Lolita (Stanley Kubrick - 1962)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980...

Modérateurs : Karras, Rockatansky, cinephage

Avatar de l’utilisateur
O'Malley
Cadreur
Messages : 4096
Inscription : 20 mai 03, 16:41

Re: Lolita (Stanley Kubrick - 1962)

Messagepar O'Malley » 23 juin 16, 23:45

Max Schreck a écrit :En excluant Fear and desire, c'était donc le dernier des long-métrages officiels de Kubrick qu'il me restait à voir. Lolita fait sans doute partie de ces films qu'on pense avoir déjà vus avant de les voir. Parce qu'on en connait le sujet, on croit en deviner le contenu.

Premier point positif : le film a réussi à me surprendre. N'ayant pas lu le bouquin, je ne m'attendais en effet pas à ce qu'il offre un tel point de vue satirique sur le protagoniste et cet environnement provincial. C'en est même parfois condescendant. Au fil de son parcours, Humbert Humbert se révèle en effet comme une figure essentiellement pathétique. En tant que spectateur, on le met très vite à nu, son hypocrisie est flagrante de même que son aveuglement, et le fait qu'il va se faire avoir par sa nymphette est tout aussi évident. Dans ce rôle franchement peu gratifiant, Mason est d'une subtilité exemplaire, il est littéralement le cœur du film. Mais j'ai aussi été particulièrement été impressionné par l'interprétation de Shelley Winters qui n'est jamais dans l'outrance, tout en jouant un personnage caricatural, devenant du coup touchante parce que crédible.

Ma réserve vis-à-vis du film, et de l'histoire proposée, c'est que Kubrick échoue pas mal à me la rendre passionnante. Et c'est du en grande partie à sa construction. Je ne pensais pas pouvoir un jour écrire ça au sujet de ce réalisateur-démiurge, mais son Lolita m'est apparu souvent décousu, loin d'être comme ses autres films qui fonctionnent comme des œuvres-mondes, sans gras, où tout est à sa place. Ici les scènes s'enchaînent presque sans liant, parfois trop longues, parfois bizarrement trop courtes. C'est bien de jouer de l'ellipse, mais si c'est pour desservir les moments-charnières, ça perd un peu en efficacité et en implication émotionnelle
Spoiler (cliquez pour afficher)
la mort de Winters est ainsi évacuée de façon hallucinante, je m'attendais presque à ce que Mason se réveille ensuite, tant ça me semblait irréel
. Le film semble fait d'une suite de morceaux presque autonomes, morceaux souvent brillants où on assiste à de vraies performances, qui participent évidemment toujours au propos général, mais qui finiraient presque par détourner l'attention. Je pense évidemment aux apparitions de Peter Sellers, en soi géniales, mais qui a chaque fois m'ont surtout donné l'impression que le programme était momentanément interrompu, et qu'on assistait à un sketch à la durée indéterminée (même Mason semble spectateur dans ces moments-là). Autre exemple, lorsque Kubrick s'essaie au burlesque avec la scène du lit pliant. Je vois bien les intentions, mais dans l'économie du film ça me semble vraiment partir sur autre chose, et je sais pas ce que c'est.

En tant que spectateur, je me considère comme un très bon client dès qu'il s'agit de mélanger les genres. Mais c'est manifestement pas là que Kubrick est le meilleur. Et pourtant, Dr Strangelove prouvera qu'il est plus qu'à l'aise pour mettre en scène du comique. Dans Lolita, je n'ai cependant trouvé aucune harmonie. Le pire étant surtout que le fond de l'histoire,
Spoiler (cliquez pour afficher)
tout le complot de Quilty et Lolita, les coïncidences de leurs rencontres
m'a surtout semblé complètement improbable et n'a pas aidé au final à me convaincre (alors que c'est quand même toute l'épine dorsale du film).

Donc le film n'est pas tout à fait celui que je pensais, mais ce qu'il est ne m'aura pas pleinement conquis.


C'est exactement la même impression que j'en ai eu lorsque je l'ai découvert il y a plus de 15 ans.
Mis à part Fear and desire, le seul Kubrick qui ne m'emballe pas trop...Il a de très bons moments mais voilà, j'avais trouvé l'ensemble trop décousu et finalement assez timide dans son traitement (il y a des films de la même époque qui sont finalement bien plus audacieux). Je crois que j'ai été au final plus interpellé par la version d'Adrian Lyne. :oops: