Le Western américain : Parcours chronologique III 1955-1959

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Doc Boone
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Doc Boone » 26 mars 13, 22:38

Pour rattraper mon retard, j'ai dévoré ces dernières chroniques ...
J'ai effectivement retrouvé tout ce que j'avais aimé dans "The Proud Ones", pas survendu, à mon avis ; pas incontournable pour qui n'est pas un inconditionnel du genre, peut-être, mais un western très plaisant, et qui remplit bien sa fonction première, divertir, avec même un petit +
Merci pour "Great Day in the Morning", que je n'ai jamais vu.
Et bravo aussi pour "Star in the Dust" ; voilà un film très bien décrit, une fois encore.
J'en partage le ressenti, tant sur l'interprétation de John Agar (comme Jeffrey Hunter ailleurs), que sur les autres points.
J'ai bien aimé aussi le rôle d'Orval Jones (James Gleason), le vieux concierge qui, en quête de reconnaissance, veut devenir adjoint, ou celui de Richard Boone, dont je n'ai pas réussi à savoir s'il n'était pas davantage développé, faute de 'place', tant il y a de choses à traiter, ou pour laisser le spectateur se construire lui-même une idée du personnage grâce aux indications parsemées à chacune de ses apparitions (citant Shakespeare, ses dernières volontés concernant la jeune femme qui l'aime et la cagoule pour l'exécution ... etc.), de bons dialogues, quelques détails assez originaux (la marche qui couine, dont on s'attend à ce que ... et qui finalement ... ) -pas facile de parler d'un film sans 'spoiler' ... c'est un métier ... aussi le pourquoi j'apprécie ces rubriques !
Et il y en a encore de sacrés bons (films, et bonnes -j'anticipe- chroniques) à venir ...

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 27 mars 13, 07:14

Doc Boone a écrit :Et il y en a encore de sacrés bons films à venir ...



Je me faisais la réflexion en début de semaine ; un des plus grands crus pour le western que cette année 1956

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 27 mars 13, 07:37

Doc Boone a écrit : quelques détails assez originaux (la marche qui couine, dont on s'attend à ce que ... et qui finalement ... )


Oui bel élément de suspense ; mais une marche dont on a fait en sorte qu'elle couine justement afin de se préparer à recevoir les intrus arme en main :wink: Je constate à te lire que j'ai oublié de parler de pas mal de choses dont le personnage joué par Richard Boone qui semble en effet très cultivé mais sur lequel les scénaristes se sont trop peu appesantis.

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Pat Wheeler
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Pat Wheeler » 29 mars 13, 13:13

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Belles découvertes quasi successives avec ces deux W signés Richard Bartlett qui m'ont énormément plu par leur ton particulier, ce refus de régler les choses par la violence quitte pour certains personnages à jeter purement et simplement l'éponge. Beaucoup de personnalité et de savoir-faire dans la façon de filmer des sujets pourtant rabâchés, un interprète principal autrefois bien connu pour ses cascades qui semble par moments avoir été dirigé comme Randolph Scott chez Boetticher (surtout dans L'Héritage de la Colère), une photo généralement très sobre mais moins fonctionnelle qu'il n'y paraît (il y a des scènes visuellement superbes dans l'un comme l'autre), bref on est vraiment dans le haut du panier. Si Joe Dakota n'est peut-être pas aussi marquant qu'Un Homme est Passé, le chef-d'œuvre de John Sturges dont il s'inspire manifestement, le film a quelque chose de plus modeste, de plus désinvolte (certains y voient une parabole christique de la part de l'ardent croyant qu'était Bartlett ; une chose est sûre, celle-ci n'est jamais ostensiblement mise en exergue) qui en font une mouture tout à fait intéressante du sujet déjà filmé par Sturges. Mon vrai coup de cœur reste cependant L'Héritage de la Colère où, partant d'un pitch franchement bateau (un pseudo-détective de l'Ouest est engagé pour retrouver les légataires du testament d'un vieux chercheur d'or assassiné tout en devant démasquer les responsables de sa mort), Bartlett délivre sur un rythme de croisière un film étonnamment immersif et pétri d'humanisme où tous les personnages (ou presque) auront l'occasion de montrer leurs bonnes et leurs mauvaises facettes. 75 minutes d'un whodunit prenant et intelligent, aussi dégraissé que les meilleurs opus de Boetticher, qui constitue un exemple parmi tant d'autres de la richesse du western 50's.

Petit coup de gueule par rapport aux entretiens présents sur les bonus du DVD Sidonis de L'Héritage de la Colère, en particulier celui de Patrick Brion. J'admire et respecte énormément cet historien du septième art qui a su par le biais de multiples rétrospectives, ouvrages et interview nous transmettre ses formidables connaissances ; j'avoue cependant que son intervention m'a en l'occurrence paru fort peu intéressante. Qu'il n'ait pas particulièrement aimé le film demeure son droit absolu, mais si c'est pour l'expédier en deux ou trois remarques tiédasses tout en prétendant que les protagonistes féminins y sont quasi inexistants (alors que Kim Hunter et Judi Meredith s'avèrent toutes deux extrêmement touchantes et leurs personnages respectifs particulièrement bien écrits), c'était pas la peine de prendre la parole. Heureusement que Tavernier rattrape le tout en se fendant une fois de plus - passé les quelques balbutiements habituels - d'une passionnante analyse de près d'une demi-heure où sa pertinence et son acuité forcent le respect.
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daniel gregg
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 29 mars 13, 13:21

Chouette qu'ils t'aient plu et entièrement d'accord avec toi concernant l'apparente neutralité de la photo, qui sait aller avec talent à l'essentiel.
Concernant Brion, je crois qu'il est quasiment de tous les bonus des éditions Sidonis.
Quelques fois, il ne souscrit pas, c'est un point de vue qui se défend de quand même intervenir, même si comme tu le dis, il est parfois à la limite de la mauvaise foi.
Son point de vue, pour ma part, anecdotique (ce n'est pas péjoratif), n'est jamais aussi conséquent que celui de Tavernier.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 29 mars 13, 13:23

Belles découvertes quasi successives avec ces deux W signés Richard Bartlett qui m'ont énormément plu par leur ton particulier, ce refus de régler les choses par la violence quitte pour certains personnages à jeter purement et simplement l'éponge.


:D


Si Joe Dakota n'est peut-être pas aussi marquant qu'Un Homme est Passé, le chef-d'œuvre de John Sturges


Pas si sûr.



En tout cas, quand j'en arriverais à ces deux films, je n'en dirais que du bien :wink:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Rick Blaine » 29 mars 13, 13:31

Jeremy Fox a écrit :
Si Joe Dakota n'est peut-être pas aussi marquant qu'Un Homme est Passé, le chef-d'œuvre de John Sturges


Pas si sûr.


Pour ma part, même si j'aime beaucoup le Bartlett, je suis assez d'accord avec Pat sur la hierarchie. Mais de toute façon les deux films sont finalement traités de manière assez différente, le film de Bartlett faisant preuve de suffisament d'originalité pour échapper à la comparaison.


J'en profite pour caser ma petite marotte, Pat, si tu as apprécié Jock Mahoney dans les deux Bartlett, je conseille fortement Duel dans la Sierra de Sherman (même si certains sont moins enthousiaste que moi sur ce film... :mrgreen: )

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 29 mars 13, 13:38

P'tain çà sent le prosélytisme ! :o

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Rick Blaine » 29 mars 13, 13:45

daniel gregg a écrit :P'tain çà sent le prosélytisme ! :o


:mrgreen:

Je rappelle que Duel dans la Sierra a remporté, par forfait des défenseurs de son concurrent, une confrontation avec Joe Dakota il y a quelques mois... :fiou:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Jeremy Fox » 29 mars 13, 13:49

Rick Blaine a écrit :
daniel gregg a écrit :P'tain çà sent le prosélytisme ! :o


:mrgreen:

Je rappelle que Duel dans la Sierra a remporté, par forfait des défenseurs de son concurrent, une confrontation avec Joe Dakota il y a quelques mois... :fiou:




Pfff ; quelle bande de nazes : préférer un Sherman mineur à cette petite merveille :roll:


Spoiler (cliquez pour afficher)
:lol: :mrgreen:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 29 mars 13, 13:57

D'ici à ce que Julien pointe son nez...diégétique.

Spoiler (cliquez pour afficher)
:mrgreen:

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The Rawhide Years

Messagepar Jeremy Fox » 29 mars 13, 14:02

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Les Années sauvages (The Rawhide Years – 1956) de Rudolph Maté
UNIVERSAL


Avec Tony Curtis, Arthur Kennedy, Peter Van Eyck, Colleen Miller
Scénario : Earl Fenton, D.D. Beauchamp & Robert Presnell Jr.
Musique : Frank Skinner & Hans J. Salter
Photographie : Irving Glassberg (Technicolor 1.37)
Un film produit par Stanley Rubin pour la Universal


Sortie USA : 15 juin 1956


En cette année 1956, nous ne savons plus sur quel pied danser concernant Rudolph Maté. Marqué au Fer (Branded) et Le Souffle de la Violence (The Violent Men) nous avaient laissé une agréable impression mais c’était surtout grâce à de solides scénarios et à une très bonne interprétation d’ensemble. Mais Horizons Lointains (Far Horizons) venait en revanche nous démontrer que ce grand chef-opérateur n’était par ailleurs qu’un bien piètre cinéaste. C’était effectivement un comble qu’une des expéditions les plus épiques de l’histoire américaine ait accouché d’un film aussi peu ample et vigoureux, aussi mollasson et intempestivement bavard, le souffle de l’aventure étant irrémédiablement absent d’une œuvre dont c’était pourtant la vocation première. Qu'allait-on donc trouver en découvrant son avant dernier western, The Rawhide Years, d'autant que les enjeux de son scénario étaient loin d'être aussi adultes et captivants que ceux des premiers westerns cités au début du paragraphe, que l'intrigue ne reposait cette fois sur rien de vraiment sérieux, que la psychologie des personnages était ce coup-ci volontairement délaissée, la vitesse et le pittoresque semblant primer sur le reste ? L'espoir était alors assez faible de tomber sur un western efficace et divertissant puisque le cinéaste n'avait encore jamais été très convaincant dans le domaine de la légèreté...


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Le Montana Queen est un bateau/casino qui sillonne le Mississippi. A son bord, beaucoup perdent toute leur fortune au jeu et risquent même leur vie. En effet, non seulement les tricheurs professionnels sévissent mais les pirates, appâtés par les sommes brassées à bord de ces salles de jeux flottantes, ne sont jamais bien loin. Ce jour-là, Frank Porter est ruiné par le jeune Ben Matthews (Tony Curtis) qui n'est autre qu'un tricheur à la solde d'un complice nommé Carrico. Le shérif Sommers et le Rancher Matt Confort, qui ont assisté à la partie, soupçonnent le jeune homme d'avoir triché ; ce qui s'avère exact. Se sentant coupable, Ben invite Matt à jouer et, pour se dédouaner, perd expressément la partie au profit du rancher. Carrico, détenteur des fonds joués par Ben, 'licencie' son acolyte, mais Matt qui s'est pris d'amitié pour le joueur lui propose un travail dans le ranch qu'il dirige dans l'Illinois. Dans la nuit, Ben surprend trois hommes sortir de la cabine de Matt et découvre peu après ce dernier assassiné. Poussé par dessus bord par un des bandits qu'il cherchait à arrêter, Ben réussit à accoster sur la berge et se rend à Galena où travaille sa fiancée, la Saloon Gal Zoé (Colleen Miller). Il découvre en arrivant en ville que Carrico et lui sont accusés du meurtre de Matt et il assiste peu après, sans avoir le temps de ne rien faire, au lynchage de son ex-associé. Il n'a alors plus le choix s'il ne veut pas se faire passer la corde au cou à son tour : il doit s'éloigner quelques temps afin de se faire oublier. Il part donc au Texas où il travaille trois ans comme cow-boy. N'ayant plus de nouvelles de sa fiancée, il retourne ensuite à Galena où il espère bien dans le même temps se disculper ; il fera le voyage retour en compagnie d'un fieffé coquin qu'il rencontre en cours de route, Rick Harper ( Arthur Kennedy), qui se propose comme guide afin de mieux pouvoir l'escroquer...


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Et bien la surprise, sans être de taille, est bien présente et, contre toute attente, ce western d'aventure assez léger s'avère se suivre sans aucun déplaisir, faisant même partie des plus charmantes réussites de son réalisateur. Attention cependant, nous sommes très loin de nous trouver devant un grand western ; il s'agit avant tout d'une série B bien enlevée qui n'a pour but que de divertir, qui y arrive d'ailleurs fort bien mais qui ne restera pas longtemps dans nos mémoires : il fallait quand même le préciser pour ceux qui se seraient un peu vite précipités. Rudolph Maté avait déjà réalisé trois ans auparavant un film d'aventure romantique se déroulant une grande partie de sa durée sur les bateaux à aubes du Mississippi et mettant en scène un joueur professionnel : il s'agissait de The Mississippi Gambler (Le Gentilhomme de la Louisiane) avec Tyrone Power dans le rôle-titre. Il fut terne et ennuyeux contrairement au western qui nous concerne ici dont le scénario file à 100 à l'heure, ce qui pallie aux multiples invraisemblances de son intrigue et à sa réalisation sans aucune personnalité. Impersonnelle mais finalement dans l'ensemble plutôt efficace lors des séquences mouvementées qui ne se font pas prier pour s'inviter à de très nombreuses reprises. La première originalité de ce western est que son intrigue se déroule pour une majeure partie à bord d'un bateau ; même si nous avions vu le même, assez brièvement, dans Les Affameurs (Bend of the River) et Je Suis un aventurier (The Far Country), tous deux d'Anthony Mann, dans Les Années sauvages, le bateau à aubes est un lieu à l'intérieur duquel nous sommes conviés durant un bon tiers de sa durée.


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La deuxième bonne surprise vient de la découverte du personnage principal interprété par Tony Curtis. Alors qu'il nous avait habitué à tenir des rôles foncièrement positifs, le comédien se retrouve ici dans la peau d'un tricheur qui d'emblée ruine un pauvre homme qui laisse à la table de jeu toute sa fortune. Alors qu'une nouvelle connaissance lui propose un verre d'alcool, il aura cette phrase savoureuse : « Non, jamais en dehors du travail ». Mais on se rendra vite compte qu'il s'agit en fait d'un pauvre bougre qui se laissait mener par le bout du nez par un associé sans scrupules. Une fois rassuré sur sa moralité, les spectateurs constateront qu'il a la guigne ; non content d'avoir plumé avec mauvaise conscience un malheureux gogo, il se verra non seulement mêlé à un assassinat dont il s'avère évidemment innocent mais il verra son acolyte se faire pendre haut et court avec une rapidité et une brutalité assez déconcertante pour l'époque, surtout dans un western au ton aussi décontracté. Un film qui démarre donc sur les chapeaux de roue et qui continuera sur sa vive lancée jusqu'au bout ; c'est d'ailleurs sa principale qualité que ce rythme jamais vraiment relâché. Et nous le devons avant tout au scénariste Earl Fenton, surtout connu pour ses travaux en collaboration avec Richard Fleischer et notamment sur L'énigme du Chicago Express (The Narrow Margin) ainsi que sur 20000 lieues sous les mers . Il ne faut surtout pas chercher de vraisemblance ni d'intelligence particulière dans son travail mais une efficacité à toutes épreuves.


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Car niveau vraisemblance, rien que le personnage joué par Tony Curtis manque singulièrement de finesse ; comment croire une seule seconde qu'un fieffé tricheur comme lui puisse faire une telle confiance à son compagnon de route alors qu'il ne le connait que depuis quelques heures et ensuite se laisser aussi facilement abuser, lui obéissant au doigt et à l'oeil sans se soucier qu'il peut chercher à le voler pendant qu'il aura le dos tourné ? On ne sait parfois pas quoi penser du comédien ; sa naïveté et son air de chien battu en début de film s'accordent assez mal avec son rôle mais il s'avère à la longue très attachant. Tout comme son compagnon d'infortune interprété par un Arthur Kennedy cabotin et survolté, qui s'en donne à coeur joie dans la fantisie et l'amoralisme néanmoins gentillet : "Miserable country, infested with decent citizens." Nous avions assez peu l'habitude de le voir tenir un tel rôle, celui d'un gredin sympathique, d'un voleur de chevaux roublard et menteur comme un arracheur de dents. On peut dire qu'il fait même pas mal d'ombre à Tony Curtis et qu'il lui vole bien souvent la vedette. En tout cas, les deux acteurs forment un duo que l'on prend plaisir à suivre dans ses innombrables pérégrinations. Parmi les autres personnages principaux, on trouve une Colleen Miller aussi moyenne actrice que femme charmante, heureusement pour nous peu avare de ses beaux atours et surtout interprétant trois chansons dont une superbe 'Happy Go Lucky'. En revanche le comédien allemand Peter Van Eyck fait bonne impression en 'Bad Guy' charismatique et fortement déplaisant, faisant dès sa première apparition une apologie de la pendaison comme spectacle jubilatoire. Parmi les seconds rôles, beaucoup de noms qui ne vous diront pas grand chose mais en revanche aux visages très connus comme par exemple Robert J. Wilke dans le rôle de l'inquiétant bras droit de Peter Van Eyck.


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Etant un divertissement sans prétention autre que nous amuser, il n'y a pas grand chose à dire de plus sur le film. Chansons, fusillades, explosions, chevauchées, bagarres à poings nus (avec en doublure de Tony Curtis, le même cascadeur qui se battait en lieu et place de Randolph Scott), poursuites à cheval : l'amateur de sensations fortes en aura eu pour son argent ! Une histoire bien menée, parfois sombre et mystérieuse mais jamais dénuée d'humour (vaudevillesque même parfois), avec rebondissements à la pelle et même des éléments d'intrigue policière, de savoureux dialogues, un duo de stars qui s'en donne à cœur joie, un technicolor rutilant, des paysages variés (du verdoyant Mississippi au Lone Pine sauvage et rocailleux) pour un film chatoyant et coloré au rythme alerte. Aucunement ambitieux mais rocambolesque et divertissant à souhait et plutôt bien maîtrisé. Un bien sympathique et bondissant spectacle !

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Jeremy Fox
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The Naked Hills

Messagepar Jeremy Fox » 29 mars 13, 14:04

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Les Collines nues (The Naked Hills - 1956) de Josef Shaftel
ALLIED ARTISTS


Avec David Wayne, Keenan Wynn, James Barton, Marcia Henderson
Scénario : Josef Shaftel
Musique : Herschel Burke Gilbert
Photographie : Frederick Gately (1.37 Pathécolor)
Un film produit par Josef Shaftel pour La Salle Productions


Sortie USA : 17 juin 1956


Tracy (David Wayne) et Bert (Denver Pyle) quittent tout ce qu’ils ont dans l’Indiana -familles compris- pour aller prospecter de l’or en Californie en ce milieu du 19ème siècle. Mais sur place sont déjà présents des milliers de Gold-Diggers dont très peu semblent avoir fait fortune. La poussière d’or qu’ils arrivent à dégager quotidiennement ne leurs sert qu’à survivre en se payant un frugal repas. Frustré, Tracy décide à un moment donné de changer de partenaire -Bert repartant bredouille- et de se mettre en cheville avec Sam (Keenan Wynn) et Willie (Jim Backus), deux escrocs sans scrupules s’étant enrichis par la force et la violence. Mais, au bout de quelques temps, ne supportant pas ces méthodes, Tracy rentre au pays retrouver sa fiancée (Mary Henderson) et commencer une vie de fermier jusqu’à ce que la fièvre de l’or le reprenne : le voici reparti en Californie laissant sa nouvelle épouse enceinte en lui promettant de revenir rapidement…


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Une question me taraude au moment d’écrire sur The Naked Hills en me remémorant tous les autres westerns sortis cette même année 1956 comme le fait désormais systématiquement Patrick Brion lors de ses présentations en bonus des DVD Sidonis, surtout quand comme moi il n’est pas trop motivé pour parler du film au vu de sa piètre qualité : quels charmes pouvaient bien trouver, quels plaisirs pouvaient prendre les spectateurs de l’époque à de telles miteuses productions lorsque tout au long de l’année ils avaient eu la chance de pouvoir précédemment voir d’aussi bons films que La Prisonnière du désert (The Searchers) de John Ford, La Loi de la prairie (Tribute to a Bad Man) de Robert Wise, La Dernière caravane (The Last Wagon) et L’homme de nulle part (Jubal) de Delmer Daves, Coup de fouet en retour (Backlash) de John Sturges, La Dernière chasse (The Last Hunt) de Richard Brooks, Le Shérif (The Proud Ones) de Robert D. Webb, Sept hommes à abattre (Seven Men from Now) de Budd Boetticher ou encore Le Roi et quatre reines (The King and Four Queens) de Raoul Walsh… pour ne citer que les plus mémorables ? Je cherche encore la réponse à la fin du visionnage de ce film aussi indigent et anémié que pleurnichard et moralisateur.


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L’histoire est celle d’un homme obsédé par l'attrait de l’or à tel point qu’il quitte tout à plusieurs reprises pour trouver le bon filon, laissant son épouse et son fils vivre seuls de leur côté pendant qu’il ‘gratte’ les collines de Californie. Un postulat de départ pas nouveau mais pas ni plus bête ni plus inintéressant qu’un autre ; seulement lorsque le scénario, les dialogues, la réalisation et la direction d’acteurs sont à ce point calamiteux, point de salut ! La responsabilité de ce navrant naufrage porte sur les seules épaules de Josef Shaftel qui produisit, écrivit et réalisa ce film. Violoniste et passionné par la musique, quelle mouche l’a donc piqué pour se rendre à Hollywood ? Il n’y aura heureusement pas sévit beaucoup ni longtemps, n’ayant derrière la caméra que deux films à son actif -un peu plus en tant que producteur- dont ce western de série Z aussi ennuyeux que fauché. Et puis voir des acteurs comme Mary Henderson, Jim Backus, Keenan Wynn ou Denver Pyle laissés en roue libre aux côtés d’un David Wayne mauvais comme jamais, c’est un peu triste ! Quant à James Barton, hormis le fait qu’il interprète ma foi pas trop mal la ballade du générique, préférons lui dans le même style de rôle le succulent Walter Huston.


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D'ailleurs, sur le thème de la soif de l’or qui rend fou, revoyez Le Trésor de la Sierra Madre de John Huston plutôt que cette parabole lourdement édifiante sans aucune qualité formelle, de plus ridiculement emphatique et plombée par une voix-off aussi inutile que pontifiante. Routinier, mollasson, sans aucun rythme ni la moindre action… on peut aisément passer notre chemin et moi ne pas perdre plus de temps à en parler !

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daniel gregg
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar daniel gregg » 29 mars 13, 14:08

Jeremy Fox a écrit :Enfin, avant d'en arriver au film de Russel Rouse, je vais d'abord remonter la deuxième partie de parcours à trois reprises avec les 3 nouveautés Sidonis de cette semaine signées Lee Sholem, Harmon Jones et Louis King.


:) Impatient d'avoir ton opinion sur le Louis King.

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Pat Wheeler
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 3 (55

Messagepar Pat Wheeler » 29 mars 13, 14:34

daniel gregg a écrit :Concernant Brion, je crois qu'il est quasiment de tous les bonus des éditions Sidonis.
Quelques fois, il ne souscrit pas, c'est un point de vue qui se défend de quand même intervenir, même si comme tu le dis, il est parfois à la limite de la mauvaise foi.
Son point de vue, pour ma part, anecdotique (ce n'est pas péjoratif), n'est jamais aussi conséquent que celui de Tavernier.

D'habitude j'aime beaucoup les interventions de Brion dans les bonus des éditions Sidonis. Il est assez concis mais souvent très intéressant, par exemple lorsqu'il parle de la chute des grands studios dans les bonus du DVD de Rio Conchos. Après bien sûr, son commentaire peut aussi être valable s'il n'a pas aimé le film en question mais concernant son entretien sur Money, Women and Guns, j'ai vraiment trouvé son argumentation faiblarde et il s'est montré comme tu dis à la limite de la mauvaise foi.

Jeremy Fox a écrit :
Si Joe Dakota n'est peut-être pas aussi marquant qu'Un Homme est Passé, le chef-d'œuvre de John Sturges


Pas si sûr.



En tout cas, quand j'en arriverais à ces deux films, je n'en dirais que du bien :wink:

J'ai quand même trouvé le Sturges plus ample et plus "remuant", sans doute parce que je l'ai vu avant. Hâte de lire ta plume concernant ces deux films en tout cas !

Rick Blaine a écrit :J'en profite pour caser ma petite marotte, Pat, si tu as apprécié Jock Mahoney dans les deux Bartlett, je conseille fortement Duel dans la Sierra de Sherman (même si certains sont moins enthousiaste que moi sur ce film... :mrgreen: )

Je me permets de ressortir en grande pompe ( 8) :mrgreen: ) mon top 40 westerns qui en dit long sur l'intérêt que je porte à ce superbe film de Sherman:

Spoiler (cliquez pour afficher)
Les Affameurs (Bend of the River) - Anthony Mann
L'Appât (The Naked Spur) - Anthony Mann
Au-delà du Missouri (Across the Wide Missouri) - William Wellman
Le Bandit (The Naked Dawn) - Edgar G. Ulmer
Le Bon, la Brute et la Truand (Il Buono, Il Brutto, Il Cattivo) - Sergio Leone
La Captive aux Yeux Clairs (The Big Sky) - Howard Hawks
La Chevauchée de la Vengeance (Ride Lonesome) - Bud Boetticher
La Chevauchée Fantastique (Stagecoach) - John Ford
Coups de Feu dans la Sierra (Ride the High Country / Guns in the Afternoon) - Sam Peckinpah
Il était une fois dans l'Ouest (C'era una volta il West) - Sergio Leone
Impitoyable (Unforgiven) - Clint Eastwood
Je suis un Aventurier (The Far Country) - Anthony Mann
Le Massacre de Fort Apache (Fort Apache) - John Ford
L'Ouragan de la Vengeance (Ride in the Whirlwind) - Monte Hellman
La Poursuite Infernale (My Darling Clementine) - John Ford
Les Professionnels (The Professionals) - Richard Brooks
Rio Bravo - Howard Hawks
Sept Hommes à Abattre (Seven Men From Now) - Budd Boetticher
La Vallée de la Peur (Pursued) - Raoul Walsh
Winchester 73 - Anthony Mann


Et vingt autres qui les talonnent dangereusement:

L'Ange des Maudits (Rancho Notorious) - Fritz Lang
L'Aventurier du Rio Grande (The Wonderful Country) - Robert Parrish
La Chevauchée des Bannis (Day of the Outlaw) - André De Toth
Les Conquérants (Dodge City) - Michael Curtiz
Convoi de Femmes (Westward the Women) - William Wellman
Le Convoi des Braves (Wagon Master) - John Ford
Duel dans la Sierra (The Last of the Fast Guns) - George Sherman
L'Homme aux Colts d'Or (Warlock) - Edward Dmytryk
L'Homme de la Plaine (The Man From Laramie) - Anthony Mann
L'Homme de l'Ouest (Man of the West) - Anthony Mann
L'Homme qui tua Liberty Valance (The Man who shot Liberty Valance) - John Ford
L'Homme sans Frontière (The Hired Hand) - Peter Fonda
Un Jeu Risqué (Wichita) - Jacques Tourneur
Le Juge Thorne fait sa Loi (Stranger on Horseback) - Jacques Tourneur
Le Mariage est pour Demain (Tennessee's Partner) - Allan Dwan
La Prisonnière du Désert (The Searchers) - John Ford
Quatre Étranges Cavaliers (Silver Lode) - Allan Dwan
La Rivière Rouge (Red River) - Howard Hawks
Le Train sifflera trois Fois (High Noon) - Fred Zinnemann
3h10 pour Yuma (3:10 to Yuma) - Delmer Daves
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