Pierre Schoendoerffer (1928-2012)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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shubby
Machino
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by shubby »

Alexandre Angel wrote: Petit pinaillage mesquin : la" grenade dessous le corps", c'est pas dans Full Metal Jacket (je vois vraiment pas) et dans Platoon, je me souviens d'un truc piégé qui arrache les bras d'un mec. Après, peut-être que ma mémoire me trahit. Par contre, à coup sûr on trouve une belle "grenade dessous le corps" dans La Ligne Rouge.

Sinon, je rêve d'une belle restauration du Crabe-Tambour.
Failli le prendre, le crabe tambour. Plus tard.
J'ai le souvenir vague d'un travelling sur un gars qui trouve un mort piégé dans FMJ, mais doit y avoir gourage. Ca reste un poncif du film de guerre, dont je n'attribuerais pas la paternité à la 317ème.
"dessous le corps" oui c'est limite comme exprimage. Le corps et ses dessous, j'aime bien aussi, faut avouer. Et "faut avouer", à moitié pardonné.
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Alexandre Angel
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928 - 2012)

Post by Alexandre Angel »

shubby wrote:"dessous le corps" oui c'est limite comme exprimage.
Non, non, j'aime bien.
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Thaddeus
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Re: Pierre Schoendoerffer (1928-2012)

Post by Thaddeus »

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La 317ème section
Dans les années cinquante, Schoendoerffer était opérateur au Services cinématographiques des armées en Indochine, où il fut prisonnier puis correspondant de guerre. Il puise de cette expérience la force d’une évocation saisissante de réalisme, qui brosse des portraits de combattants frappés du sceau de l’authenticité et montre, loin des clichés faciles, la lutte quotidienne du militaire en opération, en pleine déroute de l’armée française. On crapahute dans la jungle avec un mourant sur le dos, on manœuvre pour éviter les embuscades, on tombe dans des escarmouches ou on agonise dans un trou perdu. Pas d’alibi romanesque, d’envolée patriotique ni d’hommage pontifiant : juste une réalité sèche qui use les nerfs et noue le ventre. Perrin et Cremer sont formidables, apportant tout leur quotient d’humanité. 5/6

Le crabe-tambour
Dans le vent, la neige et les tempêtes au large de Terre-Neuve croise le Jauréguiberry, escorteur d’escadre et bâtiment d’assistance à la grande pêche. Malade, hanté par un sombre tourment, son commandant poursuit une quête toute personnelle. À bord le médecin et le chef-mécanicien évoquent le souvenir d’un homme qui a traversé les points chauds du globe, là où naissent les légendes. Le récit nous fait revivre l’Algérie, l’Indochine, les brumes de l’opium, les grandes et petites misères d’une gloire déçue, privilégiant les visages marqués par le doute et la solitude. Il y a quelque chose ici de l’amertume des aventuriers voyant leur passé s’effilocher au vent de l’Histoire, un sentiment de vertige et de perte à la Conrad. Un beau film noble, digne, un peu austère, porté par de brillants comédiens. 4/6

Diên Biên Phu
La célèbre bataille, qui a sonné l’adieu de la France en Indochine, fut aussi le crépuscule des illusions pour des engagés idéalistes qui se sont sacrifiés alors qu’ils savaient la partie perdue. La reconstitution du bourbier des tranchées, du feu des coups de mortiers, du quotidien vécu par une fraternité de pauvres types cloués au plus près du sol, dans un enfer d’abandon, de peur, de pluie, de boue et de sang, souffre peu de reproches. Mais les plages situées à Hanoi, où un simili-Graham Greene consigne les soubresauts d’une guerre arrivée à son épilogue, sont plus futiles. L’articulation des deux registres accouche d’une œuvre sans réelle nécessité interne, sans principe de causalité définie, sans point de vue donc sans idéologie, sans inquiétude donc sans morale, qui a tendance à se figer en geste commémoratif. 4/6


Mon top :

1. La 317ème section (1965)
2. Le crabe-tambour (1977)
3. Diên Biên Phu (1992)

Les films de Pierre Schoendoerffer sont nourris de ses expériences (l’Orient, l’Asie centrale, la mer, la guerre) et d’un attachement sentimental à l’image d’une France militaire et coloniale qui font sa singularité autant que son ambiguïté. Ce qui ne l’empêche pas d’offrir aussi, dans le meilleur cas, le chant nostalgique, sinon funèbre, d’une société raidie dans son anachronisme.