Tay Garnett (1894-1977)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

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Ann Harding
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Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar Ann Harding » 17 juin 11, 22:34

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C'est le bon moment de commencer un nouveau topic sur ce réalisateur qui a fait nombres de bons films d'action ainsi que des comédies romantiques. Dans le cadre du cycle 'Perles Noires' à la Cinémathèque, un film rare de Garnett était présenté.

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Okay America! (1932, Tay Garnett) avec Lew Ayres, Maureen O'Sullivan, Edward Arnold, Louis Calhern et Walter Catlett

Larry Wayne (L. Ayres) est un célèbre chroniqueur au Daily Blade où il révèle les frasques des célébrités. Il se lance dans une enquête sur la disparition de Ruth Drake (M. Lindsay), la fille d'un riche homme d'affaires. Il suspecte un bootlegger, Mileaway Russel (L. Calhern) de savoir où elle est retenue captive...

Ce film produit par la Universal est inspiré de la vie de Walter Winchell, un journaliste qui faisait ses choux gras des potins et autres commérages. Lew Ayres, le héros de All Quiet on the Western Front (1930, L. Milestone) est un choix à priori bizarre pour incarner ce journaliste sans scrupules. Mais, au fil de la progression du film, ses actions le rendent crédible. Il dicte ses chroniques à sa dévouée secrétaire Barton (M. O'Sullivan) avec ce qu'il faut de badinage. Le début du film ressemble à une sorte de comédie comme Platinum Blonde (1932, F. Capra). Mais, la seconde partie prend un tour politique fort différent. A l'instar de Gabriel Over the White House (1934, G. LaCava) ou The Star Witness (1931, W.A. Wellman), le film suggère que les criminels (en particulier les bootleggers) doivent être éliminés par des moyens fort peu démocratiques. Le journaliste, plus ou moins pourri, devient un vengeur de son propre chef, au lieu de faire appel à la police. Le chef des gangsters, joué par un Edward Arnold en grande forme, essaie de faire chanter le président des Etats-Unis pour obtenir une remise de peine. Il va se heurter au refus catégorique du président qui va risquer la vie de son otage pour préserver la démocratie. Il parle néanmoins d'éliminer les gangsters par tous les moyens. Il est vraiment étonnant de voir le nombre de films tournés durant la dépression et la prohibition qui propose ce type de solution. L'historien du cinéma William K. Everson suggère que la Californie de l'époque se considérait comme un état dans l'état prompt à proposer des solutions expéditives pour se débarrasser des criminels. La scène finale est sèche et sans concession, presque inattendue après la nonchalance du début. Le film est parsemé de merveilleux seconds rôles comme Walter Catlett en rédacteur-en-chef excédé, Louis Calhern en bootlegger raffiné et élégant et l'italien Henry Armetta en indicateur vendeur de pommes. Un film vraiment intéressant qui nous transporte dans une époque troublée, peu avant l'élection de F.D. Roosevelt.
Dernière édition par Ann Harding le 18 juin 11, 09:45, édité 1 fois.

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Jeremy Fox
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Re: Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar Jeremy Fox » 17 juin 11, 22:47

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A Connecticut Yankee In King Arthur's Court (1949) de Tay Garnett PARAMOUNT

Ducdame a écrit :Comment parler de cette kitscherie arthurienne ? Carton pate et technicolor à gogo au pays de Camelot.


Ah si seulement ça avait été le cas, le kitsch aurait peut-être pu transformer ce pénible navet en un sympathique nanar ! Mais même pas. Alors en plus de n'être pas drôle une seule seconde, mais amorphe et inintéressant au possible, sans aucun charme ni magie, aucune émotion ni fantaisie, on s'ennuie ferme du début à la fin et on ne peut sauver que deux chansons (car il s'agit bien selon moi d'une comédie musicale) : If you stub your toe on the moon et surtout 'Busy doing nothing', bel hymne à la farniente. Dans le même style de la fantaisie familiale et musicale, on 'se doit de' lui préférer des films charmants du style Hans Christian Andersen de Charles Vidor ou effectivement le Tom Pouce de George Pal.

Ce film de Tay Garnett est tout simplement médiocrissime !

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Ann Harding
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Re: Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar Ann Harding » 18 juin 11, 16:38

Après cette belle découverte de Okay America, j'ai eu envie de revoir ce qui est certainement un des tous meilleurs films de Garnett.

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One Way Passage (Voyage sans retour, 1932) de Tay Garnett avec Kay Francis, William Powell, Frank McHugh, Aline McMahon et Warren Hymer

Dan (W. Powell) et Joan (K. Francis) se sont rencontrés alors qu'ils traversent le Pacifique de Hong-Kong à San Francisco. Ils tombent amoureux l'un de l'autre. Mais, ils savent que leur histoire sera sans lendemain. Joan est gravement malade et Dan est un criminel recherché par la police voué à la peine de mort...

Ce film produit par la Warner est un délice. Dès les tous premiers plans, on sait qu'on va passer un moment tout à fait exceptionnel. La caméra se promène, arérienne, dans un bar de Hong Kong, s'attarde un moment sur un groupe de trois chanteurs qui ramassent les pièces qu'on leur jette, puis poursuit le long d'un comptoir où un barman loquace prépare un cocktail. Nous découvrons Dan (W. Powell) qui trébuche face à une femme inconnue, Joan (K. Francis), et au premier coup d'oeil tombe amoureux. Ce simple prémisse est le début d'un des plus beaux films d'amour produits par Hollywood. Nous sommes sur un paquebot en partance pour San Francisco et le voyage de ces deux condammnés sera leur dernière étincelle avant la fin de leur existence. En contrepoint de cette histoire d'amour poignante, il y a le couple comique et nettement moins élégant formé par Aline McMahon, en aventurière qui se fait passer pour une comtesse, et Frank McHugh, un pick-pocket toujours alcoolisé. Le comique apporté par ces deux acteurs permet au film d'échapper aux conventions du mélodrame. McHugh passe tout le film à boire (au goulot) et McMahon chaparde avec dextérité dans les poches de ses victimes. Powell et Francis forment le couple le plus élégant qui soit avec une sorte d'ironie légère et sophistiquée. La concision même du film est l'une de ses qualités premières. Il n'y a pas de sentimentalisme excessif et on reste dans une sorte d'apesanteur durant ces délicieuses 67 min. Le plan final du film est inoubliable: deux verres se brisent sur un comptoir à Agua Caliente où les deux amants s'étaient donnés rendez-vous, tout en sachant qu'ils ne pourraient s'y rendre. Cependant ces deux verres signifient qu'ils ont réussi à venir de l'au-delà. Un vrai bonheur.

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Ann Harding
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Re: Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar Ann Harding » 19 juin 11, 18:11

Je continue mon exploration de l'année 1932 chez Tay Garnett. Ce fut décidément une très bonne année.

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Prestige (1932, Tay Garnett) avec Melvyn Douglas, Ann Harding et Adolphe Menjou

A Paris, Thérèse du Flos (A. Harding) est sur le point d'épouser le Lieutenant André Verlaine (M. Douglas). Mais, quelques jours avant leur marriage, il reçoit son affectation pour diriger une colonie pénitentiaire en Indochine. Il part seul et sombre rapidement dans l'acoolisme...

Cette production Pathé-RKO a été tournée en partie dans les Everglades en Floride. Il faut mentionner ce choix de tourner en extérieurs à une époque où pratiquement tous les films sont réalisés en studio. Le film se caractérise également par une virtuosité des mouvements de caméra tout à fait inhabituelle pour l'époque. Tay Garnett commence le film par un travelling (quasiment en un seul plan) survolant les toits de Paris (en fait une maquette). Et cette virtuosité sera mise au service des personnages d'un bout à l'autre du film. Le scénario illustre sans fard l'esprit colonialiste de l'époque avec son racisme assumé. L'histoire étant située en France et en Indochine, il semble que les scénaristes américains en profitent pour montrer une image fort peu glorieuse du colonialisme français (et probablement très proche de la vérité). Le titre du film fait référence au 'prestige de l'homme blanc' face aux indigènes qui sont censés reconnaître la supériorité intrinsèque de celui-ci par rapport à eux. Melvyn Douglas y est un officier français posté dans au milieu de la jungle indochinoise. Il doit diriger un pénitencier avec pour seul soutien un escadron d'indochinois sous l'uniforme français. Il est le seul homme blanc aux alentours. Puis, Ann Harding vient le rejoindre dans cette jungle où les hommes se délitent sous une chaleur torride. Douglas n'a pas résisté longtemps à l'isolement et au climat accablant. Il s'est mis à boire sous le regard ironique de ses hommes. Seul son serviteur noir (joué par Clarence Muse) lui reste totalement fidèle. L'arrivée de Harding va le sortir momentanément de sa torpeur. Mais, le désespoir reprend le dessus suite à la visite du Capitaine Rémi Baudouin (Adolphe Menjou) qui lui annonce que son affectation est permanente. Son effondrement moral provoque le soulèvement de ses soldats qui libèrent les prisonniers. Au milieu de tous ces indigènes en révolte, la blonde Ann Harding semble être l'image mème de la femme blanche menacée par les 'sauvages'. La scène finale du film fait presque rire (ou grincer des dents) par son extrémisme : on y voit un Douglas désarmé qui remet littéralement à leurs places les indigènes à coups de fouet. Ann Harding avait tellement détesté ce film qu'elle avait demandé à la RKO de le détruire. Il faut dire qu'elle avait des idées progressistes sur les droits civiques des noirs et ne devait pas partager cette idée du 'prestige blanc'. Mais, le message raciste du film s'autodétruit presque de lui-même. On nous montre une société de surhommes et de sous-hommes tellement outrancière qu'on ne peut y adhérer. Garnett ménage de nombreuses surprises visuelles dans ce film. L'arrivée de Ann Harding dans le pénitencier est suivie d'un long panoramique (presque à 360°) où elle balaie des yeux la cour de celui-ci. De même, la cérémonie de marriage traditionnelle entre Douglas et Harding est introduite par un mouvement de grue spectaculaire au-dessus de la foule jusqu'au couple. Il faut reconnaître qu'à partir d'un matériel assez stéréotypé, Tay Garnett a réussi à faire un film passionnant visuellement et riche en atmosphère (grâce également à la photo du français Lucien Andriot). Prestige est un film à découvrir.
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Re: Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar Julien Léonard » 19 juin 11, 19:04

Bon, je me suis pris One way passage en Warner Archive. Il est vrai que de Tay Garnett, je ne connais que Le facteur sonne toujours deux fois, un manque à réparer. :wink:
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Re: Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar Sybille » 19 juin 11, 19:43

J'aimerais bien découvrir One way passage. :o

Peut-être que je vais finir par me mettre aux 'Warner Archives'...

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Re: Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar feb » 19 juin 11, 20:15

Merci Ann pour ces chroniques très intéressantes (de toute façon dès qu'il y a William Powell & Melvyn Douglas ça m'intéresse :fiou: ) mais va falloir que tu baisses le rythme parce que j'ai peur de craquer pour les Warner Archives également....et financièrement c'est tout sauf une bonne affaire :mrgreen:

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Re: Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar Ann Harding » 20 juin 11, 10:27

En Warner Archive, on ne trouve que One Way Passage, parmi les trois films mentionnés. Ca tombe bien : c'est le meilleur des trois.

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daniel gregg
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Re: Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar daniel gregg » 20 juin 11, 11:30

Ann Harding a écrit :En Warner Archive, on ne trouve que One Way Passage, parmi les trois films mentionnés. Ca tombe bien : c'est le meilleur des trois.



Heureux les anglophones qui se dispensent de stf...

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Re: Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar Rick Blaine » 8 juil. 11, 08:35

Ann Harding a écrit :One Way Passage (Voyage sans retour, 1932) de Tay Garnett avec Kay Francis, William Powell, Frank McHugh, Aline McMahon et Warren Hymer

Dan (W. Powell) et Joan (K. Francis) se sont rencontrés alors qu'ils traversent le Pacifique de Hong-Kong à San Francisco. Ils tombent amoureux l'un de l'autre. Mais, ils savent que leur histoire sera sans lendemain. Joan est gravement malade et Dan est un criminel recherché par la police voué à la peine de mort...

Ce film produit par la Warner est un délice. Dès les tous premiers plans, on sait qu'on va passer un moment tout à fait exceptionnel. La caméra se promène, arérienne, dans un bar de Hong Kong, s'attarde un moment sur un groupe de trois chanteurs qui ramassent les pièces qu'on leur jette, puis poursuit le long d'un comptoir où un barman loquace prépare un cocktail. Nous découvrons Dan (W. Powell) qui trébuche face à une femme inconnue, Joan (K. Francis), et au premier coup d'oeil tombe amoureux. Ce simple prémisse est le début d'un des plus beaux films d'amour produits par Hollywood. Nous sommes sur un paquebot en partance pour San Francisco et le voyage de ces deux condammnés sera leur dernière étincelle avant la fin de leur existence. En contrepoint de cette histoire d'amour poignante, il y a le couple comique et nettement moins élégant formé par Aline McMahon, en aventurière qui se fait passer pour une comtesse, et Frank McHugh, un pick-pocket toujours alcoolisé. Le comique apporté par ces deux acteurs permet au film d'échapper aux conventions du mélodrame. McHugh passe tout le film à boire (au goulot) et McMahon chaparde avec dextérité dans les poches de ses victimes. Powell et Francis forment le couple le plus élégant qui soit avec une sorte d'ironie légère et sophistiquée. La concision même du film est l'une de ses qualités premières. Il n'y a pas de sentimentalisme excessif et on reste dans une sorte d'apesanteur durant ces délicieuses 67 min. Le plan final du film est inoubliable: deux verres se brisent sur un comptoir à Agua Caliente où les deux amants s'étaient donnés rendez-vous, tout en sachant qu'ils ne pourraient s'y rendre. Cependant ces deux verres signifient qu'ils ont réussi à venir de l'au-delà. Un vrai bonheur.


Je suis entièrement en phase avec l'enthousiasme d'Ann sur ce film. Avec une histoire d'amour magnifiquement écrite, Garnett n'a pas besoin d'insister sur le sentimentalisme et se permet une belle legereté, notamment portée par McHugh et Aline McMahon, que j'avais déjà beaucoup aimé dans Five Star Final et qui est décidément une actrice très talentueuse. Un film émouvant et drôle, porté par 5 superbes acteurs dans 5 rôles fort bien écrit, un vrai moment de bonheur.

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Jeremy Fox
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Re: Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar Jeremy Fox » 8 juil. 11, 08:36

daniel gregg a écrit :
Ann Harding a écrit :En Warner Archive, on ne trouve que One Way Passage, parmi les trois films mentionnés. Ca tombe bien : c'est le meilleur des trois.



Heureux les anglophones qui se dispensent de stf...


+ 100 :(

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feb
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Re: Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar feb » 16 juil. 11, 11:50

La malle de Singapour (China Seas) - Tay Garnett (1935)
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Alan Gaskell (Clark Gable) est le capitaine d'un bateau reliant Hong Kong à Singapour avec à son bord une cargaison d'or cachée dans un rouleur-compresseur et de nombreux passagers plus ou moins liés au capitaine : Dolly "China Doll" Portland (Jean Harlow), dernière conquête de Gaskell qui fait tout pour rester avec lui et dont les manières et l'excentricité exaspèrent Gaskell, Jamesy MacArdle (Wallace Beery) un vendeur de porcs au passé douteux, Sybil Barclay (Rosalind Russell), une femme élégante de la haute société anglaise qui a connu autrefois le capitaine et Tom Davids (Lewis Stone), un ex-capitaine embauché par Gaskell avant le départ et marqué par une attaque de pirates dont il a été le seul survivant et qui traine depuis la réputation d'être un lâche. Durant le voyage, Gaskell va retomber amoureux de Barclay et rendre folle de jalousie China Doll qui, par vengeance, va aider MacArdle à mettre son plan à exécution : faire monter des pirates malais à bord afin de s'emparer de la cargaison d'or....

Quatrième des 6 films du couple Gable/Harlow (après The Secret Six, Red dust et Hold Your Man), China seas est un très bon film d'aventure saupoudré de comédie avec 3 acteurs parfaitement dirigés et à l'aise dans leur rôle : Clark Gable, une fois de plus :roll: , interprète avec beaucoup de charisme ce capitaine coincé entre 2 femmes au caractère et au style bien différents et retrouve un rôle très proche de celui qu'il tient dans Red dust. On peut dire la même chose pour Jean Harlow qui retrouve son partenaire de Red dust et qui campe une fois de plus cette femme du monde, amoureuse et fidèle mais très jalouse et pas forcément très distinguée. L'actrice est agréable à voir jouer (comme dans le film de Fleming) et je confirme ce que j'ai pu dire pour Red-Headed Woman : Harlow n'est jamais aussi bonne que lorsqu'elle est accompagnée d'acteurs solides à ses cotés. Wallace Beery interprète le rôle d'un négociant en porcs, qui laisse planer dès le début du film qu'il est tout sauf blanc comme neige et qui va le prouver par la suite en facilitant l'accès à bord à des pirates dans le but de voler la cargaison d'or. Ce rôle, qui accumule les qualités : traitre, roublard, menteur et voleur :mrgreen: , va comme un gant à l'acteur.
Autour on retrouve de très bons seconds rôles : une jeune et très jolie Rosalind Russell qui campe avec beaucoup de classe une femme anglaise très distinguée, qui a connu Gaskell de nombreuses années auparavant et souhaite de nouveau vivre à lui. Mais le capitaine a changé depuis tout ce temps et elle s'en rendra compte pendant le trajet. Lewis Stone interprète avec beaucoup de conviction le rôle de cet ex-capitaine considéré comme un paria et qui se sacrifiera lors de l'attaque laissant ainsi une meilleure de lui.

La réalisation de Tay Garnett est solide et le metteur en scène sait parfaitement diriger ses acteurs lors des scènes de dialogues ou lors de la scène de tempête assez spectaculaire où les marins doivent éviter de se faire écraser par le rouleau-compresseur tout en essayant de le raccrocher. L'ensemble est très bien mené, pas de baisse de régime trop importante, des acteurs qui font leur boulot et une qualité made in MGM :mrgreen: Le seul point noir du film étant la fin qui semble avoir été dictée par la différence qui existe entre Harlow et Russell : la 1ère est une star de la MGM et la seconde débute juste donc Alan Gaskell doit finir avec la 1ère malgré le fait qu'elle ait aidée MacArdle....
7,5/10

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bruce randylan
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Re: Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar bruce randylan » 2 août 11, 19:14

Ann Harding a écrit :Image
Okay America! (1932, Tay Garnett) avec Lew Ayres, Maureen O'Sullivan, Edward Arnold, Louis Calhern et Walter Catlett

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Assez d'accord avec Ann

C'est un film plutôt intéressant il est vrai, surtout par son aspect historique dans sa vision des problèmes sociaux et politiques de l'époque... avec souvent des solutions pour le moins radicales sans aucun compromis ni tiédeur... Alors si la justice "triomphe" quelque soit le prix, on ne peut pas en dire autant de la crédibilité de l'histoire qui prend de ce fait un sale coup dans l'aile.
Ce qui est dommage c'est que cette perte de réalisme et de cohérence s'accompagne d'une mise en scène bien moins percutante et nerveuse que celle au début, vraiment inspirée (le travelling arrière sur un article de journal pour montrer un suicide hors-champ ; les mouvements de caméra dans le bureau de rédaction du journal... ). Même chose pour la figure du reporter qui perd sur la longueur en nuance, richesse et profondeur.

Heureusement les dialogues sont excellents, le casting bien mené et puis la narration est tout de même bien tendu et resserré ; "filmé au fil à plomb" pour reprendre l'expression de Christophe Gans à la sortie de la salle :)
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Re: Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar Lord Henry » 2 août 11, 22:33

L'une de ses toutes dernières réalisations a fait l'objet en France d'une distribution estivale à la sauvette, avec plusieurs années de retard:

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Re: Tay Garnett (1894-1977)

Messagepar Ann Harding » 20 févr. 12, 11:49

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Stand-In (Monsieur Dodd part pour Hollywood, 1937) de Tay Garnett avec Leslie Howard, Joan Blondell, Humphrey Bogart et Jack Carson

Atterbury Dodd (L. Howard) est envoyé par sa banque de New York pour réaliser un audit sur les comptes de Colossal Studios à Hollywood. Le comptable Dodd est totalement perdu dans le monde fou du cinéma. Il trouve une aide en la personne de Lester Plum (J. Blondell), une ancienne enfant-star qui en est maintenant réduite à servir de doublure-lumière à la star inepte de Colossal Studios...

Cette délicieuse comédie met en valeur les qualités comiques de Leslie Howard qui est ici un petit comptable obsédé par les chiffres qui ignore tout du monde délirant du cinéma. Le film joue sur l'inadéquation de cet innocent qui ignore tout de la vie et du cinéma. Le film en profite pour brosser un portrait fort amusant de la vie des studios. Le réalisateur russe Koslovski (joué par Alan Mowbray) insiste pour avoir de vraies edelweiss pour une scène en studio. Le producteur Quintain (un jeune Humphrey Bogart) est lui porté sur la bouteille et semble plus intéressé par les charmes de la star maison et les courts de tennis que par son travail. La star-maison Thelma Cheri (Marla Shelton) est une actrice totalement incapable qui n'a réussi que grâce à son ondulation des hanches (dixit Quintain). Le très vulgaire Tom Potts (Jack Carson) est lui en charge de publicité. Quant au financier Nassau (C. Henry Gordon), il passe son temps à écouter le résultat des courses de chevaux. Mais, ce dernier a un dessein bien plus noir: il souhaite racheter le studio à vil prix en ayant sciemment poussé à la production une ineptie intitulée, Sex and Satan. Au milieu de petit monde ridicule, il y a la très sensée Lester Plum, dite 'Sugar Plum' (jouée brillamment par Joan Blondell) qui tente de survivre en tant que 'stand-in' (doublure-lumière). C'est elle qui va ouvrir les yeux de Dodd sur les pratiques parfois douteuses du studio. Il part habiter dans sa pension où se croisent des acteurs faméliques qui tentent désespéremment d'obtenir des rôles. Dodd est sidéré d'apprendre que Sugar Plum en tant qu'enfant-star gagnait 4000 dollars par semaine alors que maintenant elle ne survit qu'avec un maigre 40 dollars. Il est également totalement étourdi par le nombre incroyable de réécritures que peut subir un scénario. Le duo Blondell-Howard se révèle parfaitement réussi. Mais, c'est Leslie Howard qui est vraiment la star du film avec son jeu décalé et son humour. Une excellente comédie sur le Hollywood d'antant.