Preston Sturges (1898-1959)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

Post by Jeremy Fox »

Preston Sturges signe avec Miracle au village son sixième film de cette période d'inspiration fructueuse qui l'aura vu passer de scénariste en vue à réalisateur phare de la Paramount. Miracle au village réunit toutes les qualités de ses oeuvres majeures de l'époque. Un sujet audacieux avec cette jeune femme devant dissimuler une grossesse accidentelle dans la société prude d'alors, un vrai regard critique sur la société américaine avec ce culte de l'uniforme débouchant sur une situation malheureuse... Le traitement est d'une justesse et d'une rigueur sans faille qui permit au film d'esquiver toutes les contraintes du Code Hays. Le ton quant à lui alterne la tendresse typique de Sturges pour les petites gens et une loufoquerie où les situations extravagantes et les personnages délirant sont légion. Swashbuckler Films rend enfin visible en France ce classique toujours pas édité en DVD chez nous, soit une belle occasion de le découvrir en salle.

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La critique par Justin Kwedi
Geoffrey Carter
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

Post by Geoffrey Carter »

Un Sturges majeur, une des comédies les plus délirantes de son auteur.
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Jeremy Fox
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

Post by Jeremy Fox »

Jamais vu mais ce n'est pas l'envie qui m'en manque surtout après avoir lu la critique.
Geoffrey Carter
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

Post by Geoffrey Carter »

Jeremy Fox wrote:Jamais vu mais ce n'est pas l'envie qui m'en manque surtout après avoir lu la critique.
J'ai vu que tu n'étais pas un grand admirateur de Sturges, peut-être le film qui pourrait te réconcilier avec le cinéaste. Je te conseille fortement de tenter l'expérience en tout cas ;)
bruce randylan
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

Post by bruce randylan »

Jeremy Fox wrote:
Preston Sturges signe avec Miracle au village son sixième film de cette période d'inspiration fructueuse qui l'aura vu passer de scénariste en vue à réalisateur phare de la Paramount. Miracle au village réunit toutes les qualités de ses oeuvres majeures de l'époque. Un sujet audacieux avec cette jeune femme devant dissimuler une grossesse accidentelle dans la société prude d'alors, un vrai regard critique sur la société américaine avec ce culte de l'uniforme débouchant sur une situation malheureuse... Le traitement est d'une justesse et d'une rigueur sans faille qui permit au film d'esquiver toutes les contraintes du Code Hays. Le ton quant à lui alterne la tendresse typique de Sturges pour les petites gens et une loufoquerie où les situations extravagantes et les personnages délirant sont légion. Swashbuckler Films rend enfin visible en France ce classique toujours pas édité en DVD chez nous, soit une belle occasion de le découvrir en salle.

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La critique par Justin Kwedi
Plutôt client des films de 5 Sturges vus jusqu'ici, je me suis empressé d'aller le découvrir en-resortie. Résultat : un très bonne comédie qui ne demeure pas cependant à mes yeux la plus belle réussite du cinéaste (difficile de battre l'étourdissant Héros malgré lui).
Le problème vient de l'ambition du scénario. Avec son scrpit audacieux qui se joue de la censure comme s'il s'agissait d'un malicieux sport nationale, Sturges est obligé de passer beaucoup de temps à rendre son cheval de Troie le plus fiable possible, à gommer tout angle d'attaque. Du coup, je trouve que le film manque de dynamisme et se répète souvent. J'aurait préféré que le film délaisse ce rythme de mise en place et passe véritablement à la vitesse supérieur. A trop huiler sa mécanique, le film connait plusieurs faux départ et ne fonctionne pas toujours à plein régime. Je n'ai pas pu m'empêcher donc de trouver quelque longueurs.

Malgré cette réserve, il faut bien admettre que ça reste brillant et parfaitement réjouissant avec une immoralité qui se mélange à la plus pure candeur pour une histoire tout de même sacrément osée et jubilatoire. Les comédiens s'en donnent à coeur joie (un peu trop presque) et le timing et le jeu d'Eddie Bracken anticipe tout de même fortement celui de Woody Allen. C'est vraiment troublant par moment.
J'ai été aussi très positivement surpris par la réalisation très ample de Preston Sturges qui suit ses personnages dans de très longs plan-séquences. Il y a dans cette manière de parcourir les rues, les intersections, les trottoirs, une approche très intelligente qui personnifie cette petit ville où on devine que les rumeurs peuvent naître très facilement.

A côté de ça, on trouve tout de même de nombreux moments très drôles où tout s’accélère dans un tourbillon d'échanges nerveux, de répliques millimétrés à l'extrême pour des acteurs qui se revoient la balle avec une nervosité stupéfiante. On est pas très loin de l'absurde d'ailleurs. A ce titre - et comme souvent chez Sturges - le film devient une sorte de conte de fée moderne. Ca donne une fin d'anthologie qui rend extatique.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"
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Jeremy Fox
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

Post by Jeremy Fox »

Reprise en salles dès mercredi de Infidèlement vôtre grâce à Théâtre du Temple. La chronique était signée Ronny Chester.
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Kevin95
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

Post by Kevin95 »

CHRISTMAS IN JULY - Preston Sturges (1940) découverte

1h05, il ne faut pas plus d'une heure cinq à Preston Sturges pour mettre en scène cette comédie enlevée, tendre, ironique et - durée + talent obliges - sans un pet de gras. Des collègues de boulot font croire à l'un des leurs qu'il vient de gagner un concours de slogan (avec à la clé une belle somme) et c'est tout un environnement qui se trouve métamorphosé entre un patron mielleux, une élite économique admirative et un quartier modeste envahi jusqu'à l'étouffement par un torrent de cadeaux. Le quiproquo va enfler à fur et à mesure avant de péter au visage des protagonistes, le couple faussement vainqueur en tête qui va voir ses ambitions partir à vau-l’eau une fois la vérité dévoilée. Sturges ne filme jamais avec antipathie, ni colère, tous les personnages ont leur bon coté et trouve finalement grâce à ses yeux. Ce type de traitement rappelle celui de Jacques Becker notamment sur Antoine et Antoinette (1947). Il n'y a qu'à voir la scène introduction sur les toits entre lui (et sa fierté) et elle (et son amour) pour voir le parallèle entre Christmas in July et le film de Becker. L'ironie elle, est celle qu'on retrouve bien plus tard chez les frères Coen, lesquels n'ont jamais caché leur dette envers le cinéma de Preston Sturges. Ici, le personnage de Dick Powell renvoie directement à celui de Tim Robbins dans The Hudsucker Proxy (1994) comme lorsqu'il s’obstine à faire rire les gens avec son jeu de mots ridicule (comme Robbins et son obsession circulaire). Christmas in July étale sa joie de vivre et son humour pétillant laissant le spectateur à la fois ravi et triste de voir le film défiler aussi vite.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Jeremy Fox
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

Post by Jeremy Fox »

The Lady Eve

Pas le plus rigoureux des films de Sturges mais peut-être pour cette raison celui que je préfère, ses hésitations, son histoire d'amour et ses embardées vers un peu plus de chaleur me le faisant trouver bien plus attachant que la plupart de ses autres grands classiques.. Non seulement extrêmement drôle -il faut dire que la galerie de seconds rôles bénéficie d'un casting 4 étoiles et que la gaucherie de Fonda aide beaucoup aussi- mais finalement assez émouvant grâce au personnage de Henry Fonda et surtout extrêmement savoureux grâce à une Barbara Stanwick aussi talentueuse que charmante et sexy : elle porte vraiment le film sur ses épaules et s'avère absolument géniale dans ce registre comique. Une très bonne comédie de l'époque Screwball sans le rythme souvent fatigant de ces dernières.
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Alexandre Angel
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

Post by Alexandre Angel »

Jeremy Fox wrote:il faut dire que la galerie de seconds rôles bénéficie d'un casting 4 étoiles et que la gaucherie de Fonda aide beaucoup aussi- mais finalement assez émouvant grâce au personnage de Henry Fonda et surtout extrêmement savoureux grâce à une Barbara Stanwick aussi talentueuse que charmante et sexy
Sans oublier le cheval, qui essaie de rentrer dans le champ par dessus l'épaule de Fonda :mrgreen:
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Jeremy Fox
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

Post by Jeremy Fox »

Alexandre Angel wrote:
Jeremy Fox wrote:il faut dire que la galerie de seconds rôles bénéficie d'un casting 4 étoiles et que la gaucherie de Fonda aide beaucoup aussi- mais finalement assez émouvant grâce au personnage de Henry Fonda et surtout extrêmement savoureux grâce à une Barbara Stanwick aussi talentueuse que charmante et sexy
Sans oublier le cheval, qui essaie de rentrer dans le champ par dessus l'épaule de Fonda :mrgreen:
Fameuse séquence suivie par celle absolument géniale de la "nuit de noce" dans le train.
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Thaddeus
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

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Un cœur pris au piège
Il est le naïf et richissime fils d’une bonne famille, essayant d’oublier dans son penchant pour la zoologie exotique les candidates velléitaires au beau mariage. Elle est une arnaqueuse invétérée dont le cynisme va être mis à rude épreuve lorsqu’elle va tenter de lui mettre le grappin dessus. Situation attendue à laquelle Sturges apporte son grain de folie bien particulier, son goût du bavardage extravagant, son refus de la logique traditionnelle, ses personnages azimutés qui font dérailler le récit dans une cocasserie à tout rompre. Si la satire est virulente, son objet importe moins que le mouvement de pensée qu’elle manifeste, sa dialectique propre. Vive, savoureuse, parfois délirante, cette comédie est emmenée par un duo de grand style : Henry Fonda, gauche et touchant, et Barbara Stanwick, canaille et délurée. 4/6

Les voyages de Sullivan
Passé une entrée en matière explosive en forme de course-poursuite texaveryesque, le film se range quelque peu et emprunte un sentier à la fois plus prévisible et plus retors, qui vise à réfléchir le propre statut de son auteur en le confrontant à la réalité sociale des victimes populaires, laissés-pour-compte jetés par milliers sur les routes, stigmates tardifs de la Grande Dépression. Servi par un don de la mise en scène qui semble éliminer ou déplacer les embûches à mesure qu’elles se présentent, le cinéaste problématise sans le moindre esprit de sérieux la légitimité du rire, emploie les armes de la fable pour imposer sa foi aux yeux de l’hypocrite spectateur, et use d’une savante série de jeux de miroir (Veronika Lake caricaturant sa mèche blonde puis se déguisant en garçon) pour faire pétiller son cocktail. 4/6

Madame et ses flirts
S’il existe un plafond d’excentricité au-delà duquel la comédie américaine n’ose pas s’aventurer, alors Sturges le pulvérise ici allègrement, avec une conscience diabolique de ses propres effets. Une femme décide de quitter son mari, celui-ci se lance dans une course folle pour la reconquérir – on le comprend, c’est Claudette Colbert et elle sacrément choupinette. La route de la dame croise celles d’un roi du hot-dog en grand chapeau jouant les bonnes fées ou d’une convention de chasseurs richissimes et avinés qui transforment les wagons d’un train en hilarant terrain de ball-trap. Surchauffé comme une chaudière sous pression, tout ce délire décape les bonnes mœurs et détourne les conventions romantiques pour mieux faire triompher une morale à la liberté rieuse qui laisse ravi et surpris. Un régal. 5/6

Miracle au village
Comme il y a un Capraland, décor de l’Amérique idéalisée, il existe un Sturgesland, reflet d’une Amérique désacralisée. Ici c’est une bourgade provinciale où, en plein effort de guerre, un brave benêt bredouillant prend en charge une jeune fille engrossée lors d’une nuit de bringue par un GI sitôt volatilisé : antihéros bousculant toutes les conventions de la valorisante american way of life. L’énormité des situations est crédibilisée par la gestion du flashback à suspense (quel est donc ce miracle annoncé dès le début ?), et le déluge visuel et musical qui accompagne sa révélation a pour effet de masquer sa non-conformité à la morale hollywoodienne. Quant à la mise en scène, elle valorise la mécanique à la Feydeau du scénario et la brillance des répliques en mariant fluidité du montage et mobilité des plans. 4/6

Infidèlement vôtre
Pas facile à vivre, la jalousie pathologique. Un prestigieux chef d’orchestre en fait l’expérience, qui décide au beau milieu d’un concert d’assassiner son épouse infidèle. Par sa construction à opportunités variables et à fantasmes contraires, la comédie a sans doute compté parmi les plus neuves et audacieuses de son époque. Ne reste aujourd’hui que le déroulé d’une idée qui s’épuise vite, un humour burlesque mais un peu lourd cherchant à cataloguer la folie ordinaire en chargeant le ridicule des paranoïas amoureuses et du retour cinglant au réel. Le résultat est assez mou du genou, parce qu’il passe par des échanges dialogués où s’ébroue à l’étroit le délire logique de l’auteur, et parce qu’on y mesure un peu trop le hiatus entre une situation fantaisiste et l’effort à en rendre plausible le postulat verbal. 3/6


Mon top :

1. Madame et ses flirts (1942)
2. Un cœur pris au piège (1941)
3. Les voyages de Sullivan (1941)
4. Miracle au village (1942)
5. Infidèlement vôtre (1948)

Plein d’une virtuosité malicieuse, de dialogues et de gags visuels qui frisent parfois le slapstick et le cartoon, le cinéma de Preston Sturges, mouvementé, bavard, complètement fou, est celui d’un maître de la comédie américaine. Son influence sur bien d’autres rois du genre (Wilder notamment) est sans doute énorme.
Last edited by Thaddeus on 15 Jul 19, 08:37, edited 2 times in total.
lecoinducinéphage
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

Post by lecoinducinéphage »

"Plan large : Preston Sturges, le génie de l'Amérique" sur France Cul ture, à l'occasion de la sortie du coffret Wilside : https://www.franceculture.fr/emissions/ ... -lamerique
"Jamais je ne voudrais faire partie d'un club qui accepterait de m'avoir pour membre." (Groucho Marx)
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Flol
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

Post by Flol »

Cette nuit, pour cause de petite insomnie, j'ai écouté ce numéro de Plan Large.
Je ne connais Preston Sturges que de nom (plus que de réputation), et cette émission m'a clairement donné envie de me plonger dans son oeuvre.

Le coffret à venir la semaine prochaine étant vendu à un prix à peu près prohibitif (120€ sur Amazon), est-ce que me rabattre sur ce coffret UK peut être une bonne solution ?
https://www.amazon.co.uk/Preston-Sturge ... on+sturges
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Alexandre Angel
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

Post by Alexandre Angel »

Il me tente moyennement ce coffret. Déjà, on trouve déjà pas mal des films proposés chez Bac Films et en plus, j'en ai un peu marre de ces coffrets toute en longueur et inrangeables.(râlons un peu)
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Flol
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Re: Preston Sturges (1898-1959)

Post by Flol »

Alexandre Angel wrote:Déjà, on trouve déjà pas mal des films proposés chez Bac Films
Oui mais là, on en a 6 (ou 7 ?) pour 30£, j'ai regardé vite fait les dvd zone 2 et ça monte facile au-dessus du prix du coffret si je les prends à l'unité.
Alexandre Angel wrote:j'en ai un peu marre de ces coffrets toute en longueur et inrangeables.(râlons un peu)
Torrente ?