Le Western Muet

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Re: Le Western Muet

Messagepar someone1600 » 26 avr. 10, 18:35

ok, ca je n'avais pas vérifié, en fait je n'ai pas encore visionné les dvd, j'avais vu le film a TCM.

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Ann Harding
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Re: Le Western Muet

Messagepar Ann Harding » 27 mai 10, 11:12

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The Bargain (1914, Reginald Barker) avec William S. Hart

Jim Stokes (Wm S. Hart) a attaqué une diligence en faisant croire qu'il avait des complices. Il s'enfuit dans la montagne, mais il est blessé en route par le sheriff. Un prospecteur le retrouve près d'un point d'eau et l'emmène dans sa cabane. La fille de celui-ci s'occupe de Jim et tombe amoureuse de lui...

C'est le tout premier western long métrage de William S. Hart. Cet acteur venu de New York se fond dans le paysage de l'ouest dès ce premier film. Il a été embauché par le producteur Thomas H. Ince qui s'empresse de mettre son nom comme réalisateur au générique. En effet, ce film est un énorme succès et Hart se voit offrir un contrat chez Ince pour faire d'autres westerns. On ne peut qu'être fasciné par la fluidité narrative du film et par son utilisation grandiose des paysages du Grand Canyon. C'est le septième western avec Wm S. Hart que je vois et je suis toujours aussi fascinée par le personnage. Il a réellement une présence magnétique qu'il soit à cheval ou qu'il entre dans un tripot le révolver à la main. Mais, ce qui me frappe c'est la qualité du découpage et des personnages. Le film réussit même à introduire de l'humour. Jim Stokes a été capturé par le shériff et ce dernier récupère l'argent qu'il a volé dans la diligence. Puis, le shériff descend boire un verre au saloon. Après quelques verres de whisky, il décide d'aller tenter sa chance à la roulette. Il perd tout l'argent qu'il avait récuperé (la table est truquée !). Il remonte dans la chambre et annonce à Jim qu'il a tout perdu. Jim éclate de rire et lui propose un marché. Il va récuperer l'argent contre une chance de passer la frontière voisine. Après pas mal de péripéties, il revient dans la chambre avec l'argent en annonçant: "Il y a peut-être un peu trop, mais j'étais pressé ." :uhuh: Pour un film de 1914, la qualité des cadrages est remarquable ainsi que la montée du suspense avec parfois jusqu'à trois actions parallèles. On retrouve chez Hart systématiquement les mêmes éléments: le mauvais garçon qui se réforme après avoir rencontré une femme. Mais, il réussit à varier suffisamment les autres éléments narratifs pour rendre ses films totalement passionnants.
Dernière édition par Ann Harding le 26 févr. 11, 17:05, édité 2 fois.

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Re: Le Western Muet

Messagepar Ann Harding » 13 juin 10, 17:13

Le site de la National Film Preservation Foundation a mis en ligne un certain nombre de films qui sont dans les boîtes Treasures from the American Film Archive. Je vous recommande de voir Hell's Hinges (Le vengeur, 1916) de et avec Wm. S. hart. Ce chef d'oeuvre du western a servie de modèle à Clint Eastwood. A voir absolument!
http://www.filmpreservation.org/preserved-films/screening-room/hell-s-hinges-1916

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Tancrède
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Re: Le Western Muet

Messagepar Tancrède » 13 juin 10, 17:31

Ann Harding a écrit :Le site de la National Film Preservation Foundation a mis en ligne un certain nombre de films qui sont dans les boîtes Treasures from the American Film Archive. Je vous recommande de voir Hell's Hinges (Le vengeur, 1916) de et avec Wm. S. hart. Ce chef d'oeuvre du western a servie de modèle à Clint Eastwood. A voir absolument!
http://www.filmpreservation.org/preserved-films/screening-room/hell-s-hinges-1916

merci ann

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Re: Le Western Muet

Messagepar Tancrède » 13 juin 10, 21:01

Ann Harding a écrit :Le site de la National Film Preservation Foundation a mis en ligne un certain nombre de films qui sont dans les boîtes Treasures from the American Film Archive. Je vous recommande de voir Hell's Hinges (Le vengeur, 1916) de et avec Wm. S. hart. Ce chef d'oeuvre du western a servie de modèle à Clint Eastwood. A voir absolument!
http://www.filmpreservation.org/preserved-films/screening-room/hell-s-hinges-1916

daprès les crédits, William S. Hart n'est pas crédité en tant que réalisateur mais un autre l'est à sa place. Qu'en est-il Ann?

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Re: Le Western Muet

Messagepar Ann Harding » 14 juin 10, 10:22

Sur la plupart de ses westerns, Hart était devant et derrière la caméra, même si quelqu'un d'autre était crédité au générique. Quant au producteur T.H. Ince, il s'ocroyait parfois aussi indûment le crédit de la réalisation. Pour Hell's Hinges, on indique généralement Charles Swickard comme co-réalisateur. Pour avoir vu sept films de Hart, ils ont une unité stylistique qui me fait penser que Hart était certainement celui qui dirigeait le film.

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Re: Le Western Muet

Messagepar Tancrède » 14 juin 10, 10:55

Ann Harding a écrit :Sur la plupart de ses westerns, Hart était devant et derrière la caméra, même si quelqu'un d'autre était crédité au générique. Quant au producteur T.H. Ince, il s'ocroyait parfois aussi indûment le crédit de la réalisation. Pour Hell's Hinges, on indique généralement Charles Swickard comme co-réalisateur. Pour avoir vu sept films de Hart, ils ont une unité stylistique qui me fait penser que Hart était certainement celui qui dirigeait le film.
très bien merci.

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Re: Le Western Muet

Messagepar hansolo » 14 juin 10, 11:06

Posté sur le topic du "Parcours chronologique", il a peut être mieux sa place ici:
Le Vol du grand rapide (The Great Train Robbery) - Edwin S. Porter, 1903.

viewtopic.php?f=2&t=31100&start=225#p1954720
- What do you do if the envelope is too big for the slot?
- Well, if you fold 'em, they fire you. I usually throw 'em out.

Le grand saut - Joel & Ethan Coen (1994)

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Re: Le Western Muet

Messagepar allen john » 16 août 10, 07:04

NO MAN'S LAW (Fred Jackman, 1927)

“Rex, king of the wild horses” était pour Hal Roach une vedette comparable à Rin-tin-tin, le chien qui a maintenu la Warner à flot avant qu’ils ne s’imposent avec la révolution du cinéma sonore… en un peu moins canin, et un poil plus chevalin. Il est donc la star en titre de ce western du au studio plus connu pour la qualité de ses comédies que pour ses westerns et films d’aventures de série B. Mais soyons honnêtes : s’il n’y a que quatre autres acteurs (ainsi qu’une jument et un serpent) dans ce petit film, on retiendra la présence de… Oliver Hardy et James Finlayson. Ce sont bien eux, l’un rappelant sous un maquillage un brin excessif son talent pour incarner les méchants particulièrement vicieux, et l’autre interprétant derrière sa grosse moustache un ahuri qui sert surtout à alléger le ton d’un film âpre et assez brutal…

L’intrigue se situe dans les abords de la vallée de la mort, en Californie, ou deux bandits qui sont amenés à cohabiter (non sans discorde) vont se retrouver près d’une mine d’or : celle de Jake Belcher, un vieux prospecteur un peu minable, qui a recueilli quelques années auparavant une petite fille, maintenant adulte. Les deux bandits vont repérer un filon qui a échappé à son propriétaire, et se disputer la mine d’or, mais aussi la fille. Quant à elle, elle va manifester une tendance certaine au réveil de ses sens en côtoyant l’un des deux bandits…

Et c’est bien ce qui fait l’intérêt du film : 16 ans avant la gauche et ridicule tentative de Howard Hugues avec The outlaw, No man’s law est un western qui tourne principalement autour de la sensualité. A l’exception de jake Belcher, interprété par James Finlayson et sa grosse moustache, et censé amener les gags, c’est principalement de désir qu’il est question, dans le drame humain un brin violent qui se joue autour de la mine d’or, dont l’étalon Rex se veut un témoin partial avant d’être un juge. Après avoir vu la mine et son contenu, Nye (Hardy) et Spider O’Day vont voir Toby, la jeune femme, qui se baigne dans un point d’eau, et vont quelque peu oublier la mine. Les diverses aventures qui suivent tournent plus autour de la rivalité pour la possession de la jeune femme que pour la possession de l’or, et bien sur le comportement des deux homes va être différent : à la brutalité de Nye, O’Day oppose une certaine décence et une humanité qui va faire que la jeune femme tranchera sans trop de problèmes. D’autant que les deux hommes se différencient non seulement par leurs manières à son égard (O’Day essaie de séduire en se rasant, et est plus délicat, mais Nye recourt à la tentative Griffithienne de viol), mais aussi par leur traitement du père adoptif : Nye le met dans une brouette pour le jeter dans le trou d’eau!

Barbara Kent, qu’on connait au moins comme la jeune sœur de Lars Hanson dans Flesh and the devil (Clarence Brown, 1927) et la jeune héroïne dans Lonesome (Paul Fejos, 1928), interprète d’une façon clairement sensuelle la jeune femme, et ce dès le départ, lorsqu’elle se réveille dans la cabane, vêtue de ce qui est manifestement une chemise d’homme bien trop grande, et bien sur durant la deuxième bobine, qu’elle passe surtout dans l’eau, nue. Cette attirance sexuelle exercée par la jeune femme, principal moteur du drame est inattendue non seulement pour un western, à plus forte raison pour une production Roach. Mais Toby est en fait l’objet de cette lutte cosmique entre le bien et le mal, sous l’œil de Rex. Le cheval intervient deux ou trois fois au début du film dans le but de manifester son hostilité à Nye, mais reste surtout le sauveur des justes, épargnant Toby et O’Day dans le conflit, mais causant, et l’écrire me fait froid dans le dos, la mort d’Oliver Hardy. La scène mérite d’être vue, et est à l’image de la réalisation impeccable du film, due à Fred Jackman, sous la supervision de F. Richard Jones.

http://www.youtube.com/watch?v=1ZIxIDSJ ... re=related
http://www.youtube.com/watch?v=eGceebeB ... re=related

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Re: Le Western Muet

Messagepar Ann Harding » 14 nov. 10, 15:25

Bucking Broadway (1917, John Ford) avec Harry Carey and Molly Malone

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Au Wyoming, Cheyenne Harry (H. carey) un simple cowboy espère épouse Helen (M. Malone). Mais, le jour de ses fiançailles elle s'enfuit avec Thornton, un new-yorkais qui la courtisait...

Ce western de John Ford a été retrouvé aux Archives Françaises du Film-CNC. Il semble légèrement incomplet avec quelques coupes, mais rien de majeur. Le rôle principal est tenu par Harry Carey, un des acteurs préférés de Ford. Il a un physique que l'on peut qualifier d'ordinaire. Le type même du brave type, le cow-boy honnête auquel on peut faire confiance. Si on le compare à la grande star du western des années 10, William S. Hart, Carey paraît assez pâle et manque de charisme. Mais, ce petit western sans prétention se laisse regarder avec plaisir. La narration est sans surprise avec l'opposition entre le brave type de la campagne et le séducteur venu de la ville. Helen fait évidemment le mauvais choix en suivant le suborneur à New York où elle réalise rapidement son erreur. Nous voyons donc ce brave Cheyenne Harry débarquer à New York avec sa selle de cheval devant les employés de l'hôtel ébahis. C'est un autre aspect intéressant du film : il se veut un western contemporain. On y voit des automobiles au milieu des vastes prairies où les cow-boys à cheval gardent les vaches. On a à nouveau cette opposition entre le progrès et la vie 'comme autrefois' au Wyoming. Cette opposition a été utilisée très tôt dans le western comme dans Wild and Wooly (1917, J. Emerson) avec Douglas Fairbanks. Il faut quand même reconnaître que Bucking Broadway n'est qu'un western de série qui ne démarque pas de la production de l'époque. Les films de Wm S. Hart ont une tout autre envergure. Mais, j'ai remarqué une scène qui montrait que Ford était un réalisateur encore en développement. Alors que Cheyenne Harry console le père éploré d'Helen, nous voyons un invité qui pianote sur le piano de la salle abandonnée. Cet insert suggère l'esseulement du père avec habilité. Le film est maintenant disponible en supplément de la nouvelle édition Criterion de Stagecoach. L'image est de bonne qualité.

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Re: Le Western Muet

Messagepar allen john » 27 déc. 10, 18:30

Ann Harding a écrit :The Covered Wagon (1923, La caravane vers l'ouest) de James Cruze
avec James Warren Kerrigan, Lois Wilson, Tully Marshall, Ernest Torrence et Alan Hale


Ca y est, j'ai enfin vu ce film, et tu as raison sur tous les points. C'est bien un film important, et sans lui, pas de Iron horse, pas de Three bad men, pas de Big trail... Même s'il est par certains cotés inférieur (L'intrigue centrale, pâle et sans vie) à tous ces films. La photo de Karl Brown est absolument magnifique, et le montage d'un grand dynamisme. A voir!

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Re: Le Western Muet

Messagepar Ann Harding » 28 févr. 11, 16:11

Encore deux films avec William S. Hart qui sont encore deux beaux jalons de l'histoire du western.

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The Toll Gate (1920) de Lambert Hillyer avec William S. Hart, Anna Q. Nilsson et John Singleton

Black Deering (Wm S. Hart) est à la tête d'une bande de hors-la-loi. Il voudrait cesser ses activités, mais le groupe choisi d'attaquer un dernier train. Son lieutenant Jordan (J. Singleton) les a trahis et Black Deering est arrêté...

Ce western de William S. Hart est encore une superbe réussite. L'intrigue concoctée par Hart lui-même est, au-delà des clichés du genre, superbement menée. Son personnage de Black Deering se révèle suite aux épreuves qui l'attendent. Comme toujours, il offre un personnage complexe aux motivations qui oscillent entre la vengeance et le repentir face à ses fautes passées. Lorsqu'il est capturé par l'armée en attaquant un train, l'officier supérieur le reconnaît comme un homme qui le sauva jadis en venant les prévenir d'une attaque d'indiens. Il décide de le laisser s'échapper. Black Deering essaie, en vain, de trouver un emploi de cow-boy. Retombant dans le vol, il est à nouveau poursuivi par le shérif ainsi qu'une 'posse' dirigée par son ennemi mortel Jordan. L'histoire prend un tour inattendu quand il sauve un enfant de la noyade. Sa mère, une femme abandonnée par son mari, habite seule dans une cabane isolée. Deering, qui se fait passer pour son époux face au shérif, découvre qu'elle est la femme de Jordan. Si tous les films de Hart ont un thème 'moral' (et citent même la bible), ils ne sont pas moralisateurs. Deering va retrouver le chemin du bien bien qu'il soit traversé par des pensées contraires. C'est l'influence de Mary Brown (Anna Q. Nilsson) -et de son jeune enfant- qui vont le remettre dans le droit chemin. Hart travaille avec son équipe habituel : C. Gardner Sullivan rédige les intertitres (toujours savoureux et parfaitement taillés pour lui) et Joseph H. August est derrière la caméra. Le film utilise toujours au mieux les grands espaces. Les cadrages sont impeccables et on est tenu en haleine de bout en bout. Le DVD Image Entertainment offre une copie teintée par moment bien sombre. Mais, comme il n'y a rien de meilleur...

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Tumbleweeds (Le Fils de la Prairie, 1925) de King Baggot et Wm S. Hart avec Wm S. Hart, Barbara Bedford et Lucien Littlefield

Don Carver (W.S. Hart) est un cow-boy itinérant depuis de longues années. L'ouverture du territoire des cherokees aux fermiers marque la fin des grandes plaines pour les bovins. Il décide, lui aussi, de revendiquer un lopin de terre...

Ce western crépusculaire marque le chant du cygne de William S. Hart. Celui qui participa activement aux créations des mythes westerniens tourne là son dernier film. Le sujet choisi ne l'est certainement pas par hasard. C'est le premier grand western sur l'ouverture de la frontière avec la ruée des nouveaux arrivants vers les terres vierges du 'Cherockee Strip' en 1889. Ce thème sera à nouveau utilisé en 1926 par John Ford pour Three Bad Men. Mais, c'est bien Hart le premier qui a eu l'idée d'un tel sujet. Pour donner au film toute l'ampleur voulue, Hart ne lésine pas sur les moyens. Pas moins de trois cents chariots bâchés, plus de 1000 chevaux et presqu'autant d'hommes se rassemblent pour tourner la fameuse scène de l'ouverture de la frontière au son du canon le 22 avril 1889. Le résultat est une séquence formidablement rythmée par un montage rapide qui fait monter la pulsation cardiaque. Si le début du film se caractérise par des séquences à l'humour bon enfant (assez proches d'un Ford), la ruée se prolonge par une suite de plans tournés avec un longue focale qui suit la progession haletante du cheval de Hart parmi les chariots lancés dans la course. Contrairement à ses personnages antérieurs, Hart est ici un bon garçon. C'est un cow-boy qui se sent déjà dépassé par les changements dans le pays. Comme l'acteur Hart, il ne reconnaitra bientôt plus cet ouest sauvage qui va devenir le terrain des cultivateurs. Lorsque le film est ressorti en 1939, William S. Hart enregistra un prologue parlé pour le présenter. Le DVD offre cette séquence qui se révèle poignante. Le ton de Hart est assez emphatique et théâtral; mais, petit à petit, on se laisse prendre à la mélodie de sa voix et on ressent puissamment l'émotion qui étreint l'acteur. Il se penche sur son passé et partage ses souvenirs avec ses mots: "Mes amis, j'ai aimé faire des films. C'est pour moi comme le souffle de la vie. Mais avec ces cascades à cheval que j'aimais tant faire, j'ai reçu de nombreuses blessures. Cela, couplé avec les années qui passent, m'empêche de refaire ce que j'aimais tant. Le vent qui vous coupe le visage, le bruit des sabots d'une posse à la poursuite d'un homme..." William S. Hart reste en tous cas à jamais immortel à l'écran et le western ne serait pas ce qu'il est devenu sans lui. Encore un petit mot sur le titre du film qui est lui aussi si évocateur. Les 'tumbleweeds' sont ces herbes sèches (amarantacées) qui roulent dans les plaines désertiques des westerns. Mais, c'est aussi le surnom des cow-boys itinérants qui sillonnent les plaines. Une bien belle image. L'image finale du film montre d'ailleurs ces mêmes plantes arrêtées par une barrière metallique alors que Hart est devenu, lui aussi, sédentaire. le film est en DVD chez Image Entertainment. La copie teintée est abimée et l'accompagnement au piano de William Perry répétitif. A quand une édition qui fasse enfin honneur à Hart ?

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Re: Le Western Muet

Messagepar Ann Harding » 10 mars 11, 17:09

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The Silent Man (Le Droit d'Asile, 1917) de Wm S. Hart avec William S. Hart, Vola Vale et Robert McKim

'Silent' Budd Marr (Wm S. Hart) est chercheur d'or. Il a trouvé un bon filon dans la montagne et redescent en ville pour faire enregistrer sa concession. Mais, un escroc 'Handsome' Jack Pressley (R. McKim) lui vole celle-ci...

Cette fois-ci William S. Hart est chercheur d'or. Il a décidément exploré tous les personnages de l'Ouest sauvage ! Lui qui est honnête et confiant se fait voler le fruit de son travail par un escroc qui a la haute main sur la ville champignon qui porte le nom évocateur de Bakeoven. Lors d'une partie de poker truquée, il se fait voler tout son or et son argent. La séquence est superbement menée avec Hart qui remarque les signes que fait une entraineuse du saloon à son complice: son image se reflète dans la lampe de cuivre qui pend au plafond. Ayant tout perdu, il devient bandit et attaque la diligence pour recouvrer son or. Ce faisant, il tente de tuer le malfaisant Jack Pressley. Mais, il en est empêché par la jeune épouse innocente de Jack (une jeune et jolie Vola Vale qui fait penser à Lillian Gish). Les rapports entre les deux personnages vont évoluer lorsqu'il lui révèle l'imposture dont elle est victime : Jack est bigame et un voleur. Bill Hart aura bien du mal à prouver sa bonne foi face à un Robert McKim retord et sournois qui va même jusqu'à brûler une église (rappel en mineur de Hell's Hinges de 1916). Comme toujours, la mise en scène est au cordeau et William S. Hart charismatique à souhait.

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Blue Blazes Rawden (L'Homme aux Yeux Clairs, 1918) de Wm S. Hart avec William S. Hart, Maude George, Robert McKim et Gertrude Claire

Blue Blazes Rawden (Wm S. Hart) est bûcheron dans le Grand Nord. Lors d'une virée dans un saloon, il se bat contre 'Ladyfingers' Hildgard (R. McKim) et le tue par accident. Il hérite de son saloon et de sa maîtresse, une indienne (M. George)...

Nous quittons, pour une fois, le monde des cow-boys pour celui des bûcherons. Ce western se déroule presque entièrement dans un saloon après un début dans les forêts de séquoia carliforniennes. Nous avons droit à un duel au revolver dans l'obscurité avec Bill Hart et Robert McKim. Malheureusement, la copie que j'ai vue était réellement très médiocre et délavée, ne rendant absolument pas justice à la photo de Joseph August. Contrairement à bien d'autres films de Hart, l'héroine n'est pas ici la jeune et traitresse Babette (Maude George), mais la vieille maman du défun Hildgard. La vétérante Gertrude Claire est cette vieille dame très digne qui ignore tout du passé de son fils. Bill Hart est tellement ému par cette dame qu'il décide de lui cacher la vérité. Et c'est l'affection quasi-filiale qu'il ressent pour elle qui va le décider à partir loin pour mourir sur la piste solitaire. Par moment, Hart sort de sa réserve et a tendance à surjouer légèrement son mauvais garçon. Mais, malgré tout, le film tient parfaitement la route. Mais, quelle détestable copie....

Les deux films sont disponibles chez Alpha Video qui est le Bach Film américain. :mrgreen: Hélas, la qualité n'est vraiment pas au rendez-vous. Si The Silent Man est un transfert d'après une copie 16 mm à peu près correcte, Blue Blazes Rawden est un affreux contretype surexposé. :cry: William S. Hart mériterait vraiment un coffret réalisé par des professionnels comme Flicker Alley. Ses films sont aussi passionnants que ceux de Fairbanks à la même époque. Espérons qu'un jour mon voeu sera exaucé !

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Re: Le Western Muet

Messagepar Ann Harding » 1 mai 11, 15:52

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The Spoilers (Les Pillards, 1914) de Colin Campbell avec William Farnum, Tom Santschi, Bessie Eyton et Kathlyn Williams

Roy Glenister (W. Farnum) a acheté une concession pour chercher de l'or en Alaska avec son ami Dextry. Mais, Alex McNamara (T. Santschi) la lui vole grace à ses appuis auprès d'un politicien corrompu à Washington...

The Spoilers est un jalon très important dans l'histoire du western et du cinéma américain. C'est en effet un des premiers films de long métrage (approchant les 2h) produit en Amérique. iI a été produit par la Compagnie Selig Polyscope en 1913 (tournage de juillet à septembre). Il ne sortira sur les écrans qu'en avril 1914 à peu près en même temps que The Bargain (1914, R. Barker) et The Squaw Man (1914, C.B. DeMille), deux autres westerns de long métrage. La Compagnie Selig prend là un gros risque financier avec ce long métrage à une époque où les films américains (contrairement à ceux produits en Europe en 1912-13) n'ont pas encore atteint une telle longueur. Au lieu de tourner en décors naturels, le film est entièrement réalisé en studios en Californie. La reconstitution est soignée et on sent qu'un gros budget a été mis à la disposition des décorateurs. Le scénario du film est basé sur un roman de Rex Beach publié en 1906. Cette première adaptation à l'écran de ce best-seller sera suivie de quatre autres versions: Lambert Hyllier en 1923 avec Milton Sills, Edward Carewe en 1930 avec Gary Cooper, Ray Enright en 1942 avec John Wayne et Jesse Hibbs en 1955 avec Jeff Chandler. Pour le rôle principal du prospecteur Roy Glenister, William Selig engage un acteur de théâtre, William Farnum qui vient de se faire un nom en jouant Ben-Hur sur les planches. Il est amusant de constater que presque au même moment William S. Hart, qui a lui aussi joué dans la version théâtrale de Ben-Hur le rôle de Messala, va faire ses débuts triomphants dans le western avec The Bargain. La comparaison n'est certainement pas en faveur de William Farnum qui est loin d'avoir le charisme de l'autre William. Il parait assez emprunté, voire un peu théâtral par moment. The Spoilers commence par une série de 'tableaux vivants' nous présentant les personnages et les acteurs du film. The Bargain reprend d'ailleurs le même procédé. Le film se déroule sur fond de ruée vers l'or en Alaska, avec ses villes champignons, ses gredins et ses héros. Les situations du film réapparaitront pendant plusieurs décennies dans une multitude de westerns. Il ne faut donc pas oublier que en 1913, ces situations n'étaient pas encore des clichés. Du point de vue narratif, le film semble avancer par saccades. Colin Campbell est loin d'avoir la fluidité narrative d'un Griffith ou d'un Reginald Barker qui font montre à l'époque d'une toute autre technique. Un autre point noir du film sont les intertitres. Ceux-ci nous annoncent une situation quelques minutes avant qu'elle ne survienne, coupant tout suspense et toute surprise. De plus, on nous indique le nom du personnage avec les dialogues. Il semble que le producteur et le réalisateur n'avaient guère confiance en l'imagination et l'intelligence des spectateurs. D'ailleurs, ces intertitres sont très confus et il m'a fallu une bonne dizaine de minutes pour parfaitement intégrer l'intrigue du film. Une fois le film lancé, on suit avec intérêt les aventures de Roy Glenister. Il est spolié de sa mine d'or par une bande d'escrocs, mais il va tout faire pour la récupérer. Il est de plus amoureux de Helen Chester (B. Eyton) qui ignore tout des agissements douteux de son oncle. On oppose à cette belle ingénue, la fille de saloon, Cherry Malotte interprétée par Kathlyn Williams. Le jeu des acteurs dans l'ensemble est naturel et détendu. On remarque Tom Santschi, qui sera plus tard à l'affiche de Three Bad Men (1926, J. Ford) qui joue un méchant tranquille et sournois, machouillant négligemment son cigare. Le film comporte plusieurs scènes spectaculaires qui feront les beaux jours des grosses productions à venir. On fait exploser une mine et le film se clot par une bagarre à poings nus entre le méchant et le héros. Il est fort dommage que les cadrages de Campbell accentue une certaine claustrophobie des plans. Nous sommes certes en studios, mais, l'absence de grands plans larges n'arrange rien. La grammaire filmique de Campbell est encore primaire. Il suit chronologiquement le récit, mais, il ne sait pas articuler son récit dans le temps et l'espace. On observe une succession de scènes qui ne s'emboîtent pas parfaitement alors que dans The Bargain, par exemple, on est déjà face à un western parfaitement construit. On a l'impression d'un serial qui aurait été monté à la hâte. Le cinéma américain de 1913 n'avait encore atteint le niveau artistique des meilleurs films européens (français, danois, suédois et russes). Mais, il va faire un pas de géant avec The Birth of a Nation dès 1915. Il semble y avoir un monde entre ce film de Campbell et le film révolutionnaire de Griffith. Il ne s'est écoulé pourtant qu'un an entre ces deux productions. Malgré ces défauts, il faut reconnaître que The Spoilers a des qualités. La reconstitution soignée de l'Alaska (sans neige) est très réussie et les acteurs se fondent parfaitement dans le décor et leurs personnages. On n'a pas chercher à embellir le décor, comme on le fera plus tard. Les acteurs paient de leur personne, sans l'aide d'une doublure. Bessie Eyton se jette à l'eau toute habillée depuis un bateau. Et, Farnum et Santschi se battent à mains nues sans trucages. Dans l'ensemble, un film pas totalement achevé stylistiquement mais qu'il faut voir pour mesurer l'évolution rapide du cinéma américain en 1914.
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Re: Le Western Muet

Messagepar Ann Harding » 16 oct. 11, 17:03

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Je commence tout juste l'exploration du nouveau coffret Treasures V: The West (1898-1938) avec ce western de 1914 qui se révèle absolument passionnant. 8)

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Salomy Jane (1914, George E. Middleton & William Nigh) avec Beatriz Michelena, House Peters, Matt Snyder et William Nigh

En 1849, durant la ruée vers l'or en Californie, Salomy Jane Clay (B. Michelena) et son père Maddison Clay (M. Snyder) arrive dans une ville champignon, Hangtown. Le vieux Clay est poursuivi la haine tenace d'un ennemi de sa famille. De son côté, la belle Salomy est convoitée par trois soupirants...

En cette année 1914, le western long-métrage est devenu commun sur les écrans américains avec The Bargain (1914, R. Barker) et The Spoilers (1914, C. Campbell). Contrairement aux deux précédemment films cités, ce Salomy Jane a été produit par une petite compagnie de production nommée la California Motion Picture Corp. qui est implantée à San Francisco. C'est donc dans la région de San Francisco, dans la forêt de séquoias géants, que le film est tourné. Ce film remet en question la dominance des grands studios sur la production de l'époque. En effet, ce Salomy Jane n'a vraiment pas à rougir face aux productions de T.H. Ince. Il réussit à combiner une beauté visuelle et une complexité des intrigues que l'on aurait pas soupçonné pour une telle production. Le scénario est une adaptation d'un roman de Bret Harte, un romancier américain fréquemment adapté au cinéma pour sa description du Far-West de The Half-Breed (1916, A. Dwan) avec Douglas Fairbanks à Tennessee's Partner (1955, A. Dwan) avec John Payne. L'héroïne, Salomy Jane, est interprétée par une star du théâtre d'origine vénézuelienne, Beatriz Michelena. C'est son premier film, mais son nom est en vedette sur tous les cartons. A côté d'elle, on retrouve le Britannique House Peters, une des stars du cinéma des années 10. La structure narrative du film est déjà incroyablement complexe pour un film de 1914. Nous sommes dans une de ces villes champignon où les posses partent à la recherche des bandits avant de les pendre haut et court, sans autre forme de procès. Un bon à rien de Hangtown (un nom tout à fait approprié !) attaque la diligence. Une posse par à ses trousses ainsi qu'à celles de son complice. Pendant ce temps, un vieux bonhomme tente d'assassiner le père de Salomy suite à une rivalité ancestrale. Là-dessus se greffent les rivalités entre les hommes de la ville qui convoitent tous la belle Salomy. Celle-ci est une créature qui n'a pas froid aux yeux et refuse chacun de ses soupirants qu'elle trouve trop fades. Mais, lorsque l'un deux (Baldwin) tente d'abuser d'elle, elle demande à Rufe Waters (W. Nigh) de le tuer. Sur ces entrefaites, arrive un homme (House Peters) qui recherche le dénommé Baldwin, qui a abusé de sa soeur. C'est cet homme étranger qui va le tuer. Le film exploite d'une manière spectaculaire les extérieurs californiens qui vont de la forêt de séquoias jusqu'aux bords escarpés d'un fleuve qui sont l'occasion de cascades spectaculaires. Le film se termine par une poursuite haletante sur les eaux du fleuve. L'héroïne et le héros sont sur une barque alors que les chevaux de la posse fonce vers eux dans le lit du fleuve. La composition des images montre un sens artistique évident. Apparemment, le grand Hal Mohr, le futur cameraman de The Wedding March (1928, E. von Stroheim) a travaillé sur le film. Il faut aussi donner un grand coup de chapeau au musicien Stephen Horne qui accompagne d'une manière exemplaire ce film. Utilisant le piano et la flute, il sait exactement doser le rythme et l'atmosphère de chaque scène. En plus d'être un pianiste de grand talent avec une large palette de couleurs, il apporte au film un élan et un romantisme tout à fait irrésistible. Formidable ! :D


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