Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Billy the Kid (1941)

Messagepar Jeremy Fox » 5 juin 10, 14:38

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Le Réfractaire (Billy the Kid, 1941) de David Miller
MGM


Sortie USA : 30 mai 1941

1941. La Metro Goldwyn Mayer, fidèle à un fort pourcentage de sa production et étant alors considérée comme l’usine à rêve numéro 1, inventa quasiment le western familial avec cette version très très romancée des derniers jours du célèbre bandit Billy The Kid !

Un jeudi matin des années 70, le surlendemain de la diffusion télé du fameux western du mardi soir sur ‘la 3ème chaîne’, dans la cour de récréation, tous les petits garçons que nous étions parlaient avec passion de ce cavalier tout de noir vêtu montant un cheval d’une sveltesse inaccoutumée à la robe noire brillante lui aussi. Nous n’osions néanmoins pas avouer avoir eu la larme à l’œil lors du tragique et poignant final. Robert Taylor que nous découvrions nous avait alors tous éblouis et nous nous disputions pour tenir le rôle du beau hors-la-loi gaucher doté d’une classe incroyable. L’enthousiasme aurait certainement été encore plus exacerbé si nous avions pu découvrir ce Billy the Kid dans son merveilleux écrin en Technicolor, les téléviseurs de l’époque étant encore en majorité en noir et blanc. Mais plutôt que de continuer à vous raconter ma vie (désolé pour ce trop plein de sensiblerie touchant à la mièvrerie mais c’est finalement assez en concordance avec le ton du film et le fait d’entreprendre ce voyage dans le temps à travers le western me fait parfois remonter de vieilles bouffées de souvenirs enfouis), voyons de quoi retourne cette histoire qui nous avait tant exaltée au point de faire de son personnage principal l’un des premiers héros de notre jeunesse remplie de cow-boys et d’indiens.


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1880, la dernière frontière a été atteinte et la loi règne désormais quasiment partout sur le territoire des USA. Malgré tout, la tête d’un hors-la-loi est toujours mise à prix, celle de William Bonney alias Billy the Kid (Robert Taylor). Impressionné par le courage de ce dernier lors d’une rixe dans un saloon, le gros éleveur Dan Hickey (Gene Lockhart) lui propose de l’embaucher ; sa tâche va consister à effrayer le troupeau de son concurrent Erick Keating (Ian Hunter) afin qu’il puisse récupérer le plus gros du marché des ventes de têtes de bétail à l’armée. Le ‘Stampede’ réussit mais Billy tombe nez à nez avec Jim Sherwood (Brian Donlevy), un ami d’enfance qui travaille pour le camp adverse ; content de se retrouver malgré les événement dramatiques qui y ont contribués, Billy lui fait part de la culpabilité principale de Hickey dans cette affaire. Keating, adepte de la non violence, se rend en ville pour demander à son ennemi de cesser ses vols ; il fait dans le même temps la connaissance de Billy avec qui il se lie d’amitié et qu’il invite dans son ranch. Billy n’est pas insensible au charme d’Edith (Mary Howard), la sœur de Keating mais cette dernière est déjà promise à son ami Jim. Keating lui offre la possibilité de quitter Hickey et de rejoindre son équipe. Il accepte. Mais après quelques moments idylliques, une spirale infernale et tragique se met en place dès lors que son meilleur ami ainsi que l’homme qui l’avait pris sous sa coupe se soient fait tous deux assassiner…


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Une dizaine d’année après la version de King Vidor, c’est donc à nouveau le studio du lion qui met en chantier cette production de prestige, lançant par la même occasion Robert Taylor dans les rôles d’aventurier qui lui vaudront sa renommée auprès du grand public encore aujourd’hui (dans les films de Richard Thorpe notamment) alors qu’il s’était jusqu’ici cantonné dans le comédie et le drame. On a souvent dit qu’il était bien trop âgé pour le personnage et effectivement ça nous semble drôle d’entendre l’appeler The Kid à tout bout de champs ; de plus, avec son maquillage outrancier, plutôt qu’un homme immature, il semble parfois un peu benêt d’autant que son jeu n’est pas ici des plus sobres. Ceci dit, à l’image du film, il possède néanmoins un charme certain ; une très grande classe se dégage de sa façon de se vêtir, de chevaucher ou de dégainer. Son personnage est d’ailleurs plutôt intéressant, plus complexe qu’on l’aurait imaginé, tenté par la rédemption mais rattrapé par la fatalité. Ayant assisté au meurtre de son père à l’âge de 12 ans, il s’est vengé suite à sa perte de confiance en la justice à partir du moment où celle-ci a acquitté l’assassin. Depuis, il est recherché dans tous les états commettant crime sur crime pour ne pas se faire arrêter. Tombant sur un patron qui lui fait confiance malgré ses antécédents, il décide désormais de refaire sa vie. Belle grandeur d’âme de sa part de ne jamais chercher à courtiser la fille qu’il aime à partir du moment où il apprend qu’elle doit épouser son meilleur ami ; belle générosité que de n’accepter un emploi que si son ami mexicain puisse lui aussi être embauché à ses côtés ; belle leçon d’amitié que de vouloir à tout prix venger son protecteur alors qu’il sait pertinemment que ceci causera sa perte et que désormais rien ne pourra stopper son destin tragique. D’après cette description, on peut aisément comprendre pourquoi ce Billy le Kid romanesque et idéaliste a pu à ce point fasciner jeunes et moins jeunes surtout que le final le voit renier un de ses principes les plus chers au risque de lui faire perdre son aura romantique ; alors qu’il s’était toujours juré de ne jamais tirer dans le dos de quiconque, son père s’étant fait lâchement abattre de cette façon, il accomplit néanmoins cette action ‘honteuse’ sans sourciller. Très belle idée de Gene Fowler lors de cette superbe scène finale (le regard bleu de Robert Taylor au milieu de la pénombre) au sein d’un scénario cependant, avouons le, on ne peut plus conventionnel !


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Pas la peine non plus de chercher une quelconque authenticité historique dans ce film que ce soit dans ce Far-West de studio totalement aseptisé ou dans son scénario qui transforme ce psychopathe en un bandit d’opérette d’une naïveté confondante ; les faits relatés n’ont qu’un rapport lointain avec la réalité, les noms ayant même pour la plupart été modifiés, Pat Garrett se transformant en Jim Sherwood alors que J.H. Tunstall est devenu Erik Keating. Mais peu importent les faits ; il suffit d’être prévenu. Des couleurs chaudes, une jeune femme douce et belle (Mary Howard est charmante mais elle fait un peu office de potiche), un mexicain chantant (entêtante ‘Viva la vida’), des gentils très gentils, des méchants très méchants, des costumes rutilants, des coiffures impeccables, le western MGM est vraiment modelé pour être vu en famille ; mais ça a son charme justement d’autant que David Miller, pour son coup d’essai) nous réserve quelques scènes d’actions étonnamment bien menées aux travellings assez impressionnants (dommage qu’à l’époque, on se sente constamment obligé d’avoir recours aux gros plan sur fond de transparence lors des chevauchées, ce qui gâche un peu la beauté et l’entrain des séquences mouvementées), notamment celle du Stampede et nous gratifie de vues inédites et grandioses sur Monument Valley ; je crois n’avoir jamais revu par la suite ce paysage enveloppé d’une brume matinale ni un tel plan de cavaliers filmés de très haut alors qu’ils chevauchent à mi-hauteur de ces fameuses mesas rougeâtres dont les sommets sont encore parsemées de neige. Le travail de seconde équipe sur les extérieurs est remarquable !


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Quant à l’interprétation, si Robert Taylor n’est pas constamment convaincant, il n’en est pas de même de Brian Donlevy que l’on était habitué jusque là voir jouer les Bad Guy et qui se révèle parfait en clone de Pat Garrett, de Ian Hunter (Richard cœur de lion dans le Robin Hood de Michael Curtiz), magistral en rancher non violent et d’une grande bonté d’âme et enfin de Gene Lockhart, assez irrésistible en ordure intégrale. Tout ceci est bien gentillet mais jamais ennuyeux ; typique produit MGM, un western à déconseiller à ceux qui ne jurent dans le genre que par Peckinpah, Leone ou Eastwood (ce que je conçois d’ailleurs parfaitement) et au contraire à recommander à ceux et celles qui auraient gardé une âme de midinette ou éventuellement pour faire découvrir le genre à sa progéniture d’autant qu’au final la morale est sauve : le dernier représentant des grands bandits de l’Ouest n’est désormais plus de ce monde. Dommage qu’il n’ait pas même eu le temps de vivre une romance avant ça. En tout cas, à défaut d’y trouver une idylle et un grand film, on pourra apprécier une belle histoire d’amitié.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Federico » 5 juin 10, 20:04

David Miller commit donc la même erreur qu'Arthur Penn une génération plus tard avec... Le gaucher, puisque Billy The Kid était droitier. La faute à une fameuse photo de l'outlaw qui avait été inversée. Je ne me rappelle plus si Morris & Goscinny avaient corrigé cette erreur dans leur album de Lucky Luke...

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 5 juin 10, 20:34

Federico a écrit :David Miller commit donc la même erreur qu'Arthur Penn une génération plus tard avec... Le gaucher, puisque Billy The Kid était droitier.


Oui mais là, tu casses toute une mythologie :wink: Qu'il ait ce signe particulier lui apportait une certaine aura.
Et pourtant le scénario du film de David Miller est basé sur une biographie du hors-la-loi ; l'erreur n'a du être découverte que récemment à mon avis. En tout cas l'anecdote est assez amusante. :wink:

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Federico » 6 juin 10, 01:32

Jeremy Fox a écrit :
Federico a écrit :David Miller commit donc la même erreur qu'Arthur Penn une génération plus tard avec... Le gaucher, puisque Billy The Kid était droitier.


Oui mais là, tu casses toute une mythologie :wink: Qu'il ait ce signe particulier lui apportait une certaine aura.
Et pourtant le scénario du film de David Miller est basé sur une biographie du hors-la-loi ; l'erreur n'a du être découverte que récemment à mon avis. En tout cas l'anecdote est assez amusante. :wink:


Si ça peut te rassurer, il paraît que le Kid tirait aussi bien de la main droite que de la gauche. Je ne sais pas quand l'erreur sur la photographie fut découverte mais c'est en regardant les détails de la Winchester qu'on s'aperçut que le négatif avait été tiré à l'envers.
Bon, en même temps, plus de 10 % de l'humanité étant gauchère, il y a du y avoir un paquet de maniaques de la détente qui se sont servis de cette main...
Pour te consoler, tu peux toujours revoir La vengeance aux deux visages de Brando où après que Malden lui ait bousillé la main droite, il s'entraîne à tirer de la gauche :wink:
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 6 juin 10, 07:36

Federico a écrit :Pour te consoler, tu peux toujours revoir La vengeance aux deux visages de Brando où après que Malden lui ait bousillé la main droite, il s'entraîne à tirer de la gauche :wink:


Je connaissais cette anecdote de la photo à l'envers :wink: Pour le film de Brando, je rêve de le revoir (très grand souvenir lors d'un passage TV) ; seulement, il me semble qu'il n'existe aucune version DVD potable. A moins qu'il y ait eu du changement depuis. Quelqu'un connaitrait-il une édition correcte de ce film ?

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar someone1600 » 7 juin 10, 20:29

Toujours aussi passionnant. :D

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 7 juin 10, 20:41

someone1600 a écrit :Toujours aussi passionnant. :D


8)

Ca le demeure pour moi aussi. D'ailleurs j'y vais ; Hathaway et John Wayne m'attendent (et d'ailleurs je ne sais trop s'il s'agit véritablement d'un western). A suivre

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The Shepherd of the Hills

Messagepar Jeremy Fox » 9 juin 10, 09:36

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Le Retour du Proscrit (The Shepherd of the Hills, 1941) d'Henry Hathaway
PARAMOUNT


Sortie USA : 18 juillet 1941


Le fait d’aborder maintenant ce film va nous amener à rapidement nous poser la question sur ce qu’englobe vraiment le western ; quelles en sont les frontières géographiques et temporelles ? On se rendra d’ailleurs vite compte qu’elles restent encore très floues à définir, différentes selon les personnes. Car si les plus généreux le font s’étaler chronologiquement de la découverte du Nouveau continent (l’histoire de Pocahontas avec entre autres Le Nouveau Monde de Terrence Malick) à notre 20ème siècle (Seuls sont les indomptés) et étendre son champ d’action de la Lousiane (Seminole) à la Californie (The Mark of Zorro), du Canada au Mexique, d’autres, plus stricts, lui imposent des limites au 19ème siècle et à l’Ouest de la première frontière, à savoir celle qui séparait les 13 premiers états du reste d’un territoire encore inexploré. Me basant sur les listings établis par Phil Hardy et Patrick Brion, les deux le référençant dans leurs ouvrages de référence comme faisant partie du genre qui nous préoccupe ici, je vais donc évoquer ce curieux Shepherd of the Hills sans être pleinement convaincu de son appartenance au western. Car dans ce cas là , pourquoi donc ne pas aussi inclure en son sein des films comme Autant en Emporte le Vent (qui aborde quand même la Guerre de Sécession, le fait historique et la période les plus souvent traités dans le genre) ou Jody et le Faon ? Si vous avez quelques idées sur le sujet, n’hésitez pas même si ‘le débat’ avait déjà eu lieu dans un autre topic (mais où et lequel ?). En ce qui concerne Le Retour du Proscrit, jugez vous-même d’après l’histoire qu’il raconte. Hathaway allant devenir l’un des cinéastes les plus importants et prolifiques du genre, il n’est de toute manière pas inintéressant de traiter un film de plus à l’intérieur de sa passionnante filmographie.


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Dans les Ozarks (plateau d’environ 120000 km2 et couvrant pas moins de 4 états, le Missouri, l’Arkansas, l’Oklahoma et le Kansas), la famille Matthews arrive à survivre grâce à la fabrication clandestine d’alcool. Les autorités ne le voient pas de cet œil là et tentent de les coincer, ce qui conduit parfois à des morts. Justement aujourd’hui, la jeune Sammy Lane (Betty Field) voit son père se prendre une balle alors qu’il faisait le guet pour les Matthews ; lorsque le jeune Matt Matthews (John Wayne), dont elle est secrètement éprise, vient à passer, elle passe sa colère sur lui, lui reprochant ainsi qu’à sa famille de 'Moonshiners' de provoquer les violences qui ont lieu dans la région à cause de leurs activités illicites... Depuis de nombreuses années, Matt attend le retour de son père à qui il reproche de l'avoir abandonné bébé ainsi que sa mère alors que cette dernière était mourante ; il n’a qu’un seule idée en tête lorsqu’il se retrouveront face à face, le tuer pour la venger d’autant que cet homme est en plus accusé de tous les maux et rancœurs qui se sont abattus dans la région entre les différentes familles suite à son départ. Très superstitieux, tout le monde croit que tant qu’il ne sera pas mort, une malédiction continuera à s’abattre sur eux, son domaine de Moanin’ Meadow continuera à être damné. Arrive alors Daniel Howitt (Harry Carey), un vieil homme calme, riche et guérisseur à ses heures qui souhaite s’installer en leur sein et pour cela décide d’acheter la terre maudite aux Matthews. « Aucune main ne sauraient salir de l’argent » pense la veille tante acariâtre : les Matthews l’acceptent sans broncher même si par ailleurs ils voient son 'intrusion’ d'un mauvais œil. Le vieux monsieur, non content d’avoir guéri quelques habitants et d’avoir fait revivre une terre abandonnée, tente aussi de faire revenir la paix dans la région. Mais Matt ne supporte pas non plus qu’un étranger (aussi bon soit-il) soit venu s’installer sur la propriété où repose sa mère…


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Comme dans The Trail of Lonesome Pine avec qui il forme une sorte de dytiques sur la vie des montagnards dans les monts Ozarks, Hathaway nous propose à nouveau une tragédie familiale rurale au sein d’une communauté superstitieuse aux rancunes et aux haines tenaces. Mais alors que le premier se déroulait à l’époque du tournage (soit dans les années 30), Le Retour du Proscrit semble prendre place au 19ème siècle, le seul élément pouvant nous le faire deviner étant la séquence au cours de laquelle un commerçant refuse un billet qu’il s’est rendu compte provenir des confédérés. Sinon, tous deux possèdent de très nombreux points communs, un tournage en décors naturels, un technicolor somptueux, des paysages montagneux superbement mis en valeur, un ton grave et mélodramatique assez accentué… Seulement le scénario de La Fille du bois Maudit était plus mouvementé et plus riche, moins bavard, moins sentencieux et un peu moins pesant. Il n’en reste pas moins que, même s’il reste relativement peu connu, ce premier film de John Wayne en couleurs et pour un studio de prestige (en l’occurrence la Paramount) est assez réussi notamment grâce à son aspect plastique absolument splendide, Hathaway se révélant à nouveau très grands paysagiste, les directeurs photos W. Howard Greene (Jesse James, North West Mounted Police…)et Charles Lang Jr accomplissant quant à eux des miracles aussi bien en studio qu'en extérieurs, ces splendides derniers ayant été tournés en Californie. Le genre de film qui pourrait peut-être bien plaire à Wagner :idea:


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Mais si John Wayne nous octroie une performance digne d'intérêt (à postériori on constate à quel point certaines de ses séquences préfigurent d’autres chefs-d’œuvre à venir comme celle où il vient se recueillir sur une tombe et parler à la défunte qui anticipe La Charge Héroïque ou cette autre où, alors qu’il part bien décidé à tuer son père, il a le même regard déterminé et cruel qu’il aura face à Nathalie Wood à la fin de The Searchers), ce sont Harry Carey et la jeune Betty Field qui emportent le morceau. Le premier en mystérieux ‘père prodigue’ (dont le spectateur comprendra très vite la véritable identité grâce à de multiples et touchants détails distillés avec parcimonie par Hathaway) interprète son rôle avec une grande sobriété conférant à son personnage une prodigieuse noblesse ; il s’agit du ‘bon berger’ des collines du titre original (titre à résonnance biblique pour un film qui s’apparente d’ailleurs à une parabole, Hathaway filmant souvent en contre plongée pour donner une aura à certains personnages). Mais la comédienne la plus mémorable est la jeune Betty Field dans la peau de Sally, 'une jeune fille aux pieds nus' vive et touchante, pure et intelligente, qui va faire en sorte avec Danny que la communauté des montagnes retrouve la paix et la sérénité. Belle brochette de seconds rôles à leurs côtés avec entre autres Marjorie Main dans le rôle de la tante aveugle qui recouvrira la vue entourée de tous les habitants du village réunis au sommet d’une montagne après qu’une chanson douce et touchante ait été entonné au milieu de l’assemblée, Marc Lawrence (spécialiste par la suite des rôles de gangsters) dans celui d’un demeuré devenu muet et qui est au centre de l’image la plus inoubliable du film, celle où on le voit jouer avec la poussière qui vole à travers les rayons du soleil tombant d’une fenêtre, Beulah Bondi dans la peau du personnage le plus ingrat de l’intrigue (alors qu'on avait plutôt tendance à la voir dans la peau de douces et gentilles grand-mère), celui de la tante devenue acariâtre et méchante, mais encore Ward Bond, John Qualen, Charles Middleton…


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Dommage que certaines séquences s’éternisent plus que de coutume, que d’autres s’avèrent trop bavardes, que les dialogues et situations soient parfois trop grandiloquents, que la morale soit pontifiante (l’auteur de l’histoire était un pasteur et il nous dit naïvement que les querelles peuvent prendre fin grâce à la gentillesse et au dévouement) car sinon, nous nous trouvons devant une inhabituelle et intéressante description de la vie quotidienne de familles aux pulsions et idées parfois primaires, aux superstitions bien ancrées, aux haines tenaces, arrivant pourtant in fine à trouver un terrain d’entente après que plusieurs drames se soient déroulés et grâce à la gentillesse d’une adolescente et l’arrivée dans la vallée d’un bienfaiteur voulant réparer ce qu’il a détruit malgré lui. Difficile d’oublier certaines images comme celle de Beulah Bondi traçant un cercle de feu autour de son fils décédé, l'incendie de la maison, Marjorie Main retrouvant la vue et comprenant d’un coup tous les secrets qui polluaient la bonne entente des uns et des autres, le bouleversant visage en larmes de Betty Field sachant qu’elle ne pourra jamais aimer un meurtrier, la partie de pêche réunissant John Wayne et Harry Carey, le long plan fixe voyant John Wayne arriver du fond de l’écran pour accomplir la vengeance qu’il avait en tête depuis environ 20 ans et le ‘duel’ qui s’ensuit au milieu de la prairie. Le roman de Harold Bell Wright avait déjà été adapté par deux fois au temps du muet ; dommage que celle d’Henry Hathaway reste toujours aujourd’hui aussi peu montrée d’autant qu’esthétiquement il s’agit d’une pure merveille. Les amateurs d’action et d’émotions fortes seront certainement déçus mais les amateurs de mélos et de sombres histoires familiales (avec happy-end et quelques touches poético-fantastique) devraient tenter le coup.

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Grimmy » 9 juin 10, 10:03

Mais ça m'a l'air très bien ce film là !! Hathaway, quand même quel génie, quel technicien ! Je ne comprends pas pourquoi aujourd'hui il n'est connu que par une poignée de cinéphiles. Je le tiens pour l'un des 15 ou 20 plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma...
Dis, y 'a quoi d'autre dans le coffret ? (tes captures montrent des sous titres anglais, mais ils existent aussi en français, hein, c'est sûr ?)
Sinon, pour ma part, je classe sans problème ce film dans la catégorie western. Un western atypique quoi. Pour moi, dès qu'il y a des cabanes en bois, des chevaux, des mecs en manteaux qui se pèlent de froid, on est dans un western ! :mrgreen:

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 9 juin 10, 10:13

Grimmy a écrit :Mais ça m'a l'air très bien ce film là !! Hathaway, quand même quel génie, quel technicien ! Je ne comprends pas pourquoi aujourd'hui il n'est connu que par une poignée de cinéphiles. Je le tiens pour l'un des 15 ou 20 plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma...
Dis, y 'a quoi d'autre dans le coffret ? (tes captures montrent des sous titres anglais, mais ils existent aussi en français, hein, c'est sûr ?)
Sinon, pour ma part, je classe sans problème ce film dans la catégorie western. Un western atypique quoi. Pour moi, dès qu'il y a des cabanes en bois, des chevaux, des mecs en manteaux qui se pèlent de froid, on est dans un western ! :mrgreen:


J'ai pris les captures de DVDbeaver car je suis en panne de PC pour en faire moi même (d'ou les sous titres anglais)
Oui, sous titres français comme sur les 4 autres films dont le délicieux Jet Pilot de Sternberg pour un coffret qui ne coute pas plus de 15 euros fdp compris.
Voici le test du coffret

Sinon oui, superbes cabanes en bois, donc western :mrgreen:

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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Grimmy » 9 juin 10, 10:32

Merci ! :wink: (The Conqueror a l'air redoutable !!)

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Bad Men of Missouri

Messagepar Jeremy Fox » 9 juin 10, 10:46

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Bad Men of Missouri (1941) de Ray Enright
WARNER



Sortie USA : 26 juillet 1941

Les célèbres bandits ont décidément la cote dans le Western de ces années là. Au lieu de les décrire comme les ‘Bad Guy’ qu’ils étaient réellement, le cinéma les idolâtre. Il y eut donc Billy le Kid et les Daltons et, après Jesse James, son frère Frank et Belle Starr, c’est au tour des frères Younger de s’avancer sur les devants de la scène. Comme leurs trois prédécesseurs, et selon la légende hollywoodienne, ce sont uniquement à cause des tristement célèbres Carpetbaggers qu’ils vont devenir hors-la-loi et, tels des Robin des Bois du Far West, faire profiter leurs larcins aux petits propriétaires terriens sudistes spoliés par les vils hommes d’affaires du Nord. Revenons rapidement sur ces Carpetbaggers dont le nom revient souvent ici. Qui étaient-ils ? Cette appellation péjorative date de la période de reconstruction qui suivit la Guerre de Sécession et englobe les hommes venus de l’ex-union pour s’installer dans les états du Sud et spéculer sur la situation confuse qui y régnait alors. De véritables profiteurs de guerre qui arrivaient avec des sacs en grosse toile, d’où cette étrange dénomination. Ce sont eux qui spolièrent les fermiers, les délogeant et volant carrément leurs terres sous prétextes divers et variés. Moins connu, il y eut néanmoins aussi des profiteurs de guerre sudistes, ceux-ci étant appelés les Scalawags. Retournons à nos moutons, ici les trois frères Younger qui firent partie un certain temps du célèbre gang conduit par Jesse James.


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1865, la Guerre de Sécession a pris fin. La monnaie confédérée ayant perdu toute sa valeur, les habitants des ex-Etats du Sud ne peuvent plus payer leurs impôts au gouvernement américain. Des hommes d’affaires sans scrupules sautent sur l’occasion, règlent les dettes des fermiers en sachant très bien que ces derniers seront dans l’impossibilité de rembourser. C’est effectivement ce qui se produit et les pauvres agriculteurs se voient acculés à revendre leurs terres aux businessmen et à partir vers de nouveaux horizons. De retour de la guerre civile, Cole (Dennis Morgan), Jim (Arthur Kennedy) et Bob Younger (Wayne Morris) ont la désagréable surprise en arrivant dans leur ville natale du Missouri de voir tous leurs amis sur le départ suite aux diverses spoliations. Seul le père des trois frères refuse encore de quitter sa ferme mais il est lâchement abattu alors qu’on venait le déloger. Les Younger se lancent alors, suivant l’exemple de Jesse James (Alan Baxter), dans l’attaque de trains, diligences et banques, le butin étant redistribué aux fermiers qui peuvent ainsi s’acquitter de leurs taxes et rester sur leurs terres au grand désespoir de William Merrick (Victor Jory), l’extorqueur local et de son âme damnée, le tueur sans pitié Greg Bilson (Howard da Silva). La tête des Younger est mise à prix et ils n’auront alors de cesse de fuir et de se cacher…


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Pas grand chose à dire de cette petite série B sans prétention, le film typique destiné à remplir les après midi pluvieuses des westernophiles forcenés, les autres pouvant passer leur chemin. En effet, si Ray Enright se montre plutôt habile pour le deuxième western d’une longue lignée à venir, il ne fait pas non plus d’étincelles. Mettant l’accent avant tout sur l’action, il ne s’embarrasse guère (voire pas) de psychologie et nous délivre un film court et mouvementé mais dénué de chair et privé d’émotion, les trois acteurs principaux, quoique sympathiques, manquant singulièrement de charisme. Arthur Kennedy n’est encore pas l’immense comédien qu’il deviendra ; Dennis Morgan et Wayne Morris n’ont pas la carrure de leurs personnages. A leur décharge, le scénariste ne leur a pas non plus franchement donné l’occasion de pouvoir se surpasser, préférant donner à Dennis Morgan la possibilité de pousser la chansonnette plutôt que de lui construire un rôle solide. On retiendra plus les ‘vilains’ qui possèdent de vrais gueules de sales types à commencer par un Victor Jory assez crédible et plus encore l’inquiétant Howard Da Silva qui trouvera à se faire une spécialité de ce type de tueurs sans scrupules. Walter Catlett, dans la peau du trésorier de Victor Jory, est là pour faire le clown de service ; quant à Jane Wyman, elle n’est malheureusement présente que pour nous présenter son beau visage en pleurs à chaque fois que son Jim Cole d’époux quitte le foyer pour aller chevaucher vers de nouveaux dangers.


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Mais l’important n’est visiblement pas là ! Ray Enright nous emballe un western plein d’humour et d’action ne visant qu’à divertir. Nous pourrons donc assister à une bagarre à poings nus sur le toit d'une diligence en mouvement, à une carriole caracolant avec deux enfants épouvantés à bord, à une débandade en plein centre ville d'un troupeau de vaches, à des attaques de train par le gang James-Younger… Le réalisateur est surtout doué pour ce genre de séquences et utilise aussi beaucoup la succession de fondus enchainés en guise d’ellipses temporelles. Mais contrairement à la Fox pour son Jesse James, la Warner n’a pas octroyé à son équipe de moyens conséquents pour cette autre biographie romancée ; il s’agit d’un film de série sans conséquence (mais pas forcément mauvais) qui pourra faire passer un agréable moment à la condition expresse de ne pas trop en demander et surtout de ne pas trop en attendre car le scénario ne contient aucun éléments nouveaux ni franchement passionnants, la réalisation est purement fonctionnelle et l’interprétation est à l’image du film, tout juste moyenne. Vous voilà prévenus !

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Re: The Shepherd of the Hills

Messagepar Link Jones » 9 juin 10, 11:18

Jeremy Fox a écrit :Le Retour du Proscrit (The Shepherd of the Hills, 1941) d'Henry Hathaway
PARAMOUNT


j'avais fait l'impasse, mais après avoir lu ta chronique je suis obligé de me procurer ce coffret ;-)

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Wagner
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Wagner » 9 juin 10, 11:19

Je propose un critère vestimentaire, le port du chapeau stetson, pour parler de western :idea: :mrgreen:
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Jeremy Fox
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Re: Le Western Américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 9 juin 10, 11:24

Wagner a écrit :Je propose un critère vestimentaire, le port du chapeau stetson, pour parler de western :idea: :mrgreen:


Zut, ma rétrospective risque de se prolonger plus que prévu au départ alors. En revanche Davy Crocket risque de gicler de ma liste :mrgreen: