Casino (Martin Scorsese - 1995)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Colqhoun
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Messagepar Colqhoun » 11 mars 07, 10:19

Casino || Martin Scorsese
Voilà bien 8-10 ans que je n'avais plus vu ce film, c'est dire le peu de souvenirs qu'il m'en restait.
Donc bon, pour faire court, parce que je sais pas quoi raconter, c'est gigantesque.
Tout est incroyable. Les acteurs tuent, la réalisation de Marty est démentielle, la photo de Richardson cloue le cul, le montage de Schoonmaker remet les pendules à l'heure, etc.. etc.. un monument.
Et cette fin, nom d'un chien cette fin !
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bronski
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Messagepar bronski » 6 avr. 07, 00:03

J'aime beaucoup le dernier plan, De Niro porte des lunettes énormes à la Elton John :lol: .

angel with dirty face
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Messagepar angel with dirty face » 6 avr. 07, 09:05

A propos de Casino

Gounou a écrit :film que j'ai dû voir une bonne dizaine de fois et qui me fait un effet fou à chaque nouveau visionnage... Un chef-d'oeuvre que je qualifie de "feu d'artifice du Cinéma"... and that's that.

Ouf j'aurai essayé a écrit :Un film qui commence par "L'évangile selon Saint Mathieu" de Bach avec des images de Bass ne peut être foncièrement mauvais.

C'est même un putain de chef d'oeuvre, une tragédie des temps modernes.

MJ a écrit :Un opéra baroque des temps modernes. Le genre de film qui me donne envie de pleurer juste à cause de sa beauté.

Watkinssien a écrit :Un film que je qualifierais avec l'adjectif qui semble le mieux définir cette bombe scorsesienne : flamboyant.

Miss Nobody a écrit :« Casino » est une de ces illustrations magnifiques de la magie du cinéma, et ne vole pas par conséquent son statut de chef d’œuvre.

Gounou a écrit :Probablement LE film que j'emporterais sur une île.

Memento a écrit :Pour reprendre les mots d'Alexis Trosset [...] « Si quelqu’un me demandait « Qu’est-ce que le cinéma ? », je lui montrerais Casino. Le film-bilan d’un siècle de cinéma. »
Amen.

Miss Nobody a écrit :C'est du cinéma, de l'art, du beau et du grand.

Je me lache: Je vous aime tous parce que vous avez tout dit sur ce film mieux que je ne l'aurais fait moi même...

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Nimrod
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Messagepar Nimrod » 6 avr. 07, 23:50

Boubakar a écrit :le meilleur de De Niro depuis plus de 10 ans

Ca tombe bien, le film a à peu près 10 ans.

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Nestor Almendros
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Messagepar Nestor Almendros » 22 févr. 09, 20:39

Revu cet après-midi (l'édition Blu-Ray de TF1 vidéo).

Grand film.

Je ne me rappelais pas d'un tel tourbillon narratif, d'un tel rythme, d'un tel souffle qui aspire le spectateur dans l'histoire sans jamais plus le lacher. Les trois heures passent super vite, on en redemanderait presque à la fin. On est habitués à l'esbroufe du réalisateur mais c'est toujours aussi épatant et surprenant. Je reste encore admiratif de ces séquences enchaînant les plans, de cette caméra fluide et virevoltante au dessus des zones de jeu, de ce montage subtil et original.

Je ne me rappelais pas du traitement du personnage de Robert de Niro. Ce n'est pas un saint au départ, puisqu'il fricote avec la mafia, qu'il joue leur jeu (d'argent), mais il apparait ici comme le gestionnaire, l'homme d'affaires, à qui tout aurait souri si le destin n'avait pas placé autour de lui les mauvaises personnes. Le héros, De Niro, est surtout quelqu'un qui en voulait trop et qui, indirectement, a lui-même provoqué sa chute. Mais sa place dans cette histoire est celle d'un homme très humain avec ses rêves et ses faiblesses. Le contraste est d'autant plus grand quand on observe ceux qui gravitent autour de lui.

Je ne me rappelais pas à quel point certains personnages sont misérables dans ce film. Il y a évidemment celui campé par Sharon Stone, véritable loque humaine à laquelle Scorsese ne donne même pas de chance (il faut la voir s'enfoncer peu à peu, se droguer devant sa fille, ne penser qu'à l'argent, devenir moralement indéfendable). Il y a aussi le personnage de Joe Pesci dont certains aspects rapellent celui qu'il interprétait dans LES AFFRANCHIS. Sauf qu'il n'est pas un simple psychopathe dans un groupe de truands, il est ici une sorte de pendant négatif à Robert de Niro (il y a le business mafieux "propre" avec de Niro, et "sale" avec Pesci). C'est un concurrent et ami (ennemi selon ses humeurs) qui participe à une autre vision du crime organisé cohabitant dans une ville où l'arnaque est reine.

C'est un autre point qui m'a beaucoup surpris ici: la vision de Las Vegas à travers les yeux de De Niro. Les descriptions du fonctionnement sous-terrain de l'argent et les mécaniques des casinos sont passionnantes (surtout avec la franchise et le cynisme avec lesquels il avoue que le but est de plumer le pigeon). Et, dans les derniers moments du film, l'amertume qui se sent dans les commentaires quant au changement d'époque et les nouvelles orientation de l'industrie du jeu à Las Vegas laissent comme un goût amer ("on se croirait à Disneyland").

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Joe Wilson
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Re: Casino (Martin Scorsese, 1995)

Messagepar Joe Wilson » 22 févr. 09, 20:47

Tiens, j'avais zappé ce topic quand j'ai posté ma critique au début du mois.
Je vais donc faire mon "Nestor"! :mrgreen:

Joe Wilson a écrit :Je poste ici mon avis sur Casino, qui a sa place désormais aux côtés de Raging Bull et The Age of Innocence au sommet de ma hiérarchie scorsesienne.
Pourtant, le début m'a laissé dans un état d'incertitude : admiratif devant la maestria avec laquelle Scorsese évoque Las Vegas, un milieu et ses codes, avec une précision et une minutie radicales; mais un peu distant face à un rythme effréné qui donne une étrange sensation de vertige. C'est l'introduction de Ginger McKenna qui offre sa première respiration au film, puis la demande en mariage de Sam Rothstein provoque une cassure brutale. Rarement j'ai été aussi saisi par une scène, dans le sens où elle m'a donné la possibilité de m'immerger dans un drame, de ressentir l'intimité des protagonistes...comme si dans une mise à nu sans conditions, tout l'artifice de l'ouverture avait volé en éclat, en prenant paradoxalement toute sa légitimité.
Jamais l'issue de Casino ne laisse le moindre doute. Certes, il y a l'explosion qui du point de vue du récit crée une boucle irrémédiable...mais ne serait-ce que dans le regard et les gestes des personnages, le couple Sam/Ginger naît sur un renoncement, les failles de l'un nourrissent celles de l'autre, dans une frustration triste et des attentes insurmontables. La violence pathétique de l'arriviste Nicky Santoro offre aux désirs une démesure mais précipite leur chute.
Mais l'attachement de Scorsese à son trio garde toujours une dimension poignante. Une vérité crue, celle d'une médiocrité absurde côtoyant une sensibilité enfouie et à jamais insatisfaite. De ce point de vue, le moment où Santoro tente de protéger Ginger alors que celle-ci pour la première fois est furieuse contre Sam, contient en son sein toutes les rancoeurs à venir, parce qu'il a dévoilé un lien fragile et des regrets.
Si la tonalité sombre et excessive du dernier tiers ne surprend donc en rien, elle exprime une rage, une fièvre, une folie suffisamment rares pour que son intensité m'apparaisse époustouflante. Cette impression doit beaucoup aux jeux des acteurs : De Niro renferme en lui un mystère, une sécheresse jamais résolus et sa perte de contrôle, amère et dramatique, émeut par sa justesse. L'acteur conserve une sobriété et une finesse assez impressionnantes : Rothstein semble toujours échapper à une réalité et une incertitude plane en permanence autour de ses motivations, que le phrasé de la voix-off contribue à renforcer. Joe Pesci parvient à surjouer sans franchir la ligne rouge; Santoro est une caricature d'une boule de nerfs insaisissable et auto-destructrice, mais c'est justement par cette perspective jusqu'au boutiste que le personnage trouve une dimension grave et douloureuse.
Sharon Stone porte en elle toutes les contradictions et les ruptures du récit. D'abord icône, elle devient une beauté bouleversante et vulnérable, avant qu'une colère aveugle la défigure. Son visage au final n'est que la représentation d'un cauchemar.
Casino cerne alors la ruine d'un monde, avec une outrance assumée, reflet d'une détresse particulièrement vibrante. Et au bout du compte il se révèle un des films les plus violemment émouvant de Scorsese. Et en commun avec The Age of Innocence, je retrouve cette capacité à faire ressentir une douleur intérieure des protagonistes tout en conservant une dimension ample et panoramique. La perte de l'individu dans un tourbillon qui ne peut que lui révéler l'impossibilité d'un accomplissement.
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Demi-Lune
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Re: Casino (Martin Scorsese, 1995)

Messagepar Demi-Lune » 28 mars 10, 20:18

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Martin Scorsese a dit de Soy Cuba de Kalatozov qu'il était un film qui donnait foi en le Cinéma. Je serais tenté de dire que cette fort belle sentence ne saurait mieux convenir à Casino. Animée d'une rage visuelle sans équivalent, cette œuvre-somme est décourageante, car elle atteint de tels sommets qu'il est difficile d'écrire quelque chose à son sujet qui soit pertinent, ou tout du moins, lui rende pleinement justice. Casino est une véritable orgie de Cinéma, un cadeau démentiel offert par le plus cinéphile des cinéastes qui réalisait ici le film de tous les superlatifs. Une œuvre qui nous ouvre les yeux sur la magnificence de cet Art qu'est le Cinéma, et sur l'intense jubilation que cet Art peut créer chez le spectateur. Pompeuse, cette introduction ? Oui ! Mais comment ne pas l'être ? Comment appréhender froidement un tel objet quand celui-ci, durant trois heures de folie furieuse, vous a transporté dans un flot de sentiments aussi contradictoires que l'émerveillement, la pitié, l'exultation, le dégoût ou la tristesse ?

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Jubilatoire, le film l'est, en un sens. La mise en scène de Martin Scorsese est un ouragan visuel de près de 3 heures non stop. Comme le disait si bien un forumeur au début du topic, qu'un nombre incalculable d'idées de mise en scène pour ce seul film aient pu germer dans l'esprit de ce cinéaste est presque terrifiant : pratiquement tous les plans du film sont porteurs d'une idée ! Casino représente ainsi l'aboutissement formel du style frénétique que Scorsese avait développé avec Les Affranchis, et repris pour Les Nerfs à vif et, dans une certaine mesure, Le Temps de l'Innocence : mouvements de caméra incessants et complexes, cadrages en constant état de grâce, montage déchaîné mais d'une précision chirurgicale, "tapis" musical qui ne laisse jamais les oreilles se reposer, superposition et entrecroisement des voix-off... le tout, en adéquation avec le cadre de l'intrigue, Las Vegas, cité tapageuse et aguicheuse du toc, de l'argent et des néons. Scorsese manie toutes ses composantes avec une maîtrise vertigineuse telle que leur somme ne rend jamais le produit indigeste. Memento paraphrasait la citation d'Alexis Trosset : Casino, film-bilan d'un siècle de cinéma. Je ne connaissais pas cette formule, mais je la trouve fort à propos tant mon sentiment, lorsque je quitte ce film à regret au bout des 3 heures, est que je viens d'assister à un spectacle cinématographique total. Une sorte de gigantesque compilation technique de tout ce que le Cinéma est capable d'imprimer sur une pellicule. Mais si Casino est cette tuerie technique, c'est autant grâce à Scorsese qu'aux collaborateurs dont il s'est entouré et qui se sont tous, sans exception, surpassés. De la frénésie du montage de Thelma Schoonmaker aux décors clinquants et lumineux de Dante Ferretti, de l'extraordinaire photographie de Robert Richardson aux jeux de lumières et de couleurs de Saul Bass, Casino est autant un film-bilan qu'un "best-of" de ce que ces différents artistes ont accompli de plus époustouflant dans leur carrière. Thelma Schoonmaker a-t-elle été meilleure que dans Casino ? Et Robert Richardson ? Et Saul Bass ?... Tous semblent avoir compris l'extrême importance du projet pour son réalisateur et avoir sué sang et eau pour arriver à un tel résultat. Il faut dire que ce film, fragilisé à sa sortie du fait de sa très grande ressemblance extérieure d'avec Les Affranchis, est pourtant bien plus profond que ce dernier, et plus personnel encore.

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Le fiasco de la vie sentimentale de Scorsese a, depuis longtemps, trouvé des échos dans plusieurs de ses films. Le constat d'échec du couple est une donnée récurrente de son cinéma, mais le traitement qu'il en fait ici est peut-être le plus dur, et le plus bouleversant, de toute son œuvre. On présente ainsi souvent Casino comme un film de gangsters (ce qu'il est, incontestablement) en occultant parfois ce qui constitue pourtant son cœur, son âme : l'histoire d'amour entre Ace et Ginger, cette longue descente aux enfers conjugale qui est scellée d'entrée de jeu et que le réalisateur filme crument, tendrement, tragiquement. La répétition du superbe thème musical du Mépris (Jean-Luc Godard, 1963) est ainsi autant un désir de filiation cinéphilique qu'un indice sur la nature réelle de Casino : un drame intime, une déchirure sentimentale violente entre deux êtres noyés par Scorsese dans une fresque tonitruante et palpitante. Si la forme est jubilatoire, le fond, lui, est désespérément noir. Rarement j'aurai vu une histoire d'amour si dure, si cruelle pour les personnages. De Niro est fou amoureux d'une femme qui lui fait clairement comprendre dès le départ que la réciproque est inexistante et que son seul attrait pour lui réside dans le luxe et la protection qu'il peut lui offrir. On le voit se débattre, s'escrimer à faire naître en elle une étincelle d'affection, à la détourner de son passé peu reluisant, à la retenir. Cette déchirure n'aurait probablement pas été ce qu'elle est sans Sharon Stone. Sorte de personnification du Las Vegas du film, elle porte sur son visage les stigmates de l'échec de son couple avec De Niro : radieux et épanoui les premiers temps, celui-ci s'affaisse progressivement en une moue douloureuse avant de se tordre de rage, de désespoir et de haine, et de s'effondrer définitivement. Il faut la voir, en train de sniffer sa coke à côté de sa fille ou gueuler toutes ces insanités sur le perron de sa villa. Tout le paradoxe est que ce personnage-pilier, contrairement à De Niro et à Pesci, dont les commentaires en voix-off nous aident à bien les cerner, reste insaisissable. Ginger est capable des pires vices alors qu'elle devient une épave humaine, et pourtant, elle semble mue d'une sorte de besoin de protection enfantin. Au milieu d'un casting au diapason (dont un De Niro admirable d'économie, pouvant retranscrire tout le désespoir intérieur qui le ronge à demi-mots), c'est véritablement Sharon Stone qui en impose. Le fait qu'elle ait été snobée aux Oscars est finalement logique puisque l'Académie n'a pas plus vu sa performance que celle de tous les autres talents réunis (Scorsese, Schoonmaker, Ferretti...) !

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Film de gangster assez truculent (les commentaires des voix-off peuvent parfois être franchement drôles, tout comme le défilé de trognes de vieux mafieux), Casino doit sa réussite à un ultime collaborateur : Pileggi, dont le scénario est un modèle du genre réussissant, à mon sens, à surpasser celui des Affranchis (notamment à cause de cette vision désenchantée du couple, qui donne à Casino une profondeur sentimentale dont Les Affranchis ne peut pas forcément se targuer). Tragédie conjugale, descente aux enfers inéluctable au son des chœurs de Jean-Sébastien Bach, film de mafieux, Casino est tout cela à la fois. C'est un film sur l'échec, d'une vie, d'un couple, d'un Empire. Et, face à l'amertume qui irrigue le finale, difficile de ne pas voir en Casino le constat d'échec de Scorsese envers le Nouvel Hollywood. Un film-bilan de cette période artistique sans équivalent. Pour reprendre Pesci : "Finalement, c'est la dernière fois qu'on a confié à des petites frappes comme nous quelque chose d'aussi foutrement juteux". Comme De Niro et Pesci avec Las Vegas, Scorsese et ses potes cinéastes ont foutu en l'air un système qu'ils avaient trop poussé à bout. L'alter-ego du cinéaste, De Niro, ne l'aura alors sans doute jamais autant été que lorsque, dans les dernières secondes, celui-ci nous confie, comme résigné devant son destin : "Finalement, je suis revenu à la case départ. Et ça se finit comme ça". Et tandis que le thème du Mépris de Godard accompagne le générique de fin, je me dis que la boucle est bouclée.
Désolé pour ce long texte, parfois peut-être un peu confus, et pompeux... mais quand je parle de Casino, difficile de contenir mon enthousiasme !
Dernière édition par Demi-Lune le 23 déc. 10, 19:25, édité 1 fois.

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Thaddeus
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Re: Casino (Martin Scorsese, 1995)

Messagepar Thaddeus » 28 mars 10, 21:02

Bravo Demi-Lune pour ce texte passionné. Je suis d'accord avec tout ce que tu dis sur ce monument démesuré qu'est Casino, à la virgule près, et je partage l'enthousiasme de tous ceux qui ont alimenté le topic.

Ce film fait partie de ceux qui dépassent mon entendement, tant il transpire le génie dans le moindre de ses plans, la moindre de ses idées. Je me sens tout petit devant un tel miracle cinématographique, je me demande comment un cinéaste peut sortir une telle chose ! Cette expression selon laquelle Casino résume un siècle de cinéma, c'est tellement ça ! Casino EST le cinéma.
Bon je vais pas en rajouter, mais c'est une oeuvre que j'ai dû voir dans les 50 fois, que je connais absolument par coeur, et qui me demande envie de faire des pauses, des retours-arrière à presque chaque scène. Je suis dans un état de jubilation et de sidération inimaginables devant ce film, il me fait quasiment péter une durite à chaque instant. Il y a une telle ampleur, une telle effervescence, une telle fièvre, tellement de couches, de niveaux de lecture (politique, mythologique, sociologique...), tellement d'émotions qui s'en dégage !
Perso il fait partie de mes 5 ou 10 films préférés, haut la main.

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Re: Casino (Martin Scorsese, 1995)

Messagepar angel with dirty face » 28 mars 10, 21:12

Après ce gros délire de Demi-Lune auquel j'adhère complètement :D , j'espère qu'il va virer son avatar de Yoda et le remplacer par Ace Rothstein... :wink: Comme Stark, je dis bravo!

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MJ
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Re: Casino (Martin Scorsese, 1995)

Messagepar MJ » 28 mars 10, 22:19

Demi-Lune a écrit :Martin Scorsese a dit de Soy Cuba de Kalatozov qu'il était un film qui donnait foi en le Cinéma. Je serais tenté de dire que cette fort belle sentence ne saurait mieux convenir à Casino

... qui doit probablement beaucoup à Soy Cuba.

Cette déchirure n'aurait probablement pas été ce qu'elle est sans Sharon Stone. Sorte de personnification du Las Vegas du film, elle porte sur son visage les stigmates de l'échec de son couple avec De Niro : radieux et épanoui les premiers temps, celui-ci s'affaisse progressivement en une moue douloureuse avant de se tordre de rage, de désespoir et de haine, et de s'effondrer définitivement. Il faut la voir, en train de sniffer sa coke à côté de sa fille ou gueuler toutes ces insanités sur le perron de sa villa. Tout le paradoxe est que ce personnage-pilier, contrairement à De Niro et à Pesci, dont les commentaires en voix-off nous aident à bien les cerner, reste insaisissable. Ginger est capable des pires vices alors qu'elle devient une épave humaine, et pourtant, elle semble mue d'une sorte de besoin de protection enfantin. Au milieu d'un casting au diapason (dont un De Niro admirable d'économie, pouvant retranscrire tout le désespoir intérieur qui le ronge à demi-mots), c'est véritablement Sharon Stone qui en impose.

"Les personnages de Casino ont réellement une âme et c'est pour cela que j'ai fait le film. Surtout Ginger. Elle vend son âme au système et, à mi-chemin, elle s'en rend compte, mais elle n'est pas assez forte pour résister." Martin Scorsese

Excellent texte, merci!
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Demi-Lune
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Re: Casino (Martin Scorsese, 1995)

Messagepar Demi-Lune » 29 mars 10, 08:56

Merci pour vos commentaires, ils me font vraiment plaisir ! :D :oops:

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makaveli
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Re: Casino (Martin Scorsese, 1995)

Messagepar makaveli » 29 mars 10, 11:21

bravo demi lune belle chronique,
au fil des visions je commence aussi à le préférer aux affranchis.

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Re:

Messagepar Zelda Zonk » 29 mars 10, 13:44

Memento a écrit :Oui, c'est un peu comme si le mot "claque" avait été inventé spécialement pour ce film. Jamais l'utilisation de ce terme n'aura été aussi pertinente.

Pour reprendre les mots d'Alexis Trosset (voir l'interview de DVDClassik, à propos du bouquin sur Scorsese) : « Si quelqu’un me demandait « Qu’est-ce que le cinéma ? », je lui montrerais Casino. Le film-bilan d’un siècle de cinéma. »
Amen.

Je m'auto-cite, mais bon, tout est dit :lol:
Très beau texte demi-lune :wink:
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Joe Wilson
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Re: Casino (Martin Scorsese, 1995)

Messagepar Joe Wilson » 31 mars 10, 00:09

Demi-Lune a écrit :Cette déchirure n'aurait probablement pas été ce qu'elle est sans Sharon Stone. Sorte de personnification du Las Vegas du film, elle porte sur son visage les stigmates de l'échec de son couple avec De Niro : radieux et épanoui les premiers temps, celui-ci s'affaisse progressivement en une moue douloureuse avant de se tordre de rage, de désespoir et de haine, et de s'effondrer définitivement. Il faut la voir, en train de sniffer sa coke à côté de sa fille ou gueuler toutes ces insanités sur le perron de sa villa. Tout le paradoxe est que ce personnage-pilier, contrairement à De Niro et à Pesci, dont les commentaires en voix-off nous aident à bien les cerner, reste insaisissable. Ginger est capable des pires vices alors qu'elle devient une épave humaine, et pourtant, elle semble mue d'une sorte de besoin de protection enfantin. Au milieu d'un casting au diapason (dont un De Niro admirable d'économie, pouvant retranscrire tout le désespoir intérieur qui le ronge à demi-mots), c'est véritablement Sharon Stone qui en impose.

Le regard et le visage de Sharon Stone me restent aussi particulièrement en mémoire (je n'avais pas assez insisté sur ce point dans ma critique), et j'ai rarement vu la beauté d'une femme se décomposer à ce point. C'en est bouleversant.
Elle sait dès le début qu'elle sera incapable d'aimer De Niro...mais elle est touchée par son attention, fragilisée par son obstination. En prenant le risque de se détruire.
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semmelweis
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Re: Casino (Martin Scorsese, 1995)

Messagepar semmelweis » 5 avr. 10, 22:14

Quand je pense à Casino,j'y vois le film somme de Scorsese.J'ai vu dernièrement Blue Velvet et je pensais à Mulholland Drive.Casino , c'est un peu le Mulholland Drive de Scorsese.Celui ci pousse ses recherches filmiques à leur paroxysme.On peut etre étouffé par ce trop plein , cette saturation de couleurs et en meme temps hanté par elle.De plus, le Blu Ray est somptueux et m'a fait redécouvrir le film.Sans doute le dernier chef d'oeuvre du cinéaste et puis cette scène d'intro qui a elle seule mérite le visionnage du film....