui leur coupe l’envie de tenter leur chance en tant que prospecteurs, préférant aller gagner de l’argent aux dés. Étrangement, Cash Burridge (Craig Reynolds) -qui tient les registres de propriétés de la région- se met à acheter des lopins de terre où à priori les filons d’or sont quasiment inexistants ; en fait sa fiancée Julie Dexter (Anne Jeffreys) –gérante du saloon- vient de rentrer de Carson City où, en plus de s’y être rendue pour embaucher quelques filles en a profité pour faire analyser un échantillon du gisement : si effectivement les collines alentours ne contiennent quasiment pas d’or, elles regorgent en revanche d’argent. Lorsque Burridge apprend qu’un des hommes à qui il allait proposer de racheter ses terrains est sur le point d’aller lui aussi faire analyser son propre échantillon, il le tue afin que les richesses que recelè le sol ne restent connues que de lui seul. Jim qui se trouvait à cet endroit au mauvais moment est pris pour le meurtrier ; on le conduit en ville afin qu’il y soit jugé. Mais Burridge fait en sorte que ses concitoyens veuillent le lyncher pour empêcher que le secret des mines d’argent soit dévoilé…


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… et nous n’en sommes qu’à environ un quart de l’intrigue sans même avoir pu raconter tout ce qui s’y est déroulé ni même avoir eu le temps d'expliquer les relations qui se sont mises en place entre les différents personnages -peu avant d'être fait prisonnier pour un crime qu'il n' a pas commis Jim avait sauvé la vie de Julie, lui et ses trois camarades avaient fui une table de jeu où on avait voulu s’approprier leurs gains…-tellement le scenario fourmille de rebondissements et de retournements de situations. Autant dire que les petites 59 minutes du film sont -dramatiquement parlant- gonflées à bloc et qu’il s’y passe bien plus de choses que dans certains films d’une durée double. Edward Killy fut un cinéaste prolifique dans le domaine du western et notamment le réalisateur attitré de Tim Holt pour ses westerns à la RKO. L’acteur n’étant plus disponible - parti se battre sur le front durant la Seconde Guerre mondiale-, c’est Robert Mitchum qui fut choisi pour le remplacer dans Nevada puis ensuite dans West of the Pecos, les deux derniers films réalisés par Edward Killy. Si Jim ‘Nevada’ Lacy puis Pecos Smith sont assez différents de la plupart de ses futurs personnages ironiques et nonchalants, ils n’en sont pas pour autant dénués d’humour bon enfant. Et force est de constater que le comédien dégageait déjà ici -pour son premier film en haut de l’affiche après moult apparitions quasiment figuratives dans une vingtaine d'autres- un certain charisme, une apparente indolence -qui restera sa principale caractéristique- et une forte dose de sympathie ; sympathie qui se dégage également de ce petit western de série B bougrement agréable même si assez prévisible malgré ses innombrables péripéties.


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Un petit western de série B d’à peine une heure qui devait être destiné à passer en première partie de programme au milieu des années 40 ; un spectacle dont la seule ambition était de divertir, ce dont –comme A l'Ouest du Pecos qui suivra- il s’est pleinement acquitté. Il s’agit de la troisième adaptation d’un même roman de Zane Grey, la première étant sorti en 1928 avec Gary Cooper dans le rôle-titre, le comédien débutant lui aussi sa carrière en tant que tête d’affiche par ce western : on peut donc dire que c’est un peu grâce au romancier américain que naitront les deux immenses stars hollywoodiennes que deviendront Gary Cooper et Robert Mitchum. Rappelons que Zane Grey fut l’un des auteurs de westerns les plus prolifiques et les plus rentables et que sa centaine de romans, en idéalisant l’Ouest américain, furent une source inépuisable pour le cinéma dès l’époque du muet. Les premières adaptations cinématographiques de ses histoires furent produites par sa propre maison de production, plus tard revendue à la Paramount qui continua sur la lancée durant les années 30. Puis c’est la RKO qui prit la suite. Zane Grey était tellement célèbre aux USA que les studios avaient trouvé pratique de mettre son nom en haut de l’affiche, avant même ceux des comédiens ; il en allait de même lors du générique de début de ces multiples bandes destinées pour la plupart à être diffusées en double programme. C’est le cas ici aussi, Nevada s'avérant être la première de huit adaptations de Zane Grey pour le studio, toutes produites par Herman Scholm et scénarisées par Norman Houston.


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Malgré ses quelques éléments comiques dont le duo formé par Guinn ‘Big Boy’ William et surtout un inénarrable Richard Martin dans le rôle de l’américano-irlando-mexicain nommé ‘Chito Jose Gonzales Bustamente Rafferty’ -personnage de séducteur impénitent qui sera repris à maintes reprises par le comédien aussi bien dans des westerns que dans des films de guerre- Nevada n’est pas une comédie ni même une parodie, mais un western avec beaucoup d’humour sans que jamais le film ne sombre dans la vulgarité, sans que ses acteurs n’en fassent des tonnes. Le dosage se révèle au contraire plutôt harmonieux, le film d’Edward Killy possédant en effet tous les ingrédients du genre en plus de l’humour : des grands espaces -ici beaucoup de scènes filmées à Lone Pine, le futur ‘terrain de jeu’ de Budd Boetticher-, de l'action, des poursuites, des chevauchées, des Gunfights, des bagarres à poings nus, un héros sans peur et sans reproches –qui de plus exhibe son torse nu pour les éventuelles spectatrices-, des hommes d’affaire corrompus, plusieurs romances néanmoins vite expédiées -on n'a pas vraiment le temps pour ce genre de 'flâneries'-, une chanson -dont la durée très courte s’harmonise avec le reste du film- et un numéro de cabaret... Chose très appréciable pour un film à tout petit budget, l’utilisation des transparences lors des séquences mouvementées est très restreinte. Et puis tous les techniciens s’acquittent de leurs tâches avec professionnalisme, du chef opérateur au compositeur, seuls les cascadeurs certes chevronnés n’étant pas vraiment en phase avec le physique et les silhouettes des comédiens qu’ils doublent.


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Il est difficile d'écrire beaucoup plus sur un film qui par son rythme et sa construction ressemble à un serial, genre de divertissement avant tout mis en place pour divertir les spectateurs du samedi soir -sans qu'il n'y ait rien de péjoratif là-dedans- ; mais comme ces derniers en ont pour leur argent, on peut estimer la mission d’Edward Killy réussie. Un western de très courte durée où l’efficacité prime –les péripéties s’enchainant à grande vitesse-, sans fioritures mais plein d’humour et de charme. Un scénario plutôt bien écrit, une intrigue rondement menée et des comédiens qui forcent la sympathie ; que demander de plus lorsque l’on a une petite heure à perdre ? Nevada s'avère donc une bonne surprise et la source d'un sympathique moment de détente à condition d'être au départ un aficionado du genre et de ne pas non plus en attendre trop.