Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Billy Budd
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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar Billy Budd » 27 janv. 20, 23:36

Je viens de voir Leto ; je dois amender mon top.
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Supfiction
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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar Supfiction » 29 janv. 20, 09:44

Billy Budd a écrit :Je viens de voir Leto ; je dois amender mon top.


Evidemment. 8)

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Zelda Zonk
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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar Zelda Zonk » 30 janv. 20, 12:28

Impossible pour moi de dégager seulement 20 films et d'établir un Top à proprement parler :?

Voici donc simplement les films de la décennie qui m'ont le plus marqué, classés chronologiquement par année :

2010 :

The Social Network (David Fincher – 2010)
Bright Star (Jane Campion – 2010)
Mother (Joon-ho Bong - 2010)
Shutter Island (Martin Scorsese – 2010)
Dans ses yeux (Juan José Campanella - 2010)
The Ghost Writer (Roman Polanski – 2010)
Des hommes et des Dieux (Xavier Beauvois – 2010)
Les chemins de la liberté (Peter Weir - 2010)

2011 :

Incendies (Denis Villeneuve – 2011)
The Descendants (Alexander Payne – 2011)
Drive (Nicolas Winding Refn – 2011)
Melancholia (Lars von Trier – 2011)
Shame (Steve McQueen – 2011)
Une séparation (Asghar Farhadi – 2011)
The Artist (Michel Hazanavicius – 2011)
Minuit à Paris (Woody Allen – 2011)

2012 :

Django Unchained (Quentin Tarantino – 2012)
Skyfall (Sam Mendes – 2012)
La chasse (Thomas Vinterberg – 2012)
Les Enfants Loups, Ame & Yuki (Mamoru Hosoda – 2012)
Tabou (Miguel Gomes – 2012)
Take Shelter (Jeff Nichols - 2012)
Amour (Michael Haneke – 2012)
L'inconnu du lac (Alain Guiraudie - 2012)

2013 :

Ida (Pawel Pawlikowski - 2013)
Gravity (Alfonso Cuaron – 2013)
Prisoners (Denis Villeneuve – 2013)
Tel père tel fils (Hirokazu Kore-Eda - 2013)
Le Loup de Wall Street (Martin Scorsese – 2013)
Mud, sur les rives du Mississippi (Jeff Nichols – 2013)
The Place beyond the pines (Derek Cianfrance - 2013)
La grande belleza (Paolo Sorrentino – 2013)
Blancanieves (Pablo Berger – 2013)
A touch of sin (Jia Zhang-ke - 2013)

2014 :

Whiplash (Damien Chazelle – 2014)
Boyhood (Richard Linklater – 2014)
Phoenix (Christian Petzold - 2014)
Foxcatcher (Bennett Miller – 2014)
A most violent year (J.C. Chandor - 2014)
The Grand Budapest Hotel (Wes Anderson – 2014)
Her (Spike Jonze – 2014)
Les nouveaux sauvages (Damián Szifrón - 2014)
Mommy (Xavier dolan – 2014)
Les combattants (Thomas Cailley - 2014)

2015 :

Mad Max Fury Road (George Miller – 2015)
It Follows (David Robert Mitchell - 2015)
Love & Mercy (Bill Pohlad - 2015)
Mustang (Deniz Gamze Ergüven – 2015)
Valley Of Love (Guillaume Nicloux - 2015)
Comme un avion (Bruno Podalydès - 2015)

2016 :

Carol (Todd Haynes – 2016)
Manchester by the Sea (Kenneth Lonnergan - 2016)
Tous en scène (Garth Jennings – 2016)
Ma vie de courgette (Claude Barras - 2016)
Mademoiselle (Park Chan-wook - 2016)
The Revenant (Alejandro G. Innaritu - 2016)
Julietta (Pedro Almodovar – 2016)
Frantz (François Ozon – 2016)
Cafe Society (Woody Allen - 2016)

2017 :

La La Land (Damien Chazelle – 2017)
Get Out (Jordan Peele – 2017)
Blade runner 2049 (Denis Villeneuve – 2017)
The Lost City of Z (James Gray – 2017)
Le Redoutable (Michel Hazanavicius - 2017)
Petit paysan (Hubert Charuel - 2017)

2018 :

Phantom Thread (Paul Thomas Anderson – 2018)
3 billboards (Martin McDonagh – 2018)
Under The Silver Lake (David Robert Mitchell - 2018)
Amanda (Mikhaël Hers – 2018)
Moi, Tonya (Craig Gillespie – 2018)

2019 :

Le Traître (Marco Bellocchio - 2019)
Parasite (Bong Joon-ho – 2019)
Once upon a time in hollywood (Quentin Tarantino – 2019)
Ad Astra (James Gray - 2019)
Douleur et gloire (Pedro Almodovar – 2019)
Martin Eden (Pietro Marcello - 2019)
La mule (Clint Eastwood – 2019)
Green Book, sur les routes du Sud (Peter Farrelly – 2019)
Portrait de la jeune fille en feu (Céline Sciamma – 2019)
Les misérables (Ladj Ly - 2019)

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Jack Carter
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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar Jack Carter » 31 janv. 20, 12:43

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-Kaonashi Yupa-
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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar -Kaonashi Yupa- » 31 janv. 20, 13:17

Un top qui a de la gueule.
Un film que je n'aime que très moyennement (Melancholia), un autre que je n'aime pas vraiment (La vie d'Adèle). De Zviaguintsev je préfère largement Faute d'amour. Et je n'ai toujours pas du Winter Sleep. :oops:

Hâte de voir le top des lecteurs.
Gilles Ciment précise sur Facebook : "l’ensemble des films du « top 10 » des lecteurs est présent dans le « top 20 » des rédacteurs : quelle revue peut se targuer d’une telle communion avec son public ?". :mrgreen:

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Thaddeus
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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar Thaddeus » 31 janv. 20, 13:31

Le palmarès Positif de la décennie 2000-2009 faisait triompher Le Nouveau Monde en première position, devant There Will Be Blood en seconde.
Du coup, les années 2020 devraient faire office de belle entre Malick et PTA... :mrgreen:

Sinon, je pourrai reprendre à mon compte le commentaire de Kaonashi. Je n'aime guère Melancholia, j'ai de sérieuses réserves sur Le Fils de Saul et je n'ai pas vu Roma. Tout le reste me semble très solide et parfaitement légitime dans un tel classement.

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Thaddeus
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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar Thaddeus » 1 févr. 20, 23:19

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1. Vice-Versa (Pete Docter & Ronaldo Del Carmen, 2015)
2. The Tree of Life (Terrence Malick, 2011)
3. The Grand Budapest Hotel (Wes Anderson, 2014)
4. The Ghost Writer (Roman Polanski, 2010)
5. Mud (Jeff Nichols, 2012)
6. The Assassin (Hou Hsiao-hsien, 2005)
7. Moonrise Kingdom (Wes Anderson, 2012)
8. Les Enfants Loups, Ame & Yuki (Mamoru Hosoda, 2012)
9. Super 8 (J.J. Abrams, 2011)
10. Pentagon Papers (Steven Spielberg, 2017)
11. Oncle Boonmee (Apichatpong Weerasethakul, 2010)
12. La Vie d’Adèle (Abdellatif Kechiche, 2013)
13. Elle (Paul Verhoeven, 2016)
14. Phantom Thread (Paul Thomas Anderson, 2017)
15. The Strangers (Na Hong-jin, 2016)
16. Deux Jours, Une Nuit (Jean-Pierre & Luc Dardenne, 2014)
17. La La Land (Damien Chazelle, 2016)
18. Mektoub My Love : Canto Uno (Abdellatif Kechiche, 2017)
19. Mystères de Lisbonne (Raoul Ruiz, 2010)
20. L’Apollonide, Souvenirs de la maison close (Bertrand Bonello, 2011)



C’est la décennie où :

- Wes Anderson s’impose à mes yeux comme le plus grand réalisateur américain et Abdellatif Kechiche le plus grand réalisateur français, les deux étant cités deux fois dans mon Top 20 (le second était le seul à avoir déjà réalisé l’exploit sur la décennie précédente)
- si elles n’ont pas toujours totalement disparues, les grandes gloires d’outre-Atlantique émergées dans les années 70 qui brillent encore de mille feux se sont résumées à un nom : Steven Spielberg, mon idole forever, toujours au top. Mais Marty n’a pas démérité non plus, et Woody est inoxydable...
- l’avenir du cinéma américain sera néo-classique, romanesque, lyrique et sentimental (les seuls mots qui comptent) et ses plus prometteurs représentants s’appellent Jeff Nichols et Damien Chazelle
- Paul Verhoeven a réalisé un one shot, mais lequel ! S’il pouvait ne serait-ce que doubler sa productivité sur la décennie qui s’ouvre, ce serait royal
- la suprématie dans le domaine de l’animation se partage toujours entre Pixar et certains maîtres japonais
- je me suis rendu compte avoir de plus en plus de mal avec les arrogants maniéristes qui se complaisent dans le vide, la vulgarité et la bêtise absolus de leurs propositions : The Neon Demon et Spring Breakers, champions du monde
- j’ai arrêté d’aller voir les films de Tarantino
- Terrence Malick est lentement mais sûrement tombé de son piédestal (de The Tree of Life, présent sur mon podium, à la fin de la décennie, il y a un gap vertigineux)
- une nouvelle génération de réalisatrices françaises a imposé sa voix, illustrée par Céline Sciamma, Katell Quillévéré, Julia Ducournau, Léa Mysius et d’autres
- un cinéaste que j’adulais (David Lynch) a confirmé l’intuition que j’avais nourri sitôt après la sortie de son dernier film, il y a plus de treize ans, à savoir qu’il ne reviendrait jamais au cinéma
- la nouvelle trilogie Star Wars a démarré en fanfare pour décliner jusqu’à susciter un beau sentiment de gâchis et d’amertume (soit l’inverse du trajet opéré par la prélogie lors de la précédente décennie)


Comme pour les autres années & décennies, j'ai confectionné quelques bref commentaires (une contrainte : 500 caractères maximum par film), et adjoint cinq films supplémentaires à chaque Top 10 annuel.


2010
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1. The Ghost Writer – Roman Polanski

Il suffit d'un brouillard insulaire, d'un bunker-aquarium ou d'un jardinier-Sisyphe tout droit sorti de chez Ionesco pour déceler dans ce magistral thriller, vénéneux, racé, maîtrisé jusqu'au vertige, la marque de son auteur. Comme Trelkovsky autrefois, le héros-fantôme suit jusqu'à l'évaporation une trajectoire qui redouble le monde réel de son envers paranoïaque, et de perspectives métaphysiques. Soit, derrière un divertissement de toute première classe, l'oeuvre d'un auteur unique.

2. Oncle Boonmee, Celui qui se souvient de ses vies antérieures – Apichatpong Weerasethakul

Un buffle absorbé par la touffeur tropicale de la jungle à l'heure du loup ; un singe-spectre dont le regard phosphorescent laserise le spectateur ; une princesse défigurée qui s'abandonne aux flots sensuels d'un torrent... Le chaman Weerasethakul ouvre la fenêtre du multivers. Sa Palme d'Or est un sésame ensorcelant aux reflets fauves de pulsions d’harmonie, un flot perceptif abolissant les frontières entre les mondes, le tangible et l’intangible, l’homme et l’animal, la vie et la mort.

3. Mystères de Lisbonne – Raoul Ruiz

Peut-être l'avertissement est-il de mise avant de s'aventurer dans les méandres picaresques, proustiennes, de cette étourdissante saga romanesque - on risque de ne pas en sortir. Organisant un foisonnement narratif gigogne, jamais repu, Ruiz orchestre son tourbillon de masques et de voltes, de fictions et d'identités, tel un enveloppant mille-feuilles battant le cœur d'une vie rêvée, sous l'égide du rêve, de l'imaginaire et de la mort. On n'est pas loin d'Il était une fois en Amérique.

4. La Dernière Piste – Kelly Reichardt

Il faut un sacré tempérament, un courage sans faille, et le talent qui suit, pour oser cela aujourd'hui. Soit un western minimal, hellmanien, réduit à ses composantes essentielles : trois roulottes, trois couples, deux guides, et toute la conquête de l'Ouest à travers eux. D'une pureté idéale, métaphorique mais vivant de toutes ses pores (vent, sable, rochers), c'est une allégorie fascinante sur la communauté, l'évolution idéologique, la peur et le pouvoir. Un coup de maître.

5. Entre Nos Mains – Mariana Otero

Chronique d'une aventure ordinaire et pourtant admirable, élevée par la magie du regard et la conviction de ceux qui la vivent en utopie magnifique. Au diktat de la réalité économique, les employé(e)s d'une PME sous perfusion opposent une volonté de fer, un enthousiasme nourri d'optimisme, qui transforme leur aventure sociale et collective en ode à la persévérance. Et voilà comment le quotidien est réenchanté avec les couleurs du merveilleux.

6. Incendies – Denis Villeneuve

Villeneuve se confronte à la tragédie et au mythe, et sans craindre le mélo outrancier tire un film d'une force brute qui interroge l'exil, la privation du passé, la quête de soi-même, des ses racines, de son histoire, de sa famille et de son identité à travers une démarche rédemptrice – renvoyant évidemment au chaos d'un pays déchiré. Nécessité de la transmission, don de la mémoire d'une mère à ses enfants, lien filial et fraternel y dessinent les lignes d'une œuvre très émouvante.

7. Toy Story 3 – Lee Unkrich

Pixar remonte aux sources et boucle la boucle. L'adieu à son titre-phare s'effectue les larmes aux yeux, littéralement – celles des jouets, des enfants qui n'en sont plus, des spectateurs qui ont vécu avec eux. L'heure est au chagrin résigné, tandis que ses héros prennent acte de leur condition, à moins que le sourire et la permanence de l'enfance (la fillette, pur trésor) ne viennent réenchanter le monde pour un dernier tour de manège.

8. Another Year – Mike Leigh

Mary et sa dépression chronique qu'elle subit sans comprendre, Ronnie, muet et hagard, aux traits émaciés à la Willie Nelson et aux "Yeah" taciturnes... Deux très beaux personnages parmi d'autres : le nouveau chapitre du tableau du désarroi social dressé par Mike Leigh est une poignante chronique des quatre saisons, qui ménage la générosité et l'humanisme et s'interroge sur les limites de l'altruisme, la porosité de la détresse et la préservation du bonheur.

9. Vous Allez Rencontrer un Bel et Sombre Inconnu – Woody Allen

Woody Allen plus cruel et incisif que jamais. Tels des fétus de paille ballotés par le destin, ses personnages se piègent malgré eux dans la nasse de leurs illusions. Cette ronde triste et émouvante est une oeuvre mélancolique et désenchantée, dispensant un humour amer face à l'ironie de nos aspirations si dérisoires. La (fausse) comédie est à la fois cocasse de lucidité rieuse, et très émouvante dans sa bienveillance affligée.

10. Carlos – Olivier Assayas

Près de trois heures compactées, ultra-denses, multipliant les changements d'axe et les bifurcations inattendues pour mieux dresser le portrait d'un homme aux motivations insaisissables, à la fois histrion arrogant et héraut de l'utopie anticapitaliste. Assayas dissèque le mythe du combattant révolutionnaire porté par ses idéaux, dresse la vue en coupe d'une nébuleuse obscure, sur plus de trente années : celle des accointances entre politique, économie et terrorisme. Soufflant.


Sur le banc : The American (Anton Corbijn), Carancho (Pablo Trapero), Comment Savoir (James L. Brooks), Copie Conforme (Abbas Kiarostami), The Myth of the American Sleepover (David Cameron Mitchell)...


2011
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1. The Tree of Life – Terrence Malick

Le plus grand réalisateur actuel offre son film terminal, une œuvre-monde mûrie pendant plusieurs décennies, avec l'ambition folle de relier toutes les échelles de vie en une création holistique et totale. Buildings de verre nourris de nuages, étoiles en expansion, mère lévitant telle une fée-libellule, poussières d'éternité battant la chamade... : la fresque est aussi fragile qu'épuisante de beauté. Beaucoup de gens ricanent devant tant de naïveté béate ; on en reparlera dans trente ans.

2. Super 8 – J.J. Abrams

La magnifique surprise de l'année. Comment extraire d'une fabuleuse malle aux souvenirs, gorgée de jouets ramenés à la vie et de fragments d'enfance, la matière d'une bouleversante réflexion sur le deuil, l'ouverture à l'altérité et la transfiguration du réel par l'imaginaire. Il suffit à Abrams de filmer le médaillon de la mère disparue qui s'envole aux confins des étoiles pour atteindre la poésie la plus pure. Bam, flingué net.

3. L’Apollonide, Souvenirs de la maison close – Bertrand Bonello

Il faudra sans doute pas mal de visions pour commencer à épuiser les beautés de cette entêtante valse des souvenirs alanguis, qui dispense ses charmes avec la douceur létale d’une plante carnivore, aussi voluptueuse que mortifère. Bonello plonge dans l'enfer de prostituées prises au piège de leur condition, et en tire des pétales vénéneux. Charnel et cérébral, suave et langoureux, c'est probablement un chef-d’œuvre.

4. Mes Meilleures Amies – Paul Feig

Il y a eu Deux en Un, puis En cloque, mode d'emploi. Il y aura désormais cette farce dévastatrice qui, comme ses prédécesseurs, cache sous l'acidité de son étude de mœurs des trésors de tendresse et d'humanité. Une amie qu'on risque de perdre, un flic banal en prince charmant, l'heure de premiers bilans pas forcément roses : voilà comment le rire se mêle à l'émotion la plus vraie. Et puis Kristen Wiig, géniale, hilarante, adorable... Je craque.

5. Une Séparation – Asghar Farhadi

Deux heures de pelloche chauffées à blanc, une mosaïque d'insolubles contradictions, de points de vue, de comportements, de raisons personnelles comme autant de systèmes complexes. Au-delà de la réalité politique et sociale de son pays, Farhadi débusque la nature des êtres, les débats et arrangements de chacun avec sa conscience, sa morale, ses doutes : un portrait renoirien d'une humanité brute, passionnant et fiévreux comme un thriller, prônant le plus salutaire discours de pondération.

6. Un Monde sans Femmes – Guillaume Brac

Une heure pour explorer toutes les modalités d’un rectangle amoureux subtil et charmeur, pour entamer un pas de deux avec la cocasserie la plus ineffable, le charme le plus aérien, sur les pas d’un Rozier ou d’un Rohmer. Un trentenaire un peu gauche oscille entre une gironde vacancière et sa fille effacée ; à travers lui, Brac fait chanter la musique des sentiments et l’ivresse des jeux de séduction en usant de cet art du naturel, de ce souci de la vérité, de cette drôlerie jamais loin d’une douce mélancolie, qui dialoguent avec l’expérience de chacun.

7. Take Shelter – Jeff Nichols

Contre-champ salutaire au très pénible Melancholia de Von Trier, le deuxième film de Jeff Nichols, allégorie d’une Amérique hantée par sa ruine, se place dans une mouvance eschatologique très en vogue pour mieux affirmer la splendide singularité de son regard. Héritier des peintres de la ruralité américaine, le cinéaste célèbre avant tout la force d’un investissement conjugal où la vertu de l’amour salvateur (l’épouse est le roc du héros, sa fillette fragile est son cœur battant) nuance une superbe méditation sur l’angoisse, le couple, la famille.

8. Habemus Papam – Nanni Moretti

Pour le tableau inédit d'un conclave en culottes courtes, peuplé de gosses affolés. Pour la figure ronde de Piccoli papal, égaré parmi ses ouailles. Pour le tournoi de volley organisé lorsque la psychanalyse ne marche plus. Pour mille choses encore, et surtout pour le regard ironique mais bienveillant de Moretti, qui parvient à faire souffler un vent de fin du monde avec une clairvoyance de philosophe inquiet. Une de ses réussites les plus amples et les plus riches.

9. J. Edgar – Clint Eastwood

Ridé et flétri dans un corps aussi archaïque que ses convictions, Hoover ressasse sa haine du coco et de l’ennemi intérieur, contemple ses trophées, se complaît dans la pose héroïque du protecteur national. Le récit de sa vie est comme un mille-feuilles cendré, un délire mythomane qui se repaît de son propre aveuglement, et qui offre à trente ans d’histoire américaine le goût amer d’une lutte sans objet, d’une existence gâchée par l’obsession névrotique du contrôle et du pouvoir. Film lucide, complexe, passionnant, le plus sous-estimé de cette année 2011.

10. Margin Call – J.C. Chandor

Juste avant le Cosmopolis de Cronenberg, cet excellent thriller financier couchait en images la fin d'un capitalisme monstrueux, qui s'autogénère jusqu'au cataclysme, et empoignait la bête sur un mode prosaïque, haletant, chauffé à bloc. Pour un premier film, la réussite est complète : un récit tendu de bout en bout, une direction d'acteurs sans faille, une narration en huis-clos qui joue très habilement de l'attente et de la contraction pour offrir un visage humain et nuancé aux ravages d'un système cynique et sans âme.


Sur le banc : La Guerre est Déclarée (Valérie Donzelli), Margaret (Kenneth Lonergan), Martha Marcy May Marlene (Sean Durkin), La Piel que Habito (Pedro Almodovar), Tomboy (Céline Sciamma)...


2012
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1. Mud – Jeff Nichols

L’aventure initiatique d’Ellis et Neckbone (ah ce nom, Neckbone…) est un rêve de pureté romanesque qui réveille la magie des grands romans d’apprentissage, ces récits nourris au panthéisme et à la mythologie de l’Americana, à la beauté sauvage de la nature et à la grandeur immaculée des sentiments. Douce, désenchantée, aussi apaisante et majestueuse que le Mississippi, elle médite sur la fin de l’innocence et sa mise à l’épreuve du monde, dessinant un geste d’une admirable et bouleversante clarté.

2. Moonrise Kingdom – Wes Anderson

Il était une fois une île ouverte à la tempête, et la fugue amoureuse de deux jeunes héros avec la complicité de bandes rivales soudées dans un même élan solidaire. Il y a les chansons d’Hank Williams et Françoise Hardy, l’humanité d’un flic au cœur triste, les échappées émerveillées un crépuscule d’été, les ressource inépuisables pour parvenir, envers et contre tous, à rester avec la personne qu’on aime, et la crique peinte sur un tableau que l’on chérira comme le souvenir de l’enfance qui s’envole. C’est beau à pleurer.

3. Les Enfants Loups, Ame & Yuki – Mamoru Hosoda

Avec une pureté expressive et une évidence de représentation dignes des plus grands maîtres, Hosoda thématise la transmission, l’apprentissage, la confrontation avec sa nature intérieure, les déchirements du choix et de l’affranchissement, le long d’un récit désarmant de délicatesse plastique de lyrisme prosaïque. J’ai vécu tout le film les larmes aux yeux, bouleversé par la finesse des caractères, l’humanité profonde de ses personnages, et par cette Hana héroïque, dévouée, courageuse, l’un des plus beaux personnages de mère que le cinéma ait offert.

4. Zero Dark Thirty – Kathryn Bigelow

Loin de la propagande, Bigelow reconstitue la traque d’OBL en une lente immersion dans une jungle d’énigmes, l’approche minutieuse de la cible agissant progressivement comme stimulus d'une névrose obsessionnelle. L’assèchement progressif de la quête répercute un choc de civilisations, tout le clair-obscur moral de la schizophrénie américaine, d'un pays en proie à une véritable divagation paranoïaque, et dont la conscience idéologique se cherche des ennemis pour oublier son incertitude. Époustouflant.

5. Tabou – Miguel Gomes

Des lettres tracées sur la paume d’une main par une mourante ; une femme sillant à travers les hautes herbes de la savane, fusil à l’épaule ; un crocodile alangui dans les eaux d’une piscine… Images ensorcelantes, parmi les plus indélébiles que de l’année. Visions psychotropes d’un magnifique poème de la solitude et de la passion, du souvenir et de l’illusion romantique, qui puise dans le champ de l’histoire la magie d’un romanesque mutique et sensualiste, rythmée par des tangos tristes, des sourires radieux, des larmes intarissables.

6. Stories we Tell – Sarah Polley

On croit tenir une vérité et celle-ci s’effiloche aussitôt, contredite par une autre révélation, intégrée à une démarche de questionnement fictionnel selon laquelle un même événement est vécu, perçu, interprété, raconté de manière différente selon le point de vue. Avec cet album de famille en forme de pied-de-nez perpétuel, hantée par la figure de sa mère, Sarah Polley s’improvise ordonnatrice de la parole et du témoignage, archéologue de ses origines et du processus de construction individuelle.

7. Alabama Monroe – Felix Van Groeningen

Film très fragile que les esprits cyniques ne manqueront pas de torpiller. Son pathétisme suicidaire plonge tête baissée dans les affres du mélodrame pour y puiser autant d’instants de bonheur que d’abîmes de souffrance, et laisser le spectateur sur le carreau – ou effaré par tant de putasserie. J’ai été pour ma part totalement cueilli par cette love story fusionnelle, ce combat contre la mort, dont la gravité même se nourrit aux notes bluegrass de la trivialité nue et de l’allégresse débridée.

8. Frances Ha – Noah Baumbach

C’est le journal intime d’une New-yorkaise à peine trentenaire qui, comme bien d’autres, se demande ce qu’elle a fait de ses vingt ans. Vagabondant d’un logis à l’autre, d’une rencontre à la suivante, elle en découvre un peu plus à chaque étape, se débarrasse peu à peu de ses folâtres illusions et conquiert la sérénité que la coupure du cordon avec son amie avait compromise. Comme confectionnée en apesanteur, dans les bulles d’un alcool euphorisant, la charmeuse et exquise partition enivre.

9. Les Invisibles – Sébastien Lifshitz

Une dizaine d’intervenants à l’œil vif, au verbe pétillant d’humour et d’intelligence, à l’expérience façonnée par l’engagement du combat politique et l’intégrité inébranlable. En éclairant d’un visage inédit (celui du troisième âge) la quotidienneté de ce que c’est qu’être ou avoir été homosexuel en France, Lifshitz traverse quarante ans d’évolution sociale, et célèbre l’accord d’hommes et de femmes épanouis avec une philosophie rayonnante de l’existence. Un film doux et lumineux en forme de défi à toutes les crispations idéologiques.

10. Journal de France – Raymond Depardon & Claudine Nougaret

Des côtes atlantiques aux dunes sahariennes, de l’Histoire à l’intime… Ce qui pourrait n’être qu’un agrégat de chutes écornées et de directions inabouties devient un fascinant docu-puzzle à travers la mémoire et les souvenirs d’un pays. Dans ses éclats picturaux et ses bribes de tragédie, dans ses associations d’images et de récits rassemblés aux quatre coins du monde, le film offre de nouvelles et superbes perspectives à cette transcription éthique du monde dont Depardon est le plus exigeant serviteur.


Sur le banc : Adieu Berthe ou l’enterrement de mémé (Bruno Podalydès), De Rouille et d’Os (Jacques Audiard), Lincoln (Steven Spielberg), Les Mondes de Ralph (Rich Moore), The Place Beyond the Pines (Derek Cianfrance)...


2013
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1. La Vie d’Adèle – Abdellatif Kechiche

Adèle mange, rit, pleure, embrasse, baise pour la première fois, comme si c’était la dernière. Emportée par une comédienne cataclysmique, son expérience est restituée telle une épiphanie, une étude physiologique de la passion qui abolit la durée, embrase les cœurs et les corps, épouse la quête d’une identité, les crispations sociales, l’entrée chambardée dans la vie. En matière d’histoire d’amour et de portrait féminin, je n’ai peut-être rien vu d’aussi beau depuis un certain film sorti en 2001.

2. Blue Jasmine – Woody Allen

Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Jasmine a des idées bien arrêtées sur la question ; elle va tomber de haut. La mélancolie a déserté le cinéma d’Allen. Sa vision du monde tient désormais de l’épure cruelle, s’abreuve à la violence sociale d’une époque où l’on se berce d’illusions pour mieux souffrir des aléas du hasard et de la fortune. Modèle d’écriture, ce portrait contrit d’une femme aveuglée par la mythomanie bourgeoise rappelle où se situe toujours la place du cinéaste-philosophe : au sommet.

3. La Jalousie – Philippe Garrel

Titre simple, transparent, pour un poème de la culpabilité, de la nuit et du désespoir qui touche au cœur, laisse décanter le fluide de l’inquiétude amoureuse et capte dans un silence résigné, un noir et blanc au fusain, la douleur muette de la séparation conjugale. La grâce naît dans la fantaisie triste de Garrel et la voix de Mouglalis, dans l’espièglerie interrogative de la fillette et dans ces instants poétiques surgis parmi les feuilles de l’automne, ou chuchotés au creux des oreillers.

4. Le Conte de la Princesse Kaguya – Isao Takahata

Un trait simple et pur, des pastels délicats, un dessin rond aux accents d’aquarelle… Harmonieuse, la forme magnifie une méditation chagrinée sur l’affranchissement impossible : la floraison des sensations diffuses et des douceurs radieuses ne peut bâillonner la violence du propos. Celle des impératifs sociaux et culturels, des ambitions mal placées, d’un amour qui épanouit et étouffe à la fois, d’une existence bornée par les contingences du réel et vécue comme une parenthèse promise à l’oubli.

5. 12 Years a Slave – Steve McQueen

Sans renier sans goût pour la picturalité, McQueen délaisse la crête de radicalité arty des précédents films et tord le cou aux poncifs solennels du grand drame lyrique. Sa mise en scène toute en stases engourdies et irréelles rend extrêmement sensible la mécanique kafkaïenne d’un chemin de croix absurde, la pesanteur des corps, la consumation du temps, le refus sourd mais jamais éteint de l’abjection institutionnalisée, et incarne dans sa plus terrible expression le destin d’un héros tragique.

6. Le Passé – Asghar Farhadi

Farhadi poursuit son exploration du couple, de la cellule familiale, des rapports minés par le poison du passé et du secret. Sa logique d’emboitements narratifs et de révélations à rebours, si critiquée par ses détracteurs, ne fonctionne que parce qu’elle sert une extrême acuité de regard, une chorégraphie de gestes et d’attitudes, une attention hypersensible à tous les signaux de récriminations, de regrets ou de tendresse impuissante. La clairvoyance humaniste de ce cinéma est précieuse.

7. L’Inconnu du Lac – Alain Guiraudie

Est-ce une ode hédoniste au plaisir, avec ses dragueurs alanguis au soleil, ses fourrés abritant de torrides ébats, sa quiétude estivale et sa gestion hypnotique de l’espace et de la topographie ? Mais le loup rôde au crépuscule, et l’extase cède la place à son envers primal, mortifère. Superbe histoire d’amitié et de désir, réflexion sur la solitude et la quête du sentiment dans un monde où la jouissance est reine, le film de Guiraudie est un modèle d’architecture, de précision et de limpidité.

8. Before Midnight – Richard Linklater

La durée est la grande affaire de la trilogie, qui capte le cycle des amours, l’inscrit dans le temps mais en exprime la fugacité. La parole aussi, ces longs bavardages qui raisonnent ou structurent, conflictualisent les cogitations, les attentes déçues, les insatisfactions, éclairent l’idéalisme rêveur de l’un et le rapport concret à la réalité de l’autre, enferment chacun dans son discours tout en dessinant la quête perpétuelle d’un accord, d’une compréhension jamais acquise. À dans neuf ans !

9. Suzanne – Katell Quillévéré

Le cinéma français a toujours aimé ces jeunes héroïnes nerveuses et fragiles, petites choses avançant dans la vie à l’instinct. Suzanne séduit par sa flamme ardente et le film également, qui ose des ellipses béantes, cavale derrière le désir, la liberté et l’insoumission, recolore avec une superbe fraîcheur les étapes du mélo familial. Récit poignant d’une jeunesse sur le fil, où chacun (le père, routier vulnérable, la sœur, douce géante), se découvre incrédule une capacité intacte à s’aimer.

10. Her – Spike Jonze

Le Sujet est là, clignotant de sens et d’implications : comment redéfinir les relations humaines, le coup de foudre et l’engagement amoureux à l’aune du règne virtuel ? Mais il faut savoir gré au cinéaste de privilégier la poésie au discours, la mélancolie à la thèse, et de refuser l’ironie autant que les certitudes en invitant à déplacer les critères d’appréciation habituels. Car en dépit de sa toile de fond futuriste, sa romance ne parle que des paradoxes et des tiraillements de notre présent.


Sur le banc : La Bataille de Solferino (Justine Triet), Grand Central (Rebecca Zlotowski), The Immigrant (James Gray), Inside Llewyn Davis (Joel & Ethan Coen), Le Loup de Wall Street (Martin Scorsese)...


2014
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1. The Grand Budapest Hotel – Wes Anderson

Avec ce splendide édifice opérant la jonction entre luxe somptuaire et vertige endiablé, plaisir et profondeur, Anderson atteint la plénitude vers laquelle son cinéma a toujours tendu. Sa démiurgie est fondée sur un affolement créatif qui explose et s’anéantit dans une fuite en avant complètement dingue, mais avant tout sur une morale de la probité et du métissage, de la transmission et de la résistance qui, par delà l’effervescence poétique, fournit à l’œuvre sa gravité et son désenchantement.

2. Deux Jours, Une Nuit – Jean-Pierre & Luc Dardenne

Vaillante comme une guerrière, fragile comme le verre, Sandra craint et tremble, pleure puis exulte, défaille parfois mais avance toujours. Dans sa trajectoire de rebelle du compte à rebours, elle a des atouts immenses : sa persévérance, son courage, des alliés fidèles qui la soutiennent. Compagne de nos désarrois et de nos espérances, elle traverse un atelier de vertus où s’équilibrent les fonctions de l’humain, du social, de l’économique. Le film est à son image : il chamboule sans sommation.

3. Bird People – Pascale Ferran

Tentative un peu folle, transformée avec une évidence si claire qu’elle laisse aussi subjugué que ravi. Flânant librement sans rien s’interdire, inventoriant les moyens par lesquels se déploient les informations (de Skype au langage animal ou à la somatisation), Ferran nous arrache au sol premier de l’angoisse pour toucher à la légèreté poids plume, aux chants miniatures, aux intuitions enfantines, à l’ultra-perception. Ou quand l’art de déployer ses ailes donne à ressentir, à penser et à rêver.

4. La Cour de Babel – Julie Bertuccelli

Nouvel exemple de ce genre très prisé en France qu’est le film d’école circonscrit entre les murs. Pas le moins passionnant et émouvant tant s’y exprime une large variété de déracinements, d’exils et d’aspirations. Entre l’enseignante, formidable pédagogue, et ces jeunes pétris d’intelligence, d’humour, de lucidité, le courant passe, les idées fusent, les discussions s’enflamment. Un phénomène d’osmose qui, sans jamais occulter les difficultés de l’immigration, incite à un optimisme revigorant.

5. Mange tes Morts – Jean-Charles Hue

C’est Scorsese meets Dumont, un croisement hybride de western urbain pétaradant et de truculence iconoclaste, de tension vive et de drôlerie burlesque, de mythologie yéniche et de fatalisme noir, où les mots claquent comme du slam, où le réalisme social se nimbe de fantasmagorie et où les rodéos mécaniques s’achèvent dans le soleil levant. À la fois une ode à la reconquête, une initiation à la grâce et une fiction furibarde. En résumé, une claque aussi franche qu’inattendue. Eh ouais, mon pral.

6. Mommy – Xavier Dolan

Des cris, de l’amour et des larmes. Dolan ne peut voir les choses qu’en grand, et à défaut de l’être lui-même il approche un cinéma de la dépense, de la prodigalité et de la démonstration où tout serait validé, motivé, amplifié par le prisme affectif. Film exubérant donc, incendaire, volcanique, fondé sur une recherche de déséquilibre permanent, qui voit trois cabossés de la vie s’inventer ensemble un répit, et dont les secousses sismiques font progresser une lave émotionnelle qui avale tout.

7. Bande de Filles – Céline Sciamma

De l’ouverture (une mêlée d’amazones de banlieue) à la conclusion (une héroïne quittant le cadre la tête haute), Sciamma raconte l’affranchissement de trois duchesses fortes en gueules et en sapes, pas manchotes dans la castagne, et qui puisent leurs forces dans leur goût pour la liberté. Funambule d’un réalisme "dépassé", elle retourne et complexifie les apparences, leur accorde une fonction dialectique pour mieux imposer l’ardeur sensuelle d’un regard combattant sur la France d’aujourd’hui.

8. Les Combattants – Thomas Cailley

Dans la catégorie des petits films qui font beaucoup de bien, voici la meilleure pioche de l’année. Soit une très drôle comédie romantique inversant les normes, slalomant entre les clichés et les genres (de la romance balnéaire au film de troufions, avec menace eschatologique comme horizon), tandis que le couple se forge au rythme des ordres et des obstacles, par l’exercice et l’endurance des corps, et s’isole au sein d’une nature régénérative. Adèle Haenel et Kevin Azaïs sont plus qu’épatants.

9. Winter Sleep – Nuri Bilge Ceylan

Trois heures et quart : c’est le temps qu’il faut pour dessiner le portrait d’un notable de la steppe anatolienne, le dépouiller de ses contradictions et creuser la sédimentation des rancœurs et des rêves trahis sur laquelle la vie a passé. Ce sommeil d’hiver n’a donc rien d’une hibernation : traversé de frissons de fièvre, vibrant toujours au-deçà des mots et de la majestueuse noblesse des images, il pose sur le monde et les êtres un regard dont la lucidité n’altère en rien la compassion.

10. Le Sel de la Terre – Wim Wenders & Juliano Ribeiro Salgado

Les vertus artistiques d’un film s’inclinent parfois devant la marque émotionnelle laissée par son visionnage. Ici la caméra s’efface derrière les images et les mots comme les velléités critiques derrière la puissance cathartique de l’œuvre de Salgado. C’est toute l’errance et la douleur de l’homme, les cycles de l’exode et du conflit, l’histoire moderne des civilisations qui transparaît le long de ce cri de révolte et d’espoir mêlés, dont les larmes s’abolissent au sein d’une nature retrouvée.


Sur le banc : A Most Violent Year (J.C. Chandor), La Chambre Bleue (Mathieu Amalric), Gone Girl (David Fincher), Les Nouveaux Sauvages (Damián Szifron), La Planète des Singes : L’Affrontement (Matt Reeves)...


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Dernière édition par Thaddeus le 1 févr. 20, 23:54, édité 2 fois.

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Thaddeus
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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar Thaddeus » 1 févr. 20, 23:19

La suite...

2015
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1. Vice-Versa – Pete Docter & Ronaldo Del Carmen

Toute en forces de redéploiement, de profusion, d’emballement, cette prodigieuse odyssée réticulaire emprunte les chemins les plus tortueux de l’esprit pour raconter comment une pré-ado déprimée décide de fuguer puis de rentrer à la maison. Ce n’est rien et c’est tout, c’est minuscule et immense, c’est vous et nous dans un mouchoir de poche, c’est la part de soi-même qui sombre dans les limbes avec l’âge et recèle un apprentissage essentiel : dans la vie, le plus beau don reste celui des larmes.

2. The Assassin – Hou Hsiao-hsien

La magnificence et la grâce qui se déploient ici à l’écran n’ont d’égale que la beauté élusive des enjeux qui les sous-tendent, fragments de mélancolie ciselée glissant avec langueur sur la peau du mythe national. Entre violence et amour, raison d’État et sentiment, altérité et parenté, politique et poésie, le cinéaste élabore une rêverie opiacée d’une densité invraisemblable où une femme insoumise refuse de donner la mort et choisit de sauver ses victimes pour n’obéir qu’aux élans de son cœur.

3. Ni le Ciel ni la Terre – Clément Cogitore

Comme si Kathryn Bigelow réalisait Pique-nique à Hanging Rock, en saisissant avec une acuité envoûtante la sensation de perte de repères intimement constitutive de l’individu postmoderne. Le territoire du conflit afghan, éparpillé façon puzzle, devient celui d’un bang bang mental où les protocoles rationalistes (la science, la logique, la marchandise) se dissolvent, et dont l’alliage de réalisme et d’abstraction représente un état du monde et de l’humanité diffus, mais terriblement familier.

4. Fatima – Philippe Faucon

Elle a entre 40 et 50 ans, ne parle pas bien le français, fait des ménages et existe à tous les yeux qui voudront la voir. Sur ses pas, ceux de l’aînée vertueuse et de la fille prodigue, en procédant d’émotions plus que d’idées, Faucon exalte la construction d’un collectif auxquels ceux qui ne sont pas d’ici contribuent, et associe la genèse d’un être humain à la gestation d’une société qui fera une place, volens nolens, aux derniers venus. Une pépite de douceur, de tact et d’intelligence.

5. Mia Madre – Nanni Moretti

Avec une infinie tendresse, le grand cinéaste transalpin déplie une nouvelle dialectique de la douleur : le drame qui emmure son héroïne dans la solitude est aussi ce qui la relie à l’humanité entière. Car en même temps qu’elle enterre notre mère, voit partir nos enfants, nous fait douter de tout et nous indique à quel point de dépossession le travail du temps nous assigne, cette œuvre pascalienne nous maintient vivants. L’utilité de l’art, cruciale question morettienne, est ainsi démontrée.

6. Mustang – Deniz Gamze Ergüven

Ce sont cinq grâces enfermées dans une maison aux airs de bunker, et qui ont la beauté, la fierté et l’impulsivité de l’animal-titre. Rivé à leur appétit de vivre, le film balaie tout le spectre de la violence patriarcale, joue de la drôlerie bravache, oppose la prestesse des filles à l’immobilisme, leur chatoiement à la grisaille, leur alanguissement à la rigueur. Les gardiens de l’ordre ont beau ériger des prisons pour les étouffer, les murs ne résistent pas à leur insoumission tellurique.

7. Notre Petite Sœur – Hirokazu Kore-eda

La découverte d’un grand film d’Hirokazu est comparable à l’émotion ressentie aux premiers bourgeons du printemps. Loin de la noirceur désolée des Trois Sœurs de Tchekhov, celui-ci poursuit à pas de loup un travail de fine dentellière pour circonscrire un sujet dont aucun heurt ne vient troubler l’évidente et absolue quiétude. Rendant la banalité charnelle, désirable, il transmet comme nul autre le sentiment d’un présent aussi doux, aussi accueillant que les superbes personnages qui le vivent.

8. Trois Souvenirs de ma Jeunesse – Arnaud Desplechin

Desplechin réactive le primat du subjectif et de l’introspection et approfondit quelques questions costaudes (qui suis-je ? comment se forge mon identité ? de quoi sont faits mes souvenirs ?) au sein d’un éblouissant tourbillon romanesque. Savant jeu de rimes et de signes, de fantaisies formelles et de flux souterrains, cette œuvre-somme entremêle les héros de son musée imaginaire en affirmant une croyance sereine dans un art ouvert sur le monde, apte à conjuguer l’intime et la grande Histoire.

9. Seul sur Mars – Ridley Scott

Mark a beau être un scientifique de haut vol, il reste un scout qui aborde sa condition de naufragé comme les Castor Juniors un orage inopportun pendant leur camp d’été. L’ambiance est détendue donc, mais elle n’empêche pas l’aventure d’assurer une implication maximale. Car le rythme fluide et classique, l’humour et l’effort en synergie, la primauté accordée à la volubilité, à la mobilité, à la persévérance et à la coopération apportent à cette équipée herculéenne une vraie forme de grandeur.

10. Taxi Téhéran – Jafar Panahi

Condamné à ne plus exercer son métier, Jafar Panahi transforme un taxi en studio et y fait défiler un échantillon représentatif de la société iranienne : les pauvres et les riches, le secteur formel et l’informel, les conservateurs et les contestataires. Jusqu’au dialogue qu’il engage avec son adorable chipie de nièce, il montre ainsi comment les images s’assemblent et se propagent sans qu’aucun fonctionnaire puisse s’en rendre maître. L’exercice est constamment drôle, intelligent et stimulant.


Sur le banc : Au-delà des Montagnes (Jia Zhang-ke), La Belle Saison (Catherine Corsini), Le Garçon et la Bête (Mamoru Hosoda), Mission Impossible : Rogue Nation (Christopher McQuarrie), Star Wars épisode VII : Le Réveil de la Force (J.J. Abrams)…


2016
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1. Elle – Paul Verhoeven

L’aplomb dont témoigne le sardonique Paulo est celle d’un art systématiquement imprévisible, d’une incorrection presque candide qui voit chaque réplique, chaque situation, chaque plan prendre le contre-pied de ce qu’on a coutume d’appeler "l’usage". Balançant en permanence entre ironie et lyrisme contenu, farce grotesque et conte cruel, le film dresse le tableau baroque d’un monde en perdition tout en exaltant son ambivalence tordue, signe d’une humanité faillible mais vivante. Jackpot intégral.

2. The Strangers – Na Hong-jin

Attachez vos ceintures. Débuté comme un polar sauce kimchi, cet affolant bain à remous affiche bien vite tous les symptômes de la damnation. L’appétit du cinéaste pour les registres les plus variés, son sens foudroyant du crescendo dramatique confèrent à son rollercoaster démentiel une forme de transe visionnaire qui fait faire trois tours dans le slip et pénétrer à chaque pas, toujours plus profondément, la noirceur d’un abîme sans fond. Le maître cramoisi de tous les désordres en rit encore.

3. La La Land – Damien Chazelle

Fort d’un enthousiasme qui lui fait mordre à pleines dents dans son matériau et ses possibilités, Chazelle offre ce que le monde avait envie de faire, de voir et d’aimer. Soit une comédie musicale entre tradition et modernité, euphorie et mélancolie, un époustouflant bouquet de couleurs, de musiques et d’émotions, un enchantement minnellien sur les vertus de la création, de la persévérance et de l’amour – ce miracle qui, parfois, consiste à s’effacer pour favoriser l’accomplissement de l’autre.

4. Aquarius – Kleber Mendonça Filho

L’histoire d’une superbe sexa vénère de Recife, la chronique ample de sa résistance inflexible aux puissances de l’argent, de son quotidien où cohabitent aisance et inquiétude, d’une liberté durement acquise que tout conspire à fragiliser. Ce splendide mille-feuille romanesque entretisse avec fluidité une multitude de lignes de partage, de fracture et de fuite, érigeant ainsi la mémoire, la conscience et la transmission comme seules garantes du temps qui passe et agrège les alluvions de la vie.

5. Dernières Nouvelles du Cosmos – Julie Bertuccelli

De l’autisme perçu comme une bouilloire à fulgurances magiques, un territoire de profération presque divinatoire, un mode de pensée si poétique qu’on hésite à le qualifier de sacré ou de miraculeux. Avec une attention, un respect, une délicatesse n’appartenant qu’à elle, Bertuccelli ouvre une porte sur le monde fascinant de l’esprit enfermé en lui-même, et orchestre les noces du langage et de la métaphysique, de l’art de la science, de la psyché et de l’univers, de l’intime et de l’infini.

6. Un Jour dans la Vie de Billy Lynn – Ang Lee

En apparence, un récit odysséen de facture classique qui voit un jeune Ulysse devenu héros malgré lui propulsé au sein d’une machine de spectacle en mal de fiction nationale, et ramené à la violence dont il a été l’acteur et le témoin. En réalité, une aventure de la perception dont l’audace narrative formalise un état intérieur attaqué par la décadence de toutes les illusions. Grandeur de ce cinéma adulte, ambitieux, limpide, où l’acuité critique n’entrave jamais le déferlement de l’émotion.

7. Brooklyn Village – Ira Sachs

Lorsqu’il s’éploie comme une expérience de la nuance et de l’infime, qu’il éclaire des problèmes complexes extraits à l’universel, qu’il fait de chaque personnage un être à part entière dont on adopte les doutes, les peines et les motivations, le cinéma glorifie certaines de ses plus belles vertus. La preuve avec ce bijou d’acuité, de bienveillance et d’humanité, analyse ultra-sensible des affinités solaires et des rapports contrariés, dont la chimie pointilliste serre doucement le cœur.

8. Ma Vie de Courgette – Claude Barras

Une fourchette qui cogne l’assiette, des nœuds dans le ventre qui se font pour mieux se défaire, un tableau météo pour mesurer l’humeur de chacun, et de grands yeux expressifs où s’expriment toutes les joies, les douleurs et les solitudes de l’enfance. On vibre, on rit, on pleure face à ces gosses drôles et ingénieux, aux amitiés constructives qui se soudent, à la prévenance des adultes, aux attitudes positives, généreuses et authentiques cimentant la résilience et ouvrant le droit au bonheur.

9. Manchester by the Sea – Kenneth Lonergan

La neige recouvre tout, le gel a solidifié des sols incapables d’accueillir les morts, et une calcification spectrale hante les journées de Lee, homme brisé par la souffrance et la culpabilité, s’interdisant de vivre comme pour se châtier de ses erreurs. Creusant une voie impressionniste qui entrelace digressions mentales et confusions temporelles, Lonergan offre avec ce film impérial, déchirant et granitique, gorgé de compassion, le grand mélo classique que le cinéma américain n’attendait plus.

10. Rester Vertical – Alain Guiraudie

Un ragazzo pasolinien perdu dans les causses cévenols, une bergère porteuse de vie comme l’origine du monde, un vieillard bougon écoutant un hard-rock cradingue, une guérisseuse-magicienne aux électrodes naturelles… Multipliant les pistes fictionnelles comme on joue au bonneteau, Guiraudie croise ce petit monde dans une dérive lunaire où liens, identités et désirs sont sans cesse réaccordés au gré du flottement indocile de la rêverie. Une embardée sociale et transgenre, fantasque et aventureuse.


Sur le banc : Grave (Julia Decournau), Julieta (Pedro Almodóvar), The Lost City of Z (James Gray), Loving (Jeff Nichols), La Tortue Rouge (Michael Dudok de Wit)...


2017
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1. Pentagon Papers – Steven Spielberg

Le cinéma américain est à son zénith lorsqu’il enroule l’éclat d’une conscience individuelle dans l’ardeur d’un destin collectif. Atteignant la quintessence de son art, harmonisant style et propos en un rapport mimétique, Spielberg prouve qu’il est désormais le seul à pouvoir dégainer avec une telle assurance ce genre de film très racé, très raffiné dans l’écriture, et dont la galvanisante prospérité formelle épouse le mouvement de fièvre euphorique qui est celui de toute démocratie victorieuse.

2. Phantom Thread – Paul Thomas Anderson

Il était un ogre solitaire qui rencontra sa frêle conquérante et s’abandonna malgré lui à un amour onctueux. La reddition n’alla pas sans fracas, gagnée au terme d’une bataille aussi feutrée qu’implacable, mais leur bonheur fut à ce prix. Ouvragé avec un raffinement quasi névrotique, maîtrisé jusqu’au vertige, cet éloge du lien passionnel contre la solitude des grands esprits cultive une ambigüité vénéneuse pour exalter les inexhaustibles ressources d’un couple résolu à vaincre tous les dragons.

3. Mektoub My Love : Canto Uno – Abdellatif Kechiche

Kechiche maestro : the continuing story. En harmonie avec l’exultation des corps qui s’offrent, enivrés par la clarté aveuglante des choses, l’auteur offre un ravissement de trois heures qui passe en dix minutes, un conte d’été aux airs de chant de gloire. Son geste ample et sensuel, sur lequel souffle le sacré lors d’une miraculeuse mise bas, est une hymne vitaliste célébrant le grand libertinage de la terre et de la mer, des femmes et de hommes, de la séduction pure et de la fièvre mystique.

4. Été 93 - Carla Simón

C’est un petit lutin introverti qui, du haut de ses six ans, va apprendre que d’un profond chagrin peut naître un bonheur inespéré. Le temps des vacances à la campagne, avec de nouveaux parents la couvant d’amour et d’attention, avec un chérubin potelé qui l’adopte d’emblée comme grande sœur, elle emprunte le chemin sinueux de l’acceptation, éprouve la mélancolie des blessures premières, confronte la douleur du souvenir au présent de la perception immédiate. Une pépite d’une infinie délicatesse.

5. Logan – James Mangold

Les coordonnées ordinaires d’un spectacle sur fond vert sont loin du corps fatigué qui saigne, souffre, pèse, et pour lequel les prodiges retrouvent leur valeur. Précieuse anomalie donc que ce road-trip westernien, étiré dans l’élégiaque, déplorant la fuite sans retour des choses simples sur les débris d’une existence mal vécue. Et si sa féroce brutalité nourrit le plus fort investissement émotionnel, c’est parce que sa noirceur dépressive nourrit malgré tout l’espoir d’une innocence préservée.

6. Le Jour d’Après – Hong Sang-soo

Stakhanoviste de l’errance amoureuse, le prolifique Hong Sang-soo aime filmer des évidences comme autant de leurres. Les circonvolutions d’un récit touffu comme une forêt d’indices disent ici avec une poignante douce-amertume comment un cœur écorché fait du surplace à force de se défiler, de pratiquer l’art de l’esquive, de s’abîmer dans l’effacement de lui-même. Jusqu’à la sérénité ambigüe d’un dernier face-à-face donnant son sens plein à ce monde rêvé qui n’a rien et tout à voir avec la vie.

7. Jeune Femme – Léonor Serraille

Elle s’incruste aux soirées, siffle tous les verres et part la dernière. Elle vient de se faire larguer, n’a ni job ni amis, rebondit au gré des rencontres. C’est une fille esseulée dans une capitale hostile, un électron libre, excentrique, un peu follingue, dont le récit fait de chocs, de bosses et d’éclats épouse les contours. Le film lui ressemble : fantasque, libre, imprévisible, plein d’une émotivité débordante qui le pousse sans cesse à se réinventer pour finir loin de son point de départ.

8. Detroit – Kathryn Bigelow

À une époque où le mouvement Black Lives Mater démontre que toute vérité n’est pas évidente pour elle-même, Bigelow poursuit sa radiographie des crispations toxiques ayant forgé l’identité américaine. Son souci d’exactitude la protège des pièges et conforts de la narration majoritaire, sa maîtrise des moyens formels développe une dramaturgie rigoureuse qui ne fait aucune concession à la bonne conscience, et sa colère prend à bras-le-corps un évènement particulier n’éclairant que l’universel.

9. Lady Bird – Greta Gerwig

On la connaissait tige lunaire du mumblecore new-yorkais. On la découvre cinéaste intelligente, sensible, enquillant tous les lieux commus d’un genre aussi goudronné qu’une autoroute (le récit d’apprentissage adolescent) pour en extraire la sève la plus gracieuse. La perspicacité bienveillante de son regard éclaire avec superbe la tentation de l’ailleurs, la rencontre de l’autre, l’amour contrarié mais intarissable que nous portent et que l’on porte aux siens. Un délice fondant comme une crème.

10. Ava – Léa Mysius

Le fouet de l’écume sur la peau, la brûlure du soleil au zénith, la sieste moite d’une chaude après-midi… Sensations palpables éprouvées par une jeune fille aux regards orageux et à la moue boudeuse qui, avant que le black-out ne l’engloutisse, veut voir et doit vivre. Miroitant d’une douce lumière mordorée, filmant l’éveil amoureux comme une ode crépusculaire, ce conte initiatique confirme, après le formidable Grave, la vitalité de cette pépinière à talents féminins qu’est le cinéma français.


Sur le banc : The Florida Project (Sean Baker), Seule sur la Plage la Nuit (Hong Sang-soo), Tesnota : Une Vie à l’étroit (Kantemir Balagov), Thelma (Joachim Trier), Visages Villages (Agnès Varda)…


2018
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1. High Life – Claire Denis

Il était une fois, dans un futur chu de quelque désastre, une colonie pénitentiaire en dérive astrale vers la terminaison des temps. Et la plus singulière des réalisatrices françaises de réinventer le mythe de la nouvelle frontière, cette illusion ne cachant que le néant dont l’on vient et où l’on retournera. Odyssée hypno-planante dont les effets d’absorption opèrent sans retour, catafalque de vertige et d’agonie, le film maraboute l’esprit et les sens en se frottant aux mystères de l’intime.

2. Une Affaire de Famille – Hirokazu Kore-eda

Hirokazu n’a pas son pareil pour ausculter la famille, théâtre du sentiment où les secrets et les rancœurs circulent aussi librement que les mots sincères et les effusions affectives. Éclairant la contradiction entre la norme sociale et l’exigence de justice, entre les interdits et l’épanouissement de chacun, il procède d’une finesse qui rend imperceptible le contre-champ politique du propos, et désamorce toutes les ornières du film-dossier. Un joyau d’humanité, d’intelligence et de sensibilité.

3. Nos Batailles – Guillaume Senez

Le cinéaste franco-belge prouve d’éclatante manière qu’il va désormais falloir compter avec lui. Aux multiples pressions du système capitaliste, à la déshumanisation, au burn-out, à la recherche épileptique de performance, aux phénomènes de réplication ou d’exploitation consentante dans lesquels les personnages sont pris au piège, ce film superbe et poignant oppose une empathie, une chaleur, une tendresse qui embrassent tout le champ des possible autant qu’ils embrasent le cœur et la conscience.

4. First Man – Damien Chazelle

Il est peu question de conquête spatiale tonitruante et d’imaginaire triomphaliste dans cette approche quasi documentaire où le professionnalisme l’emporte sur les velléités spectaculaires. À la frénésie des morceaux de bravoure Chazelle substitue le regard inconsolable d’un astronaute en rupture des siens. Et aux images d’Épinal, le néoclassicisme virtuose d’un récit tenant de l’obsession funèbre, d’un désir de résilience qui se cristallise dans l’empreinte poudreuse laissée sur le sol lunaire.

5. Shéhérazade – Jean-Bernard Marlin

Une fois de plus le jeune cinéma français prouve qu’il a le diable au corps, les doigts dans la prise, et que ses représentants savent se saisir de la foudre. En pleine rupture avec le réalisme social de banlieue (on y entend le Crockett’s Theme au détour d’une séquence), cette électrisante odyssée phocéenne fait éclore un romanesque revitalisant à plein régime toutes les rengaines et morales épuisées, et rappelle que l’amour est question de partage, d’éveil et de transformation intérieure.

6. Les Frères Sisters – Jacques Audiard

Loin de la fugue superflue dans les contrées récréatives de l’exercice de style, Audiard offre un film complexe par ses différents niveaux de lecture et évident par la maîtrise fluide de sa facture. Soumise à l’enfer d’un monde avide et cruel avant de se ressourcer au ventre maternel, sa fratrie arpente les étapes et embûches d’un récit en forme de parabole qui préfère aux pesanteurs didactiques la plénitude d’une mise en scène laissant advenir l’émotion sans la provoquer. Très belle réussite.

7. En Guerre – Stéphane Brizé

De Nos Batailles à En Guerre, le front de la lutte syndicale suscite des films aux titres offensifs, politiquement lucides et émotionnellement gratifiants. Il est bien ici question de manœuvres tactiques et de rapports de force, d’escarmouches et de pourparlers, de capitulations et de victoires (fussent-elles à la Pyrrhus), avec une loi d’airain en ligne de mire : malheur aux vaincus. Où quand le feu de la colère et l’ardeur de l’engagement aiguisent leur tranchant contre l’amertume du constat.

8. Les Veuves – Steve McQueen

Polar en pétard où s’orchestrent la révolte des déshérités contre les nantis, la survie d’une poignée de victimes déçues et trompées bien décidées à prendre leur destin en main. Sans émousser son regard perçant sur la société américaine, l’auteur entrelace les fils du récit au sein d’un biotope précisément détouré (Chicago en proie à la concurrence des népotismes, à la corruption institutionnalisée, à la violence des gangs), propice à fondre la substance du propos dans le chaudron de l’action.

9. Sans un Bruit – John Krasinski

Souvent étrillé pour ses incohérences, ses facilités, ses maladresses, ce premier long-métrage est pourtant un slasher d’une redoutable efficacité qui exploite au maximum les opportunités de son postulat, et qui fait le pari de l’épure stylistique aux dépens de toute surenchère spectatulaire. Par sa concision, sa maîtrise de procédés narratifs oubliés, sa faculté à maintenir la tension d’un récit remarquablement économe, il s’impose comme le suspense le plus prenant de l’année. Donc le meilleur.

10. En Liberté ! – Pierre Salvadori

La loufoquerie le plus débridée, la plus désopilante, est ici ce qui transfigure la carte du Tendre et détourne chacun de sa route pour mieux lui faire retrouver son chemin. Arpentant avec une délicieuse élégance les côtés et diagonales de son quadrilatère amoureux, le cinéaste élabore ainsi une fantaisie policière ne donnant, pour se réinventer une vie après une révoltante injustice, achever un deuil ou simplement aimer, qu’une seule réponse : l’imaginaire comme force de transformation du réel.


Sur le banc : Asako I & II (Ryūsuke Hamaguchi), Les Éternels (Jia Zhang-ke), Everybody Knows (Asghar Farhadi), Les Oiseaux de Passage (Cristina Gallego & Ciro Guerra), Traîné sur le Bitume (S. Craig Zahler)…


2019
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1. Parasite – Bong Joon-ho

S’agissant de la lutte à mort entre les pauvres et les riches, les choses ne peuvent que partir en vrille. Elles inoculent un déterminisme paradoxal où le politique rejoint le biologique, où toute partition du monde est relative, où les préjugés sociaux ne sauraient se résorber dans la soumission aux puissants. Et cette satire corrosive sur le dérèglement, l’explosion du refoulé, le chaos programmé, d’imposer une maîtrise et une vitalité ébouriffantes qui n’étouffent jamais son pessimisme amer.

2. Douleur et Gloire – Pedro Almodóvar

Salvador-Pedro éprouve la peur à l’approche de la fin et le doute sur le bilan de sa vie, ressent les consolations fugaces et les douleurs de l’âge. Mais la fiction accomplit l’opération magique par laquelle la beauté s’impose au réel. En se livrant à l’archéologie à ciel ouvert d’une conscience, en ravivant les images perdues, en reprisant ce que le temps déchire, ce film doux, bariolé et poignant atteste que l’acte de création est un rempart contre ce qui s’effondre, à commencer par soi-même.

3. It Must Be Heaven – Elia Suleiman

Le monde s’est mis à l’heure palestinienne. Si le champ d’observation du cinéaste passe des oliviers aux rues vides de la capitale française puis aux allées d’un parc new-yorkais, sa comédie humaine n’a rien perdu de son caractère subversif ni de son burlesque à mèche lente. En trois tableaux éblouissants de drôlerie mutique et de poésie chorégraphiée, il montre les choses sans discourir, exalte les vertus d’une légèreté reconquise et convertit l’impuissance en merveilleuse énergie créatrice.

4. Roubaix, Une Lumière – Arnaud Desplechin

Nouveau conte de Noël pour Desplechin, qui s’introduit ici dans l’intimité des êtres au nom de la loi, sans effraction, avec autant de sagacité que de bienveillance. Le long d’un marathon mental immersif et finalement bouleversant, où se bousculent aveux et dénégations, où s’affrontent arguments retors et besoin d’expiation, où se cognent l’amour et l’abjection, le film approche le crime comme témoignage de l’opacité du mal, et sa reconstitution comme reconquête maïeutique d’une humanité perdue.

5. Toy Story 4 – Josh Cooley

Pour bien des spectateurs, ce fut le volet de trop. On peut ne pas goûter un tel verdict tant cet épisode réactive la magie des précédents, conjugue brillamment le ready-made à la sophistication numérique et poétise un retour à l’art primitif de l’animation en volume. Mené tambour battant, au fil d’un récit proliférant de trouvailles délicieuses, de gags échevelés et d’effusions sentimentales, il perpétue sans l’user le grand motif pixarien de l’apologie de la résistance et de la décélération.

6. Bacurau – Kleber Mendonça Filho & Juliano Dornolles

En ralliant l’univers historique, littéraire et mythologique du sertão au grand style américain du suspense, du western voire de la science-fiction (utopie retrouvée et dystopie réalisée), cette étourdissante décharge de hargne, de tension et de nervosité s’inscrit dans la glorieuse lignée des Sept Samouraïs : l’évocation de la combativité des humbles contre les puissants. Il affirme ainsi ce qui reste du cinéma comme zone à défendre, dans une conflagration mortelle de l’archaïque et du moderne.

7. Les Misérables – Ladj Ly

Montfermeil, monde sous pression et royaume d’une profonde discorde sociale, raconté à travers le regard exogène d’un caporal de la BAC qui découvre un écosystème en ébullition où gonflent conflictualités contagieuses, ondes de colère et frustrations. Trente ans après la cocotte-minute de Spike Lee, ce film électrique, asphyxiant, hautement et honnêtement politique fait entendre le pouls instable d’une cité susceptible de s’emballer et de basculer au moindre incident dans le bruit et la fureur.

8. Marriage Story – Noah Baumbach

Que cela signifie-t-il de porter en soi un amour battant et de le voir mourir dans les yeux soudain endurcis de son conjoint ? D’être réduit à l’impuissance de consoler son enfant qui porte sur ses frêles épaules l’inclination humaine à la destruction ? De se retrouver comme un intrus dans le monde qui semblait nous appartenir ? Exemple d’équité, de bienveillance et d’empathie, le film approche ces questions en tranchant avec une intransigeante densité émotionnelle dans le vif d’une séparation.

9. The Irishman – Martin Scorsese

Scorsese face à la mort, ou son cinéma opérant une vaste récapitulation et se confrontant à son agonie. De cette odyssée mafieuse terminale, de cette ambitieuse peinture d’un gangstérisme lombalgique, on pourrait dire qu’il s’agit d’un requiem. En trois heures et demie flageolantes mais dont chaque minute impose sa nécessité, l’artiste interroge la vanité des entreprises humaines, pleure le désarroi d’un homme tiraillé entre deux amitiés et regrette les échecs et les crimes d’une vie manquée.

10. Portrait de la Jeune Fille en Feu – Céline Sciamma

Pas plus que l’amour, l’art ne peut se satisfaire d’un simulacre. Il trace ici le chemin romantique d’une peintre et d’un modèle qui se rejoignent, se portent attention, s’abandonnent au désir réciproque afin que se cristallise le geste créatif. Il traverse un territoire éphémère sorti des légendes bretonnes autant que des toiles du XVIIIème siècle, fait de clairs-obscurs et d’éblouissements, de natures mortes et de visions oniriques, où s’abolissent toutes les failles qui divisent l’humanité.


Sur le banc : Apollo 11 (Todd Douglas Miller), Dark Waters (Todd Haynes), Les Filles du Docteur March (Greta Gerwig), J’Accuse (Roman Polanski), Proxima (Alice Winocour)…
Dernière édition par Thaddeus le 21 mai 20, 16:43, édité 3 fois.

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Alexandre Angel
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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar Alexandre Angel » 1 févr. 20, 23:48

Thaddeus a écrit :10. The Irishman – Martin Scorsese
Scorsese face à la mort, ou son cinéma opérant une vaste récapitulation et se confrontant à son agonie. De cette odyssée mafieuse terminale, de cette ambitieuse peinture d’un gangstérisme lombalgique, on pourrait dire qu’il s’agit d’un requiem. En trois heures et demie flageolantes mais dont chaque minute impose sa nécessité, l’artiste interroge la vanité des entreprises humaines, pleure le désarroi d’un homme tiraillé entre deux amitiés et regrette les échecs et les crimes d’une vie manquée.

Mais alors, mais...mais...TU L'AS VU!!!

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Thaddeus
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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar Thaddeus » 2 févr. 20, 00:00

Je l'ai téléchargé illégalement avec un mélange d'extrême satisfaction (pour ne pas avoir été un client à la régulière de Netflix) et de profonde culpabilité (pour les raisons que j'ai déjà expliqué). Écartèlement que je continue d'éprouver, d'autant que j'ai réitéré l'opération avec le film de Baumbach.

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Alexandre Angel
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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar Alexandre Angel » 2 févr. 20, 00:21

Thaddeus a écrit :Je l'ai téléchargé illégalement avec un mélange d'extrême satisfaction (pour ne pas avoir été un client à la régulière de Netflix) et de profonde culpabilité (pour les raisons que j'ai déjà expliqué). Écartèlement que je continue d'éprouver, d'autant que j'ai réitéré l'opération avec le film de Baumbach.

Tu as vu comme on a été (je me mets dedans) mauvaise langue au vu du premier teaser!

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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar -Kaonashi Yupa- » 2 févr. 20, 08:17

    Top 20 de la rédaction de Positif (52 votants)

    1. Phantom Thread
    2. Melancholia & The Tree of Life
    4. Winter Sleep
    5. Leviathan & Roma & La Vie d'Adèle
    8. The Assassin & Carol & Le Fils de Saul
    11. Amour
    12. Burning & Parasite
    14. Bird People & Blue Jasmine & Bright Star & Faute d'amour & Mad Max Fury Road & Poetry & Take Shelter & Toni Erdmann

    Les réalisateurs les plus cités par la rédaction de Positif
    1. Paul Thomas Anderson & Terrence Malick
    3. Nuri Bilge Ceylan
    4. Lars von Trier
    5. Andrei Zviaguintsev
    6. Woody Allen & Abdellatif Kechiche
    8. Lee Chang-dong
    9. Pedro Almodovar & Alfonso Cuaron & Laszlo Nemes
    12. Bong Joon-ho & Roman Polanski
    14. Wes Anderson & Coen bros. & Todd Haynes & Hou Hsiao-hsien
    18. Michael Haneke & Jia Zhangke & Jeff Nichols & Martin Scorsese

    Le top des lecteurs de Positif (plusieurs centaines de votants)
    1. The Tree of life
    2. Phantom Thread & Winer Sleep
    4. Burning & Parasite
    6. Leviathan
    7. Melancholia
    8. La Vie d'Adèle
    9. Faute d'amour
    10. The Social Network
    11. Carol & Drive
    13. The Assassin & A Touch of Sin & Le Fils de Saul & The Lost City of Z
    17. Douleur et gloire & The Ghost Writer & Manchester by The Sea & Roma

    Les réalisateurs les plus cités par les lecteurs de Positif
    1. Andrei Zviaguintsev
    2. Nuri Bigle Ceylan
    3. Terrence Malick
    4. Jeff Nichols
    5. Lee Chang-dong & Paul Thomas Anderson
    7. Bong Joon-ho
    8. Abdelattif Kechiche
    9. Woody Allen & Pedro Almodovar
    11. David Fincher & Lars von Trier
    13. Jia Zhangke
    14. Martin Scorsese
    15. Alfonso Cuaron & James Gray
    17. Todd Haynes & Roman Polanski & Hirokazu Kore-eda
    20. Nicolas Winding Refn

(et j'ai même l'honneur d'être cité dans l'article accompagnant de jeu de listes. Une phrase certes bizarrement formulée, extraite du mail envoyé pour ce sondage, mais ça m'a agréablement surpris. :oops:)

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Karras
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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar Karras » 2 févr. 20, 08:45

Le top du magazine français Première dans son hors-série de janvier :
http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cine ... n-Premiere
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50. Logan (James Mangold, 2017)
49. Winter’s Bone (Debra Granik, 2011)
48. De rouille et d’os (Jacques Audiard, 2012)
47. It Follows (David Robert Mitchell, 2015)
46. Vice-Versa (Pete Docter & Ronnie Del Carmen, 2015)
45. Boyhood (Richard Linklater, 2014)
44. L’Apollonide – Souvenirs de la maison close (Bertrand Bonello, 2011)
43. Cloud Atlas (Tom Tykwer, Lana & Lilly Wachowski, 2013)
42. Bone Tomahawk (S. Craig Zahler, 2016)
41. Her (Spike Jonze, 2014)
40. Inception (Christopher Nolan, 2010)
39. Les Nouveaux Sauvages (Damian Szifron, 2015)
38. Dragons 2 (Dean DeBlois, 2014)
37. Cogan: Killing Them Soflty (Andrew Dominik, 2012)
36. Mommy (Xavier Dolan, 2014)
35. Aquarius (Kleber Mendonça Filho, 2016)
34. Enter the Void (Gaspar Noé, 2010)
33. Take Shelter (Jeff Nichols, 2012)
32. Under the Silver Lake (David Robert Mitchell, 2018)
31. Blade Runner 2049 (Denis Villeneuve, 2017)
30. Une vie cachée (Terrence Malick, 2019)
29. City of Life and Death (Lu Chuan, 2010)
28. Un jour dans la vie de Billy Lynn (Ang Lee, 2017)
27. Agora (Alejandro Amenábar, 2010)
26. Inside Llewyn Davis (Joel & Ethan Coen, 2013)
25. Paddington 2 (Paul King, 2017)
24. The Master (Paul Thomas Anderson, 2013)
23. Your Name (Makoto Shinkai, 2016)
22. Faute d’amour (Andreï Zviaguintsev, 2017)
21. Mademoiselle (Park Chan-wook, 2016)
20. THE ARTIST (MICHEL HAZANAVICIUS, 2011)
19. LA TAUPE (TOMAS ALFREDSON, 2012)
18. LE LOUP DE WALL STREET (MARTIN SCORSESE, 2013)
17. UNE AFFAIRE DE FAMILLE (HIROKAZU KORE-EDA, 2018)
16. ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD (QUENTIN TARANTINO, 2019)
15. LES AVENTURES DE TINTIN : LE SECRET DE LA LICORNE (STEVEN SPIELBERG, 2011)
14. THE STRANGERS (NA HONG-JIN, 2016)
13. THE IMPOSSIBLE (JUAN ANTONIO BAYONA, 2012)
12. GRAVITY (ALFONSO CUARÓN, 2013)
11. SICARIO (DENIS VILLENEUVE, 2015)
10. PARASITE (BONG JOON-HO, 2019)
9. INTERSTELLAR (CHRISTOPHER NOLAN, 2014)
8. LA VIE D’ADÈLE – CHAPITRES 1 & 2 (ABDELLATIF KECHICHE, 2013)
7. LE VENT SE LÈVE (HAYAO MIYAZAKI, 2013)
6. THE TREE OF LIFE (TERRENCE MALICK, 2011)
5. LA LA LAND (DAMIEN CHAZELLE, 2017)
4. PHANTOM THREAD (PAUL THOMAS ANDERSON, 2018)
3. LA GRANDE BELLEZZA (PAOLO SORRENTINO, 2013)
2. MAD MAX : FURY ROAD (GEORGE MILLER, 2015)
1. THE SOCIAL NETWORK (DAVID FINCHER, 2010)

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Zelda Zonk
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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar Zelda Zonk » 2 févr. 20, 12:10

Plus je lis les divers Tops et classements de ce topic, plus une évidence s'impose à mon sens : LE film emblématique des années 2010, c'est The Social Network.

Je dis bien "emblématique", je ne parle pas forcément du meilleur film objectivement, même si j'adore ce Fincher et qu'il figurerait sans problème dans mon Top 10 de la décennie.

Ce que je veux souligner, c'est que s'il on devait rétrospectivement (dans 20 ou 30 ans par exemple) ne retenir qu'un film qui symbolise cette décennie écoulée, alors ce film cocherait toutes les cases : l'avènement des réseaux sociaux, les geeks, le capitalisme moderne, l'égocentrisme, les pulsions consuméristes, les amitiés virtuelles, les trahisons, et la solitude inéluctable en toile de fond.

Pas très réjouissant, je vous l'accorde, et il ne faudrait pas non plus réduire ces 10 années à ces seules thématiques, mais The Social Network nous livre une photo très juste de la décennie écoulée, et c'est aussi pour cela qu'on le retrouve régulièrement dans le Top 5 des divers magazines spécialisés.

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Wulfa
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Re: Les Meilleurs films de la décennie 2010-2019

Messagepar Wulfa » 3 févr. 20, 21:21

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Dernière édition par Wulfa le 11 févr. 20, 17:19, édité 1 fois.