Josef Von Sternberg (1894-1969)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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The Eye Of Doom
Machino
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

Revu samedi pour la 4eme ou 5eme fois The Dock Of New York, cette fois en dvd Criterion.

Un marin (Bill) à terre pour la nuit épouse dans un bouge une jeune fille Mae qu'il vient de sauver du suicide. Leur histoire rappelle celle de Lou et Steve 3 ans plus tot qui se retrouvent dans le même bar. Bill quittera Mae au petit matin mais...

Histoire classique chez Sternberg de la femme qui sauve l’homme qui finalement sauvera la femme (Salvation Hunter, Shanghai express, …).

L'ouverture sur la scène dans la soute est magnifique a tout point de vue et emblématique de la capacité de Sternberg a érotiser les corps (ici masculins) par sa science de la lumière. Facile en apparence, l'utilisation des graffitis pour évoquer la frustration sexuelle des personnages s’avère particulièrement subtile sous la camera de Sternberg.
Le sommet du film est probablement la scène centrale du mariage, entre les mariés surpris par leur décisions et assumant, la foule goguenarde mais en un sens respectueuse et le prêtre dubitatif.

Passage particulièrement érotique en deux temps lorsque Bill dépose Mae inconsciente et trempée sur un lit et lui enlève ses chaussures (même si c’est Lou qui continue le déshabillage, on pense à la fameuse scène absente de Vertigo) et la retrouve plus tard éveillée. Sternberg use alors d'un jeu de contraste puissant entre la blancheur de l'actrice blonde et le noir de la veste cuir de Bill.
Betty Compson, beauté fragile et blessée, préfigure la Marlene dans Agent X27 par exemple (vu de dos à un moment, la silhouette est la même et on comprend en quoi que le "personnage de Marlene" est bien une création de Sternberg).
Mais le plus intéressant est, il me semble, son travail sur George Bancroft.
Sternberg a toujours été un cinéaste d’hommes (Cronenberg lui doit beaucoup sur ce point). Il connaît bien Bancroft qu’il a dirigé dans Underworld et the Dragnet et qui retrouvera pour Thunderbold.
Malgré les nombreuses allusion à sa « virilité » (Mae lui tâte les biceps), l’acteur assume ici une part tres intéressante de féminité voulu par Sternberg: il est soigneux de son allure, sensible, arbore une veste cuir dejà mentionnée et un petit foulard essentiel, et se substitue à Mae trop emue pour enfiler le fil dans le chat d’une aiguille. Les personnages se reconnaissent comme semblables et ceci n’est possible que si chacun assume la part de l’autre sexe qu’il porte. Sternberg poussera encore plus loin cette approche dans Morocco (Gary Cooper s’y prêtant particulièrement bien !).
Ce parti pris contribue à la subtilité du film.

D’un point de vue narratif, le parallèle entre le couple Bill/Mae et Lou/Steve pourrait paraître artificiel et superflu mais au contraire l’ambiguïté et la complexité des sentiments des personnages de Lou et Steve se retrouvant apres 3 ans est importante et est restitué uniquement par le jeu des acteurs et la mise en scène. Le film baigne ainsi dans une sorte de flottement, cohérent de l’ambiance nécessairement particulière d’une nuit unique à terre.

Plastiquement magnifique d’un bout à l’autre et d’une étonnante subtilité sur une trame simpliste, c’est probablement le chef d’œuvre de Sternberg.

Je conseille franchement pour pleinement profiter de ce film, comme d’ailleurs des autres muets de Sternberg, de le voir sans musique : tout apport est superflu et gâche la beauté ou le rythme du film !
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Commissaire Juve
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Commissaire Juve »

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Jeremy Fox wrote:
Federico wrote: ce serait dommage de terminer par Jet Pilot, film de commande de l'Air Force à oublier et/ou nanar improbable (Wayne et son immense carcasse dans l'étroit cockpit d'un jet... :uhuh: ). Juste à voir avec beaucoup d'indulgence, pour les coucous et pour Janet Lee en espionne russe "retournée" (attention ! rien à voir avec Thérèse ! :arrow: ).
J'aime beaucoup ce film :oops:
Je viens de le voir... (après avoir gagné le quiz sans avoir vu le film :mrgreen: ... simplement parce que j'avais reconnu John Wayne de dos... je me suis pris le DVD pour le découvrir) Ouarf ! c'te machin ! :lol: :lol: :lol:

Le charme désuet des films de propagande à papa... avec un John Wayne tout fringant et une Janet Leigh au soutien-gorge en acier trempé... j'adore. Bien sûr, le scénar est complètement improbable, les scènes aériennes souvent trop longues, mais j'ai eu l'impression de me retrouver à 9 ans devant le film du dimanche après-midi dans les années 70 (à ceci près que nous n'avions pas d'écran large, pas de couleur, pas de platine capable d'upscaler l'image).

Incidemment : quel dommage que le DVD soit paru dans la collection marronnasse immonde (quand on voit certaines affiches du film, on a bien les boules). C'est d'ailleurs le seul titre de cette collec que j'aie consenti à acheter (la curiosité était trop forte).
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

J'ai revu dernierement "last command" à propos duquel j'ecrivrais ces lignes il y a quelques temps...

« Last command » : que dire ? Une vision d’une violence stupéfiante du petit monde des figurants d’hollywood. Une intrigue extravagante : un ancien révolutionnaire russe, devenu cinéaste renommé à Hollywood, embauche l’ex commandant en chef du tsar, devenu figurant, pour jouer son propre role dans un film sur la revolution d’octobre. Les deux hommes se sont connus avant la révolution, ils se sont combattus et ont aimé la même femme.
Tout est génial : les scènes de préparation des figurants, les visions de la Russie en déroute, la longue scène du train et de la tentative de lynchage du général (E. Jamming), le sacrifice de la femme, le jeux des flashs backs, …

Lors de cette nouvelle vision, j'ai été encore plus frappé par le parallele etabli etre l'armée russe et l'armée des figurants "miteux" d'hollywood (servilité des "caporaux", passage en revue des troupes, ...) . Il semble d'ailleurs que la violence du requisitoire contre Hollywood est choqué à l'époque.
Sternberg donne inconstestablement le meilleur dans les scenes de rue et de foule: toute la dernière partie du film est magnifique. Il s'est approprié les leçons du grand cinema expressionniste. Parler de réalisme n'est pas approprié mais Sternberg dans une courte scène de pendaison ne nous epargne pas les derniers spasmes du mort, de même les exécutions sommaires, de la foule en rébellion ou des généraux russes, sont sèches et sans apprêts.
J'ai eu par contre un peu de mal aujourd'hui avec le jeu de E. Jamming. Il est convainquant dans son role de chef des armées, moins dans son role de dechu traumatisé. Ce role lui a pourtant valu un oscar.
On retrouve ici comme dans les autres films de Sternberg la puissance des scènes muettes ou tout est dit par les échanges de regards. La présence physique des personnages est essentielle (d'ou l'importance des vêtements, ici le manteau de Jamming, la veste en cuir de Bancroft dans Dock of New York,...). Il y a une relation intéressante au vêtement masculin ou fenimin qu'il faudrait creuser. Sternberg restitue la présence erotique de ces personnages (homme ou femme indifféremment) avant tout comme une puissance intérieure. Les vêtements et accessoires sont des vecteurs de cette puissance, que l'on sent choisi par les individus eux meme. Il n'est pas nécessaire d'ajouter sophistication ou d'artifice superflus (du moins dans les films muets, avec Marlene, la donne changera un peu, le coté baroque étant de plus en plus accentué). A revoir ces films j'ai été sensible à cette intimité naturelle entre les personnages et leur "garde robe",qui fait que les personnages de Sternberg sont si incarnés.

La copie du DVD Criterion est moins belle que celle de Dock of New York. J'ai peur qu'il n'existe plus de meilleurs materiels. Lors de la retrospective Sternberg à la cinématheque, la copie presentée etait tirée d'un négatif 16mm il me semble...

Je ne dirai rien sur les deux scores proposés vu que je regarde toujours les films de Sternberg sans accompagnement.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

Ciné-concert de Marc Ribot sur le chef d’œuvre de Sternberg "The dock of New York" (voir plus haut meme page)
Du vendredi 24 avril 2015 au samedi 25 avril 2015

http://philharmoniedeparis.fr/fr/activi ... s-new-york

J'ai dit plus haut mon peu d'affection pour les accompagnements mais un rien me laisse penser que cela peut valoir le coup.

:evil: Gasp ! je ne peux pas y aller car je serais en vacances .... à Florence :)
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Supfiction
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Supfiction »

The Eye Of Doom wrote:Betty Compson, beauté fragile et blessée, préfigure la Marlene dans Agent X27 par exemple (vu de dos à un moment, la silhouette est la même et on comprend en quoi que le "personnage de Marlene" est bien une création de Sternberg).
Je cherchais sur Classik une confirmation de l'impression que je viens d'avoir en visionnant l'excellent The Docks of New York (1928), à savoir que Betty Compson ressemblait beaucoup à la Marlène des débuts. C'est chose faite.

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Betty Compson
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Thaddeus
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Thaddeus »

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Les nuits de Chicago
L’alcool interdit coule à flots dans les speakeasies, le héros, épaulé par des acolytes facétieux ou dandys, dévalise des banques qu’il fait sauter, sa planque donne sur un hangar où sont entassées de grosses caisses de contrebande, les mitraillettes crachent feu et fumée dans des fusillades ravageuses, les automobiles nourrissent l’iconographie nocturne et parachèvent les motifs stylistiques de ce qui, cinq ans avant Scarface, s’affirme comme le premier vrai film de gangsters de l’histoire. Sternberg y impose un style expressif qui dramatise les situations, fait jouer en abondance le matériau urbain, la prohibition, la bestialité, la vitalité, tout en étudiant les turbulences d’une relation triangulaire malmenée par les aléas de l’amour et de l’amitié, de la confiance et de la trahison. Un beau prototype. 4/6

Crépuscule de gloire
Emil Jannings, le dernier des hommes, est un vieillard bousculé et houspillé par une horde de bourreaux, un débris de la Russie tsariste abandonné au sein d’un gigantesque cloaque où la lutte de tous contre chacun est la règle, et qui a pour nom Hollywood. Dans Mirages, Vidor concevait la figuration comme le point de départ d’une fiction, le premier pas sur le chemin de la gloire. Sternberg, fondamentalement négativiste, propose l’itinéraire inverse. Il se livre à la description d’un double enfer : réaliste en dépit des apparences dans la cité du rêve, imaginaire à propos d’un évènement historique qui compare les préparatifs d’une bataille et ceux d’un tournage, détermine la capitale du cinéma comme une machine militaire, et souligne les ambigüités du jeu, de la politique et des sentiments. 4/6

Les damnés de l’océan
Fidèle au Kammerspiel, Sternberg concentre sur vingt-quatre heures le récit d’une rencontre sur les quais de New York, traversé par la poésie de la mer et des oiseaux, par la surface miroitante de l’océan que viennent troubler les humeurs sulfureuses des tripots portuaires. Des êtres frustes et déchus sont soumis à d’inévitables amertumes, la fille de la rue épouse le soutier sous le regard triste d’une bistrotière blessée qui a connu la même expérience, les ombres et les lumières contrastées exaltent l’intrigue et l’envoient dans le domaine de la pensée, jouent du fin lacis des reflets aqueux, de la plasticité du charbon, des fumées de cigarettes, des corps en sueur, des dentelles à deux sous, et instillent cette forme de fantastique social qui aura une influence décisive sur le cinéma français des années trente. 4/6

L’ange bleu
Au début du film, le serin mort dans sa cage annonce le trajet figural du héros, professeur bourgeois à la moralité très stricte, soudain saisi par la débauche et possédé par le démon de midi. À la fin, ce dernier pousse le cri du coq sur scène, ridicule et humilié, devant ses anciens élèves venus voir sa déchéance. Peu soucieux de satire sociale, Sternberg élabore entretemps un univers envoûtant aux intensités magnétiques, qui mêle désir et pulsion de mort, fétichise l’image de la passion en la tamisant de taffetas, de plumes, de strass et de soie. La créature à la sexualité rayonnante qui trône sur la scène d’un beuglant est un Méphisto femelle, et ce poème baudelairien nourri de pathétique et de romantisme pervers une version moderne de Faust, éblouie d’érotisme, gouvernée par le fatum et la déraison. 5/6

Cœurs brûlés
Premier film hollywoodien pour Dietrich, et suite logique de la thématique précédemment explorée. Le cinéaste transfigure les stéréotypes du roman de gare et redéfinit en rêveries et en artifices toutes les conventions du Maroc colonial. Il poursuit la mythification de son actrice, authentique Circé des brasseries, chanteuse habillée en homme (frac et haut-de-forme) posant un baiser sur la bouche d’une spectatrice, lançant une fleur au beau légionnaire assis dans l’auditoire, acceptant les avances d’un riche soupirant à la dévotion chevaleresque avant de s’abandonner à la vérité de ses sentiments et de rejoindre pieds nus, dans les dunes brûlantes et le sirocco sifflant, la cohorte des femmes fidèles à leur amour. C’est par ces images fortes que le film dépasse la relative minceur de ses enjeux. 4/6

Agent X27
Les réseaux des services secrets lors de la guerre 14-18 n’ont devant la caméra de Sternberg absolument rien de crédible et de documenté. C’est un monde déréalisé de voltes, de dupes et de faux-semblants, consacrés dans une fuite et une dérision menées sous le couvert de l’art de la lumière. Imposant sa volonté de transformer une vie misérable en destin héroïque, l’espionne recueillie dans la rue glisse insensiblement du statut de la vamp à celui de la tragédienne, traverse un monde impénétrable, coupé de cloisons ajourées, de filets, de paravents, de serpentins, de masques, et se sacrifie enfin, hautaine et stoïque, par amour pour son ennemi – les balles du peloton d’exécution résonnant ainsi comme la forme la plus flagrante du destin tragique et de la fatalité. 4/6

Shanghai express
Direction la Chine révolutionnaire et un train roulant vers Pékin au travers du chaos : l’inspiration de Sternberg se déploie à nouveau à la faveur d’un cadre radicalement étranger dont l’altérité et la plénitude sont les gages de l’authenticité artistique. C’est un espace de rêve et de convention qui favorise l’évolution de plus en plus fétichiste de ses motifs et de sa thématique : ici, chacun joue un double rôle et cherche à cacher la nature de ses motivations et de ses sentiments. Jeu dangereux où la séduction et la trahison entament un peu de deux avec la mort, où la sincérité se drape dans des voiles de venin, et dont l’irréalité est magnifiée par la maîtrise impériale de la lumière : ici deux mains jointes au milieu de l’obscurité, là le visage tremblant de l’héroïne, incliné vers le haut, dans un îlot de blancheur. 4/6

Blonde Vénus
Le cinquième opus du couple Sternberg-Dietrich marque un net retrait de folie, d’excentricité et d’exotisme. Pas de subterfuge ou de décor fantaisiste, un formalisme moins poussé, et l’unique personnage de mère incarnée par la star. En rien préjudiciable, ce gain de sobriété stylistique se double d’un surplus de sensibilité, et si le film est peut-être le plus touchant de leur collaboration, c’est aussi le plus mésestimé. Car sur un canevas mélodramatique très pur, il laisse poindre la tristesse d’une trajectoire tiraillée entre la vie familiale, tendre mais sans attrait, et la séduction dangereuse d’une liaison adultère. Passant de la pureté à la dépravation, de la liberté rebelle à la soumission, l’héroïne gagne une humanité, une fragilité que la poésie de la mise en scène rend particulièrement expressives. 5/6

L’impératrice rouge
Jamais l’art de Sternberg, l’un des plus authentiquement baroques que le cinéma ait produit, n’aura figuré son extravagance avec autant de faste et de profusion dans les détails, les symboles, les icônes. La cour vit au milieu de gargouilles grotesques et de crânes de pierre, la suite royale coulisse sur des antichambres de séduction et de mort, l’héroïne pénètre un monde de ténèbres cerclé par la folie, la jalousie et la divagation. D’un mariage "kouléchovien" où les émotions de Marlene hébétée se ne se lisent que dans les palpitations de la flamme d’un cierge à un final dément qui la voit gravir les marches du palais impérial à la tête d’une armée équestre, le cinéaste traduit en images hallucinogènes la conquête d’un pouvoir qui détruit l’identité, la transformation d’une oie blanche pleine de vie en un mythe sculptural. 5/6

La femme et le pantin
Rien de plus logique, pour clore l’association entre le réalisateur et son actrice fétiche, que de revenir à la thématique du film qui l’a ouverte : la déchéance sociale et psychologique liée à la passion amoureuse. En refermant le cercle, Sternberg permet de mesurer l’évolution d’un style décanté qui n’aura cessé de gagner en abstraction – malgré la bride cette fois complètement lâchée à une comédienne qui minaude, appuie la moindre expression, outre chaque scène. Si l’Espagne lumineuse et funèbre, avec ses carnavals de pacotille, ses mantilles et ses fandangos, fournit un cadre encore très exubérant, la forme se défait des artifices les plus décoratifs pour ne laisser figurer, dans toute sa blancheur irrationnelle, que l’attraction magnétique d’une femme fatale sur des hommes incapables d’y résister. 4/6

Shanghai gesture
Une porte s’ouvre et la caméra pénètre dans le grouillant cabaret tenu par une tenancière autrefois séduite et abandonnée. On est en 1940 à Shanghai, colonie cosmopolite, sulfureuse, où les paumés de toutes races viennent se perdre et se noyer dans l’alcool et le jeu, vivarium faste et néfaste qui renverse toutes les valeurs selon un rituel initiatique dont les objets officiants sont des tentures, des portes de fer, des décors-piège, des fenêtres donnant sur des rêves étranges. De cette œuvre vue il y a trop longtemps, je garde le souvenir d’un mélodrame exotique croulant sous une débauche d’objets, de fumées et de reflets, et chargeant considérablement la mule de la dépravation, de la perversité et de la claustration infernale. Mais rien que pour les beaux yeux de Gene, la redécouverte s’impose. 3/6

Fièvre sur Anatahan
Auréolé d’une réputation assez surfaite de chef-d’œuvre testamentaire, l’ultime opus de Sternberg n’en reste pas moins une authentique bizarrerie dans sa genèse comme dans ses propositions. Le cinéaste tourne au Japon et en japonais, reconstitue une île du Pacifique en rêvant une flore de lianes et de feuillages qui emprisonne les personnages : plusieurs hommes et une femme unique, dernière incarnation de son fantasme féminin, objet des regards de tous ou peut-être créée par tous les regards. Dénudant les passions destructrices qui s’attisent au sein de l’espace clos, couvrant les dialogues d’une voix off de chœur antique, cette singulière expérience de condensation (vers l’épure, la synthèse, voire l’origine de l’humanité) souffre néanmoins d’une certaine raideur théorique. 4/6


Mon top :

1. L’impératrice rouge (1934)
2. L’ange bleu (1930)
3. Blonde Vénus (1932)
4. Agent X27 (1931)
5. Les damnés de l’océan (1928)

Cinéaste de très grande renommée, dont l’univers romantique et décadent me plaît beaucoup, et dont les ornementations baroques me semblent en accord parfait avec la philosophie désabusée.
Last edited by Thaddeus on 5 May 19, 19:49, edited 4 times in total.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Supfiction »

En ce moment, à chaque fois que je déterre un topic, un bouquet de mini-chroniques thaddeussiennes apparaissent, c'est super, c'est magique.
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Thaddeus
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Thaddeus »

Désolé, ça ne devrait durer qu'un temps : au bout d'un moment, tous mes tops réalisateurs devraient bien être postés (enfin, il y a environ 350... :) ). J'essaie de ne pas trop en mettre d'un coup, pour ne pas noyer le forum. Trois ou quatre maximum par jour, quoi. Et je profite justement des remontées de topics pour les publier.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Watkinssien »

Après ton écrit sur La soif du mal, tu crois que tu dois être désolé? :wink:

Non, c'est toujours agréable à lire et cela permet une vision assez large des films de tel artiste.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by AtCloseRange »

Pour l'instant, seule L'Impératrice Rouge m'a vraiment convaincue parmi les 5-6 vus alors que j'en attendais beaucoup.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Supfiction »

Thaddeus wrote:
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Shanghai gesture
Une porte s’ouvre et la caméra pénètre dans le grouillant cabaret tenu par une tenancière autrefois séduite et abandonnée. Nous sommes en 1940 à Shanghai, colonie cosmopolite à la réputation sulfureuse où les paumés de toutes races viennent se perdre et se noyer dans l’alcool et le jeu. Il faudrait que je me replonge dans cette œuvre vue il y a trop longtemps, car j’en garde le souvenir d’un mélodrame exotique hyper chargé, croulant sous une débauche de tentures, de fumées et de reflets, et chargeant considérablement la mule de la dépravation, de la perversité et de la claustration infernale. Et rien que pour les beaux yeux de Gene, la redécouverte s’impose. 3/6
Même ressenti sur ce film. Il faut être honnête, sans la beauté totalement hallucinante de Gene, le film n'aurait pas beaucoup d'intérêt.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Watkinssien »

Pour ma part, je me souviens de la beauté du film tout court. :wink:
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Supfiction »

Watkinssien wrote:Pour ma part, je me souviens de la beauté du film tout court. :wink:
J'ai du le voir la dernière fois en VHS. C'est sûr que le film gagnerait à être vu dans de bonnes conditions. C'est un film d'ambiance plus que de récit je trouve.
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by Jack Carter »

Un muet, The Salvation Hunters, sera diffusé sur Arte en novembre


Qui connait ? Allen John ? Ann ? Bruce ?

Édit :
J'ai trouvé ça
allen john wrote:
Salvation hunters (1925)
La carrière de Sterberg commence avec un film que d'aucuns pourraient qualifier d'expérimental, voire d'amateur. Les "stars" en sont George K. Arthur et Georgia Hale (The gold rush), ce qui explique peut-être le soutien de Chaplin à un film qui très honnêtement ne le vaut pas. C'est par le biais de United Artists que le film est distribué nationalement. Statique, prétentieux, le film conte les "mésaventures" de marginaux dans une zone portuaire, et il faut souffir pour le voir... il faut bien commencer par quelque chose! le film permettra à Chaplin qui lui a vu plus que moi (Avec raison) dans le film de proposer une collaboration avec Sternberg...
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Re: Josef Von Sternberg (1894-1969)

Post by The Eye Of Doom »

A ne pas manquer.
Ci dessous ma réponse à Allen John sur le sujet
Vous pourrez vous faire une opinion...
The Eye Of Doom wrote:
allen john wrote:Salvation hunters (1925)
La carrière de Sterberg commence avec un film que d'aucuns pourraient qualifier d'expérimental, voire d'amateur. Les "stars" en sont George K. Arthur et Georgia Hale (The gold rush), ce qui explique peut-être le soutien de Chaplin à un film qui très honnêtement ne le vaut pas. C'est par le biais de United Artists que le film est distribué nationalement. Statique, prétentieux, le film conte les "mésaventures" de marginaux dans une zone portuaire, et il faut souffir pour le voir... il faut bien commencer par quelque chose! le film permettra à Chaplin qui lui a vu plus que moi (Avec raison) dans le film de proposer une collaboration avec Sternberg...
Cher Allen John, je ne souscris pas (du tout) à ce jugement severe. Je me cite (voir precedement sur ce topic)
"De son premier film « Salvation hunters », on trouve une mise en scène exceptionnelle (les scènes de la grue qui charrie sans fin la boue du port où les personnages traînent leurs désespérance et leur misère sur la moitié du film. la scène où la jeune femme se prépare à se prostituer en utilisant une allumette grillée pour se maquiller les yeux, …)"
Comme l'explique Marcel Oms dans les 1eres pages de son exelent opuscule sur Sternberg dans l'Antologie du Cinema (Avant Scene) : "Toute l'univers moral et la vision de l'artiste sont deja dans Salvation Hunters". Il site aussi un critique particulierement enthousiaste de l'époque (1924), F. Pinney Earle : "c'est le premier grand film symbolique jamais realisé : il traite de la maniere la plus original des forces qui gouvernent la destinée humaine. Il y a la des scènes qui sont des métaphores poignantes, d'autre qui font l’effet de belles phrases éloquentes. Son message est puissant, terrible, magnifique, chargé d'une force élémentaire qui nous submerge. C'est un inoubliable sermon qui grave son texte en traits brûlant dans l'esprit et qui nous laisse dans l'exaltation et l'émotion la plus étrange"
J'ai vu ce film quatre sur 25 ans et il m' a toujours ému et fasciné. Je regrette que Criterion n'ai pas jugé bon de l'integrer dans son coffret.