Roberto Rossellini (1906-1977)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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cinephage
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Post by cinephage »

Très bien analysé.

J'ignore si c'était sa principale nouveauté, mais c'est indéniablement son point fort : trouver et rétablir la beauté par le regard dans un quotidien épouvantable, fruit d'un des plus grands déchirements de l'histoire humaine...
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Strum
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Post by Strum »

Tu as raison, le terme nouveauté est impropre car pas assez précis. Je le remplace par "particularité".
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Jack Griffin
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Post by Jack Griffin »

Voilà...Et cela s'inscrit dans le parcours de certains personnages Rossellinien qui, de leur observation du quotidien à leur ascension jusqu'au statut de martyr, de saint ou de héros, s'impregnent de toutes sortes de valeurs (cf le général de la rovere). C'est à partir de la réalité que les personnages trouvent sens à leur démarche et agissent.
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Truffaut Chocolat
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Post by Truffaut Chocolat »

Strum wrote:Pour continuer le débat ; la vraie particularité (remplace "nouveauté") de Rosselini fut sans doute la suivante : au lieu d'imaginer pour les besoins de ses films un monde porteur de sens et de valeurs ne correspondant que de loin à la réalité mais tel que l'artiste le voudrait (ce que faisait schématiquement le cinéma occidental à l'époque), ce qui aurait sous-entendu que le monde tel qu'il existait n'était pas un lieu propice à l'épanouissement de la beauté, Rosselini tacha d'accepter et de reproduire le monde qui l'entourait, c'est-à-dire sa réalité, en tachant de montrer que ce monde-là bien que tragique recelait aussi malgré tout une certaine beauté, ce qui démontrait une foi peu commune dans l'homme et le monde à une époque où le pire venait de se produire. Cela nécessitait sans doute de sa part, et de celle d'autres cinéastes néo-réalistes, une compassion pour les hommes peu commune.
Je ne saurais mieux dire... par ailleurs je signe l'ensemble de ton propos.

Comme tu l'as dit plus haut, il est clair que le néo-réalisme ne peut s'expliquer sans son contexte historique: celui d'un monde en ruines. Idéologiquement, on peut penser que le cinéma d' après-guerre (du moins en europe) marque une période d'interrogations bouleversant le rapport à l'art (comment créer, comment constuire de l'artifice après avoir subi la propagande et découvert les camps de la mort ?), qui se ressent très fortement dans le néo-réalisme. Pragmatiquement, comment faire du cinéma en 1945 si ce n'est avec des moyens dérisoires, en décors naturels et avec des "acteurs" amateurs (idée bien moins romantique je l'avoue mais il faut en tenir compte) ?

Sinon, je suis d'accord sur le fait que la très gande majurité des cinéastes néo-réalistes s'en soit ensuite détourné, même si ce n'est pas si simple. :lol:
Car définir ce courant cinématographique, même encore aujourd'hui, est un exercice difficile à mes yeux.
Max Schreck
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Post by Max Schreck »

masquedemort wrote:Pragmatiquement, comment faire du cinéma en 1945 si ce n'est avec des moyens dérisoires, en décors naturels et avec des "acteurs" amateurs (idée bien moins romantique je l'avoue mais il faut en tenir compte) ?
C'est même un élément essentiel. On peut gloser autant qu'on veut sur la théorie du néoréalisme, mais les conditions matérielles précèdent ici les intentions. Quand Rossellini tourne Paisà, l'Italie est en ruine et il la filme dans sa plus brûlante actualité. Techniquement le tournage en studio est tout simplement impossible, construire des décors coûte cher, de même que payer des acteurs. La caméra descend dans la rue. Bref cette esthétique se lie avant tout à une nécessité matérielle.

C'est également ce qui explique qu'on ne verra sans doute jamais Rome ville ouverte dans une copie impecccable, le film ayant justement été tourné avec des bouts de pellicule de récupération (qui en plus imposait des plans pas trop longs).


Enfin, la rencontre Rossellini/Bergman va clairement faire entrer l'oeuvre du cinéaste dans une nouvelle période. Le discours change, et certaines préoccupations s'affirment (le salut, la foi...). Ce que la critique et le public de l'époque n'ont pas du tout apprécié. Les films qu'ils ont tournés ensemble me sont particulièrement chers, étranges et vrais, beaux et émouvants.
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Strum
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Post by Strum »

Max Schreck wrote:Bref cette esthétique se lie avant tout à une nécessité matérielle.
Il y a effectivement une corrélation évidente entre le néo-réalisme et les conditions matérielles de tournage de ces films. Mais encore fallait-il avoir l'envie de montrer cette Italie en ruine et d'y trouver de quoi espérer malgré tout.
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Post by Majordome »

vu onze fioretti de saint françois d'assise (Roberto Rossellini) hier sur CinéClassic...

Comment dire ? :|

Que je m'y suis non seulement ennuyé mais qu'en plus j'ai trouvé certaines scènes tellement grotesques qu'elles m'ont fait rire... me permettant ainsi de ne pas m'endormir tout à fait.

C'est long, très bavard, à la limite du compréhensible par instant, et surtout çà n'apporte pas grand chose...
C'est dommage car certains plans sont parfois frappés par la grace et les il y a un ou deux comédiens vraiment bons...

Et dire que le scénariste est Fellini !
Bien Môsieur... Il sera fait comme vous désirez, Madâme.
Sybille
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Post by Sybille »

Rome ville ouverte (1945)

Les Italiens face à l'occupation allemande via une série des "figures classiques" de cette époque : les résistants courageux et prêts à se sacrifier pour la liberté, les collaborateurs, et bien sûr les Allemands raffinés et cruels. A priori un portrait honnête de la situation historique, sans manichéisme excessif, qui naturellement glorifie les héros mais n'accable pas les autres pour autant. 7/10

Allemagne année zéro (1947)

Les tribulations d'un jeune garçon dans un Berlin d'après-guerre en ruine où chacun doit lutter pour manger, se chauffer, pour survivre tout simplement. Tourné en Allemagne pendant l'été 1947 au milieu des immeubles détruits, vestiges des bombardements alliés, et avec des acteurs allemands. Le regard posé sur ce peuple est sinon empathique, du moins toujours neutre, et sans aucun jugement négatif. Les Allemands ne sont plus vus en ennemis, mais en êtres humains qui, à leur tour, connaissent les affres de la misère et de la peur. 7/10

Ces deux oeuvres de Roberto Rossellini illustrent le courant néoraliste cher au cinéma italien des années 40 et 50. Des sujets austères avec peu de dialogues, une mise en scène qui confère une patine documentaire aux films (avec beaucoup d'attention accordée aux déplacements des personnages, une lumière crue presque éblouissante par moment).
Difficiles à apprécier réellement, mais néanmoins essentiels en tant que témoignages de cette époque troublée et déjà si lointaine, ce sont des films courageux, d'autant plus importants qu'ils sont parmi les premiers à "filmer" la guerre et ses conséquences - n'oublions pas qu'ils sont tournés alors que celle-ci est à peine terminée. Il n'est même pas certain qu'il faille leur reprocher une vision faussée des évênements, alors même que l'analyse rétrospective possible grâce au passage des années leur fait pourtant bien évidemment défaut.
O'Malley
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Post by O'Malley »

Addis-Abeba wrote:La Prise de pouvoir par Louis XIV:
Film très austère (Rossellini oblige), mais passionnant, superbement interprété, certes de manière très théâtrale, mais ça colle parfaitement à l'époque, au sujet, et à l'ambiance du film.
Les dialogues sont une merveille, le rythme très lent peut rebuter, mais impossible de décrocher de l'écran, du début à la fin. Chef-d'œuvre !
En effet très beau film qui se veut une incursion quasi-documentaire dans une tranche de vie du Roi-Soleil...comme si une caméra s'y était glissé à l'époque. Troublant.
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Kevin95
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Post by Kevin95 »

Addis-Abeba wrote:La Prise de pouvoir par Louis XIV:
Film très austère (Rossellini oblige),
Si le film-ci est en effet très froid (voir très ennuyeux à mes yeux), la filmographie de Rossellini, n'est absolument pas à cette image, si l'on prend par exemple ce sommet d'émotions qu'est Rome, ville ouverte.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Post by Addis-Abeba »

Kevin95 wrote:
Addis-Abeba wrote:La Prise de pouvoir par Louis XIV:
Film très austère (Rossellini oblige),
Si le film-ci est en effet très froid (voir très ennuyeux à mes yeux), la filmographie de Rossellini, n'est absolument pas à cette image, si l'on prend par exemple ce sommet d'émotions qu'est Rome, ville ouverte.
Je parlais de la façon de filmer, de réaliser, pas spécialement des sentiments ou émotions qui peuvent découler de ses oeuvres ;)
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Post by Addis-Abeba »

O'Malley wrote:
Addis-Abeba wrote:La Prise de pouvoir par Louis XIV:
Film très austère (Rossellini oblige), mais passionnant, superbement interprété, certes de manière très théâtrale, mais ça colle parfaitement à l'époque, au sujet, et à l'ambiance du film.
Les dialogues sont une merveille, le rythme très lent peut rebuter, mais impossible de décrocher de l'écran, du début à la fin. Chef-d'œuvre !
En effet très beau film qui se veut une incursion quasi-documentaire dans une tranche de vie du Roi-Soleil...comme si une caméra s'y était glissé à l'époque. Troublant.
C'est en effet l'effet que ça procure, on suit les prémices, ben de sa prise de pouvoir. Un peut effectivement comme si on y était en direct.
L'intrigue du film possède un certains pouvoir hypnotisant, on est captivé du début à la fin, on se laisse porter, du moins c'est ce que j'ai ressenti.
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Kevin95
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Post by Kevin95 »

Addis-Abeba wrote:
Kevin95 wrote:
Si le film-ci est en effet très froid (voir très ennuyeux à mes yeux), la filmographie de Rossellini, n'est absolument pas à cette image, si l'on prend par exemple ce sommet d'émotions qu'est Rome, ville ouverte.
Je parlais de la façon de filmer, de réaliser, pas spécialement des sentiments ou émotions qui peuvent découler de ses oeuvres ;)
Justement, je ne perçois pas un coté froide, ou rigide dans sa mise en scène, mais au contraire de l'humanité et de l'émotion face au sujet (je parle de ses premiers films, et non des téléfilms comme celui dont on parle, qui lui est un sommet de stoïcisme et de frigidité).
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Post by Addis-Abeba »

Kevin95 wrote:
Addis-Abeba wrote:
Je parlais de la façon de filmer, de réaliser, pas spécialement des sentiments ou émotions qui peuvent découler de ses oeuvres ;)
Justement, je ne perçois pas un coté froide, ou rigide dans sa mise en scène, mais au contraire de l'humanité et de l'émotion face au sujet (je parle de ses premiers films, et non des téléfilms comme celui dont on parle, qui lui est un sommet de stoïcisme et de frigidité).
Sans parler de rigidité, le néo-réalisme façon Rome ville ouverte à quand même un coté austère, certes nettement moins marqué que pour un film comme La prise de pouvoir par Louis XIV...
C'est aussi justement, propre au courant néo-réaliste, qui se veut plus une approche réaliste sociale ou autre qu'un courant cinématographique pur.

De toute façon Kevin, austère n'est en rien pour moi péjoratif.
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Kevin95
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Post by Kevin95 »

Addis-Abeba wrote:De toute façon Kevin, austère n'est en rien pour moi péjoratif.
C'était ma première impression ! :wink:
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