La Fille qui en savait trop (Mario Bava - 1963)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Brice Kantor
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La Fille qui en savait trop (Mario Bava - 1963)

Messagepar Brice Kantor » 28 nov. 03, 18:59

A ma grande honte, c'est le premier film du réalisateur transalpin que je découvre... :oops: Et bien pour le coups, ni déçu ni vraiment emballé. Le scénario est très limité, et sous son titre hitchcockien, c'est un giallo de gare que nous propose Bava. Tout est dans la stylisation, aussi bien par la mise en scène du décor romain, les mouvements élégant que par la photographie noir et blanc vraiment à couper. La scène du meurtre de début, suivis de celle de l'héroîne à l'hôpital sont les plus réussis, le film naviguant entre surréalisme et enquète policière.

Après, les cartes sont malheureusement vite jouées. Le ton est assez difficile à saisir, le film n'inquiétant guère et étant très ironique et drôle (la scène des fils d'arianes protecteurs tient presque du slapstick). La voix off ultra kitch n'arrange pas les choses . Une forte scène à tension sexuelle sur une plage vient s'imposer là de manière assez hors propos. Entre stylisation et dérision, le mélange a du mal à prendre... Certaines images très fortes et un moment assez divertissant néanmoins, ainsi qu'une actrice sublime, Letícia Román.

4/6

Comme je n'arrive pas trops à savoir quelle version du film j'ai vu (le narrateur serait seulement dans la version américaine), les spécialistes peuvent-ils m'éclairer (je l'ai vu sur le DVD 1 euro de CDiscount).

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Kurwenal
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Messagepar Kurwenal » 28 nov. 03, 19:24

C'est un film qui m'a terriblement ennuyé comme les quelques autres Bava que j'ai vus.
Je marche vraiment pas à ce cinéma :oops:
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Troma
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Messagepar Troma » 28 nov. 03, 20:27

J'ai bien aimé. Le coté roman de gare est effectivement présent, une ambiance bricolée entre polar et film d'horreur servie par une photo somptueuse gachée par un master dvd plus que faiblard. Bava, bon photographe, n'était pas un grand directeur d'acteurs. Sa mise en scène est fortement influencée par ses visées esthétiques et formelles, qui n'hésite pas à sacrifier toute crédibilité au maigre scénario pour enchainer scènes chocs variées qui ne forment pas un forcément un tout homogène. C'est un film commercial, sur lequel Bava s'est fait la main, et qui vaut surtout le détour si on apprécie le ciné fantastique italien, capable de beaucoup avec trois fois rien.
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Messagepar Breezy » 28 nov. 03, 20:38

Kurwenal a écrit :C'est un film qui m'a terriblement ennuyé comme les quelques autres Bava que j'ai vus.
Je marche vraiment pas à ce cinéma :oops:


Argento non plus?
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Melmoth
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Re: La Fille qui en savait trops (Bava)

Messagepar Melmoth » 28 nov. 03, 21:14

Mac Lean a écrit :Comme je n'arrive pas trops à savoir quelle version du film j'ai vu (le narrateur serait seulement dans la version américaine), les spécialistes peuvent-ils m'éclairer (je l'ai vu sur le DVD 1 euro de CDiscount).


Je ne suis pas un spécialiste mais il s'agit bien de la version italienne, la voix off est absente de la version américaine.
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Messagepar Kurwenal » 28 nov. 03, 21:58

breezy a écrit :
Kurwenal a écrit :C'est un film qui m'a terriblement ennuyé comme les quelques autres Bava que j'ai vus.
Je marche vraiment pas à ce cinéma :oops:


Argento non plus?


Argento non plus :oops: Bref, malgré plusieurs essais dans ce genre de cinéma...je reste réfractaire! Ce n'est pas un jugement de valeur, juste une incompatibilité.
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NUTELLA

Messagepar NUTELLA » 28 nov. 03, 22:58

une remarquable réussite,j'adore de bout en bout 8)

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Re: La Fille qui en savait trops (Bava)

Messagepar Mister Zob » 29 nov. 03, 11:21

Mac Lean a écrit :c'est un giallo de gare que nous propose Bava.

C'est surtout le 1er giallo du cinéma... donc: respect! 8)

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Messagepar John Anderton » 1 déc. 03, 23:47

Pareil, j'aime beaucoup ce Bava... j'attends de recevoir le DVD de Cdiscount, ça fait un moment que je ne l'ai pas revu... :wink:
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Cosmo Vitelli
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Messagepar Cosmo Vitelli » 2 déc. 03, 15:47

Je préférais Bava comme chef op. Même dans les films qu'il a réalisé, je préfère la photo.
"De toutes les sciences humaines, la pipeaulogie - à ne pas confondre avec la pipe au logis - ou art de faire croire qu'on sait de quoi on parle, est sans conteste celle qui compte le plus de diplômés !" Cosmo (diplômé en pipeaulogie)

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Messagepar John Anderton » 9 déc. 03, 23:19

LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP : revisionnage de ce très bon giallo de Mario Bava. Bonne ambiance, photo comme toujours impressionnante, la présence de John Saxon... où j'ai des réserves, c'est sur les qualités techniques du DVD... je ne vais pas pinailler sur un film acheté à moins de 2 Euros, mais franchement, la critique figurant sur notre site est largement trop élogieuse à mon goût... si l'image n'est pas catastrophique, elle est également loin d'être propre, et le son est plus que moyen... :?
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Frank Bannister
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LA FILLE QUI EN SAVAIT TROP (1963/Mario Bava)

Messagepar Frank Bannister » 5 avr. 04, 20:45

La Fille qui en savait trop est le 5eme long-métrage de Mario Bava et également sa premiere incursion dans le genre policier. Auparavant, il s’est illustré dans le genre fantastique avec Le Masque du Démon). Le titre du film est un clin d’œil à L’Homme qui en savait trop réalisé par Alfred Hitchcock, l’un des réalisateurs favoris de Bava. (A noter que comme Kim Novac dans Vertigo et Grace Kelly dans La Mort Aux Trousses, l’héroine du film est blonde).

Ici Mario Bava explore ce qui deviendra par la suite l’un des thèmes récurrent de son cinéma : Le jeu de l’illusion et du réel. L’Irréel s’invite dans une situation réelle donnée.
Le film navigue entres plusieurs genres et plusieurs thèmes : le Thriller à l’américaine, le film fantastique et la rationalisation psychanalytique des faits énoncés.

Ce film aux allures Hitchcockiennes (Monsieur tout le monde est confronté à une situation à laquelle il n’était pas préparé) prend vite des allures Fantastique (le meurtre auquel elle assiste s’est passé il y a bien longtemps). Le point commun à tous les Gialli est l’enquête policière. Ici, comme souvent chez Hitchcock, les héros sont des gens ordinaires confrontés à une situation extraordinaire : Ici, Nora Davis incarne une jeune touriste américaine en vacances((Tout comme le personnage de James Stewart dans le film d’Alfred Hitchcock…) et John Saxon interprète le rôle d’un médecin de famille. Nos deux héros, bien qu’ils n’aient aucune compétence particulière dans ce domaine, s’improvisent détective le temps d’une enquête qu’ils mènent en parallèle de celle de la police.
La jeune Nora Davis est complètement dépaysée par rapport à son milieu d’origine : Elle est en vacances dans une ville qu’elle ne connaît pas à des milliers de kilomètres de son pays. C’est une situation que l’on retrouve régulièrement chez Hitchcock : James Stewart est un touriste américain en vacances au Maroc et devient malgré lui un homme qui en savait trop. Quand a Paul Newman dans Le Rideau Déchiré, c’est un agent double américain infiltré en R.D.A.La perte de ses repères oblige le héros à réagir de façon inhabituelle et d’agir selon son instinct.

« C’est l’histoire de vacances, de vacances à Rome ». Le film débute par cette phrase en voix-off. L’incipit est plein d’ironie quand on connaît la suite du film. Assister à un meurtre dès le début de ses vacances n’est pas la meilleur façon de les commencer. L’ironie de Bava ne s’arrête pas là : Si l’hommage du titre au film d’Hitchcock est évident, il vient surtout souligner l’ironie du réalisateur quand à la notion d’identification à un modèle. Le personnage de Nora Davis vit à travers ses lectures et s’identifie aux personnages de romans policiers qu’elle dévore. Elle peut dès lors se prendre pour « une fille qui en savait trop » et s’improviser détective afin d’élucider un meurtre. Le roman qu’elle lit dans l’avion qui l’amène à Rome s’intitule The Knife, l’arme de prédilection du tueur dans le Giallo.

La Fille qui en savait trop ne ressemble pas tout à fait au thriller américain : Pas de fusillades, pas de courses-poursuites, pas de séquence finale très spectaculaire comme on peut le voir dans La Mort Aux Trousses (séquence du Mont Rushmore) ou dans L’Homme qui en savait trop (le finale au Royal Albert Hall).
Le Giallo naissant ne se défait pas totalement du Thriller américain. Par la suite, il s’en émancipera. La Fille qui en savait trop est généralement considéré comme le premier Giallo. Bava n’avait la prétention de vouloir crée un nouveau genre mais de réaliser un film en lui donnant son propre style. Ici Bava introduit une composante Fantastique dans cette histoire policière. Le film n’est pas pour autant à classer dans le genre fantastique. Il reste au second plan puisque tout le film est dominé par l’enquête policière qui semble, au spectateur et à notre héroïne, très réelle.
Mario Bava repousse les limites de la réalité et du fantastique dans ses retranchements. (Si vous n’avez pas vu le film, ne lisez pas ce qui suit…).

SPOILER

A la fin du film, quand le spectateur comprend que la jeune héroïne était droguée par les cigarettes que lui a offerte un inconnu à l’aéroport, nous sommes alors en droit de nous demander si elle à rêvée toute cette histoire ou si tout cela était bien réel ? Ou est la part de réalité ? Ou est la part de rêve ?

FIN DE SPOILER


Le film hésite à rationaliser de facon psychanalytique les faits énoncés, ce qui contribue a renforcer la part Fantastique de ce film. Ainsi, le mari jaloux que la jeune femme a vu tuer sa femme et son amant, n’existerait-il que dans son imagination ? (SPOILER) Le paquet de cigarettes droguées qu’elle jette dans le caniveau à la fin du film, son séjour dans une clinique, expliquent-ils vraiment les différents meurtres dont elle croit avoir été le témoin ? (FIN DE SPOILER)Serait-ce ses lectures qui lui auraient données toutes ces visions ou tout cela était-il bel et bien réel ?

A cela le réalisateur ne donne pas de réponses claires et précises. Il entretient une certaine ambiguïté. Le film laisse libre le spectateur de répondre lui-même aux questions que pose le film et d’interpréter à sa guise.

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Flol
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Messagepar Flol » 26 mars 06, 20:22

La Fille qui en savait Trop : un Bava extrêmement ludique, dans lequel le réalisateur porte un regard quasi-distancier et ironique sur l'histoire qu'il raconte (l'utilisation de la voix-off y est pour beaucoup, ainsi que le personnage parfois "pierrerichardesque" interprété par John Saxon).
Pour couronner le tout (et comme d'habitude), Bava sait vraiment y faire lorsqu'il s'agit de poser une ambiance lourde et menaçante, à travers une mise en scène jouant habilement des ombres et contrastes d'un très beau noir et blanc, et à travers une composition des plans parfaitement millimètrée.
Un bon petit film très plaisant, se terminant sur une dernière pirouette vraiment fun.

6,5/10

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Demi-Lune
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Re: La Fille qui en savait trop (Mario Bava, 1963)

Messagepar Demi-Lune » 24 août 11, 16:34

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J'ai été énormément déçu par ce film. Rien de génial, de palpitant ni même de ludique en ce qui me concerne : juste quelque chose de pataud, inabouti. Bava a, avec cette préfiguration du giallo, des cartes maîtresses dans son jeu qu'on ne saurait lui enlever : l'étranger témoin d'un meurtre et impuissant à intervenir, le couple qui enquête, l'urbanité italienne comme dédale d'un possible danger, fausses pistes, souvenirs visuels, et à la fin, un twist... Mais ces cartes ne restent jamais que balbutiantes. Bava possède ici entre ses mains une formule que ses suiveurs sublimeront ou tout du moins sauront rendre bien plus percutante que dans cette Fille qui en savait trop. Même si l'on fait abstraction de la pléthore de titres qui s'abreuveront aux éléments narratifs précurseurs de ce film, La fille qui en savait trop demeure à mes yeux une tentative très faible. Signifiant dès son titre sa filiation avec l’œuvre hitchcockienne (et traçant en cela symboliquement le pont manifeste entre le goût du macabre du cinéma du gros Alfred et les motifs bientôt ritualisés du giallo transalpin), Bava échoue pourtant à rendre son polar ne serait-ce que prenant. Les scènes à suspense du film sont insatisfaisantes, hésitant régulièrement entre une forme de comique lourdaud ou une stylisation très contrastée qui ne provoque pourtant jamais aucun soupçon d'angoisse. Malgré une solide photographie en noir et blanc, la mise en scène elle-même est très limitée, très empâtée, bien loin de la virtuosité d'un modèle hitchcockien ou de l'épatante modernité technique, seulement six ans plus tard, d'un Oiseau au plumage de cristal qui reprendra à son compte, et avec nettement plus de bonheur, quelques idées du film. On navigue dans cette histoire sans jamais se sentir impliqué, car il n'y a aucun sentiment ambiant de danger. C'est plutôt une pauvre enquête du dimanche sur fond de tourisme cliché, mené par deux acteurs très moyens (pauvre John Saxon) et porté par des dialogues parfois très médiocres. Bava atrophie encore plus sa mécanique en s'autorisant des choix au résultat très ridicule, comme en témoigne cette stupide voix-off masculine ou ces tentatives d'humour qui dédramatisent d'autant plus la tension qui devrait pourtant régner. Quant à la fin et son espèce d'ambiguïté totalement fumeuse... c'est vraiment à se demander si Bava voulait faire de ce film quelque chose de sérieux. Bref, cette préfiguration du giallo ne vaut aujourd'hui pour moi que pour son statut de pionnier : on y retrouve effectivement quelques principes appelés à connaître une belle descendance, mais l'ensemble est trop faible, que cela soit pour lui-même ou au regard de ce qui suivra, pour que je puisse considérer La fille qui en savait trop autrement que comme anecdotique.

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jacques 2
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Re: La Fille qui en savait trop (Mario Bava - 1963)

Messagepar jacques 2 » 24 août 11, 18:05

J'ai découvert ce Bava récemment et j'ai également été très déçu ...

Les critiques de Demi Lune me paraissent très appropriées et l'ensemble du métrage est effroyablement daté et désuet au pire sens du terme ...

Finalement, le cinéma de Bava n'a pas bien vieilli : des films de grand technicien - et il était extrêmement doué dans ce domaine - mais qui accordait tellement peu d'importance à la rigueur du scénario et aux acteurs que les films en paient lourdement le prix face à la postérité ...

Je garde cependant pour ma part "le masque du démon", "les 3 visages de la peur" "le corps et le fouet"et "opération peur" : ce n'est déjà pas si mal ...
:wink: