Commentaires à propos de votre film du mois

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés après 1980

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Miss Nobody
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Miss Nobody » 2 juin 13, 13:42

Un tout petit mois en terme de quantité, mais un joli quinté de tête malgré tout.
Mon film du mois de mai est le sublime film de Haneke
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Le ruban blanc. Découvert par hasard sur arte, alors que j'en attendais rien de particulier (je pensais même m'ennuyer poliment), j'ai été complètement soufflée par la force de la mise en scène et la violence du propos. C'est dirigé, écrit, réalisé, interprété, de manière admirable. Mon top 100 pourrait d'ailleurs s'en trouver bousculé.

Le top 5 du mois:

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1/ Le ruban blanc (Haneke)

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2/ Une vie simple (Hui)

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3/ Boule de feu / Ball of fire (Hawks)

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4/ The fall (Singh)

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5/ Barton Fink (Coen)

Récapitulatif et "critiques":

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Films vus

* The fall (Singh) ●●●○○
Un monde imaginaire épure et bariolé, esthétisé à l'extrême, qui se transforme au fil des mots et se façonne des expériences de chacun. Un monde réel attachant, dont on s'évade avec plaisir, porté par une jeune actrice adorable et un conteur séduisant. Tout ne m'a pas toujours convaincue mais ce fut un beau voyage.
>> quelques mots supplémentaires par ici

* Daisy Clover (Mulligan) ●○○○○
J'ai dû m'y reprendre à 4 fois avant de pouvoir finir ce film sans tonalité, sans rythme et sans subtilité que ni Mulligan, ni Wood, ni Redford ne sauve des abysses. Natalie Wood y est particulièrement minaudière, agaçante, et pour couronner le tout, elle ne sait absolument pas chanter. Tout cela est fort dommage... d'autant qu'à quelques rares moments (la scène de pétage de plomb asonorisée par exemple), on sent bien que quelque chose aurait pu poindre.
* Barton Fink (Coen) ●●●○○
Film d'atmosphères. Film libre. Intelligent. Surprenant. "Barton Fink" joue des codes, nous promène et nous égare dans les arcanes de l'inspiration, les dédales de l'imagination... Imparfait mais fascinant.
* Le passé (Farhadi) ●●○○○
D'un côté, il y a une vraie finesse dans l'écriture et l'interprétation, de l'autre, il y a des personnages qui s'enlisent de manière exaspérante dans leurs problèmes, leurs doutes, leurs confusions... et un scénario qui se pèle comme un oignon autour d'une recherche de vérité mais qui finit par tomber en lambeaux à force de révélations et de tiroirs. "Le passé" devient alors une longue et sinistre descente, où l'on expérimente la culpabilité, le mal de vivre, d'aimer ou de communiquer, où l'on gratte les plaies, on se torture, on retourne le couteau...
>> quelques mots supplémentaires par ici

* Une vie simple (Hui) ●●●●○
Simple... beau... et rare... comme un sourire communicatif qui transfigure tout ce qu'il peut y avoir de glauque (cette maison de retraite en "open-space"!!!) ou sinistre (la solitude, le célibat, la vieillesse... la mort) dans l'existence. Ann Hui livre un film sans prétention mais définitivement précieux qui traite de la vie et de la fin de la vie avec une subtilité exemplaire.
* Le ruban blanc (Haneke) ●●●●● ♡ FILM DU MOIS ♡
Chronique d'une époque, "Le ruban blanc" est surtout un film de violence, rentrée ou manifeste, toujours éprouvante. Formellement, c'est bluffant de maîtrise. Sur le fond, c'est d'une dureté bouleversante. A la pureté de la mise en scène s'opposent les gangrènes de l'âme humaine et Haneke a trouvé le dosage parfait entre un propos tranché, sans équivoque, et une progression narrative subtile et immersive. C'est vraiment brillant.
* Ball of fire (Hawks) ●●●●○
Oh la délicieuse comédie que voilà! Relecture improbable de "Blanche neige", le scénario signé Wilder et Brackett est tout à fait truculent. On se régale également des charmes du couple vedette : Gary Cooper est adorable et Barbara Stanwyck aura rarement été aussi irrésistible qu'ici. Yum yum!
* La cage dorée (Alves) ●○○○○
Il y a de bonnes intentions -peut-être- mais le tout se noie dans un scénario médiocre, prévisible dès la première minutes pour quiconque a déjà vu plus de trois (télé)films dans sa vie, dans une fausse bonne-humeur et des clichés à la pelle. Evidemment, il y a pire... mais n'est-ce pas justement le pire?

* [série] The office - saison 9 ●●●○○
Ce n'est pas la première saison de trop pour "The office". C'est donc avec un certain soulagement que l'on regarde la neuvième en sachant qu'il s'agira de la dernière. Très très inégale dans les premiers épisodes, la série retrouve un peu de sa magie à mesure que la boucle se boucle. Quant au grand final en 4 épisodes, il clôt la série de manière très honorable et avec émotion.

Films revus

* Chat noir chat blanc (Kusturica) ●●●○○
Foutraque, truculent, complétement barré : ce film fout une sacrée banane... pourvu qu'on tienne le cap... Avec un rythme effréné et un humour pas toujours léger, on peut être emporté comme légèrement fatigué. Encore une fois mon coeur balance. :oops:

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Thaddeus
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Thaddeus » 2 juin 13, 15:50

Mon mois de mai aura été dominé, qualitativement, par les sorties ciné.

Je vais attendre le mois d'octobre pour faire figurer le Kechiche, comme tout le monde (ou pas). Et puis ça me permet de ne pas avoir à me torturer pour trancher entre deux films et donc d'imposer l'éblouissante suprématie du dernier film de Jeff Nichols.


Film de mai 2013

Mud (Jeff Nichols, 2013)


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Le détail de mes découvertes :

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Intolérance (David Wark Griffith, 1916)
Un an après Naissance d'une nation, Griffith renchérit dans le gigantisme (avec le siège apocalyptique de Babylone en point d’orgue) et l’audace d’une narration qui surpasse son principe d’alternance, multiplie téléscopages, analogies symboliques, contre-points ou échos temporels. Les chevaux de Mésopotamie au galop, le train lancé sur les rails, le sang de la Saint-Barthélémy, la ruine du peuple de Balthazar… tout se répond, se développe, se transfigure, témoignant d’une éblouissante osmose. La ponctuation est donnée par la mère et son berceau qui se balance sans fin à travers les siècles, conjurant la diversité illusoire et le fanatisme dont l’Histoire a pu être témoin. Symphonie grandiose et impétueuse, Intolérance est de ces films statufiés dont on comprend, lorsqu’on les découvre, pourquoi ils ont conquis leur statut. On s’incline. 5/6

Huit heures de sursis (Carol Reed, 1947)
Ce pourrait être un modèle de film policier, c’est une allégorie de la solitude et du destin, la complainte d’un être condamné sur lequel pèse l’inéluctable. Cet homme erre blessé dans la nuit noire de Belfast, aux abois, recherché par tous. Dilemmes, rencontres étranges, questions existentielles émaillent son itinéraire : une femme le soigne avant de le renvoyer malgré elle aux flocons de la rue, un vagabond alcoolique reconnaît en lui un alter ego, un peintre illuminé cherche à capter sur la toile l’étincelle de la mort qu’il entrevoit dans son regard. Prêtre humaniste, chef de police, amis ou maîtresse, tous sont mis à l’épreuve de leur foi et de leur engagement – moral, idéologique, amoureux. Poème funèbre en forme de suspense allégorique, le film impose une rigueur admirable qui culmine lors de la conclusion, saisissante de grandeur tragique. 5/6

L’anguille (Shohei Imamura, 1997)
Pas facile de renaître au monde après avoir assassiné la femme aimée. Avec huit ans de prison au compteur, le héros est devenu presque mutique, détaché de tout si ce n’est du lien qu’il a noué avec une anguille rescapée de ses parties de pêche, et à laquelle il livre ses pensées. Pour dépeindre ce bonheur fuyant, cette impuissance à aimer, à se toucher, à se rejoindre, Imamura oppose au désespoir des touches de cocasserie débridée, filme des couleurs vives jaillissant d’un no man’s land marécageux, flirte avec l’absurde et l’onirisme, suggère lors d’un épilogue en forme de pugilat burlesque la possibilité d’un renouveau amoureux. C’est à travers cet optimisme prudent mais lumineux que le film parvient, in fine, à emporter véritablement l’adhésion. 4/6

Le maître de marionnettes (Hou Hsiao-hsien, 1993)
Second volet, après La Cité des Douleurs, consacré par l’auteur à l’histoire de son pays : même absence totale de dispositifs narratifs, même respiration languissante à la limite du statisme. Il faut oublier toute satisfaction immédiate pour apprécier les élégantes natures mortes, les intérieurs blutés, les vastes paysages captés par une caméra immobile, comme autant de compositions qui ne délivreraient leurs secrets qu’au compte-goutte. Un vieillard raconte la japanisation de Taïwan, la douleur ordinaire de son peuple, du deuil, du couple et de la famille ; sa voix facétieuse est notre point d’ancrage au sein de ce cinéma coulant comme une rivière à la constance obstinée, et dont le vide apparent doit être rempli par la seule implication du spectateur. J’avoue en manquer pas mal. 3/6

Stoker (Park Chan-wook, 2013)
Au cas où l’on aurait encore un doute, ce thriller vient définitivement plier l’affaire et confirme que Park n’est guère plus qu’un maniériste exclusivement attaché à esthétiser et maximiser les effets de motifs superficiellement exploités. Il convient d’en accepter les limites afin d’apprécier le film pour ce qu’il est, ne pas trop sourire des clichés alignés par ce portrait d’une jeune fille conquise par la séduisante ambiguïté du mal, expérimentant la noirceur de sa violence et de sa sexualité en éveil. Alignant consciencieusement références hitchcockiennes (avec relecture explicite de L’Ombre d’un doute) et effets de manche grandiloquents, l’exercice de style séduit par son coté profil bas, ses enluminures de conte de fées gentiment vénéneux. 4/6

La porte du diable (Anthony Mann, 1950)
Concomitant à la sortie de La Flèche Brisée, le film fait contre-point à l’idéologie pacifique, légèrement sentimentaliste, défendue par Delmer Daves. Ici peu de place pour le compromis, l’échange des valeurs et le dialogue entre les cultures : la rupture est consommée, l’opposition inéluctable, et la victoire des uns fatalement liée à la disparition des autres. Le partage des terres et son ouverture aux migrants bute sur l’intraitable fermeté de l’Indien trahi une fois de trop : cette impasse, le cinéaste l’illustre jusqu’à une ultime confrontation en forme de tombeau, où même les promesses de réconciliation de l’avocate sont condamnées par l’inextinguible soif de domination des têtes pensantes. Le constat est amer, d’une noirceur inédite pour l’époque, et sa déploration nourrie d’une impuissance navrée. 5/6

Les damnés (Joseph Losey, 1961)
Premier engagement sur les traces d’une bande de zonards dans les rues de Portland, blousons noirs qui tabassent les touristes en sifflotant des airs rock et en faisant tournoyer des parapluies. En parallèle, une organisation étatique développe un sombre projet de domestication générationnelle. Orange Mécanique avant l’heure ? On le croit, avant que le film ne revête les accents d’un Village des Damnés à l’étrangeté diffuse, puis ne bascule dans l’inquiétude d’une parabole prémonisant le funeste devenir atomique du monde. Les sculptures pétrifiées, les cris des enfants enfermés sous les falaises au large de la ville, l’ombre de la Mort Noire qui plane au-dessus de notre destin commun prouvent que, même dans un genre a priori éloigné de son univers, l’inspiration de Losey reste féconde. 5/6

Performance (Donald Cammell & Nicolas Roeg, 1970)
Il ne faut pas limiter l’intérêt du premier film réalisé par Nicolas Roeg à sa dimension sociologique. Concomitant à la veine contestataire britannique portée notamment par Lindsay Anderson, sans doute conçu pour promouvoir Mick Jagger, il excède cependant cette seule lecture et recherche un nouvel agencement des images, de leur temporalité et de leur rapport, multiplie les propositions esthétiques visant à brouiller les frontières entre transe et réalité, désir et conformisme. La tonalité cocasse et grotesque du polar naturaliste cède la place au trip : héros vampirisé par la rock star décadente dans un double processus de transfert et d’émulation, personnages aux contours indécis (la jeune fille androgyne), rigidité de l’establishment grignoté par un imaginaire fantasmatique... L’exercice est totalement fascinant. 5/6

Les voyages de Sullivan (Preston Sturges, 1941)
Passé une entrée en matière particulièrement explosive en forme de course-poursuite texaveryesque, le film se range quelque peu et emprunte un sentier à la fois plus prévisible et plus retors, qui vise à réfléchir le propre statut de son auteur en le confrontant à la réalité sociale des victimes populaires, ces laissés-pour-compte jetés par milliers sur les routes, stigmates tardifs de la Grande Dépression. Preston Sturges problématise sans le moindre esprit de sérieux la légitimité du rire, emploie les armes de la fable pour imposer sa foi aux yeux de l’hypocrite spectateur, et use d’une savante série de jeux de miroir (Veronika Lake caricaturant sa mèche blonde avant de se déguiser en garçon) pour faire pétiller son cocktail. Difficile de ne pas marcher devant tant de conviction. 4/6

Identification d’une femme (Michelangelo Antonioni, 1982)
C’est à nouveau le motif de l’entre-deux, de l’indécision, de l’hésitation irrésolue (motivée cette fois par une quête artistique – le héros est un réalisateur à la recherche de son actrice, la mort d’une passion peut-être la naissance d’une œuvre) qui est au centre du questionnement antonionien. La dichotomie symétrique de la construction, qui sépare deux brèves idylles par une fascinante séquence de rupture en plein brouillard fantomatique, rappelle les recherches de L’Avventura. Mais une urgence nouvelle se fait jour, une forme de nervosité affective a remplacé la langueur étirée qui présidait auparavant à la peinture de la désagrégation sociale et relationnelle. Voilà comment cette enquête intérieure s’avère l’un des films les plus enveloppants du cinéaste. 5/6

Le passé (Asghar Farhadi, 2013)
Muette, la première scène figure le passage de témoin avec une élégante éloquence : pour Farhadi, la barrière de la langue française n’entame en rien l’affolante justesse d’analyse et d’observation. Sa méthode repose à nouveau sur une dramaturgie pointilleuse et hypertendue qui ne serait rien si elle n’était au service de tout autre chose. Car c’est bien le passé qui pèse le long du drame, et son dévoilement progressif par le biais d’une multitude de secrets conditionnant la culpabilité et l’impuissance, la responsabilité et le pardon. Peu importe que la dernière partie soit un chouïa chargée en retournements lorsqu’une telle latitude est accordée aux sentiments : mine butée d’un garçon perdu entre deux familles, triste malentendu qui empoisonne les relations, douceur magnifique de l’ex-époux devenu médiateur, en qui se fixe notre désir à tous de bienveillance et de compassion. 5/6

Contes cruels de la jeunesse (Nagisa Oshima, 1960)
La caméra est fougueuse, mobile, le style sec et rythmé, en accord avec la nouveauté d’un sujet qui refuse de détourner le regard de la réalité urbaine et industrielle de son époque. Dans une palette de couleurs vives et tranchées, Oshima exprime le désarroi d’une jeunesse qui, pour fuir les désillusions vécues par ceux qui ont seulement quelques années de plus, basculent dans la petite criminalité. La cruauté des rapports amoureux, souvent couvés par une tension sourde, la lucidité coléreuse d’un propos qui pousse le drame jusqu’à la tragédie n’empêchent pas l’humanité d’éclore, et une réelle émotion de poindre à travers le personnage de Mako, cette jeune fille fragile, désorientée, fatalement éprise d’un petit voyou capable, au-delà de sa muflerie brutale, de lui manifester une grande tendresse. 5/6

Hope and glory (John Boorman, 1987)
Pour Billy, sept ans et alter ego évident de l’auteur au même âge, l’entrée en guerre de l’Angleterre en 1939 ouvre une parenthèse enchantée, le début d’une longue récréation sous l’égide de l’insouciance et de l’initiation heureuses. Si aucun poncif ne manque à l’appel (la grande sœur fait le mur pour rejoindre les soldats aux soirées dansantes, la mère aimante se fait du mouron, le grand-père bougon s’avère un complice fantasque…), Boorman sait y conférer un charme persistant. Entre un foyer dopé d’œstrogène et les ruines de la banlieue londonienne bombardée, devenu un immense terrain de jeu pour galopins, le recueil de souvenirs développe un ton nostalgique et souriant, qui diffuse par touches discrètes ses accents de fable. 4/6

Irma Vep (Olivier Assayas, 1996)
Jean-Pierre Léaud, réalisateur limite nervous breakdown, engage Maggie Cheung pour remaker Feuillade. Assayas aligne ces collisions culturelles avec le même ton désinvolte, incongru, facétieux. Les nuits de Paris sont baignées des airs de Sonic Youth ou d’Ali Farka, un journaliste branché John Woo conchie le cinéma intellectuel, un réalisateur un peu décalqué accepte de reprendre le projet parce qu’il arrive en fin d'Assedic (sic). Narcissisme des uns, mesquinerie des autres, douce et succulente folie d’un petit monde observé avec tendresse, à la solde du cinéma et de sa singulière magie : du directeur de production sur les dents (coucou Alex Descas) à la costumière enhardie (salut Nathalie Richard) qui en pince pour la superbe, la divine, la gracieuse Maggie. 5/6

Il était un père (Yasujiro Ozu, 1942)
Le réalisateur semble ici se fixer un défi peu banal : faire disparaître purement et simplement l’élément féminin. Mères, épouses, filles brillent donc par leur absence, sans que jamais celle-ci ne soit envisagé comme un manque, un déséquilibre ou la remise en lumière inversée d’une donnée sociale et familiale. Comme toujours l’art d’Ozu se fait simple, frontal, dénué de dispositifs retors, consacré à exploiter au maximum les ressources définies par son programme. C’est donc l’histoire d’une complicité inébranlable, celle liant un père et son fils, petit garçon devenu jeune homme, et aussi celle nouée entre deux générations – professeurs et élèves, transmetteurs et héritiers, portés par une admiration, une confiance réciproques. Philosophie heureuse, rassérénante douceur. 4/6

Paris nous appartient (Jacques Rivette, 1961)
Mais à qui appartenons-nous ? Comme l’étudiante devenue actrice en herbe, nous nous demandons lequel, du metteur en scène romantique rattrapé par une sombre fatalité, de l’exilé américain prophétisant l’apocalypse, ou de la maîtresse distante et mystérieuse, tire les ficelles de ce que l’on voit. Tout n’est peut-être qu’invention, supputation, délire, et pourtant tout paraît étrangement probable : une menace diffuse plane sur les rues de Paris, un fantastique brumeux envahit chaque poche du réel, un complot mortel et planétaire se trame sans que jamais ses termes ne soient explicités. Goût du secret cabalistique, des énigmes enchâssées, d’un imaginaire égaré dans sa propre profusion… L’enquête est fascinante, et tisse une toile arachnéenne à la Umberto Eco. 5/6

Les indomptables (Nicholas Ray, 1952)
Les hommes défient la mort afin de pouvoir s’acheter un foyer, se convaincre qu’ils valent quelque chose, ou juste se prouver qu’ils existent encore. Rattrapés par l’ivresse de l’argent, du risque et de la gloire, certains ont oublié ce en quoi ils avaient prêté serment autrefois, lorsqu’ils ne vivaient pas dans l’ombre de leur succès. Les femmes trinquent, étouffent de dépit et d’angoisse, trouvent néanmoins la force de rappeler à leurs époux ce qu’ils se sont promis. Étonnant document sur le monde séduisant et dangereux du rodéo, qui vend du spectacle en épuisant les rêves de ceux qui le font, le film accompagne une poignée de ces désaxés avant l’heure sur la route sinueuse de leur prise de conscience. 4/6

La vie d'Adèle (Abdellatif Kechiche, 2013)
La locomotive Kechiche plonge dans le même bain jeunesse contemporaine et chronique au long cours d’un amour fusionnel : c’est une immense bourrasque de vie et d’exaltation, de sentiments et de sexe, de joies et de pleurs, trois heures tumultueuses et cruelles qui mettent une grande claque dans la gueule. De la fournaise de la passion et à son étiolement inéluctable, de la cristallisation aux turbulences et aux contrariétés sociales, le film fait crépiter mille questions universelles, invite à peser la valeur de la culture et de la transmission, télescope le naturalisme cru de sa facture à l’amplitude d’une narration gloutonne. Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux, renversantes de puissance et d’abandon, conquièrent quant à elles, haut la main, le titre de plus beau couple de cinéma depuis bien longtemps. 5/6 (tendance 5.5...)

L’ange de la rue (Frank Borzage, 1928)
Même couple d’acteurs que dans L'Heure Suprême, même goût des lignes de vie qui se rencontrent, se quittent et se destinent à se retrouver, même abandon enhardi aux effusions torrentielles du mélodrame. Équilibriste hors pair, orfèvre des incidences et de la révélation des personnages à eux-mêmes, Borzage ose faire durer un poignant repas d’adieu jusqu’à son point de rupture, inverser les rôles en cours de récit (l’artiste romantique devient vagabond amer, la fille endurcie par la vie s’abandonne à l’amour, avant que le destin ne scelle leur union définitive), ou nimber son cadre napolitain d’une irréalité brumeuse, spectrale, frisant l’expressionnisme. Il a surtout un atout dévastateur : Janet Gaynor, sa silhouette fine comme un roseau, son minois chiffonné aux larmes perlantes et au sourire attendri. Elle est à l’image du film : irrésistiblement émouvante. 5/6

Woody et les robots (Woody Allen, 1973)
Cryogénisé à la suite d’une infortunée mésaventure médicale, notre héros, amuseur déjà suffisamment célèbre pour donner au film son titre français, se réveille en 2173 au cœur d’une société orwellienne. Pour Allen l’anticipation n’est que prétexte à tester sa maladresse ironique face à l’excentricité charmante de Diane Keaton et aligner gags et dispositifs ubuesques à la Marx brothers – combat acharné contre un pudding géant, découverte de l’Orgasmaton, imitation délirante et inversée du couple Brando/Leigh chez Kazan, reconstruction génétique d’un dictateur à partir de… son nez. Il y a de quoi rire, même si l’ensemble paraît assez décousu et dilettante en regard de l’œuvre à venir. 4/6

Brewster McCloud (Robert Altman, 1970)
On se croit d’abord dans une enquête policière nonchalamment développée, puis on vire à la peinture poético-sarcastique d’une bande de cinglés tour à tour étranges, odieux ou attendrissants, avant que le tout ne s’achève en carnaval fellinien au beau milieu du stade où, d’emblée, une cantatrice irascible massacrait The Star-Spangled Banner. On y croise un détective à la rigueur professionnelle trop suspecte pour ne pas amuser, des politicards obsédés par leur image et leurs relations, un conférencier qui se prend pour un piaf, un archange blond administrant la mort à coups de fientes d’oiseau, et un doux dingue ne rêvant, comme Icare, que de caresser les nuages : l’Amérique selon Altman. 4/6

Shokuzai : celles qui voulaient se souvenir (Kiyoshi Kurosawa, 2012)
Comme dans son précédent film, Kurosawa tente de capter les angoisses et les hantises du Japon contemporain en injectant des touches d’inquiétante étrangeté à une intrigue qui ne recourt jamais au fantastique. L’ambition est louable et se transforme ponctuellement à la faveur d’une lumière blafarde, d’un surgissement de cruauté, d’un visage fermé réprimant tantôt la colère, tantôt la détresse, tantôt la folie. Mais pour l’essentiel, Kurosawa manque assez largement son sujet et ne s’en tient, le long d’une structure épisodique vite lassante, qu’à une petite explication de texte au cas par cas sur le thème "Le traumatisme pour les nuls". Et si l’on ne peut lui reprocher du tuer le suspense dès le début, la lourdeur illustrative de ses intentions est plus difficilement pardonnable. 3/6


Et aussi :

Mud (Jeff Nichols, 2012) - 5/6 (tendance 5.5...)
La montagne sacrée (Alejandro Jodorowsky, 1973) - 5/6
Frankenstein Junior (Mel Brooks, 1974) - 3/6
Le démon des armes (Joseph H. Lewis, 1950) - 5/6
Le pigeon (Mario Monicelli, 1958) - 4/6
Noblesse oblige (Robert Hamer, 1949) - 5/6
Monty Python : La vie de Brian (Terry Jones, 1979) - 5/6
Conan le barbare (John Milius, 1981) - 5/6
Du silence et des ombres (Robert Mulligan, 1962) - 5/6


Films des mois précédents :
Spoiler (cliquez pour afficher)
Avril 2013 - Les espions (Fritz Lang, 1928)
Mars 2013 - Chronique d'un été (Jean Rouch & Edgar Morin, 1961)
Février 2013 - Le salon de musique (Satyajit Ray, 1958)
Janvier 2013 - L'heure suprême (Frank Borzage, 1927) Top 100
Décembre 2012 - Tabou (Miguel Gomes, 2012)
Novembre 2012 - Mark Dixon, détective (Otto Preminger, 1950)
Octobre 2012 - Point limite (Sidney Lumet, 1964)
Septembre 2012 - Scènes de la vie conjugale (Ingmar Bergman, 1973)
Août 2012 - Barberousse (Akira Kurosawa, 1965) Top 100
Juillet 2012 - Que le spectacle commence ! (Bob Fosse, 1979)
Juin 2012 - Pique-nique à Hanging Rock (Peter Weir, 1975)
Mai 2012 - Moonrise kingdom (Wes Anderson, 2012)
Avril 2012 - Seuls les anges ont des ailes (Howard Hawks, 1939) Top 100
Mars 2012 - L'intendant Sansho (Kenji Mizoguchi, 1954)
Février 2012 - L'ombre d'un doute (Alfred Hitchcock, 1943)
Janvier 2012 - Brève rencontre (David Lean, 1945)
Décembre 2011 - Je t'aime, je t'aime (Alain Resnais, 1968)
Novembre 2011 - L'homme à la caméra (Dziga Vertov, 1929) Top 100 & L'incompris (Luigi Comencini, 1966) Top 100
Octobre 2011 - Georgia (Arthur Penn, 1981)
Septembre 2011 - Voyage à Tokyo (Yasujiro Ozu, 1953)
Août 2011 - Super 8 (J.J. Abrams, 2011)
Juillet 2011 - L'ami de mon amie (Éric Rohmer, 1987)
Juin 2011 - Ten (Abbas Kiarostami, 2002)

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Anorya
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Anorya » 2 juin 13, 17:21

Après réflexion face à un choix de candidats assez sérieux, The plague dogs devient mon film du mois de mai.

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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar MJ » 2 juin 13, 17:35

Pour ce mois, je crois que c'est plié aussi. Puis même face à des concurrents sérieux, ça fait plusieurs fois déjà que la "récompense" passe sous le nez de Sirk, comme Agnès Varda qui l'aura enfin eu en mai avec Sans Toit Ni Loi.

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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Pat Wheeler » 2 juin 13, 18:13

Demi-Lune a écrit :The swimmer (Frank Perry, 1968) Image

T'es pas bien dans ta tête ?
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Demi-Lune
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Demi-Lune » 2 juin 13, 18:33

Pat Wheeler a écrit :
Demi-Lune a écrit :The swimmer (Frank Perry, 1968) Image

T'es pas bien dans ta tête ?

Si, et toi ? :)

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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar LéoL » 2 juin 13, 18:51

De mon côté The Breakfast Club est mon film du mois, d'une courte tête devant un quatuor hétéroclite mêlant thriller politique, drame néo-réaliste, film de guerre et... et... je ne sais pas comment qualifier le dernier mais s'il fallait attribuer un prix de la mise en scène (et de la photographie) il serait sans aucun doute tout en haut. Détail amusant, chacun des films de mon top 5 appartient à une décennie différente.

Autrement, un mois marqué par l'approfondissement de certaines filmographies (John Frankenheimer, Robert Aldrich, Johnnie To, Kathryn Bigelow).
C'est d'ailleurs davantage une découverte pour le premier et elle est d'autant plus surprenante que l'on en entend pas beaucoup parler. Ses films des années 60 sont pourtant très très bons. Le problème c'est peut-être que les suivants sont très en-deçà?
Le second confirme tout le bien que j'en pense jusqu'à présent (aucun mauvais films sur les 10 que j'ai pu voir).
Pour ce qui est de Johnnie To, c'est très inégal. J'ai surtout vu les meilleurs en premiers et en poursuivant dans sa filmo je suis tombé sur des titres très décevants, la faute généralement à son humour qui gâche quelques fois ses polars et ne m'amuse pas dans ses comédies.
Enfin après la réussite Zéro Dark Thirty en début d'année je me suis dit que le cinéma de Bigelow pouvait être intéressant finalement (Démineurs m'avait plutôt ennuyé). Verdict : déception. Son dernier m'apparaît de très loin comme son meilleur. Le problème, je trouve, étant que souvent ses scénarios s'écroulent après avoir montrés des signes prometteurs.

Le Top 5

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The Breakfast Club (John Hughes, 1985) - Grosse découverte. Un teen-movie qui transcende ses clichés pour aborder comme aucun autre, c'est-à-dire avec justesse et intelligence, les angoisses de l'adolescence tout en maintenant un équilibre remarquable entre drame et comédie. Le modèle du genre sans aucun doute.

- 8/10 -
Sept jours en mai (John Frankenheimer, 1964) - Excellent thriller militaro-politique au scénario costaud et au casting remarquable que ce soit son duo de stars Lancaster/Douglas ou l'ensemble de ses seconds rôles. Mise en scène et photo parfaites. On est dans la lignée (ou la continuation) de ce qu'a fait Preminger avec Advise and Consent.
Sciuscià (Vittorio de Sica, 1946) - Difficilement plus pessimiste, Sciuscia est le témoin poignant d'une enfance une nouvelle fois dévorée par la brutalité et la misère du monde (adulte).
Attaque ! (Robert Aldrich, 1956) - Aldrich aborde les luttes psychologiques intestines d'un bataillon pour dénoncer la lâcheté et les calculs d'une institution militaire gangrenée. Brillant.
Le Conformiste (Bernardo Bertolucci, 1970) - Fascinant dans la forme, magnétisant dans le fond.

La suite :
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- 7,5/10 -
Le Mystère Picasso (Henri-Georges Clouzot, 1955) - Il y a quelque chose d'enivrant (et parfois de frustrant) à suivre le pinceau, imprévisible, de Picasso esquisser une multitudes de tableaux avant de s'arrêter définitivement sur l'un d'entre eux, au prix de choix que l'on imagine pourtant insolubles.
Le rouleau compresseur et le violon (Andreï Tarkovski, 1961) - Un dernier film d'étude qui s'apparente déjà à un premier petit chef-d’œuvre de poésie, d'une grande richesse et d'une étonnante maturité.

- 7/10 -
Exilé (Johnnie To, 2006) - D'immenses gunfights, aussi courts et tendus qu'intenses, entrecoupent une histoire d'amitié très forte et fatalement émouvante et mélancolique. Le fait de retrouver à chacun de ses films les mêmes (excellents) acteurs aide beaucoup. Et c'est encore plus vrai quand on les enchaine comme je le fais là.
L'ultimatum des trois mercenaires (Robert Aldrich, 1977) - Thriller politique extraordinairement intense et particulièrement violent dans sa dénonciation des "petits" secrets d’État.

- 6,5/10 -
Bullhead (Martin R. Roskam, 2012) - C'est surtout la boule au ventre que j'ai fini se Bullhead... Plus sérieusement, le personnage de Schoenaerts est intéressant bien que simplement ébauché, la faute à un scénario qui rentre dans les clous dans sa deuxième partie après un début prometteur.
1001 pattes (John Lasseter & Andrew Stanton, 1998) - Le savoir-faire narratif de Pixar est déjà bien rôdé, l'animation pas tout à fait.
Joint Security Area (Park Chan-wook, 2000) - Fut un temps où Park Chan-wook utilisait son talent à des sujets qui en valaient la peine. Le problème c'est que, chez lui, la maturité préexistait, elle s'est tout simplement évaporée avec le temps.
L'Opération diabolique (John Frankenheimer, 1966) - Un thriller kafkaïen qui progresse lentement dans une étrange langueur avant de nous dévoiler brutalement toute son horreur.
Les 12 Salopards (Robert Aldrich, 1967) - Malin Aldrich qui après 2h d'un film d'action divertissant et bon enfant ne finit par nous dire rien d'autre que la guerre n'est qu'affaire d'assassins et que l'héroïsme n'est que bain de sang.
Amistad (Steven Spielberg, 1997) - Je m'attendais à bien pire pour le dernier Spielberg qu'il me restait à découvrir. Des maladresses et de la naïveté, sans aucun doute, mais également une grande sincérité et plusieurs passages d'une force indéniable.
Le Roi de l'évasion (Alain Guiraudie, 2009) - Résolument libre, Le Roi de l'évasion s'essouffle un peu à mi-parcours mais réserve tout de même de sacrés moments d'humour décalé et rafraichissant.
Les Hauts de Hurlevents (William Wyler, 1939) - Un classique concis réussi (comme quoi c'est tout à fait possible). C'est aussi sa limite il faut bien l'avouer, l'émotion ne pointant vraiment qu'à la fin.
Disneyland, mon vieux pays natal (Arnaud Des Pallières, 2002) - La voix de Des Pallières est envoûtante, ses images également. On passe de l'une aux autres (et inversement) comme hypnotisé.
Bottle Rocket (Wes Anderson, 1996) - Le ton et le style de Wes Anderson n'ont pas encore atteint leur plénitude dans ce premier film charmant mais inégal.
The Loveless (Kathryn Bigelow, 1982) - Avec une étonnante sérénité, Bigelow suit un groupe de bikers qu'elle mythifie à l'envi. Électrique et charismatique Willem Dafoe.

- 6/10 -
Sparrow (Johnnie To, 2008) - Johnnie To, plus séducteur que jamais, s'offre une petite parenthèse facétieuse et romantique dans un Hong Kong joliment stylisé. Charmant
Sugarland Express (Steven Spielberg, 1974) - Alors oui c'est très bien fait, seulement le road-movie et surtout dans ce genre là, très ancré et critique de son époque, a tendance à m'ennuyer de plus en plus, peut-être parce qu'il n'y a pas une seule chose à laquelle je ne m'attends pas. Dommage.
Petits meurtres entre amis (Danny Boyle, 1994) - Se regarde gentiment et s'oublie rapidement, c'est du moins le sentiment qu'il me donne. Mais pour un premier film, c'est tout à fait correct.
Un crime dans la tête (John Frankenheimer, 1962) - L'une des matrices du film de politique fiction, très séduisant dans ses intentions, pas pleinement satisfaisant dans son exécution.
Medicine Man (John McTiernan, 1992) - La contribution de McTiernan à la protection de la forêt amazonienne. Naïvement aimable.
Bronson (Nicolas Winding Refn, 2008) - Un peu à l'image de son personnage, Bronson est un film fait de coups d'éclat, rares mais puissants, qui ne suffisent pas à lui donner la consistance d'une œuvre parfaite.
Le Grand saut (Joel & Ethan Coen, 1994) - Exercice de style ultra-référencé, très cartoonesque et foisonnant d'idées, au point de manquer un peu d'âme et de chaleur humaine.
Bronco Apache (Robert Aldrich, 1954) - Petite déception. Outre un montage longtemps hasardeux (plein de faux raccords) qui m'a pas mal gêné et que je m'explique mal venant d'un Aldrich qui l'année d'après faisait le pourtant parfait Attaque!, je ne me suis surtout pas passionné pour cette histoire malgré son caractère pro-indien a priori pas inintéressant.
My Fair Lady (George Cukor, 1964) - Le gigantisme hollywoodien de My Fair Lady laisse béat. Il fallait au moins ça pour faire passer une morale des plus passéistes.
Intolérable Cruauté (Joel & Ethan Coen, 2003) - Le minimum pour ne pas s'ennuyer mais tout juste le minimum.

- 5,5/10 -
That Cold Day in the Park (Robert Altman, 1969) - Après une première heure intrigante et énigmatique, That Cold Day in the Park déçoit par la facilité déconcertante de son dénouement.
Stoker (Park Chan-wook, 2013) - Park Chan-wook crée de belles images à partir d'un scénario d'une banalité affligeante et oublie, au moins cette fois-ci, sa complaisance habituelle.
L'écume des jours (Michel Gondry, 2013) - Le bricolage incessant (mais brillant) de Gondry phagocyte toute empathie et émotion. Reste la beauté et l'audace du geste.
Breaking News (Johnnie To, 2004) - To sacrifie la vraisemblance de son histoire à la virtuosité de sa mise en scène. Pour le pire comme pour le meilleur.
Mad Detective (Johnnie To & Ka-Fai Wai, 2007) - Un To mineur, inhabituellement confus dans ses enjeux et pas si sûr de sa mise en scène, mais pas mauvais pour autant.
Dark Star (John Carpenter, 1974) - Dark Star est un peu un genre à lui seul : le space-opéra comique et fauché traversé d'élans métaphysiques. Il m'a quand même fallu au moins 20 minutes avant de me rendre compte que je regardais une comédie...
Point Break (Kathryn Bigelow, 1991) - Entre les "Wouhou" et les "Yeah" incessants et pénibles, Kathryn Bigelow réalise quelques scènes d'actions remarquables (dont une course-poursuite des plus haletantes et probablement l'une des plus réussies) et guère plus...
Miracle à Milan (Vittorio de Sica, 1951) - Je ne sais trop quoi penser de ce conte où l'onirisme côtoie le burlesque, où la féerie côtoie la misère d'un bidonville.
Blue Steel (Kathryn Bigelow, 1989) - Blue Steel réussit des choses mais use tellement des poncifs du genre qu'il en devient terriblement banal.

- 5/10 -
Fulltime Killer (Johnnie To & Ka-Fai Wai, 2001) - Les deux ou trois idées séduisantes de ce Fulltime Killer poussif et ne décollant jamais vraiment ne le sortent pas de sa torpeur générale.
Aux frontières de l'aube (Kathryn Bigelow, 1987) - Une série B de luxe qui réussit son atmosphère mais bâcle méchamment un scénario qui se désintègre aussi vite qu'un vampire au soleil.
Le Poids de l'eau (Kathryn Bigelow, 2000) - Avec ces drames intimistes en miroir, Bigelow joue sur deux tableaux sans qu'aucun ne soit véritablement convaincant.

- 4,5/10 -
Bleeder (Nicolas Winding Refn, 1999) - Bleeder me fait l'effet d'un dernier film d'étudiant (avec tout ce que cela peut induire de défauts : direction d'acteur ou casting hasardeux, scénario bancal, manque de moyens évident...) qui évacue ses peurs et ses complexes avant de se lancer dans le monde adulte.

- 4/10 -
Gatsby le magnifique (Baz Luhrman, 2013) - Luhrmann m'a perdu très rapidement dans ses excès pour ne plus jamais me sortir de ma lassitude par la suite. C'est dommage, le personnage et l'histoire de Gatsby ne peuvent pas être aussi ennuyeux que ce film, si?
Strange Days (Kathryn Bigelow, 1995) - Encore une fois de bonnes idées et des éclats de mise en scène qui se perdent dans une bouillie scénaristique et esthétique indigeste.

- 3/10 -
Running out of Time 2 (Johnnie To & Wing-cheong Law, 2001) - Suite grotesque, plus ridicule et exaspérante que drôle, du jeu du chat et de la souris qu'avait lancé le premier. Vraiment dispensable.

- 2/10 -
Rollerball (John McTiernan, 2002) - Je ne m'attendais pas à une telle catastrophe. Même en sachant qu'il a été charcuté par les studios difficile d'être indulgent. La mise en scène est indigne de McTiernan (j'ai du mal à n'y voir que la faute à un remontage désastreux), le casting est effrayant de nullité, le film est d'une laideur et d'une pauvreté incroyable (mais où sont passés les 70 millions? :shock: ). Pourtant, on peut voir, en gros et rapidement, ce qu'il voulait nous dire avec ce film. Le résultat est juste affligeant :( .

- Hors barème -
The Killers (Andreï Tarkovski & Marika Beiku & Aleksandr Gordon, 1956) - Un premier film d'étudiants très professionnel (à deux ou trois détails près).
Aujourd'hui nous ne quitterons pas nos postes (Andreï Tarkovski & Aleksandr Gordon, 1959) - On pense un peu au Salaire de la peur pour l'intrigue et au néoréalisme italien pour la forme mais il n'y a guère de prétention dans ce deuxième film d'étudiants destiné à la propagande.

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AtCloseRange
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar AtCloseRange » 2 juin 13, 19:30

Thaddeus a écrit :Mon mois de mai aura été dominé, qualitativement, par les sorties ciné.

Je vais attendre le mois d'octobre pour faire figurer le Kechiche, comme tout le monde (ou pas). Et puis ça me permet de ne pas avoir à me torturer pour trancher entre deux films et donc d'imposer l'éblouissante suprématie du dernier film de Jeff Nichols.
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Film de mai 2013

Mud (Jeff Nichols, 2013)


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Le détail de mes découvertes :

[spoiler]Intolérance (David Wark Griffith, 1916)
Un an après Naissance d'une nation, Griffith renchérit dans le gigantisme (avec le siège apocalyptique de Babylone en point d’orgue) et l’audace d’une narration qui surpasse son principe d’alternance, multiplie téléscopages, analogies symboliques, contre-points ou échos temporels. Les chevaux de Mésopotamie au galop, le train lancé sur les rails, le sang de la Saint-Barthélémy, la ruine du peuple de Balthazar… tout se répond, se développe, se transfigure, témoignant d’une éblouissante osmose. La ponctuation est donnée par la mère et son berceau qui se balance sans fin à travers les siècles, conjurant la diversité illusoire et le fanatisme dont l’Histoire a pu être témoin. Symphonie grandiose et impétueuse, Intolérance est de ces films statufiés dont on comprend, lorsqu’on les découvre, pourquoi ils ont conquis leur statut. On s’incline. 5/6

Huit heures de sursis (Carol Reed, 1947)
Ce pourrait être un modèle de film policier, c’est une allégorie de la solitude et du destin, la complainte d’un être condamné sur lequel pèse l’inéluctable. Cet homme erre blessé dans la nuit noire de Belfast, aux abois, recherché par tous. Dilemmes, rencontres étranges, questions existentielles émaillent son itinéraire : une femme le soigne avant de le renvoyer malgré elle aux flocons de la rue, un vagabond alcoolique reconnaît en lui un alter ego, un peintre illuminé cherche à capter sur la toile l’étincelle de la mort qu’il entrevoit dans son regard. Prêtre humaniste, chef de police, amis ou maîtresse, tous sont mis à l’épreuve de leur foi et de leur engagement – moral, idéologique, amoureux. Poème funèbre en forme de suspense allégorique, le film impose une rigueur admirable qui culmine lors de la conclusion, saisissante de grandeur tragique. 5/6

L’anguille (Shohei Imamura, 1997)
Pas facile de renaître au monde après avoir assassiné la femme aimée. Avec huit ans de prison au compteur, le héros est devenu presque mutique, détaché de tout si ce n’est du lien qu’il a noué avec une anguille rescapée de ses parties de pêche, et à laquelle il livre ses pensées. Pour dépeindre ce bonheur fuyant, cette impuissance à aimer, à se toucher, à se rejoindre, Imamura oppose au désespoir des touches de cocasserie débridée, filme des couleurs vives jaillissant d’un no man’s land marécageux, flirte avec l’absurde et l’onirisme, suggère lors d’un épilogue en forme de pugilat burlesque la possibilité d’un renouveau amoureux. C’est à travers cet optimisme prudent mais lumineux que le film parvient, in fine, à emporter véritablement l’adhésion. 4/6

Le maître de marionnettes (Hou Hsiao-hsien, 1993)
Second volet, après La Cité des Douleurs, consacré par l’auteur à l’histoire de son pays : même absence totale de dispositifs narratifs, même respiration languissante à la limite du statisme. Il faut oublier toute satisfaction immédiate pour apprécier les élégantes natures mortes, les intérieurs blutés, les vastes paysages captés par une caméra immobile, comme autant de compositions qui ne délivreraient leurs secrets qu’au compte-goutte. Un vieillard raconte la japanisation de Taïwan, la douleur ordinaire de son peuple, du deuil, du couple et de la famille ; sa voix facétieuse est notre point d’ancrage au sein de ce cinéma coulant comme une rivière à la constance obstinée, et dont le vide apparent doit être rempli par la seule implication du spectateur. J’avoue en manquer pas mal. 3/6

Stoker (Park Chan-wook, 2013)
Au cas où l’on aurait encore un doute, ce thriller vient définitivement plier l’affaire et confirme que Park n’est guère plus qu’un maniériste exclusivement attaché à esthétiser et maximiser les effets de motifs superficiellement exploités. Il convient d’en accepter les limites afin d’apprécier le film pour ce qu’il est, ne pas trop sourire des clichés alignés par ce portrait d’une jeune fille conquise par la séduisante ambiguïté du mal, expérimentant la noirceur de sa violence et de sa sexualité en éveil. Alignant consciencieusement références hitchcockiennes (avec relecture explicite de L’Ombre d’un doute) et effets de manche grandiloquents, l’exercice de style séduit par son coté profil bas, ses enluminures de conte de fées gentiment vénéneux. 4/6

La porte du diable (Anthony Mann, 1950)
Concomitant à la sortie de La Flèche Brisée, le film fait contre-point à l’idéologie pacifique, légèrement sentimentaliste, défendue par Delmer Daves. Ici peu de place pour le compromis, l’échange des valeurs et le dialogue entre les cultures : la rupture est consommée, l’opposition inéluctable, et la victoire des uns fatalement liée à la disparition des autres. Le partage des terres et son ouverture aux migrants bute sur l’intraitable fermeté de l’Indien trahi une fois de trop : cette impasse, le cinéaste l’illustre jusqu’à une ultime confrontation en forme de tombeau, où même les promesses de réconciliation de l’avocate sont condamnées par l’inextinguible soif de domination des têtes pensantes. Le constat est amer, d’une noirceur inédite pour l’époque, et sa déploration nourrie d’une impuissance navrée. 5/6

Les damnés (Joseph Losey, 1961)
Premier engagement sur les traces d’une bande de zonards dans les rues de Portland, blousons noirs qui tabassent les touristes en sifflotant des airs rock et en faisant tournoyer des parapluies. En parallèle, une organisation étatique développe un sombre projet de domestication générationnelle. Orange Mécanique avant l’heure ? On le croit, avant que le film ne revête les accents d’un Village des Damnés à l’étrangeté diffuse, puis ne bascule dans l’inquiétude d’une parabole prémonisant le funeste devenir atomique du monde. Les sculptures pétrifiées, les cris des enfants enfermés sous les falaises au large de la ville, l’ombre de la Mort Noire qui plane au-dessus de notre destin commun prouvent que, même dans un genre a priori éloigné de son univers, l’inspiration de Losey reste féconde. 5/6

Performance (Donald Cammell & Nicolas Roeg, 1970)
Il ne faut pas limiter l’intérêt du premier film réalisé par Nicolas Roeg à sa dimension sociologique. Concomitant à la veine contestataire britannique portée notamment par Lindsay Anderson, sans doute conçu pour promouvoir Mick Jagger, il excède cependant cette seule lecture et recherche un nouvel agencement des images, de leur temporalité et de leur rapport, multiplie les propositions esthétiques visant à brouiller les frontières entre transe et réalité, désir et conformisme. La tonalité cocasse et grotesque du polar naturaliste cède la place au trip : héros vampirisé par la rock star décadente dans un double processus de transfert et d’émulation, personnages aux contours indécis (la jeune fille androgyne), rigidité de l’establishment grignoté par un imaginaire fantasmatique... L’exercice est totalement fascinant. 5/6

Les voyages de Sullivan (Preston Sturges, 1941)
Passé une entrée en matière particulièrement explosive en forme de course-poursuite texaveryesque, le film se range quelque peu et emprunte un sentier à la fois plus prévisible et plus retors, qui vise à réfléchir le propre statut de son auteur en le confrontant à la réalité sociale des victimes populaires, ces laissés-pour-compte jetés par milliers sur les routes, stigmates tardifs de la Grande Dépression. Preston Sturges problématise sans le moindre esprit de sérieux la légitimité du rire, emploie les armes de la fable pour imposer sa foi aux yeux de l’hypocrite spectateur, et use d’une savante série de jeux de miroir (Veronika Lake caricaturant sa mèche blonde avant de se déguiser en garçon) pour faire pétiller son cocktail. Difficile de ne pas marcher devant tant de conviction. 4/6

Identification d’une femme (Michelangelo Antonioni, 1982)
C’est à nouveau le motif de l’entre-deux, de l’indécision, de l’hésitation irrésolue (motivée cette fois par une quête artistique – le héros est un réalisateur à la recherche de son actrice, la mort d’une passion peut-être la naissance d’une œuvre) qui est au centre du questionnement antonionien. La dichotomie symétrique de la construction, qui sépare deux brèves idylles par une fascinante séquence de rupture en plein brouillard fantomatique, rappelle les recherches de L’Avventura. Mais une urgence nouvelle se fait jour, une forme de nervosité affective a remplacé la langueur étirée qui présidait auparavant à la peinture de la désagrégation sociale et relationnelle. Voilà comment cette enquête intérieure s’avère l’un des films les plus enveloppants du cinéaste. 5/6

Le passé (Asghar Farhadi, 2013)
Muette, la première scène figure le passage de témoin avec une élégante éloquence : pour Farhadi, la barrière de la langue française n’entame en rien l’affolante justesse d’analyse et d’observation. Sa méthode repose à nouveau sur une dramaturgie pointilleuse et hypertendue qui ne serait rien si elle n’était au service de tout autre chose. Car c’est bien le passé qui pèse le long du drame, et son dévoilement progressif par le biais d’une multitude de secrets conditionnant la culpabilité et l’impuissance, la responsabilité et le pardon. Peu importe que la dernière partie soit un chouïa chargée en retournements lorsqu’une telle latitude est accordée aux sentiments : mine butée d’un garçon perdu entre deux familles, triste malentendu qui empoisonne les relations, douceur magnifique de l’ex-époux devenu médiateur, en qui se fixe notre désir à tous de bienveillance et de compassion. 5/6

Contes cruels de la jeunesse (Nagisa Oshima, 1960)
La caméra est fougueuse, mobile, le style sec et rythmé, en accord avec la nouveauté d’un sujet qui refuse de détourner le regard de la réalité urbaine et industrielle de son époque. Dans une palette de couleurs vives et tranchées, Oshima exprime le désarroi d’une jeunesse qui, pour fuir les désillusions vécues par ceux qui ont seulement quelques années de plus, basculent dans la petite criminalité. La cruauté des rapports amoureux, souvent couvés par une tension sourde, la lucidité coléreuse d’un propos qui pousse le drame jusqu’à la tragédie n’empêchent pas l’humanité d’éclore, et une réelle émotion de poindre à travers le personnage de Mako, cette jeune fille fragile, désorientée, fatalement éprise d’un petit voyou capable, au-delà de sa muflerie brutale, de lui manifester une grande tendresse. 5/6

Hope and glory (John Boorman, 1987)
Pour Billy, sept ans et alter ego évident de l’auteur au même âge, l’entrée en guerre de l’Angleterre en 1939 ouvre une parenthèse enchantée, le début d’une longue récréation sous l’égide de l’insouciance et de l’initiation heureuses. Si aucun poncif ne manque à l’appel (la grande sœur fait le mur pour rejoindre les soldats aux soirées dansantes, la mère aimante se fait du mouron, le grand-père bougon s’avère un complice fantasque…), Boorman sait y conférer un charme persistant. Entre un foyer dopé d’œstrogène et les ruines de la banlieue londonienne bombardée, devenu un immense terrain de jeu pour galopins, le recueil de souvenirs développe un ton nostalgique et souriant, qui diffuse par touches discrètes ses accents de fable. 4/6

Irma Vep (Olivier Assayas, 1996)
Jean-Pierre Léaud, réalisateur limite nervous breakdown, engage Maggie Cheung pour remaker Feuillade. Assayas aligne ces collisions culturelles avec le même ton désinvolte, incongru, facétieux. Les nuits de Paris sont baignées des airs de Sonic Youth ou d’Ali Farka, un journaliste branché John Woo conchie le cinéma intellectuel, un réalisateur un peu décalqué accepte de reprendre le projet parce qu’il arrive en fin d'Assedic (sic). Narcissisme des uns, mesquinerie des autres, douce et succulente folie d’un petit monde observé avec tendresse, à la solde du cinéma et de sa singulière magie : du directeur de production sur les dents (coucou Alex Descas) à la costumière enhardie (salut Nathalie Richard) qui en pince pour la superbe, la divine, la gracieuse Maggie. 5/6

Il était un père (Yasujiro Ozu, 1942)
Le réalisateur semble ici se fixer un défi peu banal : faire disparaître purement et simplement l’élément féminin. Mères, épouses, filles brillent donc par leur absence, sans que jamais celle-ci ne soit envisagé comme un manque, un déséquilibre ou la remise en lumière inversée d’une donnée sociale et familiale. Comme toujours l’art d’Ozu se fait simple, frontal, dénué de dispositifs retors, consacré à exploiter au maximum les ressources définies par son programme. C’est donc l’histoire d’une complicité inébranlable, celle liant un père et son fils, petit garçon devenu jeune homme, et aussi celle nouée entre deux générations – professeurs et élèves, transmetteurs et héritiers, portés par une admiration, une confiance réciproques. Philosophie heureuse, rassérénante douceur. 4/6

Paris nous appartient (Jacques Rivette, 1961)
Mais à qui appartenons-nous ? Comme l’étudiante devenue actrice en herbe, nous nous demandons lequel, du metteur en scène romantique rattrapé par une sombre fatalité, de l’exilé américain prophétisant l’apocalypse, ou de la maîtresse distante et mystérieuse, tire les ficelles de ce que l’on voit. Tout n’est peut-être qu’invention, supputation, délire, et pourtant tout paraît étrangement probable : une menace diffuse plane sur les rues de Paris, un fantastique brumeux envahit chaque poche du réel, un complot mortel et planétaire se trame sans que jamais ses termes ne soient explicités. Goût du secret cabalistique, des énigmes enchâssées, d’un imaginaire égaré dans sa propre profusion… L’enquête est fascinante, et tisse une toile arachnéenne à la Umberto Eco. 5/6

Les indomptables (Nicholas Ray, 1952)
Les hommes défient la mort afin de pouvoir s’acheter un foyer, se convaincre qu’ils valent quelque chose, ou juste se prouver qu’ils existent encore. Rattrapés par l’ivresse de l’argent, du risque et de la gloire, certains ont oublié ce en quoi ils avaient prêté serment autrefois, lorsqu’ils ne vivaient pas dans l’ombre de leur succès. Les femmes trinquent, étouffent de dépit et d’angoisse, trouvent néanmoins la force de rappeler à leurs époux ce qu’ils se sont promis. Étonnant document sur le monde séduisant et dangereux du rodéo, qui vend du spectacle en épuisant les rêves de ceux qui le font, le film accompagne une poignée de ces désaxés avant l’heure sur la route sinueuse de leur prise de conscience. 4/6

La vie d'Adèle (Abdellatif Kechiche, 2013)
La locomotive Kechiche plonge dans le même bain jeunesse contemporaine et chronique au long cours d’un amour fusionnel : c’est une immense bourrasque de vie et d’exaltation, de sentiments et de sexe, de joies et de pleurs, trois heures tumultueuses et cruelles qui mettent une grande claque dans la gueule. De la fournaise de la passion et à son étiolement inéluctable, de la cristallisation aux turbulences et aux contrariétés sociales, le film fait crépiter mille questions universelles, invite à peser la valeur de la culture et de la transmission, télescope le naturalisme cru de sa facture à l’amplitude d’une narration gloutonne. Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux, renversantes de puissance et d’abandon, conquièrent quant à elles, haut la main, le titre de plus beau couple de cinéma depuis bien longtemps. 5/6 (tendance 5.5...)

L’ange de la rue (Frank Borzage, 1928)
Même couple d’acteurs que dans L'Heure Suprême, même goût des lignes de vie qui se rencontrent, se quittent et se destinent à se retrouver, même abandon enhardi aux effusions torrentielles du mélodrame. Équilibriste hors pair, orfèvre des incidences et de la révélation des personnages à eux-mêmes, Borzage ose faire durer un poignant repas d’adieu jusqu’à son point de rupture, inverser les rôles en cours de récit (l’artiste romantique devient vagabond amer, la fille endurcie par la vie s’abandonne à l’amour, avant que le destin ne scelle leur union définitive), ou nimber son cadre napolitain d’une irréalité brumeuse, spectrale, frisant l’expressionnisme. Il a surtout un atout dévastateur : Janet Gaynor, sa silhouette fine comme un roseau, son minois chiffonné aux larmes perlantes et au sourire attendri. Elle est à l’image du film : irrésistiblement émouvante. 5/6

Woody et les robots (Woody Allen, 1973)
Cryogénisé à la suite d’une infortunée mésaventure médicale, notre héros, amuseur déjà suffisamment célèbre pour donner au film son titre français, se réveille en 2173 au cœur d’une société orwellienne. Pour Allen l’anticipation n’est que prétexte à tester sa maladresse ironique face à l’excentricité charmante de Diane Keaton et aligner gags et dispositifs ubuesques à la Marx brothers – combat acharné contre un pudding géant, découverte de l’Orgasmaton, imitation délirante et inversée du couple Brando/Leigh chez Kazan, reconstruction génétique d’un dictateur à partir de… son nez. Il y a de quoi rire, même si l’ensemble paraît assez décousu et dilettante en regard de l’œuvre à venir. 4/6

Brewster McCloud (Robert Altman, 1970)
On se croit d’abord dans une enquête policière nonchalamment développée, puis on vire à la peinture poético-sarcastique d’une bande de cinglés tour à tour étranges, odieux ou attendrissants, avant que le tout ne s’achève en carnaval fellinien au beau milieu du stade où, d’emblée, une cantatrice irascible massacrait The Star-Spangled Banner. On y croise un détective à la rigueur professionnelle trop suspecte pour ne pas amuser, des politicards obsédés par leur image et leurs relations, un conférencier qui se prend pour un piaf, un archange blond administrant la mort à coups de fientes d’oiseau, et un doux dingue ne rêvant, comme Icare, que de caresser les nuages : l’Amérique selon Altman. 4/6

Shokuzai : celles qui voulaient se souvenir (Kiyoshi Kurosawa, 2012)
Comme dans son précédent film, Kurosawa tente de capter les angoisses et les hantises du Japon contemporain en injectant des touches d’inquiétante étrangeté à une intrigue qui ne recourt jamais au fantastique. L’ambition est louable et se transforme ponctuellement à la faveur d’une lumière blafarde, d’un surgissement de cruauté, d’un visage fermé réprimant tantôt la colère, tantôt la détresse, tantôt la folie. Mais pour l’essentiel, Kurosawa manque assez largement son sujet et ne s’en tient, le long d’une structure épisodique vite lassante, qu’à une petite explication de texte au cas par cas sur le thème "Le traumatisme pour les nuls". Et si l’on ne peut lui reprocher du tuer le suspense dès le début, la lourdeur illustrative de ses intentions est plus difficilement pardonnable. 3/6


Et aussi :

Mud (Jeff Nichols, 2012) - 5/6 (tendance 5.5...)
La montagne sacrée (Alejandro Jodorowsky, 1973) - 5/6
Frankenstein Junior (Mel Brooks, 1974) - 3/6
Le démon des armes (Joseph H. Lewis, 1950) - 5/6
Le pigeon (Mario Monicelli, 1958) - 4/6
Noblesse oblige (Robert Hamer, 1949) - 5/6
Monty Python : La vie de Brian (Terry Jones, 1979) - 5/6
Conan le barbare (John Milius, 1981) - 5/6
Du silence et des ombres (Robert Mulligan, 1962) - 5/6

Allez, un de ces jours, un p'tit Chuck Norris, ça te dit pas? :mrgreen:
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Messagepar Thaddeus » 2 juin 13, 19:43

Je n'ai qu'une seule vie, mon cher Mr Range.

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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar AtCloseRange » 2 juin 13, 19:49

Je ne pourrais pas faire de même (et d'ailleurs quasiment personne d'autre sur le forum ne le fait). Ce serait comme manger dans des grands restaurants tous les jours. Au bout d'un moment, t'as forcément envie d'un McDo.
Mais bon, chacun fonctionne différemment.
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Thaddeus » 2 juin 13, 19:59

AtCloseRange a écrit :Mais bon, chacun fonctionne différemment.


Bien sûr.
En ce qui me concerne, c'est exclusivement une question d'envie, de désir, rien d'autre. Je n'ai pas le moindre commencement d'envie de me mater un Chuck Norris, ça ne m'intéresse absolument pas. Et puisque je n'aime pas perdre mon temps... A côté de cela, je ne cesse de m'émerveiller des centaines de trésors qui m'attendent et que, je le sais, ma vie entière ne suffira pas à épuiser. Donc je procède de la manière la plus logique et prosaïque qui soit : je tape dans ce qui est, potentiellement, le meilleur. Et comme la nature fait bien les choses, il s'avère que, puisque je ne vois que des films réputés bons, je suis rarement déçu et que, donc, mes notes moyennes sont élevées - ce dont tu m'as déjà fait la remarque mâtinée de reproches. :mrgreen: C'est exactement ce que je cherche quand je regarde un film : qu'il me plaise, tout simplement. Donc entre un Altman ou un Segal, c'est clair que mon choix de visionnage est vite fait. :wink:

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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Blue » 2 juin 13, 20:19

Il y a aussi des choses intéressantes à tirer des mauvais films ; voir dans ceux-ci ce qu'il ne faut pas faire est un moyen d'aiguiser son sens critique.

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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Thaddeus » 2 juin 13, 20:26

C'est très juste ; mais encore une fois j'en reviens à la notion de plaisir.
Je ne prends tout simplement pas de plaisir et ne retire rien à la vision de ce que j'estime être un mauvais film. Et je n'accorde pas suffisamment d'importance à la crédibilité de mon sens critique pour m'infliger le visionnage de tels films au dépends de films qui me plaisent, me stimulent, m'enrichissent en tant que spectateur (et non en tant que critique, ce que je ne suis pas).

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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar AtCloseRange » 2 juin 13, 20:36

Thaddeus a écrit :C'est très juste ; mais encore une fois j'en reviens à la notion de plaisir.
Je ne prends tout simplement pas de plaisir et ne retire rien à la vision de ce que j'estime être un mauvais film. Et je n'accorde pas suffisamment d'importance à la crédibilité de mon sens critique pour m'infliger le visionnage de tels films au dépends de films qui me plaisent, me stimulent, m'enrichissent en tant que spectateur (et non en tant que critique, ce que je ne suis pas).

C'est une vision un peu manichéenne, non?
Et tu saurais a priori ce qui est bon ou mauvais? C'est rarement aussi simple que ça.
Je suis pour une vision hiérarchique des choses mais là, tu pousses très très loin le concept.
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Re: Commentaires à propos de votre film du mois

Messagepar Jeremy Fox » 2 juin 13, 22:49

Miss Nobody a écrit :* L'homme qui rétrécit (Arnold) ●○○○○
Trois minutes...


:shock: :(

Tu n'as pas été plus loin que les trois premières minutes ???

Si c'est le cas, c'est bien dommage car ça reste selon moi l'un des chefs-d'œuvre de la SF américaine avec des effets spéciaux qui n'ont pas vieilli.