Le Western américain : Parcours chronologique I 1930-1949

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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someone1600
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar someone1600 » 20 août 10, 16:32

Ce San Antonio a l'air bien intéressant en tout cas, je vais tenter de denicher mon enregistrement TCM.

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Jeremy Fox
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Abilene Town

Messagepar Jeremy Fox » 24 août 10, 22:52

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Abilene Town (1946) de Edwin L. Marin
GUILD PRODUCTIONS


Sortie USA : 11 janvier 1946


L’année 1946 démarre en douceur avec ce western de série produit par une toute petite compagnie ; il ne provoque pas vraiment d’étincelles mais se révèle relativement bien troussé par le scénariste Harold Shumate adaptant une histoire d’Ernest Haycox, déjà auteur de celle du fameux Stagecoach (La Chevauchée Fantastique) de John Ford. Nous assistons une fois encore à la sempiternelle lutte entre éleveurs et fermiers, la situation de départ étant quasiment la même que celle de Dodge City (Les Conquérants) de Michael Curtiz. Abilene est la ville du Kansas qui se trouve en fin de parcours de la Chisholm Trail, celle dans laquelle, après 1600 km parcourus en 16 jours, les cow-boys arrivent avec leurs troupeaux, fourbus mais exaltés par le fait de retrouver la civilisation ; ils se jettent alors avec avidité sur le jeu, l’alcool et les femmes se lâchant avec bruit et fureur, causant pour quelques nuits un désordre indescriptible et provoquant parfois quelques drames mortels. Cette plaque tournante du commerce du bétail voit en 1870 arriver des colons qui décident de s’y installer pour cultiver la terre. Le rude antagonisme entre les deux clans va culminer lorsque les fermiers ont pour idée de clôturer leur terrain avec du fil de fer barbelé afin d’empêcher les troupeaux de détruire leurs plantations.


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Dans cette situation, la seule solution que trouve le Marshall Dan Mitchell (Randolph Scott) pour mettre un semblant d’ordre dans sa ville bouillonnante est d’empêcher les cow-boys menés par Ryker (Dick Curtis) de dépasser le centre de la rue principale et de se rendre du côté où sont installées les maisons des paisibles citoyens. Il ne leur donnent le droit que de vaquer à leurs remuantes occupations de l’autre côté, celui où sont érigés saloons, hôtels et autre lieux de ‘débauches’. Mais cet arrangement ne suffit plus le jour de l’arrivée des colons ; la bataille qui se profile entre les deux clans risque de provoquer une vague de violence sans précédente. Pour en faire une ville digne de ce nom où les gens pourront vivre sereinement, il décide de prendre les choses en main plus énergiquement et sans plus compter sur l’aide du shérif Bravo Trimble (Edgar Buchanan) qui n’intervient jamais sans avoir fini sa partie de cartes et même après ça, se défilant la plupart du temps prétextant toutes sortes d’excuses pour s’éloigner des ‘conflits’. Dan va essayer de mettre les commerçants et négociants de son côté leur expliquant que leurs affaires seraient probablement plus florissantes avec les fermiers qu’avec les éleveurs. Dan Mitchell va devoir également essayer de convaincre de rejoindre ‘son camp’ la chanteuse Rita (Ann Dvorak) de qui il s’est amouraché mais qui se plait bien au contact des cow-boys turbulents. Il n’est pourtant pas non plus insensible au charme de Sherry Balder (Rhonda Fleming), la douce fille de l’épicier. Bref, que ce soit au niveau sentimental qu’au point de vue du travail, Dan Mitchell va avoir du pain sur la planche…


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Malgré une mise en scène sans saveur de Edwin L. Marin (le cinéaste de l’agréable L’amazone aux yeux vertsTall in the Saddle avec John Wayne), un deuxième western du réalisateur tout à fait recommandable grâce notamment à un scénario bien écrit et particulièrement mouvementé qui ajoute aux habituels adversaires les commerçants et hommes d’affaires qui réfléchissent à l’avenir de leur ville, se demandant si les pionniers sédentaires ne seraient pas une manne financière plus importante et plus sécurisée que celle amenée par les éleveurs instables et rarement dans l’enceinte de la cité. Dans un premier temps, les colons ne feront certes pas rapporter autant aux propriétaires des saloons ou des bordels mais si la population vient à s’accroître suite à la pacification de la ville, les commerçants devraient largement rentrer dans leur frais. On assiste donc à des considérations et discussions jusqu’à présent absentes du genre et qui apportent un certain intérêt supplémentaire à Abilene Town ; au milieu d'une intrigue somme toute banale, le scénario propose également d’autres petites originalités aussi bien dans les situations que dans la description des personnages. Voir le Marshall hésiter entre une Saloon Gal délurée et une paisible femme d’intérieur pour constater au final qu’il se tourne vers la première n’est pas banal pour l’époque d’autant que cette femme forte qui ne s’en laisse pas conter lui avait donné des coups de pieds dans les tibias tout au long du film ! On ne fait d’ailleurs pas de cadeau à cet honnête homme de loi qui, non content de se faire frapper par Rita devant l’assemblée, se fait également vertement critiquer par l’autre femme qui l’intéresse qui trouve ridicule qu’il soit constamment « une cible vivante pour 4 dollars par jour ». Obligé de se dépatouiller seul au vu de la fainéantise, l’incompétence et la couardise du shérif qui aurait pu lui être d’une aide précieuse, il se voit néanmoins rafler les honneurs de son travail bien fait (arrestation de meurtrier, négociations pour un retour au calme des esprits…) par ce dernier qui les accepte sans scrupules. Il ne travaille donc ni pour l’argent ni pour la gloire !


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Cet homme méritant n’est autre que Randolph Scott qui commençait alors à avoir le dur visage en lame de couteau qui l’a rendu célèbre par la suite ; il ressemblait alors de plus en plus au grand acteur du western muet qu’était William S. Hart. Une interprétation sans faille de ce grand acteur dans un rôle très humain et assez fouillé, capable d’humour malgré sa rude besogne à mener à bout. A ses côtés une jeune Rhonda Fleming que l’on avait déjà entraperçue dans In Old Oklahoma et une pétillante Ann Dvorak qui avait elle aussi côtoyée John Wayne mais cette fois dans The Flame of Barbary Coast. Le réalisateur n’a pas hésité à lui donner une rôle assez semblable et à la rendre sacrément aguichante lors notamment des trois chansons qu’elle entonne dans le courant du film. Les paroles sont pleines de sous entendues, ses jambes sont allègrement dévoilées et l’on sourit du contraste d’entendre son futur époux lui demander de se débarrasser de toutes ses robes, le tablier de cuisine pouvant aisément suffire à les remplacer ; un trait d’humour machiste assez piquant d’autant que Randolph Scott lui fait enfiler cet attribut vestimentaire lors de la dernière scène. La galerie de seconds rôles est assez pittoresque du shérif mollasson interprété par l’inénarrable Edgar Buchanan à l’épicier toujours en train de calculer combien il pourrait gagner en fonction des vainqueurs potentiels entre Cattlemen ou Homesteaders, en passant par Jack Lambert dans la peau du tueur à la gueule de l’emploi et au jeune colon entêté joué par un tout jeune Lloyd Bridges.


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A signaler enfin que ceux que les scènes d’action captivent ne sont pas oubliés pour autant ; ils pourront assister à des courses poursuites, des duels, des bagarres, des morts en pagaille et à un Stampede meurtrier ; mais les moyens financiers furent assez faibles et on le remarque surtout lors de ses quelques séquences à vocation spectaculaires qui souffrent de ce manque de budget. Un film pas désagréable pour une vision plutôt nouvelle et assez intéressante d'un thème déjà pas mal abordé avant d’être archi-rebattu par la suite ; bref une plutôt bonne surprise à l'arrivée même si on l’aura oublié immédiatement une fois visionné et que seuls les amateurs de westerns urbains devraient apprécier. Quant à la photographie d’Archie Stout, je ne pourrais guère vous en parler ayant découvert le film à partir du DVD édité par Bach Films, un DVD que je ne conseillerais qu’à mon pire ennemi !

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Julien Léonard
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 24 août 10, 23:09

Je l'aurais bien tenté ce petit western là, surtout pour Randolph Scott que j'aime beaucoup. Mais au vu du DVD Bach Films... :?
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Jeremy Fox
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The Harvey Girls

Messagepar Jeremy Fox » 27 août 10, 22:55

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The Harvey Girls (1946) de George Sidney
MGM


Sortie USA : 18 janvier 1946


"Fred Harvey, pour créer sa chaîne de restaurant le long du chemin de fer de Santa Fe, emmena des pionnières. Ces jolies serveuses, les Harvey Girls, firent la conquête de l'Ouest comme Davy Crockett et Kit Carson mais leurs seules armes étaient des steaks et des tasses de café". Pour la petite histoire, les Harvey House furent créés en 1870 dans le but d’accorder aux clients-voyageurs de la bonne nourriture à bon marché et dans un cadre calme et élégant. Les 84 restaurants de la chaîne furent développés dans 7 états tout au long du chemin de fer de Santa Fe.

La comédie musicale étant, après le western, mon second genre de prédilection, je pouvais difficilement passer sous silence le premier véritable mix des deux et donc ne pas évoquer The Harvey Girls. Il s’agit effectivement du premier ‘musical’ cinématographique à prendre pour décor et époque le Far-West du 19ème siècle. C'est le succès à Broadway d'Oklahoma de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein qui lança la mode et George Sidney fut le premier à s'y engouffrer pour Hollywood. Le cinéaste n'ayant jamais réalisé de western à proprement parler et s'avérant pourtant l'un de mes chouchous, les raisons étaient nombreuses pour que j'inclue ce film au sein de mon parcours chronologique. Mais trêve de justification d’autant qu’il y en aura 5 ou 6 autres à venir par la suite! (et puis d’abord je suis chez moi, je fais ce que je veux :mrgreen: !) Dans le domaine de la comédie musicale, George Sidney avait déjà réalisé les années précédentes les jubilatoires Bathing Beauty (Le Bal des Sirènes) avec Esther Williams ainsi que Anchors Aweigh (Escale à Hollywood) avec le duo Gene Kelly et Frank Sinatra ; il y avait peu de chances pour, qu’avec des chansons écrites par le duo Harry Warren et John Mercer, il ne transforme pas l’essai une troisième fois. Et non seulement il réussit l’exploit mais il fait même encore mieux que précédemment.


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1885. Dans le train qui la conduit à Sandrock (Nouveau Mexique) où elle doit épouser un certain H.H. Hartsey (Chill Wills), une naïve jeune fille de l’Ohio, Susan Bradley (Judy Garland), rêve à la vie qui l’attend. Elle n’a jamais vu son futur mari qu’elle ne connaît qu’à travers la correspondance qu’ils ont entretenu suite à une annonce matrimoniale. Dans son wagon, elle fait la connaissance des futures serveuses de la chaine de restaurants Harvey venues fonder une succursale dans cette ville éloignée du Far-West. Arrivé à bon port, ses espoirs romantiques s’évanouissant, Susan décide en consentement mutuel avec son ‘futur-ex époux’ de ne plus se marier. Elle souhaite néanmoins rester dans la cité bouillonnante pour faire partie des Harvey Girls. La concurrence s’avère rude avec le saloon Alhambra situé de l’autre côté de la rue ; en effet, le magistrat corrompu Sam Purvis (Preston Foster), en cheville avec Ned Trent (John Hodiak), le tenancier de l’établissement, a peur que cette ‘concurrence’ leur fasse de l’ombre. Il décide par tous les moyens détournés (incendie, menace…) de chasser les Harvey Girls de la ville. Ned, grand romantique caché, ne va pas lui être d’un grand secours puisqu’il vient de tomber sous le charme d’une d’entre elle, Susan justement. Elle apprend que, tel Cyrano, c’était lui qui écrivait les lettres au nom d’Hartsey. De prime abord très en colère, elle finit par tomber dans ses bras. Em (Angela Lansbury), une chanteuse qui dirige ‘l’escadron’ de filles légères du Saloon et qui a toujours été secrètement amoureuse de Ned, devient très jalouse de cette dernière. Le danger et le risque de ‘crêpage de chignons’ est à son comble…


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Un générique se déroulant avec l’image d’un train rutilant parcourant les immenses plaines de l’Ouest pour finir par longer les montagnes rougeoyantes de la fameuse Monument Valley. Un travelling descendant qui débute dans le ciel pour attraper le visage de Judy Garland debout sur la plate forme arrière d’un train derrière lequel défilent les paysages de l’Ouest américain familiers aux ‘westerners’ endurcis ; sauf que l’actrice chante une superbe ballade au cours de laquelle elle exprime ses espoirs et ses rêves à propos de sa vie future dans cette région éloignée de l’Ohio d’où elle vient mais qu’elle a voulu quitter par esprit d’aventure. La séquence suivante débute au milieu d’une rue avec ses maisons en bois la bordant et traversé par un troupeau de bêtes à corne. Au fond, les montagnes, au premier plan des cavaliers tout de noirs vêtus aux têtes bien connues par les connaisseurs du genre, celles de Jack lambert et Preston Foster. On pénètre ensuite dans un immense saloon enfumé et bariolé où s’affairent joueurs, cow-boys et filles légères ; l’amateur se sent encore en terrain connu avant qu’une spectaculaire séquence musicale annonce l’arrivée du train amenant les Harvey Girls. Nous nous rendons vite compte que nous nous trouvons au début devant un mix parfait de western et de comédie musicale ; mais il serait malhonnête d’affirmer que les amateurs de l’un et de l’autre genre pourront y trouver un égal bonheur sur la longueur. En effet, si le superbe décorum (costumes, décors, extérieurs…) est purement westernien, le ton, le style et les conventions tiennent principalement de la comédie musicale, les romances prennent vite le pas sur le mouvement et l’action. Il n’est d’ailleurs pas inintéressant de voir comment le ‘Musical s’approprie les codes du western. Mais il faut savoir que plus le film avance, plus l’intrigue fond comme peau de chagrin pour faire place à une suite de numéros musicaux qui devraient faire trouver le temps long à ceux qui souhaitaient voir un vrai western.


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D’ailleurs, c’aurait du en être un avant l’intervention d’Arthur Freed ; originellement conçu comme un drame avec la reformation du couple de Franc Jeu (Honky Tonk), Lana Turner et Clark Gable, il se transforma en comédie musicale après la désaffection de la star masculine maison déjà prise sur un tournage et après que le producteur phare de la section ‘Musical’, surpris et boosté par le succès sur scène d’Oklahoma, opère les changements qui aboutirent à cet Harvey Girls tel qu’on peut le voir aujourd’hui. Suite à tous ces changements, Gene Kelly fut même un moment pressenti pour reformer un duo avec Judy Garland après For me and my Gal. Ces multiples remaniements expliquent certainement le pourquoi de cinq scénaristes aux manettes car sinon, au vu de l’intrigue s’avérant bien banale, les arrières plan historiques et sociaux étant rapidement laissés de côté alors qu’ils semblaient devoir être passionnants, il n’y aurait pas eu de raison qu’ils soient autant pour pondre une histoire sans originalité particulière. "Fred Harvey, c'est un pas vers la civilisation. Vous êtes le symbole de l'ordre à venir" dit à ses filles, la ‘manager’ de l’équipe de futures serveuses. Et en effet, elles auront à lutter contre les prostituées, les hommes d’affaires véreux et les tenanciers de saloons et maisons de jeux ; ces derniers pressentant qu’elles pourraient malheureusement avoir de l’influence bénéfique sur les mœurs des habitants, imaginent déjà leur future faillite. La loi du plus fort qui règne encore (on ne trouve d’ailleurs pas de shérif dans cette ville) semble devoir se terminer, les demoiselles Harvey représentant la civilisation en marche ‘risquant’ de l’enterrer définitivement après avoir apaisé les esprits et les désirs. Le quintet ayant participé à l’écriture aurait approfondi cette donnée, c’aurait probablement apporté un attrait supplémentaire à ce scénario commun mais il reste fort bien écrit au demeurant, témoin une galerie de personnage très attachante et un film qui se suit sans aucun ennui malgré la quasi absence d’action et de forts enjeux dramatiques.


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Beaucoup ont écrit que Judy Garland portait le film sur ses épaules ; elle a beau être touchante de par sa sensibilité et son charme, c’est être sacrément injuste envers ses partenaires qui sont loin d’être des potiches. Le casting est en effet franchement réjouissant dans son ensemble. Il est déjà fort agréable de retrouver des trognes qui ont roulé leur bosse dans le genre tel Preston Foster (Les Tuniques écarlates) toujours aussi élégant et racé, les amusants Chil Wills et Marjorie Main ainsi que Jack Lambert qui, avec son inquiétant visage, est parfait dans son rôle de tueur (rôle qu’il tenait déjà la semaine précédente sur les écrans face à Randolph Scott dans Abilene Town). Plus habitué des comédies musicales que du western, la délicieuse Cyd Charisse qui danse déjà divinement (c’est elle qui aurait du jouer la Salomé de Charles Lamont en lieu et place de Yvonne de Carlo), l’élastique Ray Bolger ainsi que la dynamique Virginia O’Brien, une actrice qui a vraiment trop peu tourné et qui avait pourtant une voix originale et oh combien agréable. Il ne faut pas non plus oublier Angela Lansbury, parfaite et splendidement costumée dans la peau de la prostituée jalouse. Les scénaristes ont donné à tous des personnages fort sympathiques dans la peau desquels tous ses acteurs s’en sortent très bien. Sans oublier le pauvre John Hodiak qui s’est vu villenpidé par une majorité le trouvant fade. Pour ma part, je l’ai trouvé très à l’aise dans ce rôle inhabituel de patron de Saloon romantique qui souvent part en cachette pour aller rêver devant une vallée paradisiaque qu’il a découvert derrière une montagne ; il souhaite secrètement y vivre avec la femme de sa vie qu’il n’a pas encore rencontré. La séquence qui le voit dans ce lieu magique auprès de Judy Garland est un moment d’une profonde tendresse et le fou rire qu’ils prennent avant de rentrer en ville est d’un naturel confondant ; leur couple est donc très crédible et fonctionne à merveille. Quant à Judy Garland, car elle est néanmoins la star du film, elle est exquise en même temps que désarmante de naïveté et de gentillesse dans ce rôle d’une femme moderne ayant quitté son Ohio natal qu’elle trouvait trop vieux jeu pour aller vivre une vie plus aventureuse dans le Far West. Tour à tour vulnérable et forte tête, elle est tout simplement craquante. Son visage est magnifié par la caméra de George Sidney et sa voix demeure toujours aussi belle et inimitable. Il faut l'avoir vue deux pistolets à la main aller semer la terreur dans le saloon au milieu de galants cow-boys galants jouant le jeu car plus amusés qu’effrayés…


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Mais c’est aussi grâce à la virtuosité de George Sidney que ce film finalement assez peu connu en France mérite de figurer aux côtés des très belles réussites de la comédie musicale. Moins délurée que pour The Bathing Beauty, la patte du cinéaste n’en est pas pour le moins très vite reconnaissable surtout lors des numéros musicaux : cadrages penchés, montage rapide, étonnants mouvements de caméra aériens, angles de caméras iconoclastes, arrivée des personnages ou de certains objets à flan d’objectifs sans oublier une facilité déconcertante à diriger de nombreux figurants. Lorsqu’il s’agit de filmer des scènes romantiques, Sidney n’hésite pas à filmer de très près nous offrant des portraits en gros plans absolument magnifiques. Deux séquences au moins font montre du génie du 4ème mousquetaire de la comédie musicale, la fameuse chanson de 8 minutes (qui reçu d’ailleurs l’Oscar), ‘On The Atchison, Topeka and the Santa Fe’ au cours de laquelle il nous montre l’aisance avec laquelle il semble diriger des scènes à priori (et même très certainement) très compliquées à gérer ou, tout au contraire, ‘I Shall Love You Through Eternity’ et son plan séquence qui débute avec l’entrée de Cyd Charisse dans le saloon en contre plongée et panoramique latéral ; attirée par Kenny Baker au piano, elle s’installe alors à ses côtés avant d’entamer des pas de danse très sobres, tournoyant autour de l’instrument avec une grâce et une finesse que la caresse de la caméra rend encore plus inoubliables. Autre marque de fabrique du réalisateur, son goût plastique absolument exquis, témoin la chanson de Virginia O’Brien dans l’atelier du maréchal-ferrant, ‘The Wild Wild West’ où le réalisateur joue sur toutes les nuances de brun.


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Il y a bien d’autres chansons au cours du film, toutes plus belles et entêtantes les unes que les autres, que ce soit celle qui ouvre le film, ‘In The Valley Where The Evenin' Sun Goes Down’ chantée par Judy Garland en passant par ‘It’s a Great, Big World’ par le trio Garland/Charisse/O’Brien (Cyd Charisse, piètre chanteuse, ayant été doublée) ; on y trouve certains morceaux au montage survitaminé tel ‘To be a Harvey Girl’ ou une éblouissante démonstration de claquette et de danse dégingandé par l’étonnant Ray Bolger qui ne s’était jamais remis de sa scène acrobatique coupée dans Le Magicien d’Oz (on peut heureusement la voir dans les bonus DVD de ce dernier film) ou encore la scène de valse vers la fin du film qui se termine par un long plan séquence parfaitement maitrisé. Les équipes artistiques de la MGM s'en sont données à cœur joie niveau photo, décors et costumes ; c'est chatoyant à profusion. Le ton est chaleureux, enjoué et même si la plupart des séquences musicales pourront paraître un poil trop étirées, le bonheur demeure constant. Une comédie musicale westernienne pleine de rythme et de charme dans laquelle les Indiens sont vêtus en multicolores, les Cow-boys sont rasés de près, les prostituées sont d’une rare élégance, les Bad Guys sont romantiques, les bagarres homériques se déroulent entre femmes, les rixes à poings nus au milieu d’un gigantesque incendie pour rendre le tout plastiquement plus beau et où tout se termine par des mariages et réconciliations.


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Arthur Freed, qui ne s’était pas trompé beaucoup jusqu’à présent, eut à nouveau du flair car son film empocha le jackpot ; ses recettes furent au moins deux fois plus fortes que son coût initial. Les amateurs de chevauchées et de morts violentes auront évidemment du passer leur chemin mais les autres auront été probablement conquis par cette brillante reconstitution pleine d’humour et de romantisme. Pas très bien considéré par les historiens du cinéma, j’invite néanmoins à lui redonner sa chance ; il le mérite amplement.

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Patapin
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Patapin » 28 août 10, 12:26

Appétissantes, ces Harvey Girls ! :D

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Jeremy Fox
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Badman's Territory

Messagepar Jeremy Fox » 30 août 10, 13:56

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Badman's Territory (1946) de Tim Whelan
RKO


Sortie USA : 01 avril 1946

“…But an unusual mistake was made in this race for statehood. A strip of land was completely overlooked... forgotten. It was left without law or sheriff. This strip had no legal basis for government of any kind. And in the closing decade of the Nineteenth Century, it became a hideout for the outlaws who infested the west. No United States Marshal dared venture there. It was called Badman's Territory” nous explique une voix off en début de film. Donc, en ce dernier quart du 19ème siècle, enclavé entre les états du Nouveau Mexique et du Texas au Sud, du Kansas et du Colorado au Nord -tous quatre déjà entrés sous le giron de la bannière étoilée-, un petit territoire rectangulaire n’était bizarrement pas encore administré ni juridiquement ni politiquement. A l’Est, sa frontière était le futur Oklahoma encore aux mains des Indiens. Une aubaine pour tous les hors-la-loi sévissant aux alentour qui pouvaient se réfugier dans cette contrée sans jamais y être inquiétés. Cette situation convenait parfaitement à presque tous les habitants qui s’étaient fait une raison et s’étaient habitués à profiter de l’argent salement gagné par les bandits. Quinto était la ‘capitale’ de ce ‘Badman’s Territory’. C’est dans ce lieu sans loi, ce ‘havre de paix pour canailles’, que se déroule l’intrigue du film de Tim Whelan, son premier western.


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Le Gang des frère James commet un Hold-up au Texas ; il est pourchassé par le shérif Mark Rowley (Randolph Scott) ainsi que par le Posse organisé par le Marshall Bill Hampton (Morgan Conway). Les deux groupes ne s’entendent pas vraiment et tentent chacun de leur côté d’appréhender les bandits. Kid Coyotte (George Gabby Hayes), qui avait participé au cambriolage, est capturé par Rowley qui souhaite le ramener en ville afin d’y être jugé. Alors qu’ils sont en route pour escorter Kid, ils croisent le chemin du Marshall Hampton, qui, sans raison apparente, tente de tuer le prisonnier mais ne fait que blesser John, le frère du shérif qui s’était interposé pour l’empêcher d’être lâchement abattu. Hampton est sur le point de tous les abattre quand Jesse James (Lawrence Tierney) intervient et le fait fuir. Jesse conduit alors le blessé à Quinto, l’un des villes sans loi de ces ‘terres oubliées’ comme on nommait ce territoire. Hampton fait courir le bruit que le frère du shérif fait désormais partie du gang James ; Mark n’en croit rien et décide d’aller vérifier par lui-même en se rendant seul à Quinto. Sur son chemin, il rencontre Henryette Alcott (Ann Richards), la seule habitante de la ville à lutter contre le banditisme par l’intermédiaire du journal local qu’elle a hérité de son père. Il tombe amoureux de la jeune femme ; mais, alors qu’elle souhaite convaincre les habitants de signer une pétition afin que leur contrée soit rattachée à l’Oklahoma qui ne va pas tarder à faire partie des USA, on propose à Mark d’être régulateur de la ville pour éviter toute effusion de violence intempestive. Loi encadrée juridiquement par les États-Unis ou loi d’un seul homme sans qu’il n’ait de compte à rendre à quiconque ? La décision est aux mains des habitants de Quinto.


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Une histoire pour le moins originale que celle que nous offre ce petit western de série B qui nous décrit une situation historique peu commune, nous fait apparaître le personnage du régulateur (homme choisi par la populace souhaitant un garde-fou quand la région n’était encore gouverné par aucune autorité juridique ou politique) tout en lançant quelques pistes de réflexion sur la loi et l’ordre. Autre élément nouveau, celui de faire se réunir dans le même film un grand nombre d’outlaws célèbres, ici les frères James, les frères Daltons, Sam Bass et Belle Starr. La compagnie Universal faisait alors se côtoyer ses différents monstres pour essayer d’augmenter l’audience de ses nouvelles productions de films fantastiques ; la RKO a probablement tenté de faire de même avec ce western. Bien évidemment, ces hors-la-loi ne se sont tous probablement jamais rencontrés dans la réalité mais n’oublions pas que nous sommes à Hollywood, le territoire magique de toutes les improbabilités quitte à déplaire aux historiens puristes ! Le Westerner lui, est aux anges ; l’occasion de pouvoir croiser dans la même heure Jesse James, Belle Starr et Bob Dalton ne lui est pas offerte tous les jours d’autant que ces rencontres s’opèrent au sein d’un western d’honnête facture !


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Tim Whelan qui venait de réaliser le premier ‘screwball Musical’ avec le méconnu mais jubilatoire Step Lively (avec Frank Sinatra) devait être encore pris dans le rythme effréné de celui-ci quand il réalisa son premier western ; en effet le quart d’heure initial est tellement rapide et mouvementé qu’on se demande parfois si l’on a bien tout compris et si l’on aurait pas loupé des éléments de l’intrigue au passage ! Ca bouge, ça tire, ça caracole, ça chevauche dans tous les sens avant que tout le monde se pose relativement tranquillement une fois arrivé à Quinto. Et dans cette ville des sans lois, les pires crapules ne sont pas nécessairement ceux que l’on croit, les noms célèbres étant jugés et décrits par les scénaristes avec beaucoup de respect comme l’a toujours plus ou moins fait Hollywood jusqu’à présent, ‘romantisant’ à outrance la vie de ces Outlaws. Celui qui mérite cette ‘récompense’ est le Marshall Hampton souhaitant ardemment que le territoire passe sous l’égide de l’Oklahoma ayant préparé dans le cas où ça se ferait de se réserver une place au soleil dans le domaine politique. Alors que dans le même temps les citoyens les plus raisonnables de la ville commencent à se dire qu’il leur faudrait un garde-fou pour se protéger d’eux-mêmes et empêcher une montée de la violence ; c’est ainsi qu’ils pensent à inventer le ‘métier’ de régulateur non pas chargé d’arrêter les bandits (tous ayant tendance à forcer la sympathie) mais d’éviter tout débordement. Sans base juridique ni politique, ils ne trouvent que cette solution en attendant de devenir américains à part entière.


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C’est donc à Randolph Scott (pour la deuxième fois en haut de l’affiche en ce début d’année 1946 après Abilene Town) qu’échoit cette dangereuse mission ; égal à lui-même, l’acteur accomplit sans surprise mais honnêtement son travail, son personnage s’échappant parfois des conventions lorsque par exemple son aimée le compare à Richard Cœur de lion et qu’il lui répond qu’il est loin d’être aussi bon que ce dernier, souhaitant se faire aimer pour lui-même et non pour ses faits glorieux. Le rôle féminin est interprété par Ann Richards, actrice ressemblant parfois étonnamment à Ingrid Bergman. A leurs côtés un bon casting de seconds rôles mais personne non plus de très marquant hormis peut-être Isabel Jewell dans la peau de Belle Starr ; lors de ses trois ou quatre apparitions, on se prend à rêver à ce qu’aurait pu être le film d’Irving Cummings narrant sa biographie si elle avait été en haut de l’affiche en lieu et place de Gene Tierney. Au cours de ce western de bonne tenue, on pourra assister à une course de chevaux autour de la ville et à un duel d’une belle sécheresse le tout soutenu par un score honorable de Roy Webb qui se prend à faire des variations sur son beau thème principal de L’Amazone aux yeux verts (Tall in the Saddle). Diffusé sur une chaîne du satellite sous le titre L’ange des Maudits, il ne faut évidemment pas le confondre avec le futur western de Fritz Lang. Cependant, il ne faudrait pas non plus le bouder car malgré une intrigue parfois confuse et un ensemble qui ne laissera probablement pas de grandes traces, il fera très certainement passer un bon moment à beaucoup d’amateurs ; Tim Whelan prouvait qu’il n’avait rien d’un manche et que, arrivant presque en fin de carrière, c’était encore un cinéaste qui gagnait à être connu.

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Jeremy Fox
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The Virginian

Messagepar Jeremy Fox » 2 sept. 10, 07:15

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Le Traître du Far-West (The Virginian, 1946) de Stuart Gilmore
PARAMOUNT


Sortie USA : 05 mai 1946


Molly Woods (Barbara Britton), fatiguée de sa vie monotone dans le Vermont, quitte son prétendant et part s’émanciper dans l’Ouest pour y devenir institutrice. Elle s’installe dans le Wyoming où elle rencontre ‘Le Virginien’ (Joel McCrea), cow-boy qui tombe immédiatement amoureux d’elle, et Steve (Sonny Tufts), son meilleur ami. Ce dernier, appâté par le gain et partisan du moindre effort, se rallie à un homme tout de noir vêtu, Trampas (Brian Donlevy) dont le cheptel augmente à une vitesse ahurissante au détriment des autres fermiers et éleveurs ; il s’agit en fait du chef d’un gang de voleurs de bétail qui décime la région. Du travail et des soucis en perspective pour notre loyal ‘Virginien’ qui va devoir dans le même temps séduire la jolie institutrice entêtée et faire cesser les méfaits du gang, quitte à y perdre un ami…


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Après Judy Garland quittant l'Ohio de peur de s'y ennuyer et pensant trouver dans les contrées lointaines du Far-West le paradis de ses rêves, c'est au tour de la jolie Barbara Britton d'en faire de même, la routine de l'Est lui pesant fortement. Mais si la première y allait pour se marier et finissait serveuse au sein des Harvey Girls, la seconde a préféré au contraire quitter son prétendant pour aller enseigner dans l'Ouest : une femme battante et moderne qui met en avant l'amour de son métier au détriment de l'amour que lui porte un homme passionnément épris ; et d'ailleurs, contrairement à ce que pourrait nous laisser penser le titre, Molly Woods tient une place plus importante dans le courant de l'intrigue que Le Virginien interprété sans trop de conviction par Joel McCrea. Ses relations avec les différents protagonistes masculins durant la première demi-heure avaient des airs fort agréables de comédie américaine. Dommage que son personnage ne soit pas mieux écrit, plus développé et que dans la dernière partie, on se doit d'assister, atterré, à l'acquiescement de Molly à propos de tous les discours qu'on lui sermonne sur la loi du talion et autres idées réactionnaires ! Sinon, Barbara Britton s'avère une actrice plutôt agréable et surtout franchement charmante ; je vous laisse juge de son très joli minois !


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En tout cas, je pense avoir été quand même très injustement sévère à l'encontre de ce western coloré et bon enfant dans mon précédent avis. S'il est effectivement rempli de clichés et pas très original, l'avoir trouvé à ce point médiocre provient peut-être du fait de l'avoir visionné entre quelques Rio Bravo ou Johnny Guitar. Mais sinon, s'il est vrai qu'il n'a rien d'exceptionnel surtout à postériori, il n'en est pas moins assez plaisant à regarder ; en 1946, il a certainement du apporter du bonheur à un grand nombre car l'histoire n'était alors encore pas trop rabachée et le Technicolor, encore assez rare malgré tout, brillait ici de tous ses feux avec ses couleurs généreusement tranchées (la scène d’arrivée de la locomotive flambant neuve sur la voie ferrée encombrée par du bétail est de ce point de vue superbe). Dans les points positifs, on peut aussi signaler une séquence assez émouvante, celle de la pendaison de son meilleur ami par "le Virginien" (l'émotion de McCrea est alors bien convaincante) et un duel final concis mais surtout réussi esthétiquement par le fait qu’il se déroule au crépuscule dans des ruelles vides balayées par le vent, le brave Joel McCrea affrontant le "vilain" Brian Donlevy vêtu de noir de la tête aux pieds ; le dernier plan de ce 'duel' est superbe. On a cependant connu Brian Donlevy bien mieux servi que par ce Bad Guy sans relief autre que le charisme et la tenue vestimentaire de l'acteur (cette dernière dont il a du probablement emprunter l'idée au Billy le Kid de Robert Taylor alors que lui tenait le rôle antagoniste de Pat Garrett)


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Malgré un spectacle somme toute honnête, on se demande comment cette histoire tirée du roman de Owen Wister et de la pièce de Kirk Lashelle a-t-elle pu donner lieu à pas moins de quatre adaptations pour le cinéma en1914, 1923 et 1929 (cette dernière par Victor Fleming avec Gary Cooper) et à une célèbre série télévisée des années 60 avec James Drury et Doug McClure ? A la vision de ce film, on est en droit de se poser la question tellement l’intrigue nous paraît aujourd'hui d’une grande banalité. Et quand on voit le nom des deux scénaristes, Frances Goodrich et Albert Hackett, on en reste bouche bée : même si leur travail n'est pas honteux, nous sommes à des années lumières de ce que le même duo sera capable de nous pondre les années suivantes, à savoir entre autres les enchanteurs La vie est belle de Frank Capra et Le pirate de Vincente Minnelli. The Virginian (1902) d’Owen Wister fait pourtant partie des romans posant les bases du genre aussi bien en littérature qu’au cinéma, puisque dès 1914, Cecil B. DeMille s’en empare pour en réaliser une première version.


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Notons que le film est dirigé avec une mollesse et un manque d’énergie flagrants par un cinéaste qui n’a pas fait une grande carrière. Ses scènes d'action sont totalement anodines et ne sont pas aidées par un montage tout du long assez approximatif (même les champs / contre champs semblent inharmonieux lors de certaines séquences dialoguées). L'utilisation des transparences n'est pas non plus des plus réussie. Cependant, il faut porter à l'actif du film de très nombreuses séquences tournées en extérieur dans de magnifiques paysages verdoyants bien photographiés. Pas grand chose à dire de la musique absolument neutre de Daniele Amfitheatrof (qui a pourtant laissé quelques partitions tout à fait honorables à défaut d’être mémorables), de l’interprétation assez moyenne de Joel McCrea (qui ne m'a pas encore franchement convaincu jusqu'ici dans le western) même si, à sa décharge, on ne peut pas dire que les scénaristes aient gâté ce personnage un peu benêt, et de celle pour le moins assez terne de Sonny Tufts.


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Alors comme nous le disions au début, quand par dessus tout ça, le film nous inflige en cours de route une apologie de la justice expéditive et de la fermeté à tout crin ("Il n’y a pas de place ici pour les faibles") par le biais d’un personnage voulu comme éminemment sympathique, celui de l’honnête et douce pionnière désormais âgée, on devient encore moins indulgent ! Dans une des scènes finales opposant la jeune Molly à son hôtesse, les deux femmes mettent un point d’honneur à savoir laquelle de leurs familles respectives a été la plus héroïque, l’héroïsme consistant ici à avoir massacré le plus d’Indiens possible et à s’en vanter (sic !). Malgré tous ces points négatifs et un ensemble très moyen, un western qui ne méritait pas le sort peu enviable que je lui avais réservé dans ma précédente critique ; je dois avouer qu'il m'a cette fois fait passer un bon moment surtout au cours de sa première moitié.

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar hellrick » 2 sept. 10, 13:43

Le dvd du Traitre du Far West traine pas mal dans les bacs à soldes belges ces derniers temps (généralement à 2 euros) je vais donc peut être me laisser tenter quand même...Sinon Canyon Passage va très très largement remonter le niveau, bon revisionnage :D
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Rick Blaine » 2 sept. 10, 13:56

Jeremy Fox a écrit :A suivre : Canyon Passage de Jacques Tourneur


J'ai hâte de te lire sur ce chef d'œuvre!!
Ce topic est une bible :D

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Jeremy Fox
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Jeremy Fox » 2 sept. 10, 15:10

hellrick a écrit :Le dvd du Traitre du Far West traine pas mal dans les bacs à soldes belges ces derniers temps :D


Si le film est moyen, le DVD est superbe.

Rick Blaine a écrit :
Ce topic est une bible :D


Merci :) Et pas de soucis pour le Tourneur :wink:

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Renegades

Messagepar Jeremy Fox » 2 sept. 10, 18:42

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Les Indomptés (Renegades - 1946) de George Sherman
COLUMBIA


Avec Evelyn Keyes, Willard Parker, Larry Parks, Edgar Buchanan
Scénario : Melvyn Levy & Francis Edward Faragoh d’après une histoire de Harold Shumate
Musique : Paul Sawtell
Photographie : William E. Snyder (1.37 Technicolor)
Un film produit par Michael Kraike pour la Columbia


Sortie USA : 13 juin 1946

Sam Martin (Willard Parker) est le médecin de la petite ville de Prairie Dog ; en raison de sa sagesse, de son caractère et de son aisance dans le maniement des armes, il est également souvent appelé à la rescousse pour gérer les conflits qui risquent de tourner au drame. Alors qu’il revient de Denver avec son futur beau-père -puisqu’il doit bientôt épouser la charmante Hannah (Evelyn Keyes)- leur diligence est attaquée par la fameuse bande de Kirk Dembrow (Edgar Buchanan) et de ses fils. Un mystérieux cavalier (Larry Parks) vient à la rescousse des passagers. Lorsque le gang attaque la ville en représailles de ce loupé, on apprend la véritable identité du sauveteur qui n’est autre que Ben Dembrow qui avait décidé de mener une vie honnête et qui avait quitté le domicile familial avec sa mère. Se trouvant sur les lieux, il est alors inculpé malgré le fait d’être totalement innocent. Alors qu’il passe en jugement, ses frères viennent le délivrer malgré lui ; c’est le début d’une chasse à l’homme impitoyable d’autant que Hannah, tombée sous le charme de Ben, est parti avec les bandits…


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Lorsque George Sherman réalise Renegades, le prolifique cinéaste a déjà une soixantaine de films à son actif, quasiment tous inconnus par les cinéphiles français ! Autant dire qu’il reste encore de quoi défricher au sein de cette œuvre quantitativement conséquente, même s’il semblerait qu’une majorité de ces 'premiers' films n’ait en fait guère trop d’intérêts. Car il ne faudrait surtout pas aller dans l’excès inverse qui prendrait le contre pied de la médiocre réputation qu’avait George Sherman dans notre pays voici seulement 20 ans en arrière en s’agenouillant désormais devant chacun de ses opus. En effet, au regard de ce que nous avons pu découvrir ces dernières années de sa filmographie, il s’avère que, malgré le fait de contenir quelques très belles pépites surtout entre 1948 et 1953, ce corpus demeure néanmoins sacrément inégal, notamment en qui concerne les westerns.


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En cette année 1946, Les Indomptés précède la période qualitativement faste du cinéaste qui débutera deux ans plus tard lorsqu’il signera un contrat pour le studio Universal. En attendant cette suite de westerns ou de films d’aventures colorés pour la plupart hautement divertissants -voire plus concernant des petits bijoux comme Tomahawk-, le western Columbia qui nous concerne ici se révèle au contraire malheureusement très mauvais. C’est d’autant plus dommage que sur le papier l’intrigue laissait positivement à augurer malgré la plupart de ses situations assez invraisemblables : un médecin doux et altruiste, également tireur d’élite, qui perd sa fiancée par le fait de porter plus d’attentions à ses malades qu’à leur projet de mariage ; cette même charmante rousse qui tombe dans les bras d’un jeune homme condamné par un jury de ses concitoyens alors qu’il est innocent, fuyant avec lui lorsqu’il n’a plus d’autre choix que de suivre un chemin tortueux pour sauver sa tête ; cet hors-la-loi par la force des choses qui n’est autre que le membre d’une famille de véritable outlaws qu’il a quitté avec sa mère pour mener une vie pauvre mais honnête ; cette gentille maman qui est tombée malade depuis qu’elle a pris la décision de se détacher de ses deux autres fils et de son époux dont elle refuse de valider les méfaits ; ce chef de bande qui avant chaque mauvais coup se réfère à la Bible pour se justifier et mettre en repos sa conscience…


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Mais voilà, le scénario manque tellement d’aspérités -étonnant de lire ici et là plusieurs avis se réjouissant d’un "film adulte aux personnages fouillés annonçant les grands westerns des années 50" ; sic !-, la direction d’acteurs est tellement médiocre que la plupart des comédiens se révèlent soit fades (Willard Parker ou Evelyn Keyes, actrice surtout connue pour avoir été successivement l’épouse de Charles Vidor et John Huston) soit totalement amorphes (Larry Parks). Du coup, comment s’intéresser à leurs histoires, aussi dramatiques ou mélodramatiques soient-elles, alors qu’il est très difficile d'éprouver de l’empathie pour quelconque d’entre eux, pas plus pour l’angélique docteur 'super héros' aimé de tous que pour sa charmante fiancée qui le quittera le temps d’une fuite éperdue, pas plus pour le chef de bande finalement pas très effrayant que pour son fils prodige tout mollasson. On s’agacera même du ton souvent larmoyant mis en avant par les auteurs –le personnage de la mère rendu malade suite à un traumatisme et sur les épaules de laquelle tous les malheurs du monde semblent être tombés- au sein d’un film pourtant plus gentillet et enfantin que réellement sombre. On regrettera cette direction d’acteurs dilettante car l’on sait à quel point Edgard Buchanan put souvent être convaincant, tout comme Willard Parker, habitué des rôles de shérif, qui le fût déjà dans Relentless (Du sang dans la Sierra) du même Sherman et surtout dans le western culte de Hugo Fregonese, Apache Drums (Quand les tambours s’arrêteront).


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Pas d'indulgence à avoir à l’encontre de ce film même s'il est signé par un cinéaste qui nous aura certes ravis à de nombreuses reprises (Calamity Jane and Sam Bass ; Black Bart ; The Battle of Apache Pass ; Tomahawk ; Reprisal! ; The Hard Man) mais qui ne peut quand même pas rivaliser sur la longueur avec les grands maîtres du genre. Le western qui nous concerne est non seulement difficilement crédible mais également guère captivant et au contraire sacrément ennuyeux, pas non plus aidé par un score absolument abominable du fécond Paul Sawtell. Reste un Technicolor réjouissant pour les yeux, des cascadeurs chevronnés, quelques efficaces séquences mouvementées -notamment la poursuite de la diligence par des dizaines de cavaliers- et enfin une courte scène d'obsèques plastiquement superbe qui nous fait regretter que le film n'ait pas été de ce niveau tout du long. Ceci étant dit, sachant que François Guérif a bien apprécié, il ne vous est pas non plus interdit de lui faire confiance !

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Major Dundee
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Major Dundee » 2 sept. 10, 19:34

Jeremy Fox a écrit :Pour ceux qui comme moi ne sont pas spécialement calés en géographie mais qui aiment quand même fréquemment se reporter à des cartes pour savoir où se situe l'action d'un film, j'ai replacé ces deux cartes à la fin de mon premier post après le listing.


Alors là c'est vraiment une excellente idée (du moins pour les nuls dans mon genre) 8)
Charles Boyer (faisant la cour) à Michèle Morgan dans Maxime.

- Ah, si j'avais trente ans de moins !
- J'aurais cinq ans... Ce serait du joli !


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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Patapin » 2 sept. 10, 20:32

Extra !
Je me demandais où était le Wyoming, maintenant, grâce à toi, je sais que ce n'est pas en Chine ! (Wao-Ming ! :D )

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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar Julien Léonard » 4 sept. 10, 15:54

Excellente idée Jeremy ! Je me demande souvent où se situent les villes indiquées, voire même les déserts et autres passages... A part quelques grandes villes comme Sacramento, je m'y perds souvent.
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Re: Le Western américain : Parcours chronologique

Messagepar someone1600 » 6 sept. 10, 20:38

Excellent idée en effet. :D