Le Western américain : Parcours chronologique II 1950-1954

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar someone1600 » 26 mars 11, 00:57

C'est clair. Super chronique encore une fois Jeremy pour le premier de cet incroyable quinté Mann/Stewart. Et qui donne furieusement envie de tous les regarder a nouveau. :D

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 26 mars 11, 08:00

Et hop ; à cette date. Je ne le replace qu'à chaque modification. Bientôt un Top 20 sera nécessaire .


* 1- La Charge Héroïque (John Ford)
* 2- Le Passage du Canyon (Jacques Tourneur)
* 3- Le Massacre de Fort Apache (John Ford)
* 4- Smith le Taciturne (Leslie Fenton)
* 5- La Ville Abandonnée (William Wellman)
* 6- Sur la Piste des Mohawks (John Ford)
* 7- Une Aventure de Buffalo Bill (Cecil B.DeMille)
* 8- Le Convoi des Braves (John Ford)
* 9- Winchester 73 (Anthony Mann)
* 10- La Rivière Rouge (Howard Hawks)

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 26 mars 11, 09:54

Franchement, des captures suffiraient presque pour donner envie de découvertes ou revision (pas besoin de textes :mrgreen: ) ; rien qu'à les revoir ce matin, je me dis que je ne l'ai pas encore apprécié à sa juste valeur et j'aurais presque envie d'y retourner de suite. La capture qui voit Shelley Winters effrayée de se retrouver au milieu d'une fusillade ferait presque penser à du Peckinpah :o

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Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Julien Léonard » 26 mars 11, 10:08

Le film tout entier est une énorme séquence d'anthologie de toute manière. Du début à la fin, il ne subsiste pas une seule séquence qui ne fasse pas partie d'une cohérence parfaitement huilée et qui ne soit pas idéalement à sa place. Jusqu'au gun-fight final bien sûr, à flanc de montagne, et où Mann se permet une démonstration fulgurante du terme "efficacité". Jubilatoire. :D
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homerwell
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar homerwell » 26 mars 11, 12:24

Des cinq collaborations entre Mann et Stewart, Winchester 73 est celle qui a eu quelques difficultés à tenir sa promesse de très grand western survolant, avec quelques autres, le reste de la production de ce genre cinématographique.
A la revision, la quête de cette carabine devient un inventaire à la Prévert de tout ce que compte comme figures caractéristiques le far west tel que nous le connaissons. Certes toujours décrites dans des séquences d'anthologie et avec brio mais la succession de ces séquences d'anthologie ne suffit pas à en faire un film à l'égal de Bend of the River ou The Far Country.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 26 mars 11, 12:34

A la revision, la quête de cette carabine devient un inventaire à la Prévert de tout ce que compte comme figures caractéristiques le far west tel que nous le connaissons.


Exact, comme je le disais une sorte de résumé de toutes les situations que nous avions pu voir jusqu'à présent

Certes toujours décrites dans des séquences d'anthologie et avec brio mais la succession de ces séquences d'anthologie ne suffit pas à en faire un film à l'égal de Bend of the River ou The Far Country


ou The Man from Laramie. Sans m'avancer trop en avant, je pense aussi qu'il s'agit du plus "mineur" des 5. Mais à ce niveau là, des films mineurs, on en voudrait tous les jours :wink:

homerwell
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar homerwell » 26 mars 11, 13:44

Jeremy Fox a écrit :
A la revision, la quête de cette carabine devient un inventaire à la Prévert de tout ce que compte comme figures caractéristiques le far west tel que nous le connaissons.


Exact, comme je le disais une sorte de résumé de toutes les situations que nous avions pu voir jusqu'à présent


Oui, je me suis mal exprimé. Un peu plus loin, j'emploie le terme succession de séquences avec l'idée de souligner que la quête y trouve un côté répétitif et saucissonné.

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 26 mars 11, 15:09

homerwell a écrit : et saucissonné.


On pourrait presque parler de western "à sketchs" dont certains personnages passent de l'un à l'autre ; c'est une construction en cercle au cours de laquelle James Stewart arrive parfois vers la fin de l'histoire (le joueur)

1- Le concours de tir (James Stewart / Stephen McNally)
2- Le joueur et vendeur d'armes (Stephen McNally / John McIntire)
3- Les Indiens (John McIntire / Rock Hudson)
4- L'attaque indienne sur le camp de soldats (Rock Hudson / Jay C. Flippen / Shelley Winters)
5- Le gang de Dutch Henry Brown (Shelley Winters / Dan Duryea)
6- La tentative de Hold-up (Dan Duryea / James Stewart)
7- La poursuite finale (James Stewart / Stephen McNally)

La boucle est bouclé ; le fusil volé dans la première partie rejoint les mains de son propriétaire

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar fargo » 27 mars 11, 15:08

Bon.Il me semble tout à fait indispensable d'acheter au plus vite le DVD du film afin de le découvrir.De toute façon,à chaque chronique de Jérémy F. ç'est la même chose. :twisted: :wink: Il va faloir négocier avec madame. :uhuh:
Heureusement,j'ai déjà la flèche brisée en DVD.J'ai eu la chance de le voir deux fois ai cinéma en une semaine, récemment.Superbe.
C'est peut-être un peu prématuré, (et sans vouloir couper l'herbe sous les pieds de Jérémy) .mais j'aimerais bien savoir ce que pensent les classikiens de ce petit bijou de Delmer Daves.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar hellrick » 27 mars 11, 17:40

Julien Léonard a écrit :Le film tout entier est une énorme séquence d'anthologie de toute manière. Du début à la fin, il ne subsiste pas une seule séquence qui ne fasse pas partie d'une cohérence parfaitement huilée et qui ne soit pas idéalement à sa place. Jusqu'au gun-fight final bien sûr, à flanc de montagne, et où Mann se permet une démonstration fulgurante du terme "efficacité". Jubilatoire. :D


Qu'ajouter de plus pour cet imparable classique...à voir ou à revoir sans hésitation :D
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Père Jules » 27 mars 11, 20:40

Jeremy Fox a écrit :
homerwell a écrit : et saucissonné.


On pourrait presque parler de western "à sketchs" dont certains personnages passent de l'un à l'autre ; c'est une construction en cercle au cours de laquelle James Stewart arrive parfois vers la fin de l'histoire (le joueur)

1- Le concours de tir (James Stewart / Stephen McNally)
2- Le joueur et vendeur d'armes (Stephen McNally / John McIntire)
3- Les Indiens (John McIntire / Rock Hudson)
4- L'attaque indienne sur le camp de soldats (Rock Hudson / Jay C. Flippen / Shelley Winters)
5- Le gang de Dutch Henry Brown (Shelley Winters / Dan Duryea)
6- La tentative de Hold-up (Dan Duryea / James Stewart)
7- La poursuite finale (James Stewart / Stephen McNally)

La boucle est bouclé ; le fusil volé dans la première partie rejoint les mains de son propriétaire


Je ne m'étais jamais présenté la chose sous cet angle. C'est vrai qu'à la réflexion c'est tout à fait pertinent.
C'est pour des petites choses comme ça que j'aime voir et revoir un film. On y découvre toujours quelque chose... :)

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Julien Léonard » 27 mars 11, 21:00

Il y a un super schéma expliquant le déroulement de l'intrigue dans l'article consacré au film au sein du livre Le western de Patrick Brion. :wink:
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar Jeremy Fox » 27 mars 11, 21:02

Julien Léonard a écrit :Il y a un super schéma expliquant le déroulement de l'intrigue dans l'article consacré au film au sein du livre Le western de Patrick Brion. :wink:


Ah ben tiens, je viens de le prendre de ma bibliothèque et ça me disait effectivement quelque chose ; il trace d'ailleurs un cercle :)

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique Part 2 (50

Messagepar NotBillyTheKid » 27 mars 11, 21:02

Jeremy Fox a écrit :

Certes toujours décrites dans des séquences d'anthologie et avec brio mais la succession de ces séquences d'anthologie ne suffit pas à en faire un film à l'égal de Bend of the River ou The Far Country


ou The Man from Laramie. Sans m'avancer trop en avant, je pense aussi qu'il s'agit du plus "mineur" des 5. Mais à ce niveau là, des films mineurs, on en voudrait tous les jours :wink:

Perso, Winchester 73 est mon préféré avec the Man from Laramie (NB : le seul que je n'ai pas vu est Bend of the river). The far country me semble un poil en dessous et L'appât m'a étrangement déçu..
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Broken Arrow

Messagepar Jeremy Fox » 27 mars 11, 21:39

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La Flèche brisée (Broken Arrow, 1950) de Delmer Daves
20TH CENTURY FOX


Avec James Stewart, Jeff Chandler, Debra Paget, Arthur Hunnicut, Basil Ruysdael, Will Geer
Scénario : Michael Blankfort d’après le roman Blood Brother d'Elliott Arnold
Musique : Hugo Friedhofer
Photographie : Ernest Palmer
Une production Julian Blaustein pour la 20th Century Fox


Sortie USA : 21 juillet 1950

Encore sous le probable choc que fut pour beaucoup de 'westerners' la découverte de Winchester 73, le premier western d'Anthony Mann, les spectateurs américains allaient pouvoir voir pas plus tard que la semaine suivante un autre western avec James Stewart, le non moins superbe La Flèche brisée qui, pour les historiens européens du cinéma, allait devoir être marqué d'une pierre blanche, représentant pour la plupart le premier véritable western pro-indien. Mais c'est surtout l'irruption dans le genre d'un des plus grands réalisateurs hollywoodiens, probablement l'un des plus sensibles et des plus humains en tout cas, la beauté de ses mouvements de caméra n'ayant d'égal que sa propension à filmer amoureusement des paysages comme personne. Moins formaliste que John Ford mais peut-être plus doux, plus touchant et plus poétique dans sa manière de le faire (attention, ce ne sont pas des jugements de valeurs à ce niveau là de génie, plutôt des ressentis, She Wore a Yellow Ribbon n'ayant toujours pas été dépassé me concernant). Même si je bloque encore devant certains éléments du coup d'essai 'westernien' de Delmer Daves (qui aurait mérité de pouvoir prendre encore plus son temps lorsqu'il s'agissait de se laisser aller à des séquences bucoliques) et même si je ne le considère pas comme faisant partie de ses plus grands chefs-d'œuvre, je dois dire l'apprécier de plus en plus et être de plus en plus ému par sa douceur de ton alors que le thème abordé est on ne peut plus sérieux.


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Arizona, 1870. Sur ce territoire, la guerre fait rage entre les blancs et les Apaches depuis plus de dix ans. Ex-éclaireur pour l’armée de l’Union, désormais chercheur d’or, Tom Jeffords (James Stewart) sauve de la mort un jeune indien Chiricahua et s’attire ainsi la reconnaissance de sa tribu qui le laisse partir sans lui faire de mal. De retour en ville, et de plus en plus écœuré par l’interminable inimitié qui sévit entre les deux peuples, il décide d’apprendre la langue, les mœurs, l’histoire et les coutumes des Apaches. Un mois s’écoule et il se rend seul dans les montagnes pour rencontrer le chef de la tribu, Cochise (Jeff Chandler) ; il lui demande dans un premier temps, sans cesser les combats, de ne pas s’en prendre aux transporteurs du courrier. Il obtient gain de cause et est invité quelques temps à séjourner au camp Apache ; il s’éprend alors d’une jeune et jolie indienne, Sonseeahray (Debra Paget). De retour à Tucson, il annonce les promesses de Cochise à une population méfiante ; pourtant, les courriers réussissent leurs passages sans rencontrer d’obstacles. Entre-temps, une caravane de soldats est décimée et l’on commence à penser que Jeffords est un espion au service de Cochise. Sur le point d’être lynché, il est sauvé par le général Howard qui souhaite rencontrer le chef Apache pour lui proposer un plan de paix souhaité par le Président des USA en personne. Peu après, Tom emmène avec lui le vieux général au camp indien et, après des journées de palabres, Cochise accepte de briser une flèche censée symboliser un armistice avant un éventuel début de paix avec les hommes blancs. Quant à Tom, il épouse Sonseeahray selon les rites de sa tribu. Mais dans chacun des deux camps, certains ne veulent pas désarmer. Une véritable paix entre les deux peuples est-elle réellement possible ?


« This is the story of a land, of the people who lived on it in the year 1870, and of a man whose name was Cochise. He was an Indian - leader of the Chiricahua Apache tribe. I was involved in the story and what I have to tell happened exactly as you'll see it - the only change will be that when the Apaches speak, they will speak in our language. What took place is part of the history of Arizona and it began for me here where you see me riding... » récite avec douceur et calme une voix off alors que l’on aperçoit, point minuscule isolé au milieu de majestueux paysages, un cavalier s’avancer vers nous. Il s’agit de Tom Jeffords, autrement dit James Stewart qui commençait sa carrière westernienne en cette année 1950 avec deux grands classiques, l’autre étant le superbe et déjà évoqué précédemment Winchester 73 d'Anthony Mann. Cantonné jusqu’à présent, et la plupart du temps, dans la comédie (dramatique ou non), la carrière de l’acteur allait désormais prendre une toute autre tournure. Après avoir illuminé les films de Capra ou de Lubitsch, il allait, tout au long des deux décennies suivantes, interpréter des personnages plus sombres, torturés et complexes dans les plus grands chefs-d’oeuvre d’Anthony Mann, Alfred Hitchcock et John Ford. Une évolution de carrière magistrale annoncée par la scène finale de La Flèche brisée au cours de laquelle, par la force de son simple regard, l’acteur exprime, sans en faire de trop, une immense détresse et une colère contenue qui pourrait facilement se transformer en une violence incontrôlable : on y pressent les futurs et inoubliables personnages qui auront pour nom Glyn McLintock, Howard Kemp, Jeff Webster, Scottie Ferguson ou Ransom Stoddard.


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Tom Jeffords, le héros de cette histoire, était en réalité surintendant de la poste entre Fort Bowie et Tucson. En seize mois, il avait du enterrer plus d’une vingtaine de ses employés massacrés par Cochise. C’est pourtant lui qui ira trouver seul ce dernier ; après avoir rétabli un semblant de paix, tous deux deviendront frères de sang (d’où le titre Blood Brother du roman original relatant cette période de l’histoire américaine et narrant des faits s’étendant bien après ce que nous raconte le film). Dans le contexte de la production des westerns à cette époque, Broken Arrow parut comme révolutionnaire car on voulut y voir le premier western totalement pro indien ; ce qui est un peu abusif car, comme nous le dit Jean-Louis Rieupeyrout ayant pu juger sur pièces, certains films déjà à l’époque du cinéma muet défendirent exactement le même point de vue (The Red Man and the Child, Indian Land Grab, Braveheart) ; il en fut de même avec Massacre en 1934. Ces films ayant totalement disparu de la circulation, la grande majorité des spectateurs et des critiques n’ont pu en avoir connaissance. Mais n’oublions pas John Ford qui, les deux années qui précédèrent le tournage de Broken Arrow, amorça réellement ce revirement d’Hollywood envers les Indiens à travers ces deux chefs-d’œuvre que furent Fort Apache et She Wore a Yellow Ribbon (La Charge héroïque). Et encore, quelques mois avant, George Sherman réalisait un sympathique Comanche Territory qui prenait ouvertement position pour ce peuple même si bien trop naïvement. Mais c’est tout à l’honneur de ce généreux chantre de l’antiracisme qu’était Delmer Daves d’avoir réalisé le film qui allait traîner dans son sillon une tripotée d’autres westerns réhabilitant totalement la nation indienne.


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« J’aime beaucoup Broken Arrow parce que j’ai pu montrer dans cette œuvre l’Indien comme un homme d’honneur et de principes, comme un être humain et non comme une brute sanguinaire. C’était la première fois qu’on le faisait parler comme un homme civilisé parlerait à son peuple, de ses problèmes et de son avenir. L’ONU décerna des louanges considérables à ce film parce qu’il présentait un monde où les gens en conflit se respectaient. L’on trouvait des salauds chez les blancs, mais aussi des types recommandables, de même qu’il y avait des Indiens faméliques mais aussi des hommes en qui l’on pouvait avoir confiance. Une vérité première… A partir de ce moment, Hollywood cessa de peindre les Indiens comme des sauvages » raconte le réalisateur à Bertrand Tavernier dans Amis américains (Edition Actes Sud). En effet, aucun manichéisme dans son film puisque dans un camp comme dans l’autre, on y trouve des âmes droites et sincères ainsi que des gens fourbes et belliqueux. Si la négociation entamée entre blancs et Indiens ne connut pas la prospérité souhaitée, elle prouva néanmoins la présence de part et d’autres d’âmes loyales et désirant ardemment l’arrêt des conflits et du sang versé. Broken Arrow est l’histoire de trois hommes de bonne volonté rêvant de vivre sous le signe symbolique et pacifique de la Flèche brisée. Outre Cochise et Tom Jeffords, il y eut aussi Howard, ce général chrétien qui prouvait que l’armée n’était pas composée que d’assoiffés de sang comme Custer.


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Certains iront critiquer le fait que les Apaches parlent anglais mais dès la première scène, la voix-off prévient les spectateurs de ce fait. Souhaitant toucher le plus de monde possible, Delmer Daves a choisi de suivre les contingences plus ou moins imposées de l’époque, les sous-titres n’étant encore alors pas très bien vus. Bertrand Tavernier, plutôt que de parler de parti pris, évoque une certaine "licence poétique" faisant le parallèle avec Hamlet ne parlant jamais danois. Il en va de même pour le choix d’acteurs blancs pour interpréter les Indiens principaux ; suivront tout au long de la décennie Burt Lancaster dans Bronco Apache d’Aldrich, Charles Bronson dans L’Aigle solitaire de Daves, Robert Taylor dans La Porte du diable de Mann? Rock Hudson dans Taza fils de Cochise de Douglas Sirk… Effectivement, l’important ne se situe pas à ce niveau : « Je fais des films et des westerns pour les gens dont il est question dans ces films… C’est une joie d’être honnête vis-à-vis de la vérité… Je veux faire comprendre et comprendre c’est d’abord aimer. » Delmer Daves, qui avait depuis l’adolescence effectué des séjours dans les camps des Navajos Hopi, sait de quoi il parle ; sa connaissance intime des mœurs et coutumes de ce peuple lui permet de nous livrer un remarquable document ethnologique et à travers la vision qu’en a le médiateur blanc, il est le premier à nous montrer les Indiens dans leur vie quotidienne. Ces séquences descriptives sont tellement belles qu’on regrette d’ailleurs que le réalisateur ne se soit pas appesanti plus longuement sur elles. Pour que Broken Arrow m'émeuve encore plus profondément, il aurait peut-être fallu qu’il dure une heure de plus, ce qui paraît plutôt inconcevable pour l’époque. Car Daves ne pouvait pas se permettre de prendre son temps à réaliser une chronique ayant à raconter aussi simultanément tout un pan d’Histoire. Bref, il existe un certain déséquilibre dans le scénario qui m’a empêché de réellement m’attacher aux personnages ; une succession de scènes longuement dialoguées et d’étonnantes ellipses qui rendent l’intrigue un peu saccadée, manquant d’ampleur et d’intensité.


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Mais arrêtons là les critiques car la générosité du propos devrait honnêtement balayer ces défauts ; historiquement, Broken Arrow demeure une date très importante pour le cinéma. Delmer Daves, avec son humanisme généreux et sa profonde honnêteté morale, plaide avec une sincérité qu’il est difficile de prendre en défaut la réconciliation des antagonismes, aborde avec respect et dignité le traitement du problème indien et combat comme il l’a toujours fait toute idée de supériorité raciale. Il cherche à exalter la noblesse et la beauté de ses héros simples, généreux et de bonne volonté qui auront toutefois à lutter contre des moulins à vent, la violence étant tapie au détour d’un chemin, d’un buisson, d’un rocher et surgissant avec une crudité et une force redoutables (fabuleuse séquence de l’attaque de la diligence par Geronimo). La meilleure bonne volonté du monde arrivera difficilement à bout de la haine et des rancœurs. D’autres chefs apaches (pas forcément pour de mauvaises raisons d’ailleurs) tels Vittorio, Nana, Nachez, Chato ou Geronimo continuèrent le combat. Le choc que provoque la confrontation de scènes douces, lyriques et tendres (que sont celles vraiment magnifiques entre James Stewart et Debra Paget) avec ces quelques accès de fureur est une des constantes du style de Daves et l’un de ses traits de génie qui prendra toute son ampleur dans ses trois westerns consécutifs, sommets de son œuvre, composés de The Last Wagon, Jubal et 3h10 pour Yuma.

Broken Lance était le dixième film de Delmer Daves et ce dernier fut dès lors catalogué comme le cinéaste antiraciste d'Hollywood. A tel point qu’ensuite, ses contrats formulaient qu'il devrait désormais toujours raconter des histoires d'amour entre des gens de races différentes ! Les séquences de La Flèche brisée consacrées à l’histoire d’amour étaient à l’origine les passages les plus remarquables du film : une sorte d’idylle simple et lyrique qui voyait son point d’orgue dans la sublime séquence de la nuit de noces portée par un déchirant thème d’amour de Hugo Friedhofer ; on y voyait cette sublime image des nouveaux époux monter de superbes chevaux blancs les conduisant à leur tipi. Instant magique qui démontre le talent plastique incomparable de Daves. De même, le respect mutuel et l’amitié naissante entre Cochise (excellent Jeff Chandler qui endossera encore deux fois la défroque du chef apache dans des westerns de George Sherman et Douglas Sirk) et Jeffords était décrite avec une profonde tendresse. Daves fut en général plus à son aise dans la "chronique" que dans l’historique (témoin son bancal et pourtant très honorable et très intéressant Drum Beat).


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« Ecoute mon frère. Il faut accepter que les militaires respectent la paix. Geronimo ne valait pas mieux que ces blancs. Je porte le fardeau de leur traîtrise, porte celui de cette mort (As I bear the murder of my people, so you will bear the murder of your wife). Cochise est fidèle à son peuple. Personne ici ne rompra la paix, pas même toi. » Quel plus beau message de réconciliation, quelle plus belle conclusion pouvaient nous offrir le cinéaste et le scénariste ? La paix avant toute autre considération surtout quand il pourrait s’agir d’une simple et inutile vengeance. Voilà les dernières paroles d’un film foncièrement honnête, qui annonce une des plus belles et plus sensibles filmographies westerniennes de l’histoire du cinéma, celle de Delmer Daves.