La Lune dans le caniveau (Jean-Jacques Beineix - 1983)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

Modérateurs : Karras, Rockatansky, cinephage

mannhunter
Laspalès
Messages : 15410
Inscription : 13 avr. 03, 11:05
Localisation : Haute Normandie et Ile de France!

La Lune dans le caniveau (Jean-Jacques Beineix - 1983)

Messagepar mannhunter » 19 oct. 07, 17:00

Un peu de pub pour cet excellent blog qui consacre un dossier complet au film maudit de Beineix!! :wink: :

http://nostalgiakinky.blogspot.com/

Avatar de l’utilisateur
Jeremy Fox
Shérif adjoint
Messages : 86336
Inscription : 12 avr. 03, 22:22
Localisation : Contrebandier à Moonfleet

Messagepar Jeremy Fox » 19 oct. 07, 18:02

Autant je n'accroche pas une seule seconde aux autres films de Beineix, autant j'ai eu immédiatement un coup de foudre pour cet opus casse-gueule, véritable poème d'amour fou. Allez savoir pourquoi ? Les fabuleux décors et la somptueuse partition de Gabriel Yared doivent y être pour quelquechose. Par contre pas revu depuis une vingtaine d'années donc difficile d'en dire plus.

Avatar de l’utilisateur
AtCloseRange
Mémé Lenchon
Messages : 22828
Inscription : 21 nov. 05, 00:41

Messagepar AtCloseRange » 19 oct. 07, 18:07

Jeremy Fox a écrit :Autant je n'accroche pas une seule seconde aux autres films de Beineix, autant j'aime cet opus casse-gueule, véritable poème d'amour fou. Allez savoir pourquoi ? Les fabuleux décors et la somptueuse partition de Gabriel Yared doivent y être pour quelquechose. Par contre pas revu depuis une vingtaine d'années donc difficile d'en dire plus.

Pareil sauf que j'aime beaucoup Diva également.
Parce que le reste... :? Jamais accroché au "film culte de ma génération" 37°2.
Image

Avatar de l’utilisateur
Watkinssien
Etanche
Messages : 14500
Inscription : 6 mai 06, 12:53
Localisation : Xanadu

Messagepar Watkinssien » 20 oct. 07, 19:54

Comme d'habitude, un film qui tape les yeux trop souvent et qui se réduit à peindre des personnages d'une complexité quasi nulle dans un visuel proche d'une publicité de luxe !
Image

Mother, I miss you :(

Avatar de l’utilisateur
Demi-Lune
Bronco Boulet
Messages : 13033
Inscription : 20 août 09, 16:50
Localisation : Avec Dr. Jones dans une pièce qui se rétrécit à vue d'oeil

Re: La lune dans le caniveau (Jean-Jacques Beineix,1983)

Messagepar Demi-Lune » 4 mars 12, 10:44

ImageImageImage

Bon, ce n'est pas encore avec ce film-là que mon rapport au cinéma de Beineix va s'arranger. Et pourtant... pourtant, comme pour Diva, je n'arrive pas à être trop sévère. Beineix est un mec indéniablement ambitieux et sa Lune dans le caniveau une nouvelle démonstration de ce que son style était à cette époque sans équivalence dans le paysage cinématographique français. Le formalisme teinté de fraîcheur de Diva prouvait déjà le talent technique de son auteur, mais La lune dans le caniveau enfonce définitivement le clou : la caméra virevolte dans des travellings à l'américaine, les cadres sont méticuleux, l'ambiance plastique est étouffante et essentielle. En s'attaquant à David Goodis, Beineix ne se contente pas du luxe du matériau, il va façonner un film assez expérimental à la croisée d'Argento, Coppola, Godard et Ridley Scott, et construire un véritable univers interne comme l'on bâtit une cathédrale : on pénètre dans le film comme dans un rêve étrange, fiévreux et poétique, un rêve peuplé de dédales sombres, de taudis crasseux, d'érotisme moite, de néons multicolores, de bars mal famés, de femmes désirées et de gouttes de sang. Sans doute influencé par la forme et la technique de Coup de Cœur, le tournage en studio renforce pourtant ici un confinement nocturne inquiétant, tandis que le recours discret à des maquettes (je ne sais pas pourquoi mais la séquence de la cathédrale m'a quasiment fait penser au Batman de Burton) et la musique planante de Gabriel Yared suggèrent de façon lancinante une irréalité trouble, quelque part entre le rêve et le cauchemar. Les ambitions formalistes de Beineix n'ont jamais été aussi évidentes : La lune dans le caniveau est d'abord un spectacle rétinien, un féérie de couleurs soigneusement choisies et associées (l'utilisation du rouge et sa connotation sanglante est signifiante), se déclinant au travers des vêtements, des néons, des lumières scintillantes. Avec la caméra de Beineix, tout est prétexte à esthétisme, et les partis-pris rappellent immanquablement ce que Coppola faisait à la même époque.

ImageImageImage

Du Napoléon du Cinéma Beineix partage la soif de démesure - l'histoire semble bien étroite pour un tel déchaînement plastique -, mais en tout cas pas le sens narratif. Car si La lune dans le caniveau se montre remarquable dans sa proposition formelle, on ne peut pas dire que son histoire, ou tout du moins la manière dont elle est traitée par Beineix, soit très convaincante. Le pitch est intéressant mais très vite on se perd dans de fausses complexités psychologiques (les fantasmes des riches fascinés par la pauvreté, le frère tourmenté par le suicide de sa sœur...), des poses maniérées et une avancée scénaristique quasi nulle qui, comparativement à l'esthétisme déployé, montre que le film n'a finalement pas grand-chose à raconter. C'est long, long, long ! C'est beau mais qu'est-ce que c'est chiant ! Le film devient alors potentiellement irritant, brassant de l'air pour trois fois rien ; l'obsession formaliste de Beineix finirait presque par se retourner contre lui tant son talent paraît gaspillé en vain. Le jeu mollasson et étudié de Nastassja Kinski (belle à en crever) est hélas particulièrement pénible, tout comme celui du personnage de son frère. Plusieurs scènes agacent carrément dans leur posture théâtrale et grimacière : il faut notamment se pincer lors de la scène avec les deux putes au bar. Certains plans, certaines atmosphères, cueillent sporadiquement un intérêt qui s'évanouira rapidement, et il faut toute la douceur mêlée de bouillonnement de Depardieu et la sensualité volcanique de Victoria Abril pour aller jusqu'au terme du film.

ImageImageImage

La lune dans le caniveau demeure sans doute une expérience sans grande équivalence dans le cinéma français, c'est un film "admirable" au sens qu'on peut s'extasier sur ses propositions visuelles et son ambition, mais il n'en demeure pas moins à mes yeux que le reste, malgré toutes les bonnes volontés réunies, est quand même assez raté et pénible. Mais c'est une œuvre qui mérite assurément qu'on s'y attarde.

Spoiler (cliquez pour afficher)
ImageImageImage
La plus belle scène (onirique) du film.

Avatar de l’utilisateur
Jericho
Cadreur
Messages : 4437
Inscription : 25 nov. 06, 10:14

Re: La lune dans le caniveau (Jean-Jacques Beineix - 1983)

Messagepar Jericho » 4 mars 12, 15:11

C'est vraiment particulier comme film.
Et tellement ambitieux sur le plan de la mise en scène, que je n'ai même pas envie de parler des défauts (si défauts il y a).
Il y a juste quelques partis pris, qui m'ont un peu échappé.
Image

Avatar de l’utilisateur
Roilo Pintu
Doublure lumière
Messages : 740
Inscription : 7 oct. 17, 15:13

Re: La lune dans le caniveau (Jean-Jacques Beineix - 1983)

Messagepar Roilo Pintu » 18 juin 18, 23:06

La lune dans le caniveau (Jean Jacque Beinex - 1983)

Je découvre enfin ce film que je n'ai connu que pour sa mauvaise réputation au moment de sa sortie. L'année passée j'ai découvert avec plaisir Diva, sur laquelle j'avais certainement un rapport plus proche, grâce à la musique de Cosma que je connaissais bien. Ici je suis resté complètement en dehors du film, pas accroché à l'histoire, sa galerie de personnages (grotesques) au milieu desquels surnage l'hypnotisante Nastassja Kinski et une ambiance de studio assez agréable. Le travail de mise en scène reste très soigné, entre les choix de couleurs, les mouvements de caméra assez élégant. Mais non, ce sera un One shot pour moi.

Avatar de l’utilisateur
Alexandre Angel
Une couille cache l'autre
Messages : 6429
Inscription : 18 mars 14, 08:41

Re: La lune dans le caniveau (Jean-Jacques Beineix - 1983)

Messagepar Alexandre Angel » 18 juin 18, 23:55

Je me souviens ne pas avoir détesté à sa sortie mais ça ne m'intéresse vraiment plus.
En revanche je reconnais ressentir une intense nostalgie (celle de mes années lycée) pour ce corpus de films, quelle que soit leur qualité, qui faisait péter le studio au cours de cette première moitié des années 80, de Hammett à Opera Do Malendro, en passant par Coup de Cœur, Blade Runner, E la nave va, Le Bal, La Lune dans le caniveau, Brazil et d'autres que j'oublie. Il y avait là une ambiance un peu utérine, protectrice (esthétiquement parlant, je ne parle pas des sujets), ouatée, crépitante.. J'aimais ça : c'était rétro-futuriste, moderne, contemporain, musical.
Indépendamment de cela, c'était aussi la grande époque de Nastassja Kinski sur laquelle on fantasmait tous dans La Féline, La Lune, Maria's Lover. Tout un trip.
Cette rupture d'avec la décennie précédente m'envoutait....jusqu'à ce que j'en perçoive ce que je n'allais pas tarder à détester : le versant publicitaire.

Avatar de l’utilisateur
la_vie_en_blueray
Régisseur
Messages : 3066
Inscription : 30 janv. 17, 19:26

Re: La Lune dans le caniveau (Jean-Jacques Beineix - 1983)

Messagepar la_vie_en_blueray » 19 juin 18, 09:11

Y a un coté très pub dans Beinex, comme tu le dis. Ca me gene pas, c'était un nouveau medium (la pub video), et il était normal de jouer avec.

Et oui, je regrette assez le manque de visibilité de Beinex. J'ai du acheter Diva en allemagne, 37:2 en Angleterre, et je crois que la lune a un master tout pourri aux US.

Avatar de l’utilisateur
Torrente
Producteur Exécutif
Messages : 7881
Inscription : 14 juin 07, 18:26

Re: La Lune dans le caniveau (Jean-Jacques Beineix - 1983)

Messagepar Torrente » 19 juin 18, 16:17

la_vie_en_blueray a écrit :et je crois que la lune a un master tout pourri aux US.

Vrai.

The Eye Of Doom
Electro
Messages : 829
Inscription : 29 sept. 04, 22:18
Localisation : West of Zanzibar

Re: La Lune dans le caniveau (Jean-Jacques Beineix - 1983)

Messagepar The Eye Of Doom » 19 juin 18, 23:10

Je me souvient très bien de sortie du film.
Après Diva, que j'avais aimé mais sans plus, l'annonce de l'adaptation par Beineix du chef d'œuvre d'un de mes écrivains préfèrés de l'époque, avec Gérard Depardieu et Natasia Kinski, excusez du peu, avait provoqué une attente démesurée.
J'ai adoré cette adaptation très fidèle du roman jusqu'à les dix dernières minutes qui non seulement élaguent la dernière partie du livre mais et surtout trahissent complètement la fin . J'ai pas compris pourquoi un tel raccourci et une telle trahison. J'ai appris bien des années plus tard que la fin avait bien été tournée mais retirée du montage par la production. Beineix se serait battu pour récupérer le matériel pour un Director cut mais celui ci aurait été détruit par le studio.
Quant à savoir s'il avait prévu d'être fidèle à la fin du livre je n'en sais rien.
La mémoire me joue peut être des tours, je n'ai jamais revu le film.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Dans le roman:
Le violeur que cherche Depardieu durant tout le film, c'est lui même.