Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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Karras
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Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar Karras » 5 mars 11, 22:44

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Depuis l'enfance, Kathy, Ruth et Tommy sont les pensionnaires d'une école en apparence idyllique, une institution coupée du monde où seuls comptent leur éducation et leur bien-être. Devenus jeunes adultes, leur vie bascule : ils découvrent un inquiétant secret qui va bouleverser jusqu'à leurs amours, leur amitié, leur perception de tout ce qu'ils ont vécu jusqu'à présent.

Karras a écrit :Never let me go (8/10) : Un scénario bouleversant sur la résignation servi par des acteurs au diapason ( Carey Mulligan est juste épatante ). Keira Knightley a un rôle plus en retrait par rapport à Andrew Garfield et Carey Mulligan qui sont les personnages centraux de l'histoire. A mon avis, ce n'est pas un film qui peut plaire à tout le monde car le rythme est lent ( ceux qui espèrent voir une sorte de the Island bis avec des clones peuvent passer tout de suite leur chemin ) et la réalisation peut paraitre parfois un peu académique. Mais globalement le film m'a troublé par une fatalité qui pèse tout le long du film et que les personnages arrivent à exprimer de façon remarquable.



santiago a écrit :Never let me go : 7/10. D"une grande fidélité au roman de Kazuo Ishiguro, même si le drame romantique l'emporte sur le conte fantastique et éthique. Carey Mulligan, bouleversante.


2501 a écrit :Never let me go : 5,5/10
Les acteurs se débrouillent bien, la mise en scène est classique mais élégante.
Mais le scénario est anti-immersif au possible, délayant sa maigre intrigue amoureuse.
Dommage, du coup c'est parfaitement désincarné.


G.T.O a écrit :Never let me go : 5/10
élégant mais pleurnichard et conventionnel. Pas vraiment le retour espéré de Mark Romanek.


Profondo Rosso a écrit :Never let me go de Mark Romanek
L'argument de SF le plus froid qui soit (le clonage) donne ici lieu à un mélodrame bouleversant avec le tragique destin d'être clonés destinés à l'usage du don d'organe dans une société utopique où la maladie a disparu. Ancré dans une tonalité réaliste et contemporaine (plus un présent alternatif qu'un vrai futur) le film rend ainsi terriblement proche cette possibilité en posant ses héros dans un certain quotidien. Dès lors tout ce qui aurait pu paraître mièvre ailleurs revêt une innocence touchante à travers les amours troublés de ses jeunes héros en sursis tous magistralement interprété notamment Carrey Mulligan et Keira Knightley. La première partie durant l'enfance est un enchantement avant que l'avancée du film et la chape de plomb que représente les premiers dont n'entrave complètement l'horizon éphémère des personnages. Superbe mise ne scène sobre et inspirée de Romanek qui fait encore mieux que son déjà très réussi Photo Obsession. Et le score de Rachel Portman est tout simplement magnifique. 5,5/6 Et bien tenté de lire le roman...


nobody smith a écrit :NEVER LET ME GO de Mark Romanek
J’avais beaucoup aimé le roman de Kazuo Ishiguro. J’ai curieux savoir comment Romanek et Alex Garland allait réussir à élaborer une adaptation du fait que le livre joue énormément sur le non-dit et le hors-champs. Sur ce point, j’ai trouvé ça décevant. Les deux bonhommes ne semblent pas refuser la volonté d’immersion dans une monde proche et différent du notre mais pourtant ils en donnent rapidement les clefs (je trouve d’ailleurs casse-couille que si les lecteurs du livre ont toujours essayé d’en préserver le secret, les critiques ciné l’ont dévoilé pour leur part bille en tête). Ça apparaît d’autant plus bizarre que cette révélation rapide de certains mécanismes se fait par des outils simples (petite note d’ouverture, contre-champs, insert). Cela dit, au-delà de ne pas retrouver donc ce même sentiment d’immersion, Romanek et Garland signe quand même une adaptation plus qu’honorable. Ils ont bien saisit l’essence du livre et son caractère bouleversant en créant un écho entre l’existence de ses personnages “particuliers” à ceux de notre société traditionnel. Si le mystère en lui-même est dévoilé (trop) rapidement, le film reprend quand même l’idée d’une réflexion existentielle où tout est dit est substance ce qui rend encore plus dérangeante l’expérience puisque moins perceptible. Je reste un brin frustré forcément que certains aspects aient été abandonnés (la cassette qui donne son titre au film n’a plus une place si importante) mais ça reste un très beau film.


Cortez The Killer a écrit :Never Let Me Go: (by Mark Romanek): Drame poignant, d'une puissance évocatrice rare, ce film de science fiction qui n'en est pas vraiment un, nous touche par sa simplicité notamment sa mise en scène, très élégante, sobre et qui va droit à l'essentiel. D'autres la trouveront (trop) classique, ce qui en soit ne m'a dérangé le moins du monde.
Comment ne pas être concerné par ces personnages voués à un même et unique destin, celui du sacrifice de la chair et de leurs aspirations, tragique.
Romanek met en exergue la place des ces êtres dans ce monde à la fois paradoxal et injuste dans le sens ou l'on crée des individus qui puissent retarder la mort de leur semblable tout en se sacrifiant eux-même. Car il s'agit bien ici de sacrifice. Le sacrifice de son être, de son art, de toutes les choses qui révèle notre humanité, unique,indispensable et surtout irremplaçable. Comment ne pas se révolter devant cette société irresponsable et ayant des allures de nazisme déguisé symbolisé par la directrice jouée par Charlotte Rampling, d'une froideur et d'une passivité presque sournoise. Pendant tout le film, on se demande pourquoi ces protagonistes ne se soulèvent pas devant l'ordre établi? pourquoi ne pas réagir à cette folie joliment dissimulée? Tout simplement, car ils sont soumis dès leur naissance au carcan de l'institut qui affirme que ce à quoi il ils sont prédestinés, est quelque chose de très noble et de salutaire pour leur "âme". C'est sur ce point que le film est très dérangeant et malaisant.
Que dire du trio d'acteurs qui sont d'une très grande justesse, je pense très fortement à Andrew Garfield, futur homme araignée, qui amène son jeu à un tel degré de réalisme que cela en devient flippant. De même, Carey Mulligan, bouleversante au possible, nous émeut par l'humanisme de son personnage.
L'un des premiers grands films de ce début d'année.
8,5/10

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Re: Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar Flol » 6 mars 11, 19:33

Et j'y vais de ma petite ligne de critique aussi : un film joliment fait, dont le pitch avait à priori tout pour me plaire, mais dont le traitement totalement impersonnel et la quasi absence de mise en scène m'ont empêché d'adhérer complètement, d'où un gros manque d'émotion et d'empathie...et un peu d'ennui aussi.
Dommage (mais ça m'a en tout cas donné envie de découvrir le bouquin).

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Re: Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar Frank Einstein » 9 mars 11, 01:35

Never let me go : 6,5/10

Très étrange film : il y a tout ce qu'il faut pour en faire une référence (casting, photo, scénario, sujet) mais cela ne prend jamais l'ampleur poétique promise. L'émotion peine à surgir malgré les poncifs mélo-dramatiques.
Je n'arrive pas à m'expliquer pourquoi je n'ai pas plus apprécié ?!
J'avais adoré "Photo obsession"... et je n'y retrouve pas le style de Mark Romanek.
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Re: Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar Anorya » 20 mars 11, 23:20

Never let me go (Romanek - 2010).


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Dans un passé uchronique situé quelques années après la seconde guerre mondiale, une solution est trouvée qui enraye une majeure partie des grandes maladies mortelles du XXe siècle. L'espérance de vie s'en trouve même prolongée jusqu'à 100 ans. L'histoire se situe du milieu des années 70 au milieu des années 90 et relate la destinée de trois personnages, le sens qu'ils donnent à leur vie dès lors que celle-ci est déjà conditionnée dans un but précis qui leur échappe...


Si je voulais simplifier, je dirais que ce film sous toile de fond de Science-fiction, traite d'une résignation bien stoïcienne face à la vie sans doute plus répandue dans la conception asiatique qu'occidentale. Et pour cause vu que ce second long-métrage de Mark Romanek s'inspire du best-seller de Kazuo Ishiguro (traduit chez nous par "Auprès de moi toujours"). Mais cela serait trop facile. Du livre (que je n'ai pas lu mais qui, comme Ratatouille m'intéresse après la vision du film), Romanek (dont c'est le 3e long-métrage en fait) retravaille avec Alec Garland (scénariste entres autres de 28 jours plus tard et Sunshine) la matière première et positionne plastiquement son film dans la trajectoire de son Photo Obsession (2002). On comprend que Romanek devant faire des choix évidents a décidé de donner une couleur plus que sensitive à ce passé/futur indéfini qui semble dangereusement stagner, voire étouffer autant le spectateur que les personnages (ça va de paire avec le rythme lent du film qui permet de lentement instiller un lent et douloureux malaise ouaté). Quand on connait alors les travaux de Romanek dans le vidéo-clip (notamment pour Nine Inch Nails ou David Bowie), on était étonné de voir son précédent long-métrage jouer la carte de la sobriété tout en alignant une maîtrise parfaite du cadre, de la photographie (Jeff Cronenweth) et des couleurs (teintes allant très souvent sur toute la gamme chromatiques, rejouant bien souvent du vert,jaune, bleu et rouge). Ici, la maîtrise du cinéaste ne faiblit pas et le film se dore d'un doux écrin inquiétant tirant autant sur le gris que des bruns et verts foncés, faisant ressentir un automne mélancolique qui ne finit jamais, comme une chape de plomb d'où nous (le spectateur et les personnages) nous engluons lentement. Dans les films actuels m'ayant jamais autant fait ressentir une sorte de poussière visuelle, de léthargie dotée de cendres automnales, Never let me go se place pour moi juste à côté de The road (film comme roman je souligne. Ce dernier s'avère incroyablement riche sur le point de vue du ressenti et nul doute que là aussi, d'un point de vue plastique, le film avait tenté une possible et réussie adaptation au niveau sensitif).


Dans l'imagerie de la science-fiction ici, peu signifie beaucoup. Never let me go se place dès lors volontiers plus du côté de ses cousins Les fils de l'Homme ou Bienvenue à Gattaca dans la volonté de représenter un futur probable et très proche de notre présent actuel. Comme dans ces derniers, peu de gadgets mais une vision où l'humanité n'en finit pas de stagner tout en accentuant l'avenir à travers de menus détails. Ici, les bracelets qui servent à ficher les personnages ou les logos, dans le film de Cuarron, l'affichage laser sur les vitres d'une voiture comme un écran holographique à la minority report (le genre de détail qu'on peut regarder dans le fameux plan-séquence de l'attaque du véhicule). Et puis c'est tout. Pas besoin d'en faire plus puisqu'en voulant coller au plus proche de notre actualité, le film n'en prend qu'une force et une évidence des plus douloureuses dans son histoire.


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Une composition en 5 images. C'était ça ou vous gaver de Carey Mulligan, ma nouvelle égérie. Je vous épargne donc mes amours iconiques et platoniques. :mrgreen:



L'histoire, venons en plus précisément sans trop tâcher de spoiler (ce qui devrait être facile vu que tout le monde dans les autres chroniques semble tacitement s'être mis d'accord sur le fait d'en révéler le moins possible. Avec humilité je ferais donc pareil afin de ne pas gâcher l'histoire aux autres). Evidemment l'histoire est facilement trouvable sur n'importe quel site mais là n'est pas le propos. Le propos serait plutôt : comment filmer des personnes condamnées d'avance et qui ne cherchent nullement à se révolter (elles sont conditionnées dès leur enfance) mais accepter leur sort avec résignation ? Quand je dis accepter, même si toute la fatalité et la noirceur emplissent lentement le film comme une fine couche de sable noir qui tomberait d'une clepsydre (l'aspect temporel est respecté avec une grande élégance entre les différentes strates temporelles du film en plus), ce n'est pas accepter d'aller à la fin comme on irait à l'abattoir mais plutôt d'essayer de trouver un sens à donner à sa vie, aux autres, au don de soi qu'on effectue bien malgré sa volonté (et c'est bien japonais de penser en logique de groupe plutôt qu'en individualismes, je le dis sans être péjoratif) dans une vie bien plus éphémère que les autres car passé un certain âge, elle vous sera horriblement volée.


Dès lors, ce sont les questionnements existenciels qu'on guette, les doutes, les peurs, voire, les moindres moments d'espoir aussi irraisonné soit-il dans la vie des personnages. Comme eux, on finit par se raccrocher à des choses simples dans un monde terrible parce qu'il a institutionnalisé l'horreur en bannissant tout questionnement éthique (là encore c'est semble-t-il la logique d'un groupe, de toute l'humanité qui a prôné au détriment de l'individu, quitte à écarter la question déontologique de savoir si il a une âme ou non, ce que révèle un dialogue glaçant à la fin du film). On finit par se prendre une méchante claque dans la gueule, à tel point que l'idée d'amour sincère et pur comme possible échappatoire qui traverse le film n'en semble que plus fragile (et sans doute difficilement acceptable pour ceux qui prendraient le film d'emblée avec les pincettes du cynisme ou du second degré). Claque dans la tronche qui nous est livrée tellement forte par l'interprétation des acteurs, le trio Carey Mulligan / Andrew Garfield / Keira Knightley en tête, formidables de bout en bout, livrant un sans faute. Dans les seconds rôles, on appréciera l'inoxydable et ambigüe directrice d'école d'Hailsham jouée par Charlotte Rampling dont on ne sait si elle respecte ses anciens élèves ou n'est jamais vraiment de leur côté. Sans doute des deux, présence semblant immortelle et inquiétante qui plane sur le film.


Le film n'est pourtant pas parfait. Subjectivement il s'en faut de peu de passer à côté d'un chef d'oeuvre. La musique peut finir par devenir parfois redondante à force d'appuyer des moments là où elle pourrait s'effacer à certains moments par exemple. Mais d'un autre côté, le choix du violon (ce que Björk nomme le système nerveux pour son album Homogenic --et j'approuve cette idée.) convient parfaitement. Des bribes d'impression musicale me trottent encore en tête, me poussant à me réécouter la bande originale prochainement. Le rythme lent du film pourrait aussi poser problème à ceux qui chercheraient un double de The island (vu que le sujet du film reste le clonage, oui je spoile un peu mais là c'est nécessaire) ou d'un A l'aube du 6e jour (que j'aime beaucoup néanmoins. :mrgreen: ). D'ailleurs comme je l'ai dit, il n'y a pas de rebellion, donc pas d'action ou prou. Tout est intériorisé (trop sans doute pourra t-on me faire remarquer. Je comprends mais pour ma part, je n'ai pas ressenti cela, j'ai été emporté par le film --que j'attendais aussi beaucoup étant donné que je suis fan du travail de Romanek-- de bout en bout), ce qui pourra poser problème à beaucoup (si vous êtes fatigués, n'allez pas voir ce film, vous rateriez d'ailleurs beaucoup de détails. Allez un léger spoiler qui me permet de répondre à une critique indirecte d'un ami (Ben, si tu me lis... :fiou: )...
Spoiler (cliquez pour afficher)
... qui n'a pas aimé le film et se plaignait du retour de Rampling vers la fin comme un diable à ressort. C'est là qu'il faut faire attention aux nuances comme je le disais puisque Tommy et Kate, quand ils vont voir "madame", sont priés de poliment patienter dans le salon. A ce moment un léger flottement surgit (je me suis surpris à penser "pourquoi les laisse t-elle là comme ça en plan ? Ce n'est pas net" et j'avais raison. Quand elle revient vers eux, c'est pour les laisser parler d'abord, le temps de laisser la directrice arriver. Le fait de sa visite même n'est nullement incongrue puisqu'un lien semblait exister entres elles du temps de l'école, ce qui laisse à penser qu'elles ont toujours été très proches. :)
).


5/6 (voire 5,5/6 ? Tentant).
Dernière édition par Anorya le 20 mars 11, 23:47, édité 1 fois.
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Re: Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar riqueuniee » 20 mars 11, 23:36

Très belle analyse. Le film adapte très fidèlement le roman. Mais il m'a beaucoup plus bouleversée que le roman. Sans doute grâce à la mise en scène, tout en retenue (ce qui ne bride pas l'émotion, au contraire), et aux interprètes, tous remarquables. (mention tout de même à Carey Mulligan, très émouvante).

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Re: Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar feb » 20 mars 11, 23:44

Merci Anorya pour cette très belle critique du film, je comprends maintenant la raison du changement d'avatar. J'ai peur que ce soit trop lent pour moi donc je pense que je vais attendre sa sortie en BR pour le voir...merci pour ton avis :wink:

ou d'un A l'aube du 6e jour (que j'aime beaucoup néanmoins. :mrgreen: )

:mrgreen:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar Anorya » 21 mars 11, 00:28

riqueuniee a écrit :Très belle analyse. Le film adapte très fidèlement le roman. Mais il m'a beaucoup plus bouleversée que le roman. Sans doute grâce à la mise en scène, tout en retenue (ce qui ne bride pas l'émotion, au contraire), et aux interprètes, tous remarquables. (mention tout de même à Carey Mulligan, très émouvante).


Je n'ai pas vu Une éducation donc c'est la première fois que je vois la jeune Carey Mulligan. J'ai été soufflé : faire passer autant d'émotions sur cette petite bouille toute ronde, c'était impressionnant. D'autant plus que tout se joue surtout en eux et qu'une sorte de pression est complètement palpable. On pourra trouver sans doute que le personnage de Kathy pleure beaucoup et pourtant ça participe justement de la force de son personnage, sa propre abnégation. L'idée même de l'accompagnante (je ne sais plus si c'est le terme exact), je le vois comme une sorte de survie inconsciente en aidant les autres. Du coup, c'est encore plus fort car Kathy côtoie donc bien plus la mort que les autres. C'est assez inquiétant...

Curieusement, après le film, j'ai beaucoup pensé à un roman de Science-fiction que j'aime beaucoup, Le passeur de Loïs Lowry pour cette idée d'accompagnante. Dans le roman de Lowry, il y avait cette sorte d'horreur quand on prenait conscience que le genre humain avait définitivement banni l'émotion et l'éthique quand on voyait comment l'amie de Jonas (le personnage principal), en tant qu'infirmière, ne ressentait plus rien quand elle s'occupait des personnes âgées en phase terminale. Elle fait son job, rien de plus. L'inverse de Never let me go avec toutefois ici le fait que Kathy (Carey Mulligan) a conscience de ce qu'elle fait, ce qui n'en rend le film que plus dur à accepter.


feb a écrit :Merci Anorya pour cette très belle critique du film, je comprends maintenant la raison du changement d'avatar. J'ai peur que ce soit trop lent pour moi donc je pense que je vais attendre sa sortie en BR pour le voir...merci pour ton avis :wink:

ou d'un A l'aube du 6e jour (que j'aime beaucoup néanmoins. :mrgreen: )

:mrgreen:


Après, moi je ne me suis jamais ennuyé mais ça dépend surtout de quels types de cinéastes et cinéma tu es habitué. Si les drames intimistes ne te posent aucun problèmes, tu seras ravi sans doute. :)

Sinon A l'aube du 6e jour c'est très bien. On s'approche presque des frontières du nanar. 8)

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"Regarde, avec le nouveau procédé Recall 2.0, tu vas même pouvoir penser que tu seras... ben... Gouverneur sur Terre.
_ Chef, vous lui dites pas pour les effets secondaires de clonage ?
_ Toi la figurante sortie de chez Enki Bilal, tu la fermes !"
:mrgreen:


Plus sérieusement, j'avoue que j'ai de l'affection pour le film. Même si le sujet du clonage est traité par dessous la jambe, le film regorge d'idées folles et de second degré. Et Schwarzy qui rencontre son double en faisant une tête d'ahuri, ça n'a pas de prix. :mrgreen:
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Re: Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar feb » 21 mars 11, 07:30

Anorya a écrit :Après, moi je ne me suis jamais ennuyé mais ça dépend surtout de quels types de cinéastes et cinéma tu es habitué. Si les drames intimistes ne te posent aucun problèmes, tu seras ravi sans doute. :)

Justement je n'ai pas l'habitude des drames intimistes et j'ai peur de ne pas profiter du film le soir en sortant du boulot, bien crevé. C'est pour ça souvent que je privilégie le passage TV ou un achat en DVD/BR car le thème du film, les acteurs et/ou la BA m'ont donné envie de découvrir le film...ce qui est le cas ici surtout après la lecture de ton texte. Et puis j'aime bien aller au ciné accompagné tout simplement pour pouvoir discuter du film à la sortie :wink: Mais s'il reste suffisamment à l'affiche je vais tenter....

Plus sérieusement, j'avoue que j'ai de l'affection pour le film. Même si le sujet du clonage est traité par dessous la jambe, le film regorge d'idées folles et de second degré. Et Schwarzy qui rencontre son double en faisant une tête d'ahuri, ça n'a pas de prix. :mrgreen:

[HS]Oui j'avoue aussi aimer ce genre de film juste pour la tronche de Schwarzy (un peu comme L'effaceur qui est passé à la TV la semaine dernière)...le genre de film qu'on aime en cachette :fiou: :mrgreen:
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Re: Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar Demi-Lune » 21 mars 11, 09:23

[mode troll on]
Carey Mulligan, elle est pas terrible. Surtout à côté de Keira Knightley...
Mais comme Carey Mulligan a des faux airs de Giulietta Massina, je comprends mieux pourquoi Anorya a craqué. Dès que quelque chose est vaguement estampillé Fellini, de près ou de loin, il succombe. :mrgreen: :wink:
[mode troll off]

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Re: Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar Anorya » 21 mars 11, 10:49

feb a écrit :
Anorya a écrit :Après, moi je ne me suis jamais ennuyé mais ça dépend surtout de quels types de cinéastes et cinéma tu es habitué. Si les drames intimistes ne te posent aucun problèmes, tu seras ravi sans doute. :)

Justement je n'ai pas l'habitude des drames intimistes et j'ai peur de ne pas profiter du film le soir en sortant du boulot, bien crevé. C'est pour ça souvent que je privilégie le passage TV ou un achat en DVD/BR car le thème du film, les acteurs et/ou la BA m'ont donné envie de découvrir le film...ce qui est le cas ici surtout après la lecture de ton texte. Et puis j'aime bien aller au ciné accompagné tout simplement pour pouvoir discuter du film à la sortie :wink: Mais s'il reste suffisamment à l'affiche je vais tenter....


Ah oui, alors après le boulot, c'est même pas la peine. J'ai un ami avec qui j'ai fait la nuit excentrique ce week-end et il l'a vu peu après alors qu'on était passablement morts, d'où sa chronique où il démolit le film qui m'a beaucoup fait marrer. Mais bon, voir ce genre de film après 4 nanars, on s'étonne d'avoir perdu quelques neurones en chemin. :mrgreen:

Mais accompagné, c'est une bonne chose. Je l'ai proposé à un chouette pote a une certaine sensibilité à fleur de peau comme moi et il l'a bien apprécié. Sans être cérébral un instant, c'est très intériorisé et je me souviens qu'un dialogue m'a marqué : "Les filles qu'on aime sont celles qui nous blessent le plus". C'est tout simple mais ça m'a touché car j'intériorise beaucoup et je suis facilement blessé par des remarques désobligeantes et pas toujours voulues, et c'est pour ça que le plus souvent j'essaye de réfréner ma colère car je sais que l'autre ne pense pas à mal dans une majeure partie des cas, il s'en rend juste même pas compte. Avec le temps, on se bâtit une carapace (l'espèce de stoïcisme des personnages même si il se craque par moments), voire on se trace une ligne d'éthique (je me suis moi-même tenu à ne presque plus rien dire en "vie de merde" sur la partie hors-sujet à moins que ce ne soit quelque chose de très grave. Mes petites misères, le monde peut très bien vivre sans). Une raison de plus de dire plus profondément pourquoi le film m'a très touché.

Le film a --et là ça m'énerve-- commencé à être déjà retiré de l'affiche après 2,3 semaines d'exploitations. Il était encore au UGC des Halles la semaine dernière par exemple mais dès mercredi il était déjà enlevé, d'où le fait que j'ai motivé un ami dans l'urgence vu qu'il ne passe plus que dans 2 UGC sur Paris maintenant (UGC George V et UGC Orient-Express). En tout, 4 salles sur Paris en fait. J'ose pas imaginer en Province. Si je ne motive personne à voir Tron Legacy (ou bien sur le plan esthétique), j'encourage par contre plus vivement la petite chose fragile qu'est Never let me go.




Feb de Sol Bianca a écrit :
Nono a écrit :Plus sérieusement, j'avoue que j'ai de l'affection pour le film. Même si le sujet du clonage est traité par dessous la jambe, le film regorge d'idées folles et de second degré. Et Schwarzy qui rencontre son double en faisant une tête d'ahuri, ça n'a pas de prix. :mrgreen:

[HS]Oui j'avoue aussi aimer ce genre de film juste pour la tronche de Schwarzy (un peu comme L'effaceur qui est passé à la TV la semaine dernière)...le genre de film qu'on aime en cachette :fiou: :mrgreen:


L'effaceur je suis moins chaud après la chronique de Demi-Lune... Mais c'est un plaisir coupable il est vrai... :lol:

Demi-Lune a écrit :[mode troll on]
Carey Mulligan, elle est pas terrible. Surtout à côté de Keira Knightley...
Mais comme Carey Mulligan a des faux airs de Giulietta Massina, je comprends mieux pourquoi Anorya a craqué. Dès que quelque chose est vaguement estampillé Fellini, de près ou de loin, il succombe. :mrgreen: :wink:
[mode troll off]


J'avais même pas capté qu'elle ressemblait à Massina. :lol:
Non surtout, en avatar actuel, elle est très proche d'une de mes ex (et encore une raison de plus). :uhuh: :wink:
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Re: Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar riqueuniee » 21 mars 11, 11:20

Un film qui ne passe pratiquement plus qu'à l'UGC Orient-Express est un film condamné, en ce qui concerne sa carrière. Espérons un meilleur sort pour le DVD...

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hansolo
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Re: Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar hansolo » 23 mars 11, 20:27

Que dire ...

Un film qui m'a pris à la gorge; scénario fascinant, interprétation bluffante (Carey Mulligan Image) - musique parfaite; mise en scène touchante.

Uchronie qui fait réfléchir au sens de la vie, aux relations humaines et à la valeur des choses avec une finesse inouïe et sans académisme.
Mark Romanek n'a réalisé "que" 2 films mais quels films :!:
Je pense que; comme Photo Obsession, ce film est destiné à rejoindre mon panthéon personnel - film du mois sans aucun doute (alors que je ne pensais pas que True Grit - découvert la semaine dernière - serait si vite détrôné ...)

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Anorya
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Re: Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar Anorya » 23 mars 11, 23:05

hansolo a écrit :Que dire ...

Un film qui m'a pris à la gorge; scénario fascinant, interprétation bluffante (Carey Mulligan Image) - musique parfaite; mise en scène touchante.

Uchronie qui fait réfléchir au sens de la vie, aux relations humaines et à la valeur des choses avec une finesse inouïe et sans académisme.
Mark Romanek n'a réalisé "que" 2 films mais quels films :!:
Je pense que; comme Photo Obsession, ce film est destiné à rejoindre mon panthéon personnel - film du mois sans aucun doute (alors que je ne pensais pas que True Grit - découvert la semaine dernière - serait si vite détrôné ...)


Ton commentaire me fait en tout cas super plaisir. :D :oops:
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Demi-Lune
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Re: Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar Demi-Lune » 31 mars 11, 18:52

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SPOILERS.
Ce bon vieil Anorya a cité Bienvenue à Gattaca, et c'est également à cette référence que j'ai souvent pensé en découvrant Never Let Me Go. Non dans la manière qu'a le film d'appréhender l'anticipation (le film de Romanek n'est pas futuriste, il épouse un postulat de chronologie alternative), mais dans ce qu'il se pare d'un classicisme sans esbroufe, humble écrin à des questionnements existentialistes et à une poignée de destinées qui, les uns comme les autres, se révèleront bouleversants.
Le film exploite avec brio l'idée (que je reprends de Cronenberg) de ce qui caractérise l'être humain des autres espèces : sa conscience en sa finitude, et en l'occurrence, découlant de cette intériorisation, de mettre utilement à profit l'existence qui lui a été impartie.
Toute l'ironie, bien sûr, est que cette conscience en cette finitude de l'humain concerne ici des dérivés d'humains, qu'on entoure d'attention à cause de leur tâche salvatrice (donner des organes), mais à qui on refuse la reconnaissance d'une chair, d'une âme, qui en feraient des égaux de ceux qu'ils sont censés soigner, et pour lesquels ils doivent purement et simplement se sacrifier.
Protagonistes damnés, modelés dès leur enfance à une issue funeste et inextricable, les clones médicaux de Never Let Me Go paraissent des aïeuls des Nexus-6 de Blade Runner : ils sont hantés par l'utopie d'un sursis, d'une rémission, mais ne vivent pas non plus dans l'attente d'un échappatoire. Cathy, Ruth, Tommy, ont conscience d'exister dans une "éphémérité" qui les rend horriblement dociles, fatalistes. Et c'est dans cette "éphémérité" qu'ils expriment entre eux leur propre justification, au-delà de leur mission salvatrice : l'acte d'aimer, de partager, de comprendre son prochain, font d'eux des êtres uniques et irremplaçables, valant autant sinon mieux que les "vrais" humains à qui ils sont soumis. La pureté de leur âme, conception sur laquelle se cristallise la scène la plus atroce du film, explique l'abnégation et le désintéressement de leurs caractères, et rend encore plus affreuse l'ignominie du sort qu'on leur réserve, et la déception glaçante de leur espoir.
Du coup, d'un postulat de SF avec des personnages de clones, Romanek tire en fait un déchirant mélodrame sur le sens de la vie, sur le temps qui file entre les doigts, sur la valeur des petits riens, qui, mis bout à bout, donnent une signification à notre existence (le tout sur un scénario fabuleux et franchement malaisant). La puissante charge émotionnelle qu'inspire le film est à mettre au crédit du trio de jeunes comédiens (Keira Knightley, Andrew Garfield, Carey Mulligan), exceptionnel. Il y a une telle émotion retenue dans chacun de leurs gestes, de leurs regards, une telle dignité, une telle maturité, que j'en ai eu les larmes aux yeux (l'expression de Garfield quand il comprend, face à Charlotte Rampling, me restera longtemps en mémoire, tout comme son hurlement final). La pudeur déployée par le réalisateur est en tout point remarquable : la sensibilité est savamment dosée, rarement surlignée. Tout est affaire de jeu d'acteurs.
Très beau film pour dépressifs !
Dernière édition par Demi-Lune le 30 janv. 14, 10:12, édité 1 fois.

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hansolo
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Re: Never let me go (Mark Romanek - 2010)

Messagepar hansolo » 31 mars 11, 19:05

Demi-Lune a écrit :Très beau film pour dépressifs !


Autant j'ai bcp apprécié ta très belle chronique, autant je ne comprends pas ta remarque finale!
Dernière édition par hansolo le 31 mars 11, 19:06, édité 1 fois.
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Le grand saut - Joel & Ethan Coen (1994)