Jean Renoir (1894-1979)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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feb
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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar feb » 7 nov. 10, 21:27

En novembre, rétrospective Jean Renoir sur CinéCinéma Classic.

Tous les dimanches à 20h40 :
7 novembre : La Marseillaise - 1938
14 novembre : La Bête Humaine - 1938
21 novembre : Le Déjeuner Sur l’Herbe - 1959
28 novembre : Eléna Et Les Hommes - 1956 :oops:

Tous les dimanches à 13h30 :
12 novembre : Nana - 1926
21 novembre : La Fille De l’Eau - 1925
28 novembre : Le Caporal Epinglé - 1962
5 décembre : Le Testament Du Docteur Cordelier - 1959

Jeudi 11 novembre à 20h40 : La Grande Illusion - 1937

Vendredi 26 novembre à partir de 20h40 : Soirée Renoir américain
20h40 : Vivre Libre - 1943
22h25 : Woman On The Beach - 1946

http://www.cinecinema.fr/cinecinema-cla ... EAN-RENOIR
ed a écrit :Portrait de la jeune fille en feu
L'un des films les plus rigoureux, scénaristiquement et formellement, qu'il m'ait été donné de voir depuis longtemps (...)

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Jerome
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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar Jerome » 20 déc. 10, 10:43

Docu sur La Règle du Jeu demain soir sur France 5
http://forgottensilver.wordpress.com/20 ... -france-5/
"Sa place est dans un Blu-Ray"

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makaveli
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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar makaveli » 23 déc. 10, 14:31

makaveli a écrit :la grande illusion (1937)
j'ai bien aimé le film mais je m'attendais à mieux.je m'explique, déjà je trouve que le film commence brutalement ,puis les scènes s'entrecoupent sans véritable lien,par exemple on en sait pas pourquoi maréchal va au cachot.
c'est peut être que je n'ai pas tout compris les dialogues car j'ai trouvé le son mauvais sur le dvd,des qu'il y a plus d'une personne qui parle c'est le brouhaha .
je pensais qu'il était remastérisé.
ensuite je trouve la 2ième partie(à partir du château) bien meilleure que la 1ère.j'adore quand ils sont dans la campagne(de très beaux plans )
les acteurs par contre sont très bons gabin en tête.
donc à la 1ére vision c'est un bon film mais à revoir
4.75/6

revu dernièrement j'ai aimé le film du début à la fin ,un des meilleurs films français que j'ai vu.les acteurs sont formidables
ma note 6/6 :D

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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar Strum » 23 déc. 10, 14:39

makaveli a écrit :
makaveli a écrit :la grande illusion (1937)
j'ai bien aimé le film mais je m'attendais à mieux.je m'explique, déjà je trouve que le film commence brutalement ,puis les scènes s'entrecoupent sans véritable lien,par exemple on en sait pas pourquoi maréchal va au cachot.
c'est peut être que je n'ai pas tout compris les dialogues car j'ai trouvé le son mauvais sur le dvd,des qu'il y a plus d'une personne qui parle c'est le brouhaha .
je pensais qu'il était remastérisé.
ensuite je trouve la 2ième partie(à partir du château) bien meilleure que la 1ère.j'adore quand ils sont dans la campagne(de très beaux plans )
les acteurs par contre sont très bons gabin en tête.
donc à la 1ére vision c'est un bon film mais à revoir
4.75/6

revu dernièrement j'ai aimé le film du début à la fin ,un des meilleurs films français que j'ai vu.les acteurs sont formidables
ma note 6/6 :D

Formidable, c'est un film sublime ! :D

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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar Père Jules » 23 déc. 10, 14:43

makaveli a écrit :
makaveli a écrit :la grande illusion (1937)
j'ai bien aimé le film mais je m'attendais à mieux.je m'explique, déjà je trouve que le film commence brutalement ,puis les scènes s'entrecoupent sans véritable lien,par exemple on en sait pas pourquoi maréchal va au cachot.
c'est peut être que je n'ai pas tout compris les dialogues car j'ai trouvé le son mauvais sur le dvd,des qu'il y a plus d'une personne qui parle c'est le brouhaha .
je pensais qu'il était remastérisé.
ensuite je trouve la 2ième partie(à partir du château) bien meilleure que la 1ère.j'adore quand ils sont dans la campagne(de très beaux plans )
les acteurs par contre sont très bons gabin en tête.
donc à la 1ére vision c'est un bon film mais à revoir
4.75/6

revu dernièrement j'ai aimé le film du début à la fin ,un des meilleurs films français que j'ai vu.les acteurs sont formidables
ma note 6/6 :D

Il ne pouvait pas en rester ainsi ! :wink:

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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar Federico » 26 déc. 10, 00:58

Jerome a écrit :Docu sur La Règle du Jeu demain soir sur France 5
http://forgottensilver.wordpress.com/20 ... -france-5/

Déprogrammé pour cause d'hommage à Jacqueline de Romilly. Une re-diffusion était annoncée pour le lundi 3/01 à 05h50... mais j'ai peur qu'il ne s'agisse d'une rediff' de l'hommage en question. :?
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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar Federico » 8 janv. 11, 20:34

C'est la grande mode de descendre des idoles du piédestal en ce moment. Paul Vecchiali n'y va pas avec le dos de la cuiller à propos de Renoir dans un entretien récent pour Télératruc, suite à la publication de son livre L'Encinéclopédie, cinéastes « français » des années 1930 et leur oeuvre. En même temps, derrière la mauvaise (?) foi, ce qu'il dit est assez cocasse. J'avoue être assez d'accord avec lui en ce qui concerne Michèle Morgan (magique à ses débuts, très ennuyeuse ensuite), sa très chère Danielle Darrieux et ce trop grand discret et finalement assez méconnu Jean Grémillon.

http://www.telerama.fr/cinema/non-jean-renoir-n-est-pas-le-plus-grand-cineaste-francais-des-annees-30,64252.php
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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar Rick Blaine » 8 janv. 11, 20:52

Aller chercher des interprétations aussi tordu sur quelques secondes d'images pour critiquer un cinéaste (je parle du passage sur la bête humaine), ça ma parait tellement inutile que je ne trouve même pas les mots pour dire ce que j'en pense.

Chacun ses goûts, un cinéaste, on peut l'aimer ou non, même Renoir, mais dans ce cas on dit que l'on aime pas et on s'empresse de défendre ceux qu'on aime, en tout cas c'est ma philosophie.

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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar Federico » 9 janv. 11, 00:40

Rick Blaine a écrit :Aller chercher des interprétations aussi tordu sur quelques secondes d'images pour critiquer un cinéaste (je parle du passage sur la bête humaine), ça ma parait tellement inutile que je ne trouve même pas les mots pour dire ce que j'en pense.

Chacun ses goûts, un cinéaste, on peut l'aimer ou non, même Renoir, mais dans ce cas on dit que l'on aime pas et on s'empresse de défendre ceux qu'on aime, en tout cas c'est ma philosophie.

Je place Renoir tout en haut de ma cinéphilie mais ça m'a quand même amusé de lire les énormités de Vecchiali... tout comme je m'étais marré en entendant je ne sais plus qui faire il y a quelques années une interprétation freudienne du "Rosebud" de Citizen Kane complètement tirée par les poils du Surmoi. :roll:
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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar Rick Blaine » 9 janv. 11, 10:55

En fait tu as tout à fait raison, il faut en rire :D

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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar Abronsius » 27 mars 11, 20:31

Vu le sublime French Cancan (édition blu-ray), ça virevolte, ça danse, c'est grandiose. Mon avis un peu plus détaillé ici :

http://myimaginarylandscapes.blogspot.c ... enoir.html

A noter un très bon documentaire en supplément qui regorge d'anecdotes et d'interventions judicieuses, sans tomber dans le délire hagiographique.

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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar Rick Blaine » 29 févr. 12, 13:22

French Cancan (1954)

Il y a des années que ce film trainait sur mes étagères, j'ai même gardé longtemps l'édition René Chateau que je n'ai finalement jamais regardée, avant de la changer pour le master Gaumont. Je ne saurais dire pourquoi le film ne m'attirait pas plus que ça. Pourtant, Renoir/Gabin, c'est une combinaison gagnante de ma cinéphilie mais ça ne suffisait pas.
Renoir/Gabin, c'est vrai que ça fait rêver, le plus grand metteur en scène français et le plus grand acteur français selon moi, dont la réunion avait donné naissance près de vingt ans plus tôt aux Bas-Fonds, que je considère comme mineur, mais surtout à La Grande Illusion et à la Bête Humaine, deux monuments du cinéma. Mais en 1954 les choses ont changé. Renoir vient de rentrer en France et son statut a changé, malgré certaines grandes réussites artistiques. C'est alors qu'on lui confie le projet French Cancan qui devait initialement être dirigé par Yves Allegret. Par parenthèse, si Yves Allegret à quelques talents, -j'aime beaucoup Une si jolie petite plage- je ne le voit pas un seul instant diriger efficacement une telle œuvre. Quant à Gabin, il vient à peine de retrouver la lumière dans le sublime Grisbi après une longue traversée du désert, et récupère le rôle principal du film après le refus de Charles Boyer d'abord pressenti.

Sur le papier nous avons donc un film de commande pour Renoir et un acteur principal vexé d'être un second choix derrière Boyer (qu'il déteste), et qui plus est fâché avec Renoir au moment où le film se prépare. Comment créer un chef d’œuvre dans ces conditions? Il suffit de s'appeler Renoir.

Première étape, recentrer le film sur son personnage principal, Henri Danglard, homme volage, artiste sans le sou, qui se lance dans ce qui est probablement le dernier défi de sa carrière, la création du Moulin Rouge en relançant la mode d'une dans passée, le Cancan, que l'on appellera désormais le French Cancan. Cela suppose la suppression de toute une partie du film initialement consacrée à Paulo, le compagnon de Nini (Françoise Arnoul) vedette du nouveau spectacle de Danglard, qui était initialement un ouvrier politiquement engagé, dont les démêlés avec la police devait initialement être une autre trame du film, et l'aurait probablement déséquilibré. Danglard deviens donc le centre de gravité de French Cancan. Personnage fascinant, Danglard passe d'une femme à l'autre avec légèreté, dépense l'argent des autres comme s'il était le sien, et surtout déborde d'idée. Il n'y a pas de frontière entre sa vie et le spectacle, entre sa vie et l'art. Sa vie est le spectacle, il a une idée par minute et découvre un talent à chaque coin de rue. Un peintre en bâtiment sifflote dans la rue, il l'embauche et en fait le Pierrot Siffleur, il entend une femme chanter à sa fenêtre, il en fait une vedette de son nouveau spectacle qui chantera La Complainte de la butte entre les tables du Moulin Rouge (Cora Vaucaire prêtant sa voix pour l'occasion à Anna Amendola). Homme de spectacle donc, être entier également, parfois maladroit dans sa relation avec les femmes mais qui assume ce qu'il est et souhaite réaliser ses rêves, Danglard est le double de Renoir l'artiste et de Renoir le séducteur, un rôle qui va comme un gant à un Gabin qui peut offrir le meilleur de lui-même, entre la vitalité de ses jeunes années et la figure tutélaire de ses rôles tardifs.
Autour de Danglard, une galerie de portraits comme seul Renoir sait les peindre. On retrouve une myriade de rôles, tous valorisés, du plus importants au plus petit. French Cancan fourmille de personnages amoureusement sculptés par Renoir, comme il le faisait dans la Règle du Jeu. Dans cette galerie de portrait, on retrouve les figures classiques renoiriennes, comme celle de la femme hésitant entre trois amants, ici Lola, interprétée avec beaucoup d'allure par María Félix, double de Christine de la Chesnaye, ou celle d'un complice "populaire" au personnage principal, ici Casimir (Philippe Clay), qui peut évoquer Marceau par certain aspects. Ces personnages nombreux mais tous dotés d'une existence propre donne une grande profondeur à French Cancan, cet aspect Mille-feuille propre aux films de Renoir qui nous content mille destins, comme mille propositions de films, tous passionnantes. Parmi les beaux personnages on retient notamment celui du Prince Alexandre (Giani Esposito), formidablement touchant, auquel Renoir offre une magnifique scène au milieu de la salle vide du Moulin Rouge, alors qu'il apprend que Nini aime en fait Danglard. La lumière disparait, les autres protagonistes également, le laissant seul, avec son pistolet, pour un suicide raté extrêmement émouvant. Et puis on a évidemment le personnage de Nini (sublime Françoise Arnoul) innocente mais pas naïve, rêvant de succès, rêvant de s'extraire de son destin de blanchisseuse, symbole d'une volonté de transition social chère à Renoir, belle amoureuse de Danglard, le rayon de soleil du film.
Si la trame du film est recentrée sur le spectacle, et conclue sur le discours de Danglard à Nini, déclaration d’amour à l’art et variation magnifique du thème « The show must go on », Renoir n’en oublie pas pour autant le discours social qui imprègne l’ensemble de son œuvre. French Cancan est, comme beaucoup d’autre de ses films, une peinture des couches sociales de la société, et de la perméabilité des frontières qui les séparent. Danglard évolue entre ces couches, tel Octave dans la Règle – ce qui ne peut que renforcer l’identification Danglard/Renoir. Il baigne dans un milieu bourgeois, voir noble. Ce milieu constitue l’essentiel de sa clientèle, et de ses bailleurs de fonds. Ceux-ci l’acceptent parmi eux car il est leur vitrine et leur conscience artistique, mais le moindre faux pas le remettra à sa place, il dépend d’eux, l’inverse n’est pas vrai. Ainsi lorsque Danglard danse pour la première fois avec Nini il paye immédiatement sa faute. L’humiliation de Lola, qui fait partie du milieu des financiers, provoque la rupture avec le baron Walter (superbe Jean-Roger Caussimon) qui lui coupe les vivres, mesure de rétorsion qu’il sait utiliser dès que Danglard sort des clous. La position sociale de Danglard est instable, il occupe une place qui n’est pas naturellement la sienne et qui est le fruit des circonstances. En quelque sorte, une Grande Illusion… Le rêve de Danglard s’inscrit dans cette situation. Constatant que les riches souhaiteraient s’encanailler sans risque, il conçoit un lieu (Le Moulin Rouge) qui prendra place dans un quartier populaire, avec un spectacle populaire (le Cancan), dans lequel on servira le meilleur champagne et on écoutera les meilleurs musiciens. Ce rêve abolira les frontières, c’est la conclusion du film, ou les deux classes sont dans le public, sans se côtoyer de trop près tout de même. Nini rêve aussi. Elle rêve de réussite, elle rêve de ne plus être Blanchisseuse. Elle rêve surtout d’être reconnue, refusant l’amour du Prince pour celui de Danglard et les feux de la rampe. Son ascension se termine triomphalement, elle est sortie du rang mais, tout au long du film, Renoir laisse planer la menace avec le personnage de Prunelle, ancienne danseuse vedette devenue clocharde. Ce personnage, remarquablement dessiné et formidablement attachant, à certainement connu la même trajectoire que Nini et a connu le destin d’Icare. Cette image, sans jamais entraver la légèreté du film, reste toujours présente, comme un rappel à l’ordre à ceux qui voudrait trop facilement faire bouger les lignes.
Cette lecture sociale, sous-titre de la trame principale, s’inscris enfin dans une dynamique historique. Par la reconstitution d’une époque, mais aussi par la présence, au détour d’un dialogue, de faits historiques et politiques. On parle dans French Cancan de la montée de Boulanger, que Lola souhaite ardemment –encore un écho à la Règle et une de ses chansons- on parle de l’alliance avec la Russie, on voit Paris se construire… La fantaisie de Renoir, présentée comme une comédie musicale s’inscrit dans une dynamique sociale et historique bien réelle, à l’image de ses plus grandes œuvres.

Deuxième étape, perfectionner la mise en scène. French Cancan est certainement le plus beau Technicolor français qui m’est été donné de voir, un des plus beaux films en couleur tout cour également. Tout y est féérique et le film transporte le spectateur par son esthétique. Chaque scène semble avoir sa couleur, et donc son ambiance, comme autant de tableaux travaillés par un maitre. La référence à la peinture est d’ailleurs évidente, on s’en rend compte même sans grande culture de cette art ce qui est mon cas. Pour créer un film sur l’art, Renoir semble avoir choisi de reconstruire une époque non pas par le prisme de la réalité directe, mais par celui de la vision artistique qu’en ont eu les peintres, jolie mise en parallèle entre les arts de la scène et les arts plastique.
Certaines scènes sont d’ailleurs des tableaux. La plus évidente, c’est celle sous l’arbre entre le Prince Alexandre et Nini, la caméra est presque figée, le mouvement s’arrête, nous sommes projetés dans une toile de maitre. Ces effets sont le produit d’une sublime photographie, valorisant les couleurs vives exprimant la gaieté et la joie de vivre du film. Elle s’appuie sur des décors remarquables. Entièrement filmé studio, French Cancan donne pourtant une illusion de vérité, d’ambiance recréée. Le décorateur Max Douy insiste d’ailleurs sur cette volonté de réalisme, qui a guidé ses choix et ceux de Renoir : les marches des escaliers sont en grès véritable, les ouvriers sont en train de placer de vrais pavés sur la route, etc… Renoir semble avoir voulu recréer le véritable Montmartre, celui de son enfance. Mais cette vérité n’est pas terne, n’est pas datée, elle est éclatante, vivante, presque rêvée et l’atmosphère qui s’en dégage est celle d’une féérie, à l’image des grandes comédies musicales américaine.
Dans cette esthétique, Renoir peut exprimer au mieux sa patte. On retrouve son gout pour les longs plans, ceux qui laissent au mieux s’exprimer l’acteur, se développer les personnages, ceux qui permettent à l’action principales et aux évènements secondaires de s’enchevêtrer, de ne jamais figer le récit, d’insuffler de la vie dans le film. A l’image de ses plus grandes réussite, on ressent dès la première vision que French Cancan regorge de ces pistes secondaires, de ces innombrables détails qui font le sel et la particularité des œuvres du Patron. Qui donnent envie de les revoir aussi. Le film n’est ainsi pas recroquevillé sur le destin de ses personnages principaux, il vit, et eux aussi peuvent vivre, donnant corps à la sensation que l’on ne suit pas un simple récit, mais une tranche de la vie d’hommes et de femmes, d’un quartier, d’un monde en perpétuel mouvement.
Car le mouvement s’arrête rarement, French Cancan est un film extraordinairement rythmé, sans temps mort, un film qui respire mais qui respire très vite et qui donne envie de dévorer la vie à grande vitesse. C’est également l’un des sens du dernier discours de Danglard : on ne le verra jamais en pantoufles devant la cheminée, il faut agir pour vivre, et si possible, agir pour l’art et le divertissement. L’apothéose de ce mouvement, c’est évidemment le Cancan final, 20 minutes d’une folie totale, tourbillonnante. Les danseuses ne tiennent pas en place, le public ne tient pas en place, Danglard a beau essayer mais ne tiens pas en place, et le spectateur à une terrible envie de sauter de son siège ! Vivre, c’est la première morale de French Cancan, vivre sans se soucier du lendemain, réaliser ses rêves même si l’on peut risquer la ruine, ou la déchéance de Prunelle, vivre tant qu’il en est encore temps et profiter de chaque chose même d’un croissant pour tout déjeuner lorsqu’on a plus le sou comme le font Danglard et sa troupe. Transmettre autant de vie lorsqu’on a soixante ans, chapeau monsieur Renoir.

Cette œuvre de commande, Renoir en fait ainsi un film personnel, parfaitement inscrite dans son œuvre immense, un bijou plastique et rythmique difficilement égalable, en faisant de Jean Gabin son alter ego dans un rôle sublime, un des plus atypiques et des plus réussis de sa carrière.
Bref, French Cancan, c’est le pied !!

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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar Jeremy Fox » 29 févr. 12, 13:23

Quel papier qui transpire l'enthousiasme ! Lu en diagonale, me reste plus qu'à me remplonger dedans.
Allez hop ; je ne savais pas quoi regarder ce soir et je n'ai toujours pas sorti mon DVD Gaumont :D
Ceci dit, j'ai toujours aimé le film (un de mes préférés de Renoir) mais pas revu depuis très longtemps

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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar Père Jules » 29 févr. 12, 13:24

En fait, Rick Blaine est un multi de Demi-Lune.

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Re: Jean Renoir (1894-1979)

Messagepar Jeremy Fox » 29 févr. 12, 13:31

Rick Blaine a écrit :French Cancan (1954)

Ces personnages nombreux mais tous dotés d'une existence propre donne une grande profondeur à French Cancan, cet aspect Mille-feuille propre aux films de Renoir qui nous content mille destins, comme mille propositions de films, tous passionnantes.

Deuxième étape, perfectionner la mise en scène. French Cancan est certainement le plus beau Technicolor français qui m’est été donné de voir, un des plus beaux films en couleur tout cour également. Tout y est féérique et le film transporte le spectateur par son esthétique. Chaque scène semble avoir sa couleur, et donc son ambiance, comme autant de tableaux travaillés par un maitre.

Entièrement filmé studio, French Cancan donne pourtant une illusion de vérité, d’ambiance recréée.

Renoir semble avoir voulu recréer le véritable Montmartre, celui de son enfance. Mais cette vérité n’est pas terne, n’est pas datée, elle est éclatante, vivante, presque rêvée et l’atmosphère qui s’en dégage est celle d’une féérie, à l’image des grandes comédies musicales américaine.

Car le mouvement s’arrête rarement, French Cancan est un film extraordinairement rythmé, sans temps mort, un film qui respire mais qui respire très vite et qui donne envie de dévorer la vie à grande vitesse.

Cette œuvre de commande, Renoir en fait ainsi un film personnel, parfaitement inscrite dans son œuvre immense, un bijou plastique et rythmique difficilement égalable, en faisant de Jean Gabin son alter ego dans un rôle sublime, un des plus atypiques et des plus réussis de sa carrière.
Bref, French Cancan, c’est le pied !!

Voilà en gros pourquoi j'ai toujours apprécié ce film d'une vitalité étonnante. Allez, je me le programme.

Bon, je pense que tu tiens là ton film du mois :wink: