Lloyd Bacon (1889-1955)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Jeremy Fox
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Messagepar Jeremy Fox » 7 mai 10, 23:11

O'Malley a écrit :
The Oklahoma Kid, un western opposant deux acteurs du film de gangsters: James Cagney et Humphrey Bogart...c'était marrant!!!



Ce film ne possède qu'une seule qualité, sa courte durée. Mon avis sur ce navet au cours du week end dans le topic western.

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Rick Blaine
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Re: Lloyd Bacon (1889-1955)

Messagepar Rick Blaine » 30 août 10, 13:34

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42nd Street (42ème rue -1933)

De Lloyd Bacon, je ne connaissais jusqu'ici que certains films noirs, bien souvent excellents comme A Slight Case of Murder (Un Meurtre sans Importance), Marked Women (Femmes Marquées), Invisible Stripes ou le splendide San Quentin (Le Revolté). La découverte de cette comédie musicale ne fera que renforcer la haute estime en laquelle je tiens ce metteur en scène.

Quelques mots tout d'abord de la mise en scène, je vais abonder dans le sens de Tom Peeping et de Jeremy Fox. Certes, Busby Berkeley fait un travail admirable, j'y reviendrais, mais il ne faudrait pas retirer les mérites de Bacon. Si seul le dernier quart d'heure surnageait du film, on s'ennuierait ferme, et les plans de Berkeley eux même n'aurait pas la même valeur. C'est grâce à la mise en scène pleine de vivacité de Lloyd Bacon que ces plans seront magnifiés, et même sans eux, on a affaire pendant 70 mn à un film très rythmé, extrêmement vivant, qui nous fais embrasser la vie des très nombreux personnages du film sans jamais se perdre sur fond de grande dépression, le tout est du niveau des meilleurs Curtiz, sans problème.

Évidemment, l'apport de Berkeley est formidable, pour un premier contact avec son travail c'est un choc. L'audace, la créativité de ses plans font toucher au génie le dernier quart d'heure du film. Les images qu'il film lors des chorégraphies sont tout bonnement grandioses, on a affaire à un peintre génial qui nous offre certains plans mémorables (notamment lorsque la caméra passe entre les jambes des danseuses pour rejoindre le couple principal, cette idée est parfaite, le résultat visuel est extraordinaire). A noter d'ailleurs la très belle photographie de Sol Polito (Angels with Dirty Faces et de nombreux autres Curtiz sont notamment à son palmarès).

Je connaissais également très peu les acteurs du films, ils sont excellents, notamment le formidable Warner Baxter qui trouve en Julian Marsh un rôle très touchant, qu'il incarne avec force, sans jamais céder à la facilité du pathos et de la mièvrerie. Son discours à Ruby Keller avant la grande première trouve une force incroyable, on est forcément ému par le destin de la jeune danseuse, mais on l'est encore plus par ce metteur en scène au bout du rouleau et par son incroyable sincérité. Le film culmine d'ailleurs lors de la scène finale, illustrant la grande solitude du créateur ignoré.

Marqué par le style Warner, on retrouve dans 42nd Street une volonté réaliste et dramatique forte, la crise est toujours présente dans les décors, dans les enjeux, mais aussi dans chacun des personnages. Tous combattent pour s'en sortir, pour réussir ou comme Julian Marsh, pour repousser la mort. Par chance, le code Hays n'est pas encore en vigueur, permettant ainsi à Bacon une vraie liberté de ton, quelques touches érotiques et surtout cet extraordinaire moment de violence lors du dernier numéro musical ("Forty-Second Street"), rappelant de manière très frappante la réalité sociale du moment.

Un très grand film, rythmé et émouvant.

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Cathy
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Re: Lloyd Bacon (1889-1955)

Messagepar Cathy » 21 janv. 11, 22:27

Prologues, Footlight Parade (1933)

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Chester Kent (James Cagney) metteur en scène de numéros de music hall voit son avenir s'assombrir avec l'arrivée du cinéma. Il entreprend de monter des '"prologues" musicaux pour les séances de cinéma parlant, mais ses idées sont systématiquemet pillées par un concurrent. Pour arracher le marché, il doit créer trois numéros dans trois cinémas différents.

Si 42ème rue ou les Golddiggers sont profondément ancrés dans les années de crise, Prologues s'articule surtout autour de la vie d'un personnage du music hall, de ses déboires amoureux et des numéros musicaux qu'il monte. Le contexte de l'époque permet juste de situer l'importance du cinéma parlant dans la vie quotidienne et la descente des spectacles musicaux. On se demande aussi si Chester Kent n'est pas une sorte de Ziegfeld dans la folie des numéros qu'il propose avec ses girls aux physiques identiques. La trame dramatique n'a guère d'importance, de même que les idylles croisées entre Kent et son ex-femme, l'amie de sa secrétaire ou celle-ci ou celle entre les deux jeunes premiers des spectacles. L'importance réside dans les trois numéros musicaux finaux. Si toute l'histoire se déroule dans les coulisses du show avec des répétitions, un maître de ballet défaitiste, un seul très court numéro a sa place dans la première partie du film. Toutefois on y remarque bien la patte de Busby Berkeley, avec ce côté irréalisable, surréaliste. Bacon met une fois de plus en valeur Ruby Keeler au départ enlaidie en style secrétaire vieille fille et qui s"épanouit au contact de l'amour. Si l'atmosphère est très clairement précode, avec ces jeunes danseuses dont les silhouettes sont bien aperçues sous leurs chemises de nuit, les scènes sans équivoque du numéro Honeymoon Hotel ou encore toutes ses relations "amoureuses" de Kent, ce que l'on retient surtout du film ce sont les fameux trois Prologues. Si le premier "Honeymoon Hotel" est plus un numéro de comédie chantée sans tableau vivant, le second "By the Waterfall" est extraordinaire de par son inventivité, entre les cascades féminines, les tableaux nautiques, les fameuses prises par dessus et kaleidoscope humain, sans oublier l'espèce de serpent "marin". Le dernier plus patriotique permet à James Cagney de montrer une fois de plus ses talents de Showman, à la fois danseur, chanteur, acteur. Il y a une fois de plus ces tableaux humains "surdimensionnés" couplés à une histoire "vaudevillesque". James Cagney impressionne une fois de plus par sa fluidité de danseur, son charisme d'acteur aux côtés de Joan Blondell, pétillante et malicieuse. Il y a aussi Ruby Keeler, dont les numéros de tap dance un peu en force contraste avec son minois et naturellement Dick Powell qui excelle dans son rôle de jeune premier chantant, même si son rôle est fort secondaire ici, il se contente essentiellement d'être la vedette de deux prologues. Lloyd Bacon montre son aisance à réaliser les numéros musicaux et une modernité et une originalité évidente dans les prises de vues des scènes musicales.
Naturellement ceux qui connaissent bien ces musicals, remarqueront le côté répétitif de ces films avec une longue partie comédie et une seconde partie consacrée aux numéros sensés se dérouler sur scène, mais pour les autres, ils découvriront le génie inventif de Busby Berkeley particulièrement bien servi par ses interprètes même si ici, contrairement aux Golddiggers, Joan Blondell se contentera d'être actrice et pas du tout chanteuse. En tout cas Prologues reste un must du genre !

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allen john
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Re: Lloyd Bacon (1889-1955)

Messagepar allen john » 22 janv. 11, 10:20

J'ai suivi avec intérêt le débat, et je pense que qu'il faut suivre Jérémy Fox et Tom Peeping: La contribution de bacon à 42nd Street, ou à Svengali, n'est pas à prendre à la légère: si le metteur en scèbne s'abstient de faire preuve de génie, il assure néanmoins la cohésion d'un film qui aujourd'hui tient encore la route (Et devant 42nd Street, et Wonder bar, il a la tâche difficile face à la flamboyance surréaliste du matériau de berkeley), et il n'y est pas pour rien. On fait peu de cas (Merci les cahiers!!!) de ce coté "artisan" d'un bacon, d'un del Ruth ou d'un Keighley, mais ils faisaient un bien beau métier, et souvent de bien chouettes films.

... j'ai réussi à ne pas écrire le nom "Curtiz".

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Jeremy Fox
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Re: Lloyd Bacon (1889-1955)

Messagepar Jeremy Fox » 22 janv. 11, 10:24

allen john a écrit :... j'ai réussi à ne pas écrire le nom "Curtiz".


Ah oui effectivement :lol:

J'aurais rajouté un autre nom aux trois cités, un grand oublié, Irving Cummings à la Fox qui, au sein d'une filmo qu'on connait assez peu, a réalisé quelques pépites.

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Sybille
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Re: Lloyd Bacon (1889-1955)

Messagepar Sybille » 22 janv. 11, 12:37

Cathy a écrit :Prologues, Footlight Parade (1933)


Celui-là, c'est vraiment un des meilleurs. :idea:

Le quatuor Cagney / Blondell / Keeler / Powell est comme d'habitude vif et sympathique ; les numéros musicaux excellents (j'ai un faible pour le dernier grâce au rythme de la musique et surtout, les claquettes de Ruby Keeler et James Cagney sur le bar, je trouve ça irrésistible). :D

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Cathy
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Re: Lloyd Bacon (1889-1955)

Messagepar Cathy » 22 janv. 11, 12:58

Sybille a écrit :
Cathy a écrit :Prologues, Footlight Parade (1933)


Celui-là, c'est vraiment un des meilleurs. :idea:

Le quatuor Cagney / Blondell / Keeler / Powell est comme d'habitude vif et sympathique ; les numéros musicaux excellents (j'ai un faible pour le dernier grâce au rythme de la musique et surtout, les claquettes de Ruby Keeler et James Cagney sur le bar, je trouve ça irrésistible). :D


J'aime beaucoup la musique aussi, j'aime le numéro de claquetes, mais je suis toujours troublée par le style plutôt "athlétique" de Ruby Keeler qui ne va pas avec sa tête ! Mais il est évident que c'est un des meilleurs Berkeley si ce n'est le meilleur !

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allen john
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Re: Lloyd Bacon (1889-1955)

Messagepar allen john » 22 janv. 11, 19:45

Tant qu'on en est à parler de Lloyd Bacon, rappelons les débuts du monsieur: il jouait les silhouettes dans certains films de Chaplin en 1915, et notamment les policiers. Comme quoi...

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Cathy
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Re: Lloyd Bacon (1889-1955)

Messagepar Cathy » 29 janv. 11, 19:29

42ème rue -42nd Street (1933)

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Julian Marsh, célèbre metteur en scène de musical revient sur la 42ème rue pour monter une comédie musicale

La même année que Footlight Parade, Lloyd Bacon tournait 42ème rue. Si les arguments des deux films se ressemblent énormément, ce n'est pas tout à fait la même ambiance. 42nd Street montre les coulisses de la création d'une revue, mais aussi l'histoire d'amour qui existe entre la vedette musicale du show et un artiste raté, une chorus girl et le jeune premier, mais aussi ambiance précode oblige, les relations entre la vedette et son protecteur qui finance le spectacle. Les relations ne sont aucunement ambigues, et la vedette de music hall est montrée comme allant dans le lit de deux hommes en toute "normalité". Il y a aussi cette manière de filmer les dessous des girls descendant les escaliers. Et puis il y a les numéros Busby Berkeley. Ici pas trop de démesure hormis dans le numéro final 42nd Street, où on se demande comment voiture, chevaux ou pont gigantesque peuvent entrer sur un plateau. Le premier numéro est totalement crédible sur scène et fort sympathique. Evidemment quand on voit tous les films de cette série, on remarque la parenté des musiques, le rythme, les choeurs. Il y a aussi ce second numéro qui montre le génie de Berkeley avec la naissance de ces prises de vue plongeantes, ou au contraire les travellings passant entre les jambes des girls, on sent bien le numéro de studio dans ce numéro, mais quel génie graphique et quelle modernité. Finalement le numéro titre est sans doute le plus décevant, car le plus court même si la musique est fort entrainante. Il y a aussi cette galerie de personnages un peu caricaturaux mais typique des comédies musicales de l'époque.
Maintenant comme dans Footlight Parade, tous les numéros musicaux sont totalement rattachés aux répétitions ou au spectacle, ce qui n'est pas le cas de Dames tourné l'année d'après avec cette fois-ci Powell et Keeler en vedettes, et plus en seconds rôls.
Warner Baxter campe un metteur en scène attachant dépassé par les évènements mais qui montre son profond attachement pour la scène, Ruby Keeler est pour la première fois la "vedette" des musicals Berkeley avec son ravissant visage, elle forme avec Dick Powell, un couple attachant. Bebe Daniels prête ses traits à la vedette capricieuse. On peut aussi remarquer Ginger Rogers en chorus girl arriviste, mais lucide. Moins abouti que Footlight Parade visuellement parlant, le film tient quand même totalement la route !

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Julien Léonard
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Re: Lloyd Bacon (1889-1955)

Messagepar Julien Léonard » 30 janv. 11, 10:32

Je viens de voir ce 42nd street, eh bien Cathy, je ne vois pas trop quoi rajouter à ce que tu as mis. C'est encore très enthousiasmant, les numéros musicaux sont excellents (même si j'ai peut-être préféré la montée en puissance de Footlight parade) et la réalisation très réussie. Ce Lloyd Bacon m'étonne décidément beaucoup, même si j'ai toujours pensé qu'il était un bon technicien. Gros coup de coeur pour Dick Powell et Ruby Keeler, un duo glamour et attachant, vif et frais. J'ai eu un peu de mal à m'habituer à l'absence de James Cagney durant les premières minutes (ainsi qu'à l'absence de Joan Blondell), mais ce sentiment est assez vite passé quand j'ai vu la maestria de l'ensemble. Le côté pré-code joue sans doute beaucoup dans l'effet de liberté procuré par le récit.

Juste un peu déçu par l'enchainement des numéros à la fin et par une texture très légèrement moins flamboyante que dans Footlight parade. Mais à sa décharge, je n'arrive toujours pas à ôter de mes pensées By the waterfall et Shangaï Lil... Cela dit, tout cela est bien anodin, car 42nd street demeure un spectacle qui m'a beaucoup plu, notamment grâce à sa folie et à un univers rassurant et très agréable.
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Re: Lloyd Bacon (1889-1955)

Messagepar Cathy » 30 janv. 11, 10:43

Je crois que tu as commencé par le meilleur avec Footlight Parade, c'est vrai qu'au niveau des numéros musicaux, 42nd street est plus faible, on sent un Berkeley qui fait ses dents et annonce les morceaux gigantesques qui vont venir que ce soit dans Footlight parade ou dans Gold diggers of 33, et évidemment Dames où Berkeley fait du grand "n'importe quoi" que ce soit dans le numéro basé sur Ruby Keeler ou dans le numéro Dames. Alors il est vrai qu'après nous sommes dans la comédie typique de cette époque avec effets appuyés, etc.

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Re: Lloyd Bacon (1889-1955)

Messagepar Julien Léonard » 30 janv. 11, 10:45

Je pense d'ailleurs continuer avec Dames pour le moment. Je finirais par les deux premiers Gold diggers. :)
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Cathy
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Re: Lloyd Bacon (1889-1955)

Messagepar Cathy » 30 janv. 11, 10:47

Je me suis gardé le dernier Gold diggers pour plus tard, car curieusement Lullaby of Broadway n'est pas un numéro que j'apprécie plus que cela, malgré sa virtuosité, son génie de la mise en scène, son gigantisme avec ses centaines de tap dancers !

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allen john
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Re: Lloyd Bacon (1889-1955)

Messagepar allen john » 16 févr. 11, 14:54

MARKED WOMAN (1937)

Un film absolument passionnant, typique de la production Warner des années 30, et qui semble accomplir l'impossible: réunir le savoir-faire maison acquis au terme d'une longue et riche décennie d'une part, et la verve grinçante des films de l'époque 1930-1934, dont on sait qu'elle a pris fin lorsque le Breen office a réussi à obtenir des studios Hollywoodiens qu'ils cessent la course toujours plus folle vers les sujets osés, la représentation des turpitudes et toutes ces sortes de choses. En d'autres termes, Marked woman réussit à parler de choses dont on ne peut pas parler, et à montrer ce qu'on ne peut pas montrer, le fait en construisant un suspense formidable, avec des personnages qu'on ne peut vouloir que suivre. Et il est du à Lloyd Bacon, un cinéaste pouyrtant mal aimé, et souvent accusé à tort de n'être qu'un tâcheron. Et d'une façon presqu'officielle, il est aussi un peu l'oeuvre d'un autre cinéaste, souvent appelé à cette époque pour donner un peu plus de punch aux films des autres: Michael Curtiz. C'est désormais un fait acquis, et on retrouve occasionnellement sa patte, mais je ne vais pas tomber dans le travers qui consisterait à lui atribuer tout le succès du film: Lloyd Bacon a fait un travail formidable, et on lui dout en particulier la formidable caractérisation des jeunes femmes, Bette davis et Isabel jewell en tête, qui sont exceptionnelles.

Joe Vanning, un mafioso inculte ( -"Club intime"? Qu'est-ce que ça veut dire?
-Ca patron, ça veut dire "intimate".
-Parle Anglais, je ne te comprends pas!
-Intimate, ça veut dire être ensemble.
-Changez le nom, si ça veut dire "intimate", il faut que ça s'appelle "Club Intimate".), prend les rênes d'un club de rendez-vous, dans lequel des jeunes femmes ont pour fonction de pousser les clients non accompagnés à consommer. Mary (Bette Davis) sait qu'elles sont entre les mains d'un malfrat qui n'hésitera pas à les supprimer si le besoin s'en fait sentir, et est très inquiète, d'autant qu'elle fait ce métier afin de payer l'université à sa soeur Betty, qui ignore tout de ses activités. Mais lorsqu'un client qui payait par chèque disparait au terme d'une soirée passée avec elle, ellle est immédiatement soupçonnée par l'énergique assistant du procureur, interprété par Humphrey Bogart dans un rôle rare à cette époque de "Good guy"... Il lui va falloir témoigner, en sachant la menace qui pèse sur elle...

La prostitution, déguisée en un business de dames de compagnie, voilà bien sur le sujet dont il est question... ou pas. Bien sur, les 5 jeunes femmes qui travaillent dans le Club "Intimate" se plaignent de leur sort, et sont soumises à la loi du milieu, mais les allusions sont nombreuses, notamment les ellipses, qui nous permettent d'extrapoler sur le véritable emploi du temps des héroïnes. leur façon aussi de parler de leur sort, voire de le dissimuler, telle Mary qui ne révèle à Betty la nature de son travail lors d'un procès...

Le ton volontiers plus policé des films dans les années qui suivent le pré-code ne s'applique pas autant à la Warner qu'à la MGM, et ce film en est un bon exemple. Le montage suit bien sur la dictyion mityraillette des acteurs, Bogart en tête, et l'ascension de l'adrénaline culmine avec violence (Bette Davis se fait passer à tabac hors Champ!! Elle a une scène, déguisée en momie sur un lit d'hôpital!!) dans une scène de procès qui est un modèle du genre.... La façon dont la caméra filme alors que les 5 jeunes femmes sortent de leur lieu de travail leurs jambes, marchant d'un pas décidé sur le trottoir, aporte bien sur une rime lexicale au soupçon de prostitution: on appelle les prostituées, entre autre, des "Street walkers", après tout. Enfin, l'apport de Curtiz se ressent essentiellement dans certains plans typiquement coûteux, comme un beau plan du night-club, qui part d'ue femme en train de chanter sur scène, et s'éloigne jusqu'à cadrer tout l'établissement, avec ses nombreux figurants, mais aussi les acteurs de la scène qu'on voit distinctement s'installer à leur table. Sinon, la fin porte sa marque, avec son impression de happy ending dans ce qui nous est raconté, et l'impression contraire par ce qui nous est montré: le cinéaste à l'oeuvre fait tout, et réussit d'ailleurs, pour contredire la promesse de Bogart qui dit à Davis 'tout va aller bien maintenant, je suis là', en particulier lorsque les jeunes femmes s'enfoncent dans la nuit... Des scènes du procès ont été également assurées par Curtiz, et deux ou trois séquences, bien nerveuses. Mais de toutes façons, on ne va pas couper le film en petits bouts: voyez-le!!

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feb
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Re: Lloyd Bacon (1889-1955)

Messagepar feb » 15 juil. 11, 19:41

Cain and Mabel - Lloyd Bacon (1936)

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Mabel O'Dare (Marion Davies) perd son job de serveuse à cause d'un client. Ce dernier va tenter de se faire pardonner en essayant de lui en trouver un nouveau et va réussir à faire engager la jeune femme comme danseuse dans un spectacle à Broadway. Au même moment le boxeur Larry Cain (Clark Gable), malgré son titre de champion fraichement acquis, n'arrive pas à remplir les salles et perd de l'argent. Les agents de Mabel et les entraineurs de Caine vont s'arranger pour créer une fausse romance entre les 2 personnes afin d'intéresser le public et que chacun y trouve son compte. Si au début, les 2 amoureux ne se supportent pas, ils vont petit à petit tomber amoureux et commencer à prévoir de tout quitter pour vivre leur vie ensemble. Le seul problème c'est qu'ils envisagent de le faire plus tôt que prévu et sans prévenir les gens autour d'eux....

Second film avec le couple Gable/Davies, Cain and Mabel est une comédie sympathique qui souffre malheureusement de 2 gros défauts : Marion Davies n'est vraiment pas à l'aise dans ce rôle et donne l'impression de réciter (c'est d'ailleurs étonnant comme Lloyd Bacon se sent obligé de filmer l'actrice face caméra de nombreuses fois dans le film comme si elle parlait à l'objectif :shock:) et le rythme du film est cassé par des passages du spectacle où est censée jouer Mabel qui s'avèrent mous, mals chantés et trop longs :arrow: un comble quand on sait que Bacon a réalisé 42nd street et Footlight Parade (même si c'est Busby Berkeley qui était aux manettes pour les passages dansés). C'est vraiment dommage car le reste du film est assez agréable et Clark Gable est fidèle à lui même, il réussit à rendre ses scènes drôles et dynamique (le meilleur passage étant celui de la bibliothèque où les 2 amoureux se retrouvent en cachette). Je pense que l'idée de départ, loin d'être originale, était suffisamment intéressante pour rendre le film dynamique et drôle mais ici la sauce ne prend pas : Marion Davies ne semble pas coller pas avec ce rôle (je pense qu'une actrice comme Irene Dunne ou Carole Lombard aurait été plus à l'aise), les séances de music-hall sont trop envahissantes sur la fin et, malheureusement, elles brisent le rythme du film.
Dernière édition par feb le 19 févr. 12, 16:07, édité 1 fois.
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)