Donnie Darko (Richard Kelly - 2001)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Bugsy Siegel
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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar Bugsy Siegel » 20 nov. 09, 14:02

Le prisonnier a écrit :Vu hier soir, en version française: c'est quoi ce délire sur les schtroumpfs et la schtroumpfette ? Y'a la même chose dans la VO ? :lol:

Oui, et d'ailleurs dans le commentaire DVD, Richard Kelly raconte qu'il s'est rendu aux Pays-Bas pour obtenir des ayants droits de Peyo l'autorisation d'utiliser des figurines schtroumpfs à la place de bouteilles, mais que ceux-ci se sont finalement retractés.

Au passage, les schtroumpfs ("smurfs" pour les anglophones) étaient un des premiers symboles de la culture hip-hop.

Spoiler (cliquez pour afficher)
EDIT D'ailleurs, Donnie Darko aurait dû aller voir "Les Griffes de la Nuit" au cinéma, mais pour je ne sais plus pour quelle raison (le refus des dirigeants de "New Line" ?) quelqu'un lui a suggéré "Evil Dead". Sam Raimi a été enthousiasmé par le projet.
Dernière édition par Bugsy Siegel le 20 nov. 09, 15:21, édité 2 fois.
on faisait queue devant la porte des WC comme au ciné lors du passage de l'Atlantide à l'écran. Jean Ray, Hôtel de Famille, 1922

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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar aurelien86 » 20 nov. 09, 15:03

Vous pensez que l'on peut espérer une VO lors de la rediffusion du film sur Arte cette nuit, ou c'est trop demander ??
J'arrive pas à trouver l'info sur le site d'Arte, donc je suppose que ce sera encore de la VF à 1h du matin... c'est malin ça ! :cry:

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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar Le prisonnier » 20 nov. 09, 20:49

Bugsy Siegel a écrit :
Le prisonnier a écrit :Vu hier soir, en version française: c'est quoi ce délire sur les schtroumpfs et la schtroumpfette ? Y'a la même chose dans la VO ? :lol:

Oui, et d'ailleurs dans le commentaire DVD, Richard Kelly raconte qu'il s'est rendu aux Pays-Bas pour obtenir des ayants droits de Peyo l'autorisation d'utiliser des figurines schtroumpfs à la place de bouteilles, mais que ceux-ci se sont finalement rétractés.

Ah oui quand même ! Ça avait l'air important qu'il y ait les schtroumpfs dans son film...

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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar Nicolas Mag » 22 nov. 09, 12:43

Bugsy Siegel a écrit :
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EDIT D'ailleurs, Donnie Darko aurait dû aller voir "Les Griffes de la Nuit" au cinéma, mais pour je ne sais plus pour quelle raison (le refus des dirigeants de "New Line" ?) quelqu'un lui a suggéré "Evil Dead". Sam Raimi a été enthousiasmé par le projet.

t'es sur de toi car dans mon souvenir (commentaire audio) il voulait au depart CHUD mais il n'a pas reussi à trouver l'ayant droit , faudrait que je verifie ...

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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar bronski » 22 nov. 09, 15:25

Nicolas Mag a écrit :
Bugsy Siegel a écrit :
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EDIT D'ailleurs, Donnie Darko aurait dû aller voir "Les Griffes de la Nuit" au cinéma, mais pour je ne sais plus pour quelle raison (le refus des dirigeants de "New Line" ?) quelqu'un lui a suggéré "Evil Dead". Sam Raimi a été enthousiasmé par le projet.

t'es sur de toi car dans mon souvenir (commentaire audio) il voulait au depart CHUD mais il n'a pas reussi à trouver l'ayant droit , faudrait que je verifie ...

Tiens je le verrais bien ce CHUD, depuis que j'ai lu Ça de Stephen King...

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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar Nestor Almendros » 26 nov. 09, 17:21

Après le récent visionnage de THE BOX, j'ai moi aussi profité de son passage sur Arte pour revoir ce DONNIE DARKO qui ne m'avait pas spécialement marqué à l'époque. Je reste encore moyennement convaincu par le résultat final, principalement à cause du scénario. Je ne le trouve pas mauvais, je trouve qu'il joue trop sur le mystère sans apporter autant de "réponses", qu'il s'amuse trop ouvertement à perdre le spectateur dans un concept un peu flou (mais qui donne paradoxalement une impression intéressante). Je me lasse peut-être de ces sempiternelles aventures scolaires adolescentes (cadre idéal du film de genre) mais je trouve au moins un certain intérêt dans la vision cinglante que Kelly propose de la société américaine: étriquée, conformiste, rejetant le progrès, se réfugiant dans des valeurs ancestrales marchandées par des prophètes modernes (et pédophiles), etc.
C'est surtout par sa mise en scène que Richard Kelly se rattrape, qu'il arrive à englober le tout dans un ensemble à peu près cohérent, en tout cas séduisant. Comme dans THE BOX, la forme participe beaucoup au charme du film. Sauf que l'équilibre forme/fond dans DONNIE DARKO m'a semblé beaucoup moins convaincant à cause des faiblesses du scénario, principalement. Concernant la mise en scène, je suis assez client même si elle n'est pas très originale: Kelly lorgne ouvertement du côté de chez Lynch. On en parlait déjà à l'époque mais, quelques années plus tard, c'est peut-être encore plus visible. Mais bon, l'exercice de style vaut quand même le détour c'est le principal.

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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar nobody smith » 26 nov. 09, 18:52

Nestor Almendros a écrit :Après le récent visionnage de THE BOX, j'ai moi aussi profité de son passage sur Arte pour revoir ce DONNIE DARKO qui ne m'avait pas spécialement marqué à l'époque. Je reste encore moyennement convaincu par le résultat final, principalement à cause du scénario. Je ne le trouve pas mauvais, je trouve qu'il joue trop sur le mystère sans apporter autant de "réponses", qu'il s'amuse trop ouvertement à perdre le spectateur dans un concept un peu flou (mais qui donne paradoxalement une impression intéressante). Je me lasse peut-être de ces sempiternelles aventures scolaires adolescentes (cadre idéal du film de genre) mais je trouve au moins un certain intérêt dans la vision cinglante que Kelly propose de la société américaine: étriquée, conformiste, rejetant le progrès, se réfugiant dans des valeurs ancestrales marchandées par des prophètes modernes (et pédophiles), etc.

Pas encore revu Donnie Darko même si the box m’a également donné envi de m’y replonger mais en l’état, j’adhère complètement à ton propos :wink:
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Le prisonnier
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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar Le prisonnier » 26 nov. 09, 19:52

Pour avoir vu en quelques semaines les 3 films de Richard Kelly, je pense qu'il devrait ne plus être son propre scénariste, ou en tous cas s'adjoindre les services d'un co-scénariste ! Il a de bonnes idées, mais je trouve qu'il ne sait pas les articuler pour les rendre passionnantes, et il en résulte beaucoup de confusion, comme il a été souligné.

Et n'est pas Lynch qui veut ! David Lynch sait instaurer une ambiance d'étrangeté tellement forte que ses films peuvent rester obscurs. Je ne trouve pas que Richard Kelly soit si bon que cela dans la création d'atmosphères... Alors il reste des mises en place intrigantes, un puzzle qu'on espère pouvoir assembler, pour en fin de film ne rester qu'avec des pièces éparses et beaucoup de frustration.

Les scénarii des films de Kelly s'apparentent beaucoup à ce qui se faisait sur la série La quatrième dimension (le lien est d'ailleurs avéré pour The Box) mais ce type d'histoire nécessite je trouve un déroulement très cohérent, une logique implacable, pour que le spectateur en retire le plaisir de l'assemblage des pièces du puzzle. Kelly se perd souvent dans un mysticisme new-age en essayant de recoller les morceaux, et c'est vraiment dommage.

À la fin de Donnie Darko beaucoup de questions restent en suspens:
Spoiler (cliquez pour afficher)
Pourquoi les loubards étaient dans la cave de la vieille dame ? On ne saura quasiment rien de la vieille dame qui trompe la mort en allant chercher son courrier, alors qu'elle a écrit un livre qui donnerait la clé du problème ! Livre qui est en possession du héros mais qui finalement ne sert à rien ? Au moment crucial, Donnie annonce "Deus Ex Machina", alors que dans cette histoire de boucle temporelle je n'y vois que de la fatalité (ou si on veut, la singularité qui permet à l'histoire d'exister). L'idée du lapin est absolument géniale, mais alors elle est tellement mal amenée qu'elle tombe totalement à plat. Surtout le film se termine sur une idée adolescente romantique du sacrifice, du suicide par amour, qui me gêne énormément. (j'ai d'ailleurs déjà souligné à propos des autres films de Kelly une certaine fascination morbide pour le suicide)


Et puis quand même, pourquoi les Schtroumps ? :uhuh:

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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar Akrocine » 26 nov. 09, 21:22

Le prisonnier a écrit :pour que le spectateur en retire le plaisir de l'assemblage des pièces du puzzle. Kelly se perd souvent dans un mysticisme new-age en essayant de recoller les morceaux, et c'est vraiment dommage.

Vu le succès qu'a eu Donnie Darko avec les milliers de personnes qui ont essayé de résoudre les énigmes tu fais fausse route là. Le film tient suffisamment en haleine le spectateur pour qu'une fois la télé éteinte il se pose une multitude de questions! Je suis entièrement d'accord en ce qui concerne David Lynch (je suis également un grand fan) mais Richard Kelly a su toucher un plus large public avec Donnie Darko comparé à Lost Highway par exemple...

À la fin de Donnie Darko beaucoup de questions restent en suspens:
Spoiler (cliquez pour afficher)
Pourquoi les loubards étaient dans la cave de la vieille dame ? On ne saura quasiment rien de la vieille dame qui trompe la mort en allant chercher son courrier, alors qu'elle a écrit un livre qui donnerait la clé du problème ! Livre qui est en possession du héros mais qui finalement ne sert à rien ? Au moment crucial, Donnie annonce "Deus Ex Machina", alors que dans cette histoire de boucle temporelle je n'y vois que de la fatalité (ou si on veut, la singularité qui permet à l'histoire d'exister). L'idée du lapin est absolument géniale, mais alors elle est tellement mal amenée qu'elle tombe totalement à plat. Surtout le film se termine sur une idée adolescente romantique du sacrifice, du suicide par amour, qui me gêne énormément. (j'ai d'ailleurs déjà souligné à propos des autres films de Kelly une certaine fascination morbide pour le suicide)


Spoiler (cliquez pour afficher)
La fin est sublime! Le réacteur qui tombe et Donnie qui sourit à la mort! C'est magnifique! le reste je ne peux pas te répondre ça fait un moment que je n'ai pas vu le film...


Et puis quand même, pourquoi les Schtroumps ? :uhuh:

Je pense pas que cette scène ait une grosse signification, je pense plutôt à un gros délire que Richard Kelly a voulu se taper :lol:
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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar Le prisonnier » 27 nov. 09, 12:27

Akrocine a écrit :
Spoiler (cliquez pour afficher)
La fin est sublime! Le réacteur qui tombe et Donnie qui sourit à la mort! C'est magnifique!

C'est ce que je disais: romantisme adolescent morbide.

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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar Nicolas Mag » 27 nov. 09, 13:04

en tant que fan de donnie darko et de Lynch je reponds à ça

Akrocine a écrit :mais Richard Kelly a sue toucher un plus large publique avec Donnie Darko comparé à Lost Highway par exemple...

:shock:
je me souviens qu'à sa sortie (un mois de janvier) lost highway etait en tête du box office parisien

demonstration en chiffre
FRANCE lost highway 400.000 contre 72.000 pour donnie darko
USA 3,8 millions pour lost contre 1,2 pour darko

dans toutes l'europe Darko a fait 900.000 entrées contre 1,4 millions pour Lost highway, seul en italie et angleterre Darko a mis un vent au david lynch
et je doute que les ventes de darko en dvd passent celle de lost highway (mais ça doit etre + serré)

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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar Akrocine » 27 nov. 09, 13:54

Nicolas Mag a écrit :en tant que fan de donnie darko et de Lynch je reponds à ça

Akrocine a écrit :mais Richard Kelly a su toucher un plus large public avec Donnie Darko comparé à Lost Highway par exemple...

:shock:
je me souviens qu'à sa sortie (un mois de janvier) lost highway etait en tête du box office parisien

demonstration en chiffre
FRANCE lost highway 400.000 contre 72.000 pour donnie darko
USA 3,8 millions pour lost contre 1,2 pour darko

dans toutes l'europe Darko a fait 900.000 entrées contre 1,4 millions pour Lost highway, seul en italie et angleterre Darko a mis un vent au david lynch
et je doute que les ventes de darko en dvd passent celle de lost highway (mais ça doit etre + serré)

Oui pour la sortie en salle je veux bien te croire! Je me suis mal exprimé, je voulais plutôt dire la popularité actuelle des deux films, dans mon cas si je parle de Lost Highway à mon entourage qui regarde pas mal de films ils ne connaissent pas, alors que Donnie Darko si...Mais du point de vue général je suis pratiquement sûr que Donnie Darko donne plus envie aux gens de comprendre le film, alors que Lost Highway est beaucoup plus mystérieux.
Mais tout bien réfléchi les deux se valent : Donnie Darko attire plûtot un public jeune alors que Lost Highway attire un public un peu plus mature, difficile de faire mon choix entre ces deux mais j'adore tellement David Lynch :oops:
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Demi-Lune
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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar Demi-Lune » 14 nov. 10, 18:11

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Très bonne surprise. Je crois que j'ai beaucoup aimé. Mais comme pour The Box, je quitte le film avec des impressions étranges, paradoxales. Je risque d'ailleurs d'être moi-même aussi embrouillé que le film. Donnie Darko est impressionnant en tant que premier essai. Richard Kelly fait montre d'une maîtrise dans la mise en scène qui est franchement réjouissante, et sans revenir sur le débat quant à l'influence de Lynch (que l'on retrouvera en début de topic), c'est surtout tout un pan du cinéma fantastique des années 1980 qui m'est revenu en tête face à cet univers de banlieue californienne aux apparences tranquilles, cadre dans lequel souffre une jeunesse tourmentée (Les Griffes de la Nuit, Poltergeist, Halloween, Christine...). Certes, certains effets de style, notamment dans le plan-séquence sur fond de "Head Over Heels" de Tears For Fears, apparaissent un peu vains voire mal foutus. Mais cela reste relativement marginal, d'autant qu'il se dégage très rapidement, comme dans The Box d'ailleurs, une ambiance fascinante créée par l'alchimie entre un Scope soigné, une photographie inquiétante et un rythme vaguement nonchalant qui dilue savamment les trouées d'angoisse et les interrogations labyrinthiques du scénario. On sent là encore l'influence Twilight Zone. Formellement c'est superbe, scénaristiquement ça me laisse perplexe. A deux niveaux. D'abord, l'histoire est embrouillée de telle manière que le spectateur quitte le film avec de très nombreux questionnements. Comme dans un jeu (à condition qu'il se soit laissé prendre à la mécanique), il s'amusera alors à tenter de reconstruire le fil narratif et se perdra en conjonctures entre théories sur l'espace-temps, la schizophrénie, la pré-détermination, le destin et le hasard, etc. Je sors donc de Donnie Darko dans l'état qu'a sûrement recherché le réalisateur : paumé. Mais cet abandon du spectateur à ces énigmes, justement, procède aussi d'une démarche de Kelly qui, comme pour The Box, me laisse légèrement indécis. Donnie Darko est brillant, riche, mais je comprends qu'il puisse agacer par sa volonté de "tout-embrouillé" au point que l'on soit tenté d'y voir de la prétention, ou de la maladresse. Contrairement à l'univers cauchemardesque et, je crois, fondamentalement sensitif de Lynch, celui de Richard Kelly est bâti sur un scénario en bonne et due forme. Le scénario nous amène d'un point A à un point B. Il nous invite donc à rationaliser, à comprendre ce qu'on a vu pendant 2 heures, à la différence d'un Lynch qui se vit intensément, comme une œuvre d'Art, et ne s'explique que très difficilement (voire même inutilement) au-delà de quelques grandes lignes directrices. On peut "vivre" Donnie Darko, mais à la fin, le scénario revient nous voir, en quelque sorte, pour nous dire qu'il faut maintenant recoller les pièces du puzzle de son film de petit malin. Personnellement, c'est le genre d'expérience qui me stimule si c'est bien fait. Mais c'est également casse-gueule, parce qu'on peut du coup critiquer l'emberlificotage frustrant du scénario, la roublardise du réalisateur qui nous paume et semble conscient, dans le même temps, que son film vivra dans la postérité des innombrables tentatives d'interprétation.

Pour ces raisons, le film peut être fragile, paraître bordélique. En ce qui me concerne, j'ai adhéré à l'entreprise, à l'ambiance fantastique et inquiétante qui titille longtemps après la vision, à l'atmosphère lycée 80's, au portrait de l'adolescence US guère révolutionnaire mais sincère. Je préfère d'ailleurs Donnie Darko à The Box, à l'univers paranoïaque certes attrayant, mais dont la confusion devenait vraiment handicapante.

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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar Anorya » 14 nov. 10, 19:04

Ah oui, film fragile voire bordélique, je suis tout à fait d'accord. :)

Pour moi, à l'instar de The box, voire des autres films de Kelly, il faut le revoir encore et encore pour mieux le réapprécier et le réévaluer constamment. Les références culturelles abondent constamment chez Kelly et son premier long n'y coupe pas, qu'elles soient explicites (les schtroumpfs ! :mrgreen: ), plus secrètes (le portal temporel au cinéma sur fond du For whom the bell toll de Steve Baker et Carmen Daye --morceau à avoir les poils qui se hérissent sur les bras-- , intervient pendant la projection de... Evil Dead . Or, il y a bien un portal ou plutôt une trouée dans le temps dans Evil Dead 2, justement à la fin...) ou carrément plus souterraines (le début sur Head over heals reprend d'ailleurs un travelling similaire dans le fond et la forme à celui du début du Twin Peaks - Fire walk with me de Lynch. Même mouvement, même ambiance singulière, même comparaison fatale en termes de durée quand on sait qu'il ne reste que 7 jours à Laura Palmer avant sa fin tragique, qu'ici, Donnie a le décompte de la fin inscrit précisément à son bras (*)). Tout est une affaire de constants visionnages vu que comme tu l'as souligné, il y a bien un puzzle évidemment et donc une construction qu'on peut bien sûr imputer à son petit rusé de réalisateur-auteur qu'est Kelly.

Un autre point intéressant du film, qui participe pleinement de son dispositif, c'est la question du voyage dans le temps, ou plutôt, d'un point direct entre deux espaces-temps, repérable aussi dans The Box (on faisait voyager Marsden d'un point à un autre à travers une cuve verticale de liquide si tu te souviens bien), comme ici à petite ou plus grande échelle. Petite, par le flux qui surgit du corps de Donnie et lui livre une passerelle vers Gretchen. Bien sûr c'est un effet facile mais pour peu qu'on marche, on peut y trouver soi-même ses explications (comme chez Lynch d'ailleurs. Combien de fois j'ai discuté des fins de Lost Highway et Muholland drive quand j'étais au lycée ? :mrgreen: ). Grande par cette scène finale, activée (il me semble, ça fait un bon moment que j'ai pas revu le film), par le remords de Donnie face à un accident qu'il aurait pu éviter si...
Ahem. Comme dans The box, question du sacrifice de soi dans l'espoir de sauver son prochain, j'en dis pas plus.

Finalement Kelly est plus qu'un petit malin parce que nous parlons du film là.
Qu'on l'ait aimé ou non, on en parle. Il a donc déjà atteint son but si on veut. ;)

Et hop, la chanson qui tue.





--------------------

(*) On nous dit qu'il s'agit de la fin du monde mais je pense aussi que c'est tout bonnement le sursis accordé à Donnie pour avoir survécu une première fois à l'accident du réacteur d'avion. The box comme Donnie Darko, on ne triche pas impunément avec son destin, on peut-être des (super) héros mais notre condition d'humains perdus dans le hasard nous rattrape toujours bien rapidement.
Dernière édition par Anorya le 14 nov. 10, 19:24, édité 1 fois.
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Re: Donnie Darko (Richard Kelly, 2001)

Messagepar Demi-Lune » 14 nov. 10, 19:10

Anorya a écrit :le portal temporel au cinéma sur fond du For whom the bell toll de Steve Baker et Carmen Daye --morceau à avoir les poils qui se hérissent sur les bras-- , intervient pendant la projection de... Evil Dead 2. Or, il y a bien un portal ou plutôt une trouée dans le temps dans Evil Dead 2, justement à la fin...

C'est le premier Evil Dead, pas le second. :mrgreen:
Il fait l'objet d'une séance avec La Dernière tentation du Christ de Scorsese, choix qui me paraît plein de pistes quant à la signification de l'histoire.
Dernière édition par Demi-Lune le 14 nov. 10, 20:20, édité 2 fois.