Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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L'étranger...
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar L'étranger... » 16 mars 11, 18:19

Jeremy Fox a écrit :
L'étranger... a écrit :Ouais, il est sympa ce western mais trop conventionnel...


:mrgreen: -----> et hop, je disparais. :lol:


C'était donc avec toi que je m'étais crêpé le chignon :mrgreen:


Non, mais je m'en rappelle, je pense que c'était avec James, je sais qu'il était bien plus fan des petites séries B que des westerns plus "psychologique". J'avoue qu'avec le temps, plus je vois de western plus je prends de plaisir à revoir un petit A feu et à sang (virevoletant et fonçant à cent à l'heure quitte à avoir de grosses éllipses) qu'un film comme La cible humaine (dont on devine tout ce qui va arriver 10 minutes avant). Mais sinon, j'aime bien quand même, hein ! :mrgreen:

Le seul désaccord qu'on peut avoir car je ne m'en suis caché (mais sans jamais s'être créper le chignon), c'est sur John Ford, car je suis loin d'adhérer à toute sa filmographie dite "grand classique", mise à part le fabuleux La prisonnière du désert que je classe dans mon top ten sans problème (John Wayne y trouve son meilleur rôle et puis cette histoire !!!) bref, je préfère souvent ses "petites" réussites comme Le sergent noir à Le massacre de fort Apache par exemple (pas taper, pas taper). Pour moi, Ford veut trop "immortaliser" ses films, ses images, ses scènes donc c'est très joli, souvent parfait mais ça m'ennuie terriblement (Les cheyennes, Le massacre de fort Apache, Rio Grande, La poursuite infernale). Je lui préfère laaaaargement un Anthony Mann ou un Hawks.
Dernière édition par L'étranger... le 16 mars 11, 18:50, édité 1 fois.
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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 16 mars 11, 18:43

L'étranger... a écrit : J'avoue qu'avec le temps, plus je vois de western plus je prends de plaisir à revoir un petit A feu et à sang qu'un film comme La cible humaine


Dans l'absolu, j'en suis à ce stade moi aussi. J'ai remarqué que, depuis l'apparition du DVD, je revois à de plus nombreuses reprises de petites séries B sympathiques que les grands classiques. Une des raisons à cela est que l'on oublie vite les premiers et que l'on a l'impression de les redécouvrir à chaque fois :mrgreen: Et en plus tu te sers d'un exemple parfait avec ce petit Boetticher sacrément jouissif.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar L'étranger... » 16 mars 11, 18:52

Jeremy Fox a écrit :
L'étranger... a écrit : J'avoue qu'avec le temps, plus je vois de western plus je prends de plaisir à revoir un petit A feu et à sang qu'un film comme La cible humaine


Dans l'absolu, j'en suis à ce stade moi aussi. J'ai remarqué que, depuis l'apparition du DVD, je revois à de plus nombreuses reprises de petites séries B sympathiques que les grands classiques. Une des raisons à cela est que l'on oublie vite les premiers et que l'on a l'impression de les redécouvrir à chaque fois :mrgreen: Et en plus tu te sers d'un exemple parfait avec ce petit Boetticher sacrément jouissif.


J'ai édité mon message ! :wink:

Tiens par exemple, j'étais enchanté de lire ta chronique sur L'aigle et le vautour sur la page précédente car je l'avais bien aimé à l'époque et tu m'as sacrément donné envie de le revoir.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 16 mars 11, 22:37

L'étranger... a écrit :
Le seul désaccord qu'on peut avoir car je ne m'en suis caché (mais sans jamais s'être créper le chignon), c'est sur John Ford, car je suis loin d'adhérer à toute sa filmographie dite "grand classique


Et moi donc ; j'angoisse déjà par avance de devoir dire du mal de certains de ses futurs westerns. Et si tu savais le nombre d'autres de ses films célèbres que je n'aime pas


Tiens par exemple, j'étais enchanté de lire ta chronique sur L'aigle et le vautour sur la page précédente car je l'avais bien aimé à l'époque et tu m'as sacrément donné envie de le revoir.


8)

Typiquement le genre de film que je pourrais sans doute voir des dizaines de fois.

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daniel gregg
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar daniel gregg » 19 mars 11, 18:08

A ce propos, dans ta partie 3, envisages tu de parler de ce film de Ray Milland datant de 1955 qui m'avait émerveillé ? :

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 19 mars 11, 18:14

daniel gregg a écrit :A ce propos, dans ta partie 3, envisages tu de parler de ce film de Ray Milland datant de 1955 qui m'avait émerveillé ? :


Ben non, il n'est pas dans la liste ; mais d'ici là, si quelqu'un me le trouve, je suis preneur et ce serait avec plaisir :wink:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 19 mars 11, 20:13

Au pire, je pourrais toujours passer par pour me le prendre. Pour tester le sérieux du site, je viens de commander Ramrod (et j'ai vu qu'il y avait tous les Esthers Williams manquants :) :oops: )

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar daniel gregg » 19 mars 11, 20:18

Jeremy Fox a écrit :Au pire, je pourrais toujours passer par pour me le prendre. Pour tester le sérieux du site, je viens de commander Ramrod (et j'ai vu qu'il y avait tous les Esthers Williams manquants :) :oops: )


Oui, très bonne idée, d'autant plus que même en cas d'absence de st, et il y a de grandes chances que ce soit le cas apparemment, les dialogues ne sont pas omniprésents (en même temps il existe maintenant de plus en plus de sites qui proposent de télécharger des st).
En tout cas une petite perle méconnue qui gagne à sortir de l'anonymat. (en fait je l'avais enregistré via TPS à l'époque avec, coup de bol, des stf)
:wink:

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Return of the Frontiersman

Messagepar Jeremy Fox » 20 mars 11, 17:38

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Le Cavalier Masqué (Return of the Frontiersman, 1950) de Richard L. Bare
WARNER


Avec Julie London, Gordon McRae, Rory Calhoun, Jack Holt, Fred Clark,
Scénario : Edna Anhalt
Musique : David Buttolph
Photographie : J. Peverell Marley (Technicolor)
Production : Saul Elkins pour la Warner


Sortie USA : 24 juin 1950

Vous avez une petite heure et quart à passer lors d’une après midi pluvieuse au cours de laquelle vous ne voulez pas réfléchir ? Vous êtes au départ amateur de westerns traditionnels ? Vous ne vous attendez pas à tomber sur un film de haut niveau, pas même à un bon film mais vous n’avez qu’une envie, vous divertir avec un truc un peu bête mais pas trop désagréable ? Un cowboy commençant à gratter sa guitare tout en entonnant avec sa voix de ténor une ballade (voire même une seconde dans la foulée) ne vous fait pas fuir ? Les conventions et situations 100 fois vues et revues ne vous rebutent pas ? Vous avouerez que toutes ces conditions réunies ne seront compatibles qu’avec 0.2% de personnes bien intentionnées mais si vous faites partie de cette minorité (ou alors si le simple fait de découvrir une Julie London jeune et charmante suffit à votre bonheur), vous aurez une chance de faire passer ces courtes 70 minutes sans trop vous ennuyer, en éprouvant même à votre grande surprise un petit plaisir pernicieux !


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Laramie au Wyoming est devenue une petite ville bien tranquille depuis que les ‘Frontiersmen’ ont assaini la contrée. Le shérif Sam Barrett (Jack Holt) n’a pas grand chose à faire d’autant qu’aucun de ses concitoyens ne ressent la nécessité de porter une arme. Lorsqu’un coup de feu retentit de l’intérieur du saloon, les habitants sont en émoi et s’y précipitent ; il s’agit d’une querelle assez violente entre Kearney et Logan (Gordon McRae), ce dernier n’étant autre que le propre fils de l’homme de loi. Ni une ni deux, les bagarreurs sont conduits en prison pour la semaine. Dans les heures qui suivent leur relaxe, Kearney est retrouvé abattu et l’on découvre Logan sur les lieux même de l’assassinat ; autant dire que les soupçons se portent immédiatement sur lui et il est obligé de réintégrer illico presto sa cellule. Comment prouver son innocence alors que tout l’accuse et d’autant plus que de nombreuses personnes l’ont vu sur les lieux de différents hold-up s’étant déroulés dans la région. Mais son ami, le journaliste Larrabee (Rory Calhoun), croyant dur comme fer à son innocence, lui fournit une arme pour qu’il puisse s’échapper à nouveau. Mais lors de sa tentative, il est grièvement blessé ; arrivant à se réfugier discrètement chez un docteur, il se fait soigner mais prend en otage sa nièce, la jolie Janie (Julie London). Tentant par tous les moyens de quitter son ravisseur, elle va vite prendre conscience de l’innocence de ce dernier et tous deux vont tenter de le disculper en trouvant le mystérieux cavalier se faisant passer pour Logan…


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Même s’il ne se révèle pas trop désagréable, Return of the Frontiersman prouve une fois encore que les Majors les plus importantes, contrairement aux plus modestes Universal ou Paramount, produisaient et tournaient leurs séries B sans aucune ambition artistiques ou scénaristiques. Si le film arrive à se suivre sans ennui, ce n’est ni grâce à sa mise en scène routinière au possible, ni par la qualité de son casting même s’il n’a rien de déshonorant, ni même par le fait de son intrigue sans réelle surprise si ce n’est l’identité du Bad Guy que je vous tairais. Mais c’est justement cette absence d’ambition et le côté épisode de série TV (le cinéaste mènera d’ailleurs une carrière plus axée vers le petit écran) qui fait qu’on peut passer un moment plutôt plaisant à la vision de ce tout petit western sans conséquences. Les combats à mains nues sont bien réglés (les acteurs et cascadeurs n’y vont pas de main morte), l’intrigue file assez vite et il est toujours agréable de retrouver des acteurs tels que Jack Holt (dans un de ses dernières apparitions avant son décès l’année suivante) ou de rencontrer sur notre chemin une toute jeune Julie London (remplaçant Alexis Smith au pied levé) qui ne pousse malheureusement pas la chansonnette. En revanche, Gordon McRae, dont on a plus l’habitude de croiser le chemin au détour d’une comédie musicale que d’un western, ne s’en prive pas à deux reprises ; mais il faut bien avouer que sa voix est fort agréable et même si ses dons dramatiques sont moindres, il s’en sort plutôt pas trop mal vêtu en cow-boy. On le préfèrera néanmoins la même année dans les deux comédies musicales dans lesquelles il partagera l’affiche avec Doris Day, West Point Story de Roy del Ruth et surtout le délicieux Tea for Two de David Butler.


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Sinon aussi, quelques trouvailles amusantes notamment au tout début du film (et je ne parle pas du prologue avec la voix off débitant des fadaises sur la dangerosité de l’Ouest qu’il nous semble avoir déjà vu cinq cent fois d'autant ques les images sont tirées de précédentes production Warner dont l'inévitable San Antonio de David Butler) avec cette description d’une ville sans problèmes, tellement tranquille que les hommes de loi laissent les détenus jouer aux cartes sur le perron de la prison et leur demandent de rentrer s’enfermer une fois la partie terminée, que les habitants ne se sentant pas le besoin de porter une arme réagissent à un coup de feu comme s’il s’agissait d’un bruit nouveau, organisent eux-mêmes les procès sachant que la punition ne pourra être que négligeable et acceptée par les deux parties… Intéressant aussi de tomber au détour d’une séquence négligeable sur un plan stupéfiant comme celui des cavaliers surgissant en contre jour de derrière une colline : un tel effet n'était peut-être pas voulu mais le résultat pourra faire sortir les plus blasés de leur éventuelle torpeur ! Le côté film noir avec l’enquête que mène Gordon McRae pour se disculper s’avère assez insignifiante même si on se demande néanmoins tout du long qui peut bien être le coupable. Bref, tout ceci ne casse pas trois pattes à un canard mais pourrait faire passer un agréable moment à condition de n’en attendre pas grand-chose ; pas certain que Ray Enright, prévu pour réaliser le film dans un premier temps, aurait réussi à faire mieux. En tout cas, nous découvrons ici Rory Calhoun, comédien pas spécialement marquant (pas ici en tout cas) mais que nous aurons maintes occasions de revoir. Nul ou plaisant suivant la disposition dans laquelle on se trouve à ce moment précis, Return of the Frontiersman est néanmoins un tout petit film de série coincé entre La Cible Humaine (The Gunfighter) et l’entrée fracassante de deux des réalisateurs qui vont le plus fortement et durablement marquer le genre, Anthony Mann puis Delmer Daves. Les tops 10 actuels vont dangereusement vaciller dans les semaines qui arrivent !

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fargo
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar fargo » 20 mars 11, 23:34

Merci Jeremy pour tes commentaires éclairés que je suis depuis le début avec beaucoup d'intérêt.Quel boulot! Chapeau bas.
Depuis un an, je m'intéresse de plus en plus aux westerns.Je me suis déjà acheté Sur la piste des Mohaks ( superbe !) et Le passage du canyon (très bien).
J'attends avec beaucoup,beaucoup, beaucoup d'impatience le prochain film, que je n'ai jamais vu (comme 98 pour cent des westerns commentés içi :oops: ) mais dont j'ai souvent
entendu parler.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 21 mars 11, 07:26

Merci à toi et content que tu arrives à faire de belles découvertes :wink:

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Winchester 73

Messagepar Jeremy Fox » 25 mars 11, 23:28

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Winchester 73 (1950) de Anthony Mann
UNIVERSAL


Avec James Stewart, Shelley Winters, Dan Duryea, Stephen McNally, Millard Mitchell, Charles Drake, John McIntire, Will Geer, Jay C. Flippen, Rock Hudson, Tony Curtis, James Best, John Alexander, Steve Brodie, James Millican
Scénario : Robert L. Richards & Borden Chase
Photographie : William H. Daniels
Musique : Joseph Gershenson (directeur musical)
Une production Aaron Rosenberg pour Universal


Sortie Usa : 12 juillet 1950

Le mois de juillet 1950 devrait être fêté par tous les amoureux du western ! En effet, à dix jours d'intervalle, il aura ouvert la porte à deux de ses plus grands futurs metteurs en scène, Anthony Mann (Winchester 73) et Delmer Daves (La Flèche Brisée), James Stewart étant en tête d'affiche de ces grands classiques du genre. Nous n'avions plus vu ce dernier depuis le très bon Destry Rides Again de George Marshall. De l'eau a coulé sous les ponts depuis ce temps (11 ans) et nous retrouvons l'acteur bien plus mûr, le visage beaucoup plus sévère ; à partir de maintenant, il va faire partie des plus inoubliables interprètes du western. Première incursion d'Anthony Mann en son sein, Winchester 73 est une formidable réussite, le western le plus âpre depuis La Ville Abandonnée (Yellow Sky) de William Wellman. Un film d'une grande richesse qui semble faire le point sur tout ce que nous avons déjà pu voir précédemment convoquant des noms célèbres tels Wyatt Earp, Custer, évoquant la guerre de Sécession, les guerres Indiennes et mettant devant nos yeux tout un tas de seconds rôles déjà beaucoup croisés (John McIntire, Will Geer, John Alexander, Millard Mitchell, le shérif inoubliable de La Cible Humaine), futures vedettes (Rock Hudson, Tony Curtis, Shelley Winters) ou méchants d'anthologie durant toute la décennie à venir (Stephen McNally, Dan Duryea, James Millican). Un casting tout simplement époustouflant et une direction d'acteur sans faille. On pressent à la vision de ce premier essai de Mann le western passer à une vitesse supérieure même si déjà pas mal de chefs-d'œuvre lui préexistaient.


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1873. Lin McAdam (James Stewart), à la recherche d’un homme avec qui il a un compte à régler, arrive en compagnie de son fidèle ami High Spade (Millard Mitchell) à Dodge City. On y fête le centenaire de l’Indépendance et un concours de tir est organisé à l’occasion : le gagnant se verra remettre la célèbre et convoitée carabine à répétition Winchester modèle 73 "One on a Thousand". Lin se retrouve par le plus grand des hasards, finaliste du fameux concours face à Dutch Henry Brown (Stephen McNally), l’homme que justement il poursuivait. Lin sort vainqueur mais se fait immédiatement dérober l’arme par son adversaire qui s’empresse de fuir. "Je ne savais pas sur quoi portait la dispute auparavant mais vous pouvez ajouter le fusil sur la liste de vos griefs" dira Wyatt Earp à Lin avant que ce dernier quitte la ville. A partir de cet instant, comme si la Winchester portait en elle une malédiction liée au fait que son propriétaire légitime en ait été lésé, elle va passer de main en main alors que ses possesseurs seront tous tués à tour de rôle. Le fameux fusil décimera ainsi un trafiquant d’armes (John McIntire), un chef indien belliqueux (Rock Hudson), un lâche (Charles Drake) amoureux d’une Saloon Gal (Shelley Winters) et le pilleur de banques Waco Johnny Dean (Dan Duryea), avant de se trouver à nouveau entre les mains de Dutch Henry Brown. Alors que la Winchester entreprend sa ronde meurtrière, Lin, toujours aussi déterminé à rattraper Dutch (et par la même occasion à reconquérir son arme), continue de le pourchasser. Après une harassante poursuite, ils en viennent tous deux à s’affronter dans un duel à mort en un endroit désertique et rocailleux…


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"La force d’un personnage n’est pas dans sa manière de distribuer les uppercuts ou de faire saillir ses muscles : elle est dans sa personnalité, c’est la force de sa détermination…" disait Anthony Mann. Quel personnage mieux que Lin McAdam peut se définir ainsi ? C’est avant tout son opiniâtreté très affirmée à assouvir sa vengeance qui est le moteur principal de Winchester 73, celui qui pousse l’intrigue du film en avant. Lin McAdam est d’ailleurs tellement résolu et obstiné que son caractère, comme ceux des autres protagonistes, en est quasiment réduit à ces simples stéréotypes. Ce qui n’est pas en soi une critique puisque par là même, ce western constitue une épure du genre avec son lot de personnages bien trempés, son action remarquablement bien construite et restreinte à l’essentiel. Il ne faudrait cependant pas non plus le réduire à cette simple description sous peine de n’y voir qu’une très bonne série B, ce qui en soit serait déjà très positif ; mais Winchester 73 est assurément encore bien plus que cela mais déjà néanmoins un remarquable film d'action avec attaques d'indiens, rudes bagarres, fougueuses chevauchées, guet-apens et poursuites diverses. Rien que le concours de tir du début est un merveilleux moment, extrêmement bien géré au niveau du rythme, du découpage et du montage.


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En s’avançant un peu et en dévoilant "un pan de l’avenir", dans Winchester 73, les principaux protagonistes ne possèdent pas encore la profondeur psychologique et morale qu’ils acquerront par la suite dans les futurs westerns du cinéaste. Alors qu’Arthur Kennedy trouvera l’occasion d’interpréter peut-être les "Bad Guys" les plus riches, intéressants et attachants de l’histoire du western, dans Winchester 73, Stephen McNally et Dan Duryea sont au contraire des personnages tout d’une pièce, de véritables salauds vicieux et méprisants qui n’attirent à aucun moment une quelconque sympathie - d’ailleurs à ce propos, Anthony Mann prouvait qu’il était déjà un formidable directeur d’acteurs par le fait d’avoir su canaliser le jeu de Dan Duryea même si ce dernier ne se prive pas de cabotiner avec une jubilation contagieuse ; il pourrait être en la matière le précurseur de Lee Marvin, un fumier de première que l'on aime haïr, non dénué de sadisme et se plaisant à humilier ses partenaires. Mais comme nous l’avons déjà fait entendre, ces apparents poncifs sont loin de desservir le film même s’ils empêchent de faire percer une certaine émotion qui sera présente dans les œuvres suivantes du duo.


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Anthony Mann avait fait la connaissance de James Stewart au moment où il avait fondé sa propre compagnie théâtrale en 1934, la "Stock Company". Ils s’étaient perdus de vue depuis quasiment 10 ans, quand James Stewart lui proposa de faire un premier film ensemble. Universal engage Anthony Mann pour tourner un western ; c’est l’occasion rêvée pour qu’ils se réunissent à nouveau. Bien leur en a pris puisque Jimmy Stewart devient alors l’acteur d’élection du réalisateur tournant encore sept autres films avec lui. En 1950, le réalisateur pousse dès lors Stewart à acquérir une authenticité qu’il a du mal à trouver dans les personnages qu’il voit dans les western de l’époque. Lin McAdam, un homme déterminé et acharné ("Il y a des choses qu’un homme doit faire, il les fait" ; "C’est mon fusil et je le veux"), à la recherche de son demi-frère, l’assassin de leur père adoptif (on ne peut pas parler de spoiler ici car dès la séquence initiale du concours de tir, on peut deviner le drame qui s’est joué par un échange dialogué entre Wyatt Earp et Lin qui ne fait aucun doute quand au fait que Dutch soit un assassin).


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Si Lin McAdam n’est pas de toutes les scènes (il doit être absent de l’image à peu près 1/3 du film), James Stewart démontre encore ici son immense talent. Un exemple au début devrait suffire à vous convaincre, celui de sa première rencontre avec Wyatt Earp sans savoir qu’il s’agit de ce célèbre Marshall. Mécontent de se retrouver sans armes alors qu’il a pour la première fois depuis longtemps son ennemi en face de lui, l’expression de son visage passe en un minimum de temps de la haine envers Dutch à la colère contre l’homme qui lui a ôté son arme puis à l’étonnement quand il apprend à qui il a affaire, au sourire de confusion puis au rire sur lui-même, se moquant de son erreur d’appréciation : fabuleuse leçon d’interprétation ! Lin McAdam, plus monolithique et moins ambigu que les personnages que l’acteur interprètera par la suite, n’en suscite pas moins pour autant la sympathie par les relations de grande tendresse et d’estime qu’il entretient avec son ami High Spade ("Si un homme a un ami, il est riche : je suis riche !" lui confiera t’il). Sa rencontre avec le sergent, l’un des personnages les plus sympathiques du film, interprété par le débonnaire Jay C Flipen, sera aussi l’occasion d’un moment de répit au milieu de cette course poursuite effrénée et violente. Ils évoqueront avec affection les combats de Gettysburg au cours desquels ils furent pourtant dans des camps opposés. Mais ce sont les dents serrés de Lin qui nous marqueront le plus, sa démarche et son regard déterminé et assez inquiétant, la sauvagerie qui couve, sa pulsion presque irrationnelle et qui annonce plus d’ambiguïté dans les rôles futurs. Lin, le vengeur implacable, est un parmi tant d’autres de ces innombrables personnages en or pour l’un des plus grands acteurs hollywoodiens. Concours de circonstances, la même année il jouera dans l’un des deux premiers westerns déclarés "‘pro-indien", La Flèche Brisée de Delmer Daves alors que Anthony Mann tournera l’autre, La porte du diable (Deevil's Doorway).


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Borden Chase (Red River auparavant) et Robert L. Richards adaptent avec la collaboration du cinéaste, le fameux roman de Stuart N. Lake, Big Gun qui narre l’histoire de plusieurs hommes qui, en 1873, convoitent un nouveau modèle de carabine à répétition. Leur scénario à tiroirs, adoptant une démarche circulaire, puisque le récit suit l’arme passant de main en main jusqu’à ce qu’elle revienne dans celles de son propriétaire légitime, devient ainsi un modèle d’intelligence et d’efficacité, nous proposant aussi, mine de rien, pas moins qu’un étonnant raccourci de l’histoire des Etats-Unis à travers les innombrables péripéties de son intrigue. Tout d’abord par la présence de Wyatt Earp à Tombstone et son édit interdisant le port d’armes à feu dans l’enceinte de la ville ; ensuite, lors des séquences avec le trafiquant d’armes, par l’évocation des guerres indiennes et de la défaite de Custer à Little Big Horn ; la scène se déroulant au sein de la troupe de soldats est prétexte à reparler de la Guerre de Sécession avec les batailles de Gettysburg et Shiloh… Nous pourrions parler plus longuement de la richesse historique de ce scénario, qui n’est pas évidente au premier abord, mais nous nous enfoncerions un peu trop loin dans l'analyse.


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Winchester 73 est aussi une réflexion sur la violence sous toutes ses formes. Le regard que porte Lin à Dutch quand ils se retrouvent est empli d’une haine qui ne laisse aucune chance de s’en sortir à ce dernier : la vengeance aura lieu et Lin n’aura aucune pitié, aucun remord. La violence du combat qui s’ensuit lors du vol de la carabine est d’une grande dureté pour l’époque. Nous assistons ensuite à un scalp, la mort violente et crue d’un soldat (James Best) lors de l’échauffourée avec des indiens puis nous arrivons à la plus longue partie, celle qui se déroule à Tascosa avec les bandits. Ici, Mann va assez loin dans la sauvagerie et la violence qui règne entre ces hommes. Tout d’abord c’est l’humiliation de l’acolyte couard avant son assassinat pur et simple par Waco qui ne lui donne pas l’occasion de se défendre. Acculé par les hommes du shérif à leur recherche, pour sauver sa peau et pouvoir s’enfuir, Waco, le chef de bande, envoie ses hommes au massacre : la violence est aussi sauvage du côté des truands que des hommes de loi puisque ces derniers ne laisseront personne vivants, les tirant et les tuant un à un comme des lapins. Bref, la vie et les coutumes rudes et sauvages de l’époque sont ici montrées dans toute leur crudité et leur sécheresse, d’où l’un des facteurs de l’étonnante modernité de ce western.


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Et l’apport de Anthony Mann dans tout ceci ? Multipliant à l’infini les éléments dramatiques de son script, à travers cette stupéfiante succession de péripéties resserrées au cours desquelles tout pittoresque est évacué, il nous montre déjà toute l’étendue de son talent et nous confirme qu’il n’est pas nécessaire d’utiliser obligatoirement le format large (qui ne fera sa véritable apparition que l'année suivante) pour faire respirer un plan ou un paysage. Son sens du cadrage dans le format 1.33 est vraiment étonnant, témoin ceux légèrement penchés et de dos sur les deux tireurs lors du concours du début, les cadrages des paysages en très grands plan d'ensemble ou les gros plans ou plans américains sur James Stewart vraiment de toute beauté. Comment ne pas être ébloui par ses mouvements d’appareil, notamment celui qui ouvre le film et, pour n’en citer qu’un autre, ce superbe travelling latéral partant du groupe de soldats, traversant l’étendue désertique pour arriver subrepticement sur les Indiens prêts à l’attaque ? Et comment enfin ne pas être émerveillé devant ce Gunfight final de cinq minutes, "véritable modèle de balistique" selon Patrick Brion, au cours duquel, par une mise en place topographique incroyable qui nous fait nous y retrouver dans ces entrelacs, les personnages se meuvent avec intelligence et les balles viennent ricocher contre le rochers ? William H. Daniels à la photographie noir et blanc très contrastée, accomplit des prouesses plastiques.


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"Je crois à la conception visuelle des choses. Le choc d’un petit plan qui peut nous faire entrevoir toute une vie, tout un monde, est autrement plus important que le plus brillant des dialogues." Cette conception du cinéma d’Anthony Mann en personne pourrait assez bien résumer le style de ce film âpre, vif, rigoureux, concis et virtuose. "Un western honnête et franc" dira-t-il de son film avec humilité dans une interview en 1957. "La plus belle défense et illustration du western moderne" répliquera Jacques Lourcelles dans son dictionnaire. Mais laissons la conclusion au grand spécialiste du western aussi bien littéraire que cinématographique, Jean-Louis Rieupeyrout : "Anthony Mann, c’était alors une vision neuve et claire de ce que devait recouvrir le terme si malencontreusement galvaudé de ‘Western’ ; une santé physique et morale qui s’exprimait aussi bien dans la dynamique de l’ensemble que dans la caractérisation du particulier. Ses personnages se présentaient à nous dépouillés des attributs obligatoires des ‘héros’ et pourtant la convention dictait leur comportement à l’égal de tant d’autres auparavant, mais sans qu’il y paraisse. Ils se mouvaient si naturellement dans un cadre physique à leur dimension que rien n’étonnait en eux, hors de la maîtrise qui présidait à leur animation et à leur enracinement dans cet univers découvert avec un nouveau regard par le spectateur". La collaboration Mann/Stewart promet d'être riche surtout quand il me semble avoir vu là le plus "faible" des cinq. Mais avant la poursuite de ce "cycle", le cinéaste reviendra encore nous offrir deux autres westerns cette même année 1950.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Julien Léonard » 25 mars 11, 23:44

Ah, ça y est, j'ai tout dévoré d'une traite ! Très belle chronique, documentée et précise, comme toujours. J'adore ce film, ton bel hommage me donne envie de me le programmer pour demain.

Les cinq westerns Mann/Stewart sont exceptionnels, et après plusieurs années, je ne sais toujours pas lequel je préfère... :D

Sinon, le DVD n'est pas mauvais (sans être spectaculaire non plus). En tout cas, il tient bien la route sur une TV LCD full HD.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 25 mars 11, 23:52

Julien Léonard a écrit :
Sinon, le DVD n'est pas mauvais (sans être spectaculaire non plus).


Oui voilà. Sinon, en lisant le générique, j'ai l'impression, arrivé à cette date, que je n'avais pas encore vu un western avec un casting aussi démentiel (pour les amateurs car pour les autres, s'ils reconnaîtront les trognes, beaucoup de noms ne leur diront probablement pas grand chose)

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Père Jules
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Père Jules » 26 mars 11, 00:13

Une distribution en effet éminemment prestigieuse.
Mann est lancé, et ne s'arrêtera plus avant longtemps :mrgreen: