Inglourious Basterds (Quentin Tarantino, 2009) - avis p.18

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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Shin Cyberlapinou
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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p.18

Messagepar Shin Cyberlapinou » 5 oct. 09, 20:35

Eusebio Cafarelli a écrit :
Shin Cyberlapinou a écrit :
Déjà oui, ma théorie est abstraite, voire bancale, puisque pour l'instant, aucun film ultérieur à Inglourious n'est encore venu (forcément) valider ou invalider cette thèse. Pour l'instant, nous ne sommes que dans la supposition.


Si, le Guédiguian...


Oui, bon, les deux films sont sortis à trois semaines d'écart... Je parlais surtout des films pondus par des mecs qui auront vu ou au moins entendu parler du film de Tarantino, de la même façon qu'un réalisateur de western doit forcément prendre en compte Impitoyable (que ce soit en le prolongeant ou en le refusant).

Concernant les remarques sur l'Histoire de Strum, je suis assez d'accord sur le fond, la distance croissante est inévitable, et n'empêche les points de vue pertinent. Mais il est frappant de voir comment en France l'on cherche à garder cette période, sinon vivante, en tout cas proche: rien que cette semaine Le point fait sa couverture sur Pétain, alors que les trois quarts de la population n'ont pas vécu sous son régime. L'effet "plus jamais ça"? Je constate en outre qu'au fond peu de gens ont attaqué Inglourious Basterds sur le terrain de l'irresponsabilité Historique, regrettant dans le pire des cas son vide théorique en circuit fermé, ce qui n'est décidément pas nouveau chez le bonhomme (à ce niveau Jackie Brown est limite une erreur de parcours dans la cohérence) et me fait classer le film parmi ses réussites (il est en tout cas généralement très apprécié). Intéressant de voir comment le film vieillira...

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Eusebio Cafarelli
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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p.18

Messagepar Eusebio Cafarelli » 5 oct. 09, 22:07

Shin Cyberlapinou a écrit :[ Je parlais surtout des films pondus par des mecs qui auront vu ou au moins entendu parler du film de Tarantino, de la même façon qu'un réalisateur de western doit forcément prendre en compte Impitoyable (que ce soit en le prolongeant ou en le refusant).

Concernant les remarques sur l'Histoire de Strum, je suis assez d'accord sur le fond, la distance croissante est inévitable, et n'empêche les points de vue pertinent. Mais il est frappant de voir comment en France l'on cherche à garder cette période, sinon vivante, en tout cas proche: rien que cette semaine Le point fait sa couverture sur Pétain, alors que les trois quarts de la population n'ont pas vécu sous son régime. L'effet "plus jamais ça"? Je constate en outre qu'au fond peu de gens ont attaqué Inglourious Basterds sur le terrain de l'irresponsabilité Historique, regrettant dans le pire des cas son vide théorique en circuit fermé, ce qui n'est décidément pas nouveau chez le bonhomme (à ce niveau Jackie Brown est limite une erreur de parcours dans la cohérence) et me fait classer le film parmi ses réussites (il est en tout cas généralement très apprécié). Intéressant de voir comment le film vieillira...


Mais on pourra très bien avoir des réalisateurs qui seront inspirés/influencés par d'autres types de films sur la 2e GM que celui de Tarantino.
Sur la France, la 2e GM est un enjeu de mémoires (Vichy, la Résistance ou les résistances, la collaboration ou les collaborations, les responsabilités françaises dans le génocide) depuis 1945, très étudié d'ailleurs par les historiens français, qui se sont intéressés notamment à la façon dont ces différentes mémoires se sont construites (y compris au cinéma). Donc rien de surprenant d'une certaine façon.
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Strum
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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p.18

Messagepar Strum » 5 oct. 09, 23:42

Eusebio Cafarelli a écrit :Non, la science historique ne perpétue aucune mémoire, sinon une mémoire scientifique (qu'elle construit et déconstruit d'ailleurs. Il n'y a pas une mémoire de la 2e GM mais des mémoires.


Oui, bien sûr, c'était un abus de langage ; je me plaçais d'un point de vue individuel (le mien, celui de lapinou) au sens où l'Histoire compris largement permet à celui qui s'y intéresse de participer à la constitution et à la perpétuation d'une mémoire, de groupe, mais aussi par division au plan familial et individuel. Je ne voulais pas sous-entendre qu'il n'y avait qu'une seule mémoire possible d'un évènement, ni que les mémoires multiples qui existent ne sont pas construites, déconstruites, etc...

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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p.18

Messagepar Jack Griffin » 5 oct. 09, 23:50

yaplusdsaisons a écrit :Et tu as raison sur cette violence malsaine qui n'est juste là que pour nous traiter de gros porcs, si ce n'est que la violence de Tarantino ne me gêne pas en tant que trop-plein mais en tant que violence débile, sorte de croisement entre pub Calvin Klein et jeu de Counter-strike, si outrée qu'elle en devient répugnante, à condition de préciser qu'elle est passée auparavant par tous les stades de l'insignifiance. C'est une obscénité de collégien, pas celle d'un tueur en série.



C'est le cas de bon nombre de blockbusters hollywoodiens, où l'on peut voir des morts à la pelle sans que le spectateur soit touché une seule seconde. Elle est là la violence débile. Tarantino a toujours une approche "sensitive" de la violence. On ressent de la peur et du dégout même si parfois il est difficile au public de s'y retrouver étant donné que le cinéaste navigue souvent entre le premier et le deuxième degré (pour ma part, je dirais même que le cinéaste utilise plutôt rarement ce second degré). Il est du côté de la victime, montre sa souffrance et nous fait également ressentir "la folie" du bourreau. J'entendais quelqu'un être surpris du fait que le public rit au moment où l'actrice se fait étrangler, concluant du coup que les spectateurs se sentent parfois un peu perdu dans ce mariage, où plutôt cette juxtaposition entre le grotesque et cette violence qui fait vraiment mal.
Je ne pense pas que tarantino se moque constamment de ses personnages et veuille que les spectateurs rit à toutes les scènes violentes. Par exemple, où est la farce dans l'excution du père de famille dans la taverne, est ce que la scène de fusillade qui précède est censé être drôle et produire une jouissance ? La représentation et l'impact de la violence est un peu plus complexe que celle que vous décrivez .
En tout cas c'est une approche qui n'a rien à voir avec la pub, le jeu video où uniquement le cartoon.

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Nomorereasons
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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p.18

Messagepar Nomorereasons » 6 oct. 09, 00:56

La représentation et l'impact de la violence est un peu plus complexe que celle que vous décrivez .
En tout cas c'est une approche qui n'a rien à voir avec la pub, le jeu video où uniquement le cartoon.


Pour ma part je n'ai ni ri, ni pleuré, ni frissonné ni sursauté ni prostesté d'indignation ni rien attendu durant ce film. Tarantino singe les différents genres et donc s'adapte aux exigences, tour à tour du film historique puis du slasher 10 mn après et ainsi de suite. Un coup c'est "sérieux", un coup ça l'est moins. La représentation de la violence elle aussi s'adapte, on peut également reconnaître une certaine imagination au bonhomme même si sa matrice demeure très élémentaire. C'est du pur carambolage, chercher un sens là-dedans risque à mon avis d'être aussi aléatoire (quoique sublime en tant que geste) que déchiffrer l'avenir dans les entrailles d'une bête.

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Brody
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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p.18

Messagepar Brody » 6 oct. 09, 10:47

Je mets un peu de temps pour répondre, sorry :oops:
Stark a écrit :C'est très intéressant. Mais la façon dont je perçois tout ça est assez coton à expliquer...

Je vais essayer. Comme tu le dis, le "fonctionnement moral" des personnages chez Tarantino obéit à des principes qui marchent en vase clos, dans un espace diégétique qui n'est pas le nôtre, ce qui est vrai. Il faut donc adopter ces principes (impunément, car ce monde n'est pas le nôtre) pour accepter le film. Seulement voilà, les enjeux humains et émotionnels, eux, obéissent bel et bien à "notre monde", ils font appel à une fibre qui est à celle du monde réel.
En tant que spectateur, je ne peux pas avoir un pied (celui de la morale) dans le monde diégétique, et l'autre pied (celui de l'émotion) dans le monde réel, parce que pour moi les deux sont intrinsèquement liés. C'est tout ou rien. Si j'accepte de me "déconnecter" de ma morale pour adopter les règles du monde des tueurs (où la vengeance est autorisée), alors, dans le même mouvement, je me déconnecte des liens affectifs et émotionnels qui peuvent se lier entre le film, les personnages, l'histoire et moi. Et du coup, je ne parviens pas à réellement jouir du spectacle.
Encore une fois, le fonctionnement de ces mécanismes n'appartient qu'à moi mais "jouir d'un spectacle", pour moi, c'est m'y impliquer émotionnellement et intellectuellement. A mon niveau, il y a blocage quand je mate un Tarantino. D'ailleurs ce que tu dis toi-même est symptomatique : "leur sort m'indiffère finalement". Personnellement, je ne peux être profondément touché, ému ou bouleversé par un film dont je ne m'intéresserais pas au sort du personnage. Là encore, c'est ce que je disais dans un de mes précédents messages : les plus beaux films, à mes yeux, sont ceux où je fais mienne l'expérience du protagoniste - sans forcément, je le précise, que celui-ci soit "sympathique" ou "aimable". Je peux m'intéresser profondément à la trajectoire et à la nature d'un personnage quand bien même celui-ci serait détestable, les exemples sont nombreux. C'est là où film comme Kill Bill échoue totalement sur moi, parce que je perçois dans ce film de réels enjeux humains et émotionnels (sur le rapport à la maternité, sur l'effondrement mental...) mais que, du fait de la rupture radicale consommée entre moi et l'héroïne, ces enjeux ne me touchent absolument pas. Le film ne m'émeut pas le moins du monde : je m'en fous, des éventuels affects et émotions de la Mariée, parce que tout se joue dans un univers tellement en vase clos, tellement déconnecté de la morale, que pour pouvoir apprécier un minimum le spectacle j'ai aussi débranché toute stimulation affective "réelle". Pfiou, ça a alors tellement compliqué et abstrait dit comme ça, je ne sais pas si je me fais bien comprendre... :lol:

C'est très clair ne t'en fais pas :lol:
Je pense que c'est là que se situe la sensibilité de chacun, sans jugement de valeur, qui fait que cette superficialité est un motif d'adhésion ou de rejet. Je comprends très bien ta réaction, et ne ressens quantà moi pas cette déréalisation comme un handicap pour apprécier le film ; d'ailleurs je m'aperçois que je dois nuancer mon propos, car si le destin de the bride dans Kill Bill m'indiffère sur le fond, sur le moment l'émotion passe très bien, et la fin du film a réussi me bouleverser. Simplement c'est dans la durée que cette émotion se dissipe très vite, je peux raconter l'histoire sans trèmolos dans la voix, alors que pour d'autres films c'est carrément impossible. à mon tour je ne sais pas si je suis très clair...

Stark a écrit :Je vais même élargir, au risque de paraître effroyablement pompeux et solennel. Je tends le bâton pour me faire battre mais j'assume.
Je ne sais pas comment tu perçois le cinéma, mais pour moi c'est quelque chose de très important, qui dépasse le cadre du "divertissement", ou de l'art perçu comme divertissement. Personnellement j'ai un rapport avec le cinéma qui possède une dimension morale ; je m'engage, moralement, intellectuellement et émotionnellement, dans un film. A partir de là, je conçois parfaitement que le sentiment de répulsion soit quelque chose que l'on puisse ressentir face à la vision d'un film profondément opposé à ses convictions - c'est ce qui m'arrive avec Tarantino. Ce n'est pas seulement qu'il propose un cinéma qui ne me touche pas : comme je me suis expliqué, son rapport stérile aux personnages, aux clichés, à la jouissance de l'instant, etc, je trouve ça vide et sans intérêt, mais ça ne me dégoûte pas. C'est sur son absence de positionnement moral (qui évidemment, par défaut, en est un, encore plus lâche car il brandit la bannière du second degré, de l'irréalité et du "fun" pour s'en dédouaner) que je trouve le cinéma de Tarantino problématique.
Le cinéma, ce n'est pas pour moi quelque chose de "bénin", si tu veux. D'ailleurs, il y a quelque chose de très paradoxal, selon moi, dans la façon dont Tarantino, d'une part, défend constamment la nature "inoffensive" de son rapport à la morale, à la violence, à la vengeance, dont il se dédouane de toute responsabilité là-dessus en expliquant que ses films sont de purs exatoires à prendre au second degré (il est très clair là-dessus dans ses interviews, et ça rejoint ce que tu dis), et dans celle dont, d'autre part, il défend le cinéma comme un sacerdoce, comme le fondement de sa vie, de son existence, dans la façon dont il va jusqu'à en faire sa raison de vivre (il est le parangon du type entièrement dévoué à la cinéphilie, la cinéphagie, etc...).


Je comprends bien, ton point de vue, je faisais il y a quelques pages sur le cinéma de Tarantino l'analogie avec une nuit avec une belle inconnue : c'est super mais ça ne suffit pas pour se marier avec. En fait pour moi Tarantino, c'est du sexe, pas de l'amour :idea: Ce qui ne le rend pas moins agréable (voire indispensable) ! Et cela rejoint finalement assez ton point de vue sur ses limites, mais je vois le verre à moitié plein et affirme bien haut mon plaisir devant ses oeuvres.

...Voila, en fait au cours de cette auto-analyse je m'aperçois de toute ma primalité superficielle...

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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p.18

Messagepar MJ » 7 oct. 09, 07:53

Mise en parallèle dans le Monde Diplo des "Bâtards sans Gloire" avec le dernier Guéguidian

Bon... c'est un journal politique, donc la lecture est trop idéologique. Et vu la pub que l'Arménien fait pour eux dans ses films c'est un peu un prêté pour un rendu. Mais certaines pistes me semblent pertinentes. (Je rappelle mon admiration pour ce film.)
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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p.18

Messagepar hellrick » 10 oct. 09, 23:59

Le prisonnier a écrit :Vous êtes rigolos à vous tirer la nouille sur ce film. C'est juste une grosse farce, d'une Kolossale Finesse :mrgreen: Et qui ne mérite absolument pas d'être sur-interprétée.




J'ai pas eu le courage de lire les 40 pages...j'ai quand même survolé le topic et je suis complètement d'accord avec la citation que j'ai reprise...

En tout cas alors que Death Proof m'avait totalement gonflé je me suis bien amusé devant Inglorious Basterds, en dépit de ses longueurs c'était très sympa et j'ai beaucoup ri...j'ai vraiment bien aimé certaines scènes (l'Ours juif, le final, les interventions d'Adolf,...) donc pari gagné, du moins en partie (j'attendais quand même plus d'action et de scalpage de nazis :mrgreen: )

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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p.18

Messagepar angel with dirty face » 15 nov. 09, 14:16

"Inglorious Basterds" : vers un second volet ?
il y a 1 heure 1 min

Brad Pitt aurait-il adoré tourner sous la direction de Quentin Tarantino ? On pourrait répondre affirmativement. Surtout depuis que l'on sait que l'acteur américain fait tout pour réunir une nouvelle fois l'équipe du film pour réaliser un deuxième "Inglourious Basterds". Selon Eli Roth (qui jouait "L'ours juif"), le compagnon d'Angelina Jolie aurait dans l'idée de faire un film qui raconterait la rencontre de tous les "basterds"... "Tout le monde laisserait tomber ce qu'il est en train de faire pour rejoindre Quentin Tarantino", a-t-il confié. Toujours selon Eli Roth, le cinéaste aurait conservé de nombreuses séquences (non visibles sur le DVD) tournées à Boston. Pour l'instant, le réalisateur de "Pulp Fiction" n'a rien confirmé. A suivre...


Sources : Yahoo et le site du magazine ELLE.

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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p.18

Messagepar Shin Cyberlapinou » 20 nov. 09, 00:55

Aussi solide que Kill bill 3 ou The Vega brothers en son temps. Aucun intérêt pour l'instant, donc...

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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p

Messagepar Demi-Lune » 8 janv. 10, 18:42

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Enfin découvert (j'avais raté la sortie ciné) ! Vu les débats enflammés et les critiques contradictoires sur ce film, j'ai tâché de le voir l'esprit léger, sans en attendre forcément grand-chose, le précédent opus de Tarantino ayant été un souvenir particulièrement douloureux. Pour une fois, les longs tunnels de dialogue de Tarantino deviennent hypnotiques par la tension pleine de suspense qu'ils créent sur quelques scènes clés (l'ouverture ou encore le sol-sous avec les Allemands, peut-être ma préférée). Ils ne sont plus seulement la marque de fabrique des films du réalisateur : ils deviennent la colonne vertébrale du film. Tarantino joue sur leur durée, sur la langue, expérimente, module le tempo avec une précision d'horloger... à vrai dire, je n'ai pas d'exemple qui me vienne à l'esprit d'un film qui jouerait autant sur la variété linguistique. Ajoutez à cela une pincée de réflexion sur le pouvoir salvateur du cinéma, ainsi qu'une réalisation au cordeau et une brochette d'acteurs talentueux (seul Jacky Ido ne m'a pas convaincu), dont la polyglotie force le respect, et vous obtiendrez du très grand cinéma - ce genre de film qui en l'espace de quelques séquences marquantes, s'impose un moment cinématographique sinon référentiel, du moins important. Dommage par conséquent que le film se permette quelques raccourcis vraiment douteux (un Allemand = un nazi) et soit baigné, une fois encore, par cette violence bouffonne chère à Tarantino. Il est frustrant de voir une œuvre aussi intelligente qu'Inglourious Basterds se fourvoyer occasionnellement dans ce que j'estime être, purement et simplement, de la stupidité : j'en veux pour preuve cette propension qu'a le réalisateur à vouloir nous mettre dans sa poche en filmant comme un moment trivial, par exemple, le fait qu'un soldat allemand se fasse trucider par la batte d'Eli Roth (personnage dès le départ "iconisé", aussi bien par la terreur qu'il inspire à l'armée allemande que par son entrée en scène) sous les applaudissements des Bâtards. A cet instant, difficile d'être indulgent envers Tarantino, même si c'est au second degré... car il est possible que cela soit du second degré, que le cinéaste cherche, sous le vernis de la cool-attitude branchée et légèrement agaçante, à montrer le côté peu reluisant de l'armée américaine et la face fondamentalement sale, "sans gloire", de la guerre (à la manière d'un Aldrich dans Les Douze Salopards). De ce côté-là, le film se montre peu clair. Quant à montrer un des Bâtards scalper au premier plan un soldat allemand, cela étanchera sûrement la soif d'une partie du public venue chercher des images chocs, mais personnellement, je trouve cela dispensable. Ces fautes sont d'autant plus regrettables que le sous-texte sur la toute-puissance du cinéma est plutôt intéressant. Non, QT, je ne pense pas que ce film soit ton chef-d'œuvre, comme tu le clames dans la dernière réplique. Dommage.

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Dernière édition par Demi-Lune le 22 janv. 13, 14:23, édité 5 fois.

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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p.18

Messagepar Watkinssien » 8 janv. 10, 18:55

Je viens de capter que je n'ai pas laissé mon avis sur le film !

En ce qui me concerne, Inglourious Basterds est une évidente réussite, largement plus convaincante que son Grindhouse - Death Proof et aussi joussive sinon plus que ses deux volumes de Kill Bill !

En réalité, j'allais voir avec une appréhension négative ce film qui s'annonçait un fourre-tout entre délire et regard sur des "sous-genres" mal exploité.

Or, j'en ai conclu que ce film de nazixploitation, mélangé au film de mercenaire et à la comédie satirico-historique est, à mes yeux, d'une harmonie totale, et que le cinéaste arrive à livrer encore une fois une oeuvre inclassable, mais d'une maîtrise hallucinante.

En découpant son intrigue en chapitre, il est facile de dénoncer l'inégalité de l'entreprise, dans la mesure où l'on pourra préférer une partie à une autre. Mais force est de reconnaître que tous ces moments proposent un festival de ce que Tarantino est capable de faire pour exploser dans un carnage fantasmagorique complètement transcendental.

L'épilogue est éblouissant. Pas de virtuosité formelle, mais un classicisme assez somptueux, proposant un habile subterfuge dans le choix des langues parlées.
Tarantino est, à ce propos, un dialoguiste hors pair. J'ai entendu parler de Lubitsch, mais je n'y ai que rarement vu le rapport (à part celui du personnage fictionnalisé à outrance de Hitler), je pense que le cinéaste se sent plus attiré par Mankiewicz, avec notamment cette incroyable fusion entre l'art du dialogue et l'art de la narration, mixage beaucoup plus réussi que son film précédent. L'épilogue est à cette image, avec en sus, l'apparition d'un personnage outrancier, élégant et inédit du colonel Landa (avec un Christoph Waltz génial qui mérite de très loin son Prix d'Interprétation à Cannes). Le lien que propose Tarantino entre le dialogue et le déroulement de l'intrigue est aussi contrôlé que son apparente sobriété qu'il avait eue avec Jackie Brown.
Après Mankiewicz, c'est Leone qui est indubitablement la référence principale. Non pas grâce aux scores de Morricone, mais dans le sens de la dilatation et dans l'étirement des situations qui provoquent rire, suspense insoutenable, soudainement interrompus par une violence rapide et sèche, comme l'attestent l'épilogue ou la formidable séquence dans l'auberge.

Tout ce qui concerne les Basterds relève du film de genre le plus codé, mais curieusement, cela n'enlève en rien à la teneur maîtrisée de l'ensemble. Les Basterds sont une respiration, plus qu'un délire cinéphilico-cinéphage, car les personnages sont purement la représentation du fantasme uchronique de Tarantino.

Comme toujours, Tarantino rend hommage au cinéma et dans Inglourious Basterds, sa déclaration n'est plus une manière d'artistiquement tuer ses pères à lui comme dans Kill Bill mais de prolonger une vision purement fantasmatique, une réflexion totalement singulière et paradoxalement poignante, une prosternation envers la puissance du medium en tant que pourfendeur des limites, en tant que distanciateur unique sur la réalité.

Comme en témoigne les plans baroques et totalement fantaisistes du carnage final, Tarantino nous dit une chose, que je trouve émouvante, car je peux la comprendre et je peux y croire, le cinéma nous dévorera tous !
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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p.18

Messagepar Demi-Lune » 8 janv. 10, 19:12

Watkinssien a écrit :Comme en témoigne les plans baroques et totalement fantaisistes du carnage final, Tarantino nous dit une chose, que je trouve émouvante, car je peux la comprendre et je peux y croire, le cinéma nous dévorera tous !

Perso, ce sont précisément la sincérité et l'intelligence avec lesquelles Tarantino amène ce message jubilatoire qui m'aident à "tolérer" (j'emploie des guillements car tout est relatif) les débauches de violence graphique tout à fait superflues. Comme souvent avec ses films, j'ai eu du mal avec cet aspect, mais l'ingéniosité de la réflexion sur le cinéma m'aide grandement à avaler la pilule.

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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p.18

Messagepar Gounou » 8 janv. 10, 20:01

Demi-Lune a écrit :j'en veux pour preuve cette propension qu'a le réalisateur a vouloir nous mettre dans sa poche en filmant comme un gag, par exemple, le fait qu'un naïf Allemand devenu père se fasse buter par Pitt et ses hommes.

La chute de cette scène n'a absolument rien d'un gag, pourquoi donc la "surprise" devrait-elle être assimilée au gag. Je te rappelle que ce ne sont pas les basterds qui executent ce jeune allemand au terme d'une longue négociation/mise en confiance, mais le personnage de Diane Krueger... et ça change tout étant donné le rôle ambiavalent qu'elle tient au sein de l'intrigue. La chute de cette séquence est à mon sens plus cruelle et troublante concernant le perso de Krueger que drôle... et je doute sincèrement que Tarantino ne l'aie pas conçue dans cette optique.
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Re: Inglourious Basterds (Quentin Tarantino - 2009) - avis p.18

Messagepar Demi-Lune » 8 janv. 10, 20:35

Gounou a écrit :
Demi-Lune a écrit :j'en veux pour preuve cette propension qu'a le réalisateur a vouloir nous mettre dans sa poche en filmant comme un gag, par exemple, le fait qu'un naïf Allemand devenu père se fasse buter par Pitt et ses hommes.

La chute de cette scène n'a absolument rien d'un gag, pourquoi donc la "surprise" devrait-elle être assimilée au gag. Je te rappelle que ce ne sont pas les basterds qui executent ce jeune allemand au terme d'une longue négociation/mise en confiance, mais le personnage de Diane Krueger... et ça change tout étant donné le rôle ambiavalent qu'elle tient au sein de l'intrigue. La chute de cette séquence est à mon sens plus cruelle et troublante concernant le perso de Krueger que drôle... et je doute sincèrement que Tarantino ne l'aie pas conçue dans cette optique.

Ah merde, c'est pourtant vrai :shock: Pourquoi donc me suis-je persuadé que c'était les Basterds qui l'exécutaient ? :?
Bref, ma remarque n'a du coup plus aucun sens. Qu'on l'oublie et qu'on me pardonne cette méprise !