Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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The Man Behind the Gun

Messagepar Jeremy Fox » 17 nov. 11, 21:04

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La Taverne des révoltés (The Man behind the Gun, 1953) de Felix Feist
WARNER


Avec Randolph Scott, Patrice Wymore, Dick Wesson, Philip Carey, Morris Ankrum, Roy Roberts
Scénario : John Twist d'après une histoire de Robert Buckner
Musique : David Buttolph
Photographie : Bert Glennon (Technicolor)
Un film produit par Robert Sisk pour la Warner


Sortie USA : 31 janvier 1953

Randolph Scott, malgré la passion que je lui voue en tant que représentant par excellence du héros de western classique, n'a, loin s'en faut et on s'en serait bien douté, pas tourné que dans de bons films. La preuve nous en est donné à travers l'exemple de tous les westerns de série B produits par la Warner dans lesquels il a tenu jusqu'à présent le rôle principal : Colt 45, Fort Worth, Sugarfoot, etc. The Man behind the Gun ne faillit pas à la règle et le film s'avère déjà au moins tout aussi conventionnel que son titre original, l'un des plus mauvais de la filmographie du comédien. Pour comparer avec une œuvre vue tout récemment, nous sommes par exemple à des années lumières de la qualité de son précédent western sorti donc tout juste quelques mois plus tôt, Le Relais de l'or maudit (Hangman's Knot) de Roy Huggins. Bref, La Taverne des révoltés (titre français un peu plus alléchant pour une fois et assez représentatif de son intrigue) est un film sur lequel nous ne nous attarderons pas longtemps, la production de western de cette époque étant par ailleurs tellement riche et conséquente qu'il me sera j'espère pardonné d'avoir décidé de passer rapidement sur des titres aussi médiocres ! D'ailleurs, le gouffre qui sépare la valeur de ce film avec la prochaine étape du parcours pourrait s'apparenter au Grand Canyon ! Il en fallait à cette époque pour tous les goûts et tous les appétits mais une chose est certaine ; ce n'est pas encore la Warner qui servait le menu gastronomique.


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En Californie du Sud, peu après son annexion aux Etas Unis dans les années 1850, les conflits entre les unionistes et les séparatistes sont loin d'être enterrés. Le Major Rance Callicut (Randolph Scott) arrive secrètement à San Pedro en compagnie de deux de ses sous officiers Monk et Olaf (Dick Wesson & Alan Hale Jr) pour découvrir qui sont les agitateurs qui intriguent dans le but de s'approprier le monopole de l'eau dans la région, ce qui leur permettrait d'avoir la mainmise sur la contrée. Rance se fait passer pour le nouvel instituteur, celui qui doit remplacer Lora Roberts (Patrice Wymore), cette dernière ayant décidée de quitter l'enseignement pour épouser le capitaine Roy Giles (Philip Carey). L'officier croit reconnaître en l'instituteur le Major Callicut accusé de désertion. Lorsqu'il apprend enfin la vérité à son propos, il unit ses efforts pour combattre le Sénateur Mark Sheldon (Roy Roberts) qui se trouve être à la tête de l'organisation schismatique possédant en outre un puissant arsenal d'armes clandestines. Il faut mettre un terme aux manigances de ces 'révolutionnaires' et en même temps gérer les rivalités générées par deux triangles amoureux, les deux officiers ne sachant plus où donner de la tête entre l'ex-institutrice et la chanteuse de cabaret Chona Degnon (Lina Romay), cette dernière s'avérant faire partie des renégats. Dans sa lutte, Callicut obtiendra également l'aide du jeune bandit Joaquim Murietta.


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Si le contrôle de l’eau par de malveillants politiciens a pu vous faire penser à Chinatown, vous aurez peut-être reconnu une intrigue qui prend pour point le départ quasiment le même que celui du précédent western de la Warner, La Mission du Commandant Lex (Springfield Rifle) : un officier de l'armée américaine que l'on déshonore 'pour de faux' afin qu'il puisse infiltrer un groupuscule ennemi ‘en toute tranquillité’ et découvrir ce qui se trame en son sein. Seulement Felix Feist n'est pas André De Toth et le scénariste John Twist n'est pas aussi doué que Charles Marquis Warren dans le domaine. On peut même le penser médiocre au vue du nombre de bonnes histoires qui se sont trouvées affadies après être passées entre ses mains. Le postulat de départ de ce film n’était pas plus bête qu’un autre sauf qu’à l’écran l’intrigue est devenue aussi peu intéressante qu’était captivante celle de Springfield Rifle ; inutilement compliquée, très souvent invraisemblable voire même parfois totalement idiote (le crêpage de chignons entre les deux rivales vaut son pesant de cacahuètes). On est même étonnée de voir la cavalerie américaine porter les fameuses tuniques bleues qui apparaitront seulement quelques décennies plus tard. Quant à la mise en scène, elle ne vaut strictement rien ; si La Vallée des géants (The Big Trees), le précédent western de Felix Feist, avait pu faire illusion et s'était révélé plutôt plaisant, c’était avant tout par son ‘exotisme’ et le charisme de son interprète principal, Kirk Douglas. Personne n’est là pour relever le niveau dans La Taverne des révoltés, pas même Randolph Scott qui semble se demander ce qu’il peut bien faire là-dedans. Quant aux seconds rôles, ils sont loin de faire des étincelles, à commencer par Patrice Wymore qui restera toujours plus célèbre pour avoir été la troisième épouse d’Errol Flynn que grâce à ses talents de comédienne, quasiment inexistants.


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Dans le reste de la distribution, on trouve Lina Romay, chanteuse (souvent aux côtés de Xavier Cugat ou Bing Crosby) que probablement personne ne connaît de nom mais que tout le monde a déjà du voir au moins une fois : c’était elle qui prenait Droopy sur ses genoux à la fin du cartoon de Tex Avery, Senor Droopy. Nous rencontrons également Alan Hale Jr qui suit les traces de son père, tout comme lui sorte de faire valoir humoristique des stars qui jouaient à ses côtés ; Dick Wesson qui, lors d’une séquence assez grotesque, devra se travestir en femme (malheureusement pour lui, on lui refera faire la même chose dans de nombreux autres films à commencer par le Calamity Jane de David Butler avec Doris Day ; dans un film comique comme ce dernier, ça passera bien mieux) ; ou encore Philip Carey ayant déjà endossé à plusieurs reprises l'uniforme de l'armée américaine. Mais le pompon a été décroché par Robert Cabal totalement caricatural dans la peau du célèbre Joaquim Murietta.


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Un western qui fait vraiment très (trop) ‘cheap’, Bert Glennon ayant du se sentir frustré d’avoir à photographier les ¾ des séquences d’extérieur devant des transparences ou de vilaines toiles peintes. Heureusement, on se dit que l’on a bien fait de rester jusqu’au bout car les dix dernières minutes arrivent à nous faire enfin sortir de notre torpeur. Au sein de décors naturels encore rarement vus et assez beaux, des plateaux et collines californiennes surplombant un vaste plan d’eau, se déroule l’attaque du campement des rebelles ; s’ensuit surtout une assez belle course poursuite à cheval qui se termine au milieu d’une rivière. Mais l’on se demande quand même si la plupart des plans ne sont pas des Stocks Shots de précédentes productions du style San Antonio de David Butler voire même Dodge City de Michael Curtiz. Je n’en mettrais pas ma main à couper mais le doute existe surtout au vu de tout ce qui a précédé et qui était d’une immense platitude. On ne peut même pas dire que le film soit soutenu par la musique de David Buttolph qui décidément accumule les Soundtracks laids et sans saveurs. Non seulement routinier mais également mauvais et ennuyeux ; on peut sans problèmes passer son chemin.

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Jeremy Fox
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The Silver Whip

Messagepar Jeremy Fox » 19 nov. 11, 18:51

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Le Fouet d’argent (The Silver Whip - 1953) de Harmon Jones
20TH CENTURY FOX


Avec Dale Robertson, Rory Calhoun, Robert Wagner, Kathleen Crowley
Scénario : Jesse Lasky Jr. d’après un roman de Jack Schaefer
Musique : Lionel Newman
Photographie : Lloyd Ahern Sr. (1.37 Noir et blanc)
Un film produit par Michael Abel & Robert Bassler pour la 20th Century Fox


Sortie USA : Février 1953

Le jeune Jess (Robert Wagner) est sur le point de quitter la région. En effet, alors qu’il a toujours rêvé de conduire une diligence sur une grande ligne, il doit depuis plusieurs années seconder un vieil homme sur une antique patache sillonnant une piste sans aucune étape d’importance et avec seulement deux mules pour la tirer. Sa fiancée qui souhaite au contraire le garder près d’elle, demande à Race (Dale Robertson) -qui travaille dans la même société de diligence en tant que ‘garde du corps’- d’intercéder en faveur de son amoureux. Race réussit à persuader le surintendant de laisser sa chance à Jess de conduire un important chargement d’or jusqu'à Silver City sur une ligne de grande envergure. Mais, suite à une indiscrétion qui met la puce à l'oreille d'un dangereux gang, la diligence est attaquée lors d’une halte à un relais, les passagers tués dont la promise de Race. Ce dernier en veut à Jess d’avoir préféré lui porter secours plutôt que de mettre les passagers à l’abri, et part avec des idées de vengeance à la recherche des trois meurtriers ayant survécus à la fusillade sanglante. De son côté le jeune homme qui n’a pas la conscience tranquille s’engage auprès du shérif (Rory Calhoun) pour poursuivre les bandits en essayant de les appréhender avant Race afin qu’ils soient jugés et non exécutés de sang froid…


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Avant de se lancer dans la réalisation en 1951, Harmon Jones fut un talentueux monteur qui a surtout travaillé pour des réalisateurs prestigieux tels Henry Hathaway (La Maison de la 42ème rue), William Wellman (La Ville abandonnée), Joseph Mankiewicz (La Maison des étrangers) et surtout Elia Kazan (Boomerang, Pinky, Panique dans la rue). Sa filmographie comme réalisateur ne sera constituée que de 14 longs métrages dont le plus ‘connu’ -pour cause de diffusion télévisée principalement- est probablement La Princesse du Nil, une fantaisie orientale avec Debra Paget et Jeffrey Hunter. En 1953, Harmon Jones réalisa deux westerns consécutivement : The Silver Whip et City of Bad Men (La Cité des tueurs). Ce dernier, assez anodin au niveau de la mise en scène, était cependant loin d'être désagréable, grâce surtout à des situations originales et (ou) inédites puisque l'intrigue se déroulait alors qu'un match de boxe important allait avoir lieu, opposant James Corbett (le fameux Gentleman Jim interprété par Errol Flynn dans le chef-d’œuvre de Raoul Walsh) et Bob Fitzsimmons. Une proposition de départ assez curieuse pour un western ; celle du film qui nous concerne ici ne l’est pas moins -ou en tout cas assez nouvelle- puisqu’elle évoque les désirs du jeune conducteur d’une société de transport rêvant de mener sur une prestigieuse piste une diligence tirée par six fougueux chevaux qu’il ferait avancer avec l’aide d’un fouet d’argent ; ce qui n’est pas le cas actuellement car il ne conduit qu’un vieux coche brinquebalant tirée par deux mules très lentes.


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En 1956 ce réalisateur assez méconnu signera A Day of Fury (24 heures de terreur) à l’intrigue bien menée et aux dialogues de premier ordre, véritable feu d'artifice de punchlines que débitait le génial et trop méconnu Jock Mahoney. A cette occasion Harmon Jones choisissait pour la troisième fois le comédien Dale Robertson pour interpréter le personnage principal de l'un de ses films après que la Fox ait bien voulu prêter son acteur à la Universal. Mais la plus belle contribution du cinéaste au western pourrait être le 6ème épisode de la série Le Virginien, le succulent et superbement bien rythmé Big Day, Great Day avec un délicieux Aldo Ray en Guest Star. Quoiqu’il en soit, tous les westerns que l’on a pu voir de ce cinéaste s’avèrent très plaisants grâce avant tout à des postulats savoureux ainsi et surtout qu’à des castings tout à fait bien choisis. Dans Le Fouet d’argent, les trois comédiens principaux se révèlent tous trois très convaincants. Dale Robertson, à l’instar d’un John Payne, d’un Randolph Scott ou d’un Alan Ladd, est un acteur qui n’a quasiment jamais cherché à tirer la couverture à lui et dont beaucoup regretteront peut-être le manque de charisme. Pour ma part, appréciant la sobriété de jeu, il s’agit d’un comédien qui, sans jamais me surprendre comme les trois autres acteurs cités ci-dessus, recueille néanmoins toute ma sympathie. Dans son rôle de garde armé de la diligence, il est parfait ; tout de noir vêtu, il possède une grande classe et se révèle assez fascinant, d’abord très affable quoique fortement déterminé, touchant dans l’amour et la dévotion qu’il porte à sa future femme avant de se transformer en implacable vengeur/lyncheur. A ses côtés Rory Calhoun -acteur que les aficionados du genre apprécient énormément- s'avère également très bien dans le rôle du shérif qui n’accepte pas que son ami se lance dans une vendetta personnelle, ayant toujours été contre la pendaison ou la ‘self-justice’ et allant ainsi décider de lui faire barrage. Deux conceptions de la justice qui se confrontent malgré la forte amitié qui lie les deux hommes.


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Le troisième larron n’est autre que le jeune Robert Wagner ; son personnage est peut-être le plus important et intéressant de l’intrigue, son temps de présence à l’écran faisant également que le comédien s'avère tenir le rôle principal. C’est d’ailleurs de son point de vue que l’on voit les évènements se dérouler puisque c’est par l’intermédiaire de sa voix-off et de ses dilemmes moraux que nous avançons au sein de ce récit. Il s’agit d’un jeune rêveur un peu farouche qui aimerait bien se sortir de sa situation professionnelle actuelle et acquérir de plus hautes responsabilités dans la société de diligences pour laquelle il travaille. Impatient, il souhaite sans plus tarder prouver sa valeur et ses talents mais son patron le trouve encore trop maladroit et inexpérimenté pour lui laisser la bride de voitures circulant sur des lignes d’importance. Sur le point de quitter sa petite ville pour aller chercher du travail là où on aura plus confiance en lui, ses ambitions se verront récompensées avant qu’il ne parte à l'aventure grâce à sa petite amie qui souhaite le garder auprès d'elle et qui pour se faire a forcé la main d’un autre employé de la société -Dale Robertson donc- afin qu’il fasse accélérer les choses en faveur de son amoureux. On lui confie alors le transport d’une très grosse somme d’argent en poussière d’or, non moins que 27.000 dollars. Malheureusement pour lui, des bandits ayant eu vent de cette cargaison attaquent la diligence lors de son arrêt dans un relais perdu. La décision du jeune homme de porter secours à son garde plutôt que de mettre la diligence à l’abri afin de ne pas mettre en danger la vie des passagers va s'avérer être mauvaise ; non seulement l’or est dérobé mais les voyageurs sont tués lors de la fusillade ; parmi eux, la fiancée du garde. Ce dernier se lance alors à la poursuite des fuyards afin de se venger.


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The Silver Whip, outre aborder les habituelles et souvent captivantes thématiques tournant autour de la vengeance, de la loi et de la justice, s’appesantit surtout sur les problèmes de conscience de chacun des personnages, tous estimant avoir fait de mauvais choix qui ont conduit à diverses tragédies. Jess regrette de ne pas avoir suivi les directives de la société de transport qui impose en cas de danger de s’occuper en priorité de la sécurité des voyageurs même si son choix qui était de vouloir porter secours à son coéquipier était d’une grande noblesse ; Race non seulement d’avoir poussé son patron à donner ce travail à haute responsabilité à celui qui aura finalement causé la mort de sa fiancée mais également d’être à l’origine de l’indiscrétion qui aura mis la puce à l’oreille des bandits quant au chargement transporté ; la petite amie de Jess d’avoir convaincu Race de vanter les mérites de celui par qui le drame est arrivé ; le patron de la société d’avoir accepté de lui confier cette mission dangereuse… Jess, le principal responsable de la tragédie, se verra cependant offrir une deuxième chance par l’intermédiaire du shérif qui en fait son adjoint afin qu’il puisse lui venir en aide dans la chasse aux meurtriers. Un petit suspense se met en place car pour que la justice puisse suivre son cours, il va falloir que cette poursuite se déroule rapidement ; en effet, il va falloir trouver les coupables avant l’homme s’étant lancé à corps perdu dans sa traque vengeresse.


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Le réalisateur et les équipes techniques de la Fox se révéleront remarquablement chevronnés pour filmer cette course-poursuite et les amateurs d’action seront à la fête puisque l’on peut dire que non seulement les séquences mouvementées sont très efficaces mais que celle au ¾ de la durée qui montre longuement l’appréhension du chef des assassins par nos trois ‘héros’ au sommet d’une immense concrétion rocheuse dominant un lac est absolument formidable, dans la droite lignée de celle qui termine Winchester 73, scène à côté de laquelle celle qui nous concerne ici n’a absolument pas à rougir, la mise en scène, le montage et l’utilisation des paysages aidant à la rendre assez mémorable, l’idée de faire stopper à ces longs moments d’action la musique de Lionel Newman -peu inspirée et surtout reprise d’autres films- étant tout à fait judicieuse. Puis la dernière partie se recentre sur la petite bourgade du début, là où l’on conduit les survivants de la bande et où Jess doit veiller à ce que la foule ne pénètre pas dans la prison pour les lyncher. Moins original que ce qui a précédé, ce dernier quart d’heure n’en est pas moins assez tendu, nous faisant assister à la folie meurtrière qui s’empare d’un groupe qui n’a qu’une idée en tête, pendre les coupables avant même qu’ils ne soient jugés. Là où le suspense sera à son comble, ce sera au moment où le jeune Jess devra aura un sacré dilemme à résoudre : choisir entre sauver la peau des criminels afin qu’ils puissent bénéficier d’un procès équitable ou protéger celle de son ami qui prône la loi du talion, aussi brutal à cet instant que ceux qu’il a poursuivi.


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Sans atteindre des sommets, une très bonne série B adaptée d’un roman de Jack Schaefer -l’auteur de Shane- peu avare en détails inédits et notations cocasses : le fait de balancer avec violence des armes dans le ventre de son adversaire faute de munitions ; ce vieil homme fou de littérature se faisant livrer des romans par la diligence et citant de grands auteurs à tout bouts de champs ; ce plan très sensuel de la première apparition jambes nues de Kathleen Crowley lisant une revue dans une pose lascive ; le fait de voir Robert Wagner récurer le sol en tant qu’adjoint du shérif ; l'idée de la corde arrosée afin que les nœuds se durcissent et soient difficiles à défaire ; ou encore ces lampes du saloon que l'on éteint toutes pour faire croire à un établissement vide… Bons dialogues du scénariste attitré de Cecil B. DeMille, Jesse Lasky Jr, extérieurs flatteurs, jolies actrices, excellents seconds rôles (James Millican, John Kellogg…), très intéressants placements de caméra et infaillible gestion du suspense… Un bon western concis, efficace et sans esbroufe, qui conte sans chichis une belle histoire de rédemption.

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Re: The Man Behind the Gun

Messagepar Lord Henry » 19 nov. 11, 19:13

Jeremy Fox a écrit : on trouve Lina Romay


Un instant, en découvrant ce nom, j'ai cru que Felix Feist était l'un des premiers pseudos de Jess Franco.
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Bugsy Siegel
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Re: The Man Behind the Gun

Messagepar Bugsy Siegel » 19 nov. 11, 19:18

Lord Henry a écrit :
Jeremy Fox a écrit : on trouve Lina Romay


Un instant, en découvrant ce nom, j'ai cru que Felix Feist était l'un des premiers pseudos de Jess Franco.


Parce que tu croyais que Droopy avait tourné avec l'égérie du cinéaste ibère ? Béotien...
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on faisait queue devant la porte des WC comme au ciné lors du passage de l'Atlantide à l'écran. Jean Ray, Hôtel de Famille, 1922

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Lord Henry » 19 nov. 11, 19:22

Si cela avait été le cas, on aurait probablement eu à le rebaptiser Drooling.
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Re: The Man Behind the Gun

Messagepar Lord Henry » 19 nov. 11, 19:31

Bugsy Siegel a écrit :..
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Sur cette photo, on comprend qu'il est triste à la pensée de tout ce que Fritz The Cat aurait le droit, lui, de faire en pareille situation.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar O'Malley » 20 nov. 11, 20:46

Tiens, la réévaluation de Victime du destin fait plaisir: un des meilleurs westerns de Walsh pour moi aussi avec le décorum et l'efficacité Universal dans toute sa superbe...Un des rôles westerniens de Rock Huson où sa relative fadeur est la plus attenuée aussi...

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Last of the Comanches

Messagepar Jeremy Fox » 20 nov. 11, 21:07

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Le Sabre et la flèche (Last of the Comanches, 1953) de André De Toth
COLUMBIA


Avec Broderick Crawford, Barbara Hale, Johnny Stewart, Lloyd Bridges, Chubby Johnson, Martin Milner, Mickey Shaughnessy
Scénario : Kenneth Gamet
Musique : George Duning
Photographie : Ray Cory & Charles Lawton Jr (Technicolor)
Un film produit par Buddy Adler pour la Columbia


Sortie USA : 01 février 1953

Le Sabre et la flèche fait partie de cette catégorie de western (qu'on pourrait qualifier de 'survival') dont une grande partie (très souvent la deuxième moitié) se déroule en vase clos alors qu’un groupe se retrouve confiné dans une église, un chalet ou autre relais de diligence. Il doit souvent lutter contre un ennemi qui fait le blocus à l'extérieur et parfois même, dans le même temps, gérer les conflits et les tensions qui le gangrènent de l'intérieur. Parmi les réussites issues de ce style de scénario où le suspens doit être grandissant au fur et à mesure de l'avancée de l'intrigue, on trouvait déjà L'Attaque de la malle poste (Rawhide) de Henry Hathaway, Le Relais de l'or maudit (Hangman's Knot) de Roy Huggins, Les Bannis de la Sierra (The Outcasts of Poker Flat) de Joseph Newman sans oublier le désormais ‘cultissime’ Quand les tambours s'arrêteront (Apache Drums) de Hugo Fregonese. Mais il s'avère qu'il n'est pas du tout évident de capter l'attention du spectateur tout du long lors de ses huis-clos westerniens ; il doit impérativement y avoir un scénario et des dialogues bétonnés sous peine de voir rapidement pointer l'ennui. De grands noms comme Gordon Douglas ou Robert Wise n'y ont malheureusement pas échappé mais leurs semi-ratages sont sans commune mesure avec le film que nous donne à voir André De Toth faute avant tout à un très mauvais scénario de Kenneth Gamet (qui n'en est pas à un près). Une immense déception au vu de ce à quoi le réalisateur nous avait habitué jusqu'alors : rappelez-vous de ces réjouissants Le Cavalier de la mort (Man in the Saddle) et La Mission du Commandant Lex (Springfield Rifle) sortis très peu de temps avant, sans compter les chefs-d’œuvre ultérieurs que seront La Rivière de nos amours (The Indian Fighter) ou La Chevauchée des bannis (Day of the Outlaw) ! Le Sabre et la flèche est le western le moins connu de sa filmographie : il est désormais pas très difficile de comprendre pourquoi !


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1876. Les Soldats ont réussi à pacifier le Far-West et à 'mater' la plupart des tribus indiennes renégates. Seulement, les Comanches ne s'avèrent pas encore vaincus ; le film débute ainsi par l'attaque de la ville de Dry Buttes par Black Cloud et ses hommes. Un massacre dont seuls six survivants s'en sortent indemnes parmi les 'Tuniques Bleues'. Les voilà partis pour se réfugier à Fort Macklin, à des lieues de là, devant, pour arriver à destination, traverser des régions désertiques privées d'eau. Sur le chemin de la petite troupe commandée par le Sergent Matt Trainor (Broderick Crawford), ils sauvent une diligence et ses passagers d'une attaque indienne ; le groupe se compose désormais d'une dizaine d'unités avec parmi eux une femme, Julia Lanning (Barbara Hale), en route pour rendre visite à son frère, officier de cavalerie. En continuant à avancer, ils intègrent encore à leur 'communauté', un meurtrier et un jeune indien Kiowa, échappé des griffes de Black Cloud. Alors qu'ils commençaient sérieusement à être à cours d'eau, l’enfant Kiowa les conduit jusqu'à une ancienne mission espagnole abandonnée où il sait que les membres de sa tribu allaient se ravitailler. Ils y trouvent effectivement un puits qui semble asséché mais au fond duquel ils découvrent que le liquide est présent même s'il ne s'écoule que goutte à goutte. A peine le temps de se réapprovisionner qu'ils voient les Comanches, assoiffés eux aussi, arriver aux abords de leur refuge ; il va falloir tenir le plus longtemps possible, au moins le temps que le Kiowa aille prévenir la cavalerie du danger imminent qui les guette...


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Raoul Walsh s’était inspiré de la trame de son film de guerre Objective Burma (Aventures en Birmanie) pour l'intrigue de Les Aventure du Capitaine Wyatt (Distant Drums). Pour Le Sabre et le flèche, André de Toth reprend celle d’un autre film de guerre, Sahara, réalisé par Zoltan Korda avec dans le rôle principal Humphrey Bogart. Un bataillon de rescapés en manque d'eau se réfugie dans un lieu où ils finissent par en trouver mais où ils sont bientôt rejoints et encerclés par des ennemis supérieurs en nombre ; ces derniers souhaitent non seulement se ravitailler à leur tour mais également massacrer les occupants de la place qui étaient au départ leurs poursuivants. Les tensions qui montent au sein du groupe, la peur du danger qui les entourent, l'attente interminable d'hypothétiques secours, etc., tous les éléments du 'survival' sont présents ici et là. Mais comme pour le premier exemple, celui de Walsh, le 'remake' westernien n'arrive pas à la cheville de l'original. Le film de Korda, sans être mémorable, était plaisant tout du long ; il n'en va pas de même pour Le Sabre et la Flèche. Ca fait toujours un peu mal de voir des réalisateurs appréciés se fourvoyer dans la médiocrité. Et c'est pourtant ce qui arrive avec ‘le quatrième borgne d'Hollywood’ qui livre ici l'une de ses œuvres les plus faibles, pour ne pas dire mauvaises faute à un scénario banal et guère captivant, à des personnages ectoplasmiques et à des dialogues inintéressants. Est-ce pour cette raison que les acteurs dans leur ensemble, paraissant ne pas être concernés non plus, font eux aussi le strict minimum quant ils n'ont pas l'air, comme Broderick Crawford, de se demander tout du long ce qu'ils viennent faire dans cette galère ! Rarement l'interprétation d'un protagoniste principal m'aura paru aussi plate et monocorde que celle qu'il nous dessert ici, entraînant tous ses petits camarades sur la même pente. Quant à la pauvre Barbara Hale, on ne lui a donné quasiment aucune ligne de dialogue, l’actrice ne servant ici que de ‘décoration’.


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Et pourtant, le film semblait bien parti, nous plongeant directement au cœur de l'action dès le premier plan se déroulant sur le champ de bataille, les morts et blessés jonchant les rues d'une ville alors qu’un premier assaut venait de se terminer. S'ensuit une deuxième attaque qui nous permet de voir pour la première fois en couleurs dans un western des indiens faire une violente intrusion dans une ville du Far-West. Malheureusement, on se prend déjà à se dire que la mise en scène de De Toth nous parait bien manquer de rythme malgré la violence des combats. Puis c'est le départ des survivants dans le désert et la rencontre avec une diligence à l'aspect fantomatique et qui sort d'on ne sait où (Sergio Leone s'est peut-être remémoré ce film pour une séquence à peu près similaire dans Le Bon, la brute et le truand). La beauté des cadrages très modernes, de très nombreux plans très originaux comme celui au cours du dialogue entre Broderick Crawford et Lloyd Bridges en contre jour sur fond de crépuscule, quelques jolis mouvements de caméra (qui nous prouvent que c’était quand même De Toth derrière la caméra) et dans l'ensemble une esthétique très inspirée … et pourtant l'ennui s'installe pour ne plus quasiment nous quitter si ce n'est lors d'une séquence d'explosion à la dynamite très photogénique qui vient nous sortir de notre torpeur et pour laquelle on se demande si la plus grande partie du budget ne lui a pas été allouée. Même si la photographie de Charles Lawton Jr est splendide et même si De Toth s'amuse à constamment innover formellement parlant, le film n'est malheureusement pas toujours très harmonieux faute à une continuelle succession de gros plans en studio avec transparences hideuses et de plan d'ensemble en extérieurs (dont quelques stock-shots issus de La Peine du talion de Henry Levin). Musicalement, la partition de George Duning est en revanche une jolie réussite.


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En résumé, pas grand chose à sauver hormis de nombreuses fulgurances esthétiques et quelques choix de décors peu banals (comme celui de la mission espagnole fantôme) dans ce western bavard, sans suspense, sans tension ni éclats, dans lequel les indiens n'ont pas été gâtés par le figuration et où la direction d'acteurs semble inexistante. Un western qui aurait pu atteindre des sommets grâce au métier de André de Toth mais presque complètement ruiné par une écriture d'une grande médiocrité. Film de commande ou non, je ne saurais le dire ; quoiqu’il en soit, un des moins bons opus de son réalisateur. Dommage !

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar someone1600 » 21 nov. 11, 17:14

On va surement passer sur celui-ci...

Par contre j'attends avec impatience la prochaine chronique. :D

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The Naked Spur

Messagepar Jeremy Fox » 24 nov. 11, 19:34

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L’Appat (The Naked Spur, 1953) de Anthony Mann
MGM


Avec James Stewart, Robert Ryan, Janet Leigh, Millard Mitchell, Ralph Meeker
Scénario : Sam Rolfe & Harold Jack Bloom
Musique : Bronislau Kaper
Photographie : William C. Mellor (Technicolor)
Un film produit par William H. Wright pour la MGM


Sortie USA : 06 février1953

Winchester 73, La Porte du diable (Deevil’s Doorway), Les Furies (The Furies) et Les Affameurs (Bend of the River) : déjà quatre westerns à l’actif d’Anthony Mann, déjà quatre éclatantes réussites ! Et bien, les fans ont du être rassurés en ce mois de février 1953 puisqu’ils purent constater avec contentement que le suivant n’allait pas démériter. Mais, si tout le monde est d'accord pour dire que le niveau de ce corpus westernien (James Stewart inclu ou non) côtoie les sommets, chacun en fonction de ses goûts ou de ses attentes est néanmoins en droit de préférer tel à tel autre. Si The Naked Spur fait partie du fameux cycle de westerns que le réalisateur a tourné avec comme acteur principal James Stewart, il a toutefois également un point commun avec le précédent western MGM d’Anthony Mann, La Porte du diable. Tous deux sont de parfaites épures en ce sens qu’ils ne dévient à aucun moment de leur sujet principal et foncent droit au but jusqu’au final sans quasiment s’arrêter sur une quelconque romance, sans en passer par une quelconque digression. Dans The Naked Spur, pas de ville, pas de ranch, aucun intérieurs (saloon ou autres), pas de seconds rôles ni d'intrigues secondaires ; nous assistons à un véritable huis-clos en plein air avec seulement cinq personnages, trois des cinq se trouvant devoir en convoyer un quatrième pour toucher la prime prévue pour son arrestation. L’intrigue ne consistera qu’en une seule chose ; pour le prisonnier, à faire se monter ses trois geôliers les uns contre les autres et pour ces derniers à ramener le bandit en prison, le cinquième protagoniste n’étant autre qu’une jeune femme accompagnant le hors-la-loi (elle n’en aura pas moins une importance capitale puisque elle se révèlera être la force rédemptrice de Kemp.)


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Rien que par l’intermédiaire du générique et de sa musique, on pouvait pressentir que L’Appât ne serait pas dans la même lignée que le précédent western d’Anthony Mann, le sublime Les Affameurs. A la majesté et à la sérénité du thème principal de Hans J. Salter se substitue un score de Bronislau Kaper d’un tout autre style [dommage que le thème attribué à Lina, reprise d'un air célébrissime dont je ne retrouve plus l'origine au moment où j'écris, soit aussi peu raccord et mal choisi]. Alors que les noms des cinq acteurs défilent sur fond de vastes paysages montagneux, c’est tout juste si l’on entend la musique, les premières mesures presque imperceptibles s’avérant d’une 'douce austérité'. Puis, de ce très large plan d’ensemble, un violent et très rapide panoramique nous fait passer à un très gros plan sur les éperons d’un cavalier, la partition devenant à la même seconde stridente et torturée. Ce n’est plus comme le somptueux thème de Bend of the River, une invitation sans grandiloquence au voyage, à l'aventure et aux grands espaces mais ce qui ressemblerait plus à une plongée vertigineuse au sein des cerveaux tourmentés des protagonistes de cette œuvre amère et sombre, plus proche du film noir que les précédents westerns de Mann et qui, par le fait, devrait mieux convenir à ceux qu’habituellement le western classique de ces années là rebute. Avant d’en arriver au pitch, laissons parler le réalisateur qui explique l'origine du titre de son western lors d’un entretien paru dans Les Cahiers du Cinéma : « Nous étions dans une région magnifique, Durango, et tout se prêtait à l'improvisation. J'ai voulu montrer la montagne et les torrents, les sous-bois et les cimes, bref, retrouver tout un climat "Daniel Boone" : les personnages en sortent grandis. En ce sens, le tournage m'a donné de réelles satisfactions. Le piton rocheux sur lequel ont été tournées les dernières séquences s'appelle effectivement "The Naked Spur" [L'éperon nu]. Je me suis dit : "Un éperon doit être l'arme décisive qui ponctuera le drame". C'est là toute l'origine du combat final entre Robert Ryan et James Stewart. »


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Trois hommes se rencontrent fortuitement au sein d’une nature verdoyante et rocailleuse ; ce sont Howard Kemp (James Stewart), un fermier taciturne dépossédé de son ranch par sa femme alors qu'il était parti à la guerre et qui souhaite désormais se refaire un petit pactole par tous les moyens pour récupérer son bien ; Roy Anderson (Ralph Meeker), un ex-officier nordiste à la moralité douteuse, déchu pour avoir violé une jeune indienne et du coup recherché par la tribu voulant lui faire payer cet affront ; enfin Jesse Tate (Millard Mitchell), un vieux prospecteur à la perpétuelle recherche d'un bon filon. Les voilà réunis pour aider Kemp à appréhender Ben Vandergroat (Robert Ryan), un hors-la-loi dont la tête est mise à prix pour 5000 dollars. Ils réussissent d’autant plus vite à s’en emparer que Ben était tombé à cours de munitions. Ce dernier est accompagné de Lina (Janet Leigh), la fille d’un de ses complices qu’il a pris sous son aile suite à la mort de ce dernier ; paraissant amoureuse de son ‘tuteur’, elle croit en tout cas dur comme fer à son innocence. Nos trois ‘chasseurs de primes’ improvisés doivent maintenant conduire leur captif vers une ville lointaine du Kansas pour toucher la récompense mais le voyage sera parsemé d’embûches, d’autant plus que les tensions sont palpables entre les membres de cet improbable quintet ; il faut dire que le prisonnier fait tout pour instiller la jalousie et la méfiance dans les esprits, espérant ainsi semer la discorde entre ses trois geôliers...


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Dans l'ordre d'apparition à l'écran, nous rencontrons en premier lieu Howard Kemp (James Stewart). Taciturne, pas spécialement sympathique, il pourrait s'agir d'un des premiers ‘Bounty Hunter’ de l'histoire du western, l'un de ces fameux chasseurs de primes immortalisés la décennie suivante par Sergio Leone. Comme il en sera pour tous les autres protagonistes, nous n'apprendrons des bribes de son passé et nous ne connaitrons ses motivations que de manière très parcellaire, l'ambigüité du personnage (comme celle de tous les autres) n'étant jamais vraiment levée. Si Kemp se fait passer en premier lieu pour un shérif, on découvre bientôt qu'il ne s'agit que d'un rancher bafoué, trahi, dépossédé de ses biens alors qu'il se battait dans les rangs de l'Union durant la Guerre de Sécession. A son retour des combats, il trouve sa ferme et ses terres vendues, son épouse partie avec un autre homme. Désespéré et rempli d'amertume (on ne le serait à moins), depuis ce jour, il cherche par tous les moyens à se refaire une fortune mais de manière rapidement amassée, celle qui consiste donc à chasser les hommes dont la tête est mise à prix ; bref, comme le lui reprochera Lina, en se mêlant de ce qui ne le regarde pas, prêt à tuer un homme qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam, même pas certain de sa culpabilité et s'en fichant d'ailleurs comme d'une guigne du moment que la prime tombe dans sa poche. Nous sommes loin des héros purs et durs du western traditionnel car Kemp s'avèrera non seulement guère très aimable mais dans le même temps névrosé et violent, voire inquiétant et parfois odieux. Mais, comme dans Bend of the River, ce chemin parsemé d'embûches et de cadavres, l'amènera à la rédemption, ici par l'intermédiaire de Lina.


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Lina est personnage un peu en retrait, une jeune femme habillée et coiffée à la garçonne, toute entière dévouée à celui qu'elle prend pour son bienfaiteur. Il s'agit d'ailleurs du seul protagoniste totalement positif, témoignant même d'une profonde humanité ; les seuls actes de malveillance qu'elle pourra commettre seront le résultat de sa naïveté et de sa trop grande confiance en l'homme qui l'a recueilli après la mort de son père. On peut donc tout à fait comprendre cet attachement presque amoureux. Au fur et à mesure de l'avancée du périple, elle va se rapprocher de Howard Kemp dont elle finit par apprendre le passé, ce qui lui permet de mieux comprendre ses motivations sans cependant les excuser. C'est néanmoins par le fait de vouloir au final le suivre en faisant table rase de son passé qui va faire prendre conscience à Kemp, touché par ce désintéressement, qu'il se fourvoie et qu'il prend une mauvais chemin. Car, comme le dit si bien Ben lorsque Kemp lui donne le choix entre la pendaison et la balle dans la tête, "Choosin' a way to die ? What's the difference ? Choosin' a way to live -- that's the hard part". Ben, c'est le mauvais garçon non dénué de charme et de séduction, toujours le sourire aux lèvres (même s'il s'agit d'un sourire cynique) et qui semble ne penser qu'à sa survie, à juste titre d’ailleurs (n'ayant plus longtemps à vivre dans le cas contraire). Malgré son air canaille, on se prend parfois à se demander s'il est bien coupable du meurtre dont on l'accuse ; la confiance que lui porte aveuglément Lina, la tendresse qu'il semble avoir à son égard, nous le font prendre un moment en sympathie. Et pourtant cet homme arrogant et roublard ne cherche qu'une seule chose : à insidieusement semer la zizanie parmi ses "sentinelles", à gangrener uniquement par la parole (puisqu'il aura les mains liées quasiment tout du long) les relations qui pourraient se tisser entre eux en faisant ressortir leurs plus vils instincts : la cupidité, l'avidité, l'égoïsme et la jalousie. Si le pittoresque est quasiment absent du film, voir ce longiligne acteur assis sur son âne restera pourtant une image assez cocasse.


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Empathie qui aura en revanche du mal à se manifester envers le personnage opportuniste joué par Ralph Meeker, un soldat déchu de l'armée pour avoir violé une jeune indienne. Pareillement cynique mais capable devant nous de provoquer un massacre d'indiens d'une tribu pourtant pacifiste. Il trouvera néanmoins à se faire excuser par ses compagnons en leur disant que c'était ça ou sa propre mort puisque ces guerriers étaient à sa recherche pour lui faire payer sa mauvaise conduite envers une 'squaw' de leur tribu. Mais la violence et le plaisir avec lesquels il mène ce carnage nous font nous demander si le chasseur n'est pas une bête plus féroce que le bandit qu'il ramène pour être jugé. Quant au cinquième larron, il s'agit d'un prospecteur que l'on croirait tout droit sorti du Trésor de la Sierra Madre, Jesse faisant beaucoup penser au personnage joué par Walter Huston dans le film de son fils, mais dépourvu de l'aspect picaresque que Huston pouvait avoir. Pas spécialement méchant mais il n'hésitera pas à abandonner ses compagnons de route quand on lui fera miroiter un filon ; il sera néanmoins puni par son avidité. Bref, quatre personnages masculins égoïstes, individualistes à l'extrême et peu recommandables, mus par l'appât du gain ou par l'instinct de survie mais auxquels on peut cependant parfois s'attacher.


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Puisqu'il s'agit d'un âpre huis clos en grands espaces, n'oublions pas le sixième protagoniste du film, presque aussi important que ceux de chair et de sang qui le traversent, les Rocky Mountains, ce cadre sauvage, aéré et somptueux, cette nature omniprésente au sein de laquelle nous voyons se déchirer ces antihéros et qui peut se révéler menaçante et insidieuse. Paysages montagneux admirablement filmés par Anthony Mann, subtilement photographiés par William C. Mellor qui décidément a une prédilection pour les forêts de bouleaux ; c'était déjà lui qui les magnifiait dans Au-delà du Missouri (Across the Wide Missouri) de William Wellman. Impossible de les oublier ainsi que le torrent 'catalyseur' du final. Si l'on peut juger les scénarios de Borden Chase un peu plus fins dans la description des personnages, le premier travail du duo de scénaristes Sam Rolfe & Harold Jack Bloom est pourtant grandement satisfaisant, d'une assez belle richesse psychologique malgré des personnages un peu trop fortement caractérisés. On regrettera juste un Robert Ryan souvent au bord du cabotinage (son interprétation était un tout petit peu plus subtile dans Horizons West de Budd Boetticher où il tenait déjà le 'mauvais rôle') et une Janet Leigh un peu trop en retrait. Sinon, James Stewart se révèle grandiose, nous délivrant une performance extraordinaire et surtout sacrément étonnante ! Envolés les héros immaculés de Capra, place à un homme névrosé, rongé par la haine et la colère ; difficile d'effacer de sa mémoire cette séquence où, au sein d'un plan fixe de paix nocturne, la tête du comédien apparait brusquement en bas du cadre, Howard Kemp criant comme un forcené au sein d'un délire qui dure quelques longues secondes. Un très grand numéro d'acteur dans lequel James Stewart, avec sa veste élimée, son regard fatigué mais farouche, son visage hirsute et son inquiétante détermination, casse une fois de plus son image de "bon américain" de la plus surprenante des manières.


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Si la simplification de l'intrigue à l'extrême, l'austérité et l'âpreté du ton peuvent rendre The Naked Spur moins immédiatement plaisant que les précédents westerns d'Anthony Mann, si le manque d'empathie envers des personnages tous outrancièrement individualistes peut aisément se comprendre et créer une certaine distance entre le film et le spectateur, il pourra pour ces mêmes raisons plaire à ceux qui apprécient quand un réalisateur les prend à rebrousse poil, quand les protagonistes ne leur sont pas immédiatement sympathiques. Mais si quelques éléments du scénario peuvent poser problème (l'étirement un poil trop long de la scène dans la grotte), l'unanimité se fera probablement à propos de la mise en scène, toujours aussi rigoureuse et virtuose. On s'émerveillera très souvent devant la perfection et le soin apportés à tel cadrage, la beauté de tel plan, la soudaineté de tel travelling, la parfaite gestion de la topographie, l'efficacité des scènes d'action ; à ce propos on reconnaitra l'importance que le cinéaste accorde aux séquences de fusillades dans les rochers (plus encore que celle concluant Winchester 73, les deux séquences qui encadrent l'Appât sont absolument fantastiques, la parfaite gestion du temps, du rythme et de l'espace nous donnant des moments de suspense imparables) et on sera stupéfié par les éclairs de violence surgissant au moment où on s'y attendait le moins (voir la mort de Jesse ou l'éperon fiché dans la joue) et parfois même alors que la quiétude semblait avoir envahi l'écran (voir la séquence du délire de James Stewart déjà décrite ci-avant). Le travail sur le son est tout aussi remarquable ; on n'oubliera pas de sitôt l'impression que nous aura laissé le silence de mort qui suit le massacre des indiens, le bruit des rochers qui dévalent en avalanche ou celui tumultueux du torrent lors du dernier quart d'heure.


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Tourné avec très peu de moyens financiers, L'âppat fit faire de gros (et mérités) bénéfices à la compagnie qui le produisit, la MGM, studio trop souvent villenpidé pour la mièvrerie de ses films modelés pour la famille et trop régulièrement accusé de chercher à ratisser le plus large possible. En ce qui concerne sa production de western, on peut affirmer que c'est tout le contraire qui a eu lieu ; s'il n'a pas été le plus prolifique, loin de là, c'est jusqu'à présent le studio du lion qui a presque été le plus culotté dans ce domaine, le plus adulte. Et le film de Mann est une nouvelle preuve de ce que j'affirme ici. Il ne se conclura pas moins par un happy end qu'il est tout autant difficile de rejeter tellement il s'avère touchant. Affranchi des fantômes de son passé, libéré de ses bestiales pulsions, Kemp accepte le 'sauvetage' moral de son âme par une femme qui se donne toute entière à lui en lui faisant comprendre qu'elle a déjà tout effacé de son esprit et qu'elle souhaite repartir à zéro. Superbe image finale après que Kemp ait versé des larmes libératrices qui nous sont allées droit au cœur ! Un superbe exercice de style en même temps qu'une captivante étude de caractères. Pas le film d'Anthony Mann auquel j'accroche spécialement le plus mais néanmoins encore une sacré réussite !

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daniel gregg
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar daniel gregg » 24 nov. 11, 22:43

Une chronique au diapason de ce chef d'oeuvre ! :)
J'aime bien cette notion de "huis clos en plein air", qui exprime avec justesse ce sentiment d'une nature révélatrice des tourments intérieurs de chacun des personnages que Mann filme au plus près, comme dans la moiteur d'un cauchemar.
Le paradoxe de ces héros enchainés les uns aux autres par intérêt ou contraints qui évoluent au sein d'un cadre gigantesque, sans limite.
C'est vrai que la figure trouble et hantée de James Stewart annonce d'une certaine façon ses futures compositions chez Hitchcock.
Sinon, j'ai le Z1, je n'ai pas le sentiment que la copie soit meilleure que celle du Z2.
A vérifier. :wink:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar someone1600 » 25 nov. 11, 01:03

excellente chronique pour un film qui ne meritait pas moins !

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 25 nov. 11, 04:55

daniel gregg a écrit :Sinon, j'ai le Z1, je n'ai pas le sentiment que la copie soit meilleure que celle du Z2.
A vérifier. :wink:


Je me suis mal exprimé car moi aussi possède le zone 1 (les captures sont tirées de cette édition américaine) :wink:

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar someone1600 » 25 nov. 11, 16:46

j avais pas realiser a quel point l image etait flou ...

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 25 nov. 11, 16:47

someone1600 a écrit :j avais pas realiser a quel point l image etait flou ...


Surtout durant la première partie ; après ça s'arrange un peu