La Soif du mal (Orson Welles - 1958)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Demi-Lune
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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar Demi-Lune » 14 févr. 10, 11:26

O'Malley a écrit :
Demi-Lune a écrit :Je me suis mis le film hier soir, car cela faisait quelques temps que je ne l'avais pas revu. Révision salutaire pour me rappeler à quel point Welles était un génie. Il est vraiment singulier que La Soif du mal soit sorti la même année que Vertigo d'Hitchcock, tant ces deux films me semblent adopter une démarche similaire, consistant en l'adoption des codes éculés du film noir pour livrer une oeuvre très personnelle qui s'inscrit à la fois pleinement dans ce registre, mais en est aussi, en son genre, une sorte d'aboutissement. Là où Hitchcock reprend les figures du détective et de la femme fatale pour mieux les déconstruire et finalement parler d'un amour post-mortem, Welles épouse les clichés du noir (flic droit et intègre, pègre omniprésente, cadre urbain oppressant, etc) mais détourne rapidement son intrigue vers des sentiers inattendus.


Le lien entre La Soif du mal et Hitchcock est encore plus évident au regard de Psychose : la séquence caucuhemardesque du motel avec Janel Leigh annonce l'intrigue de Psychose où l'on retrouve cette même Janet Leigh dans une situation similaire. De même, le personnage de Norman Bates renvoie au personnage de gérant de motel voyeur et taré incarné par Dennis Weaver dans le film de Welles. Hitchcock et Bloch ont sûrement du voir La soif du mal avant de s'attaquer au projet de Psychose (deux années d'écart entre les deux réalisations) tant l'atmosphère poisseuse d'un motel du Grand Sud-Est des Etats-Unis se ressemble étrangement, avec des personnages, voir des rebondissements qui se font écho.



C'est vrai que ce motel paumé dans lequel se retrouve piégée Janet Leigh évoque immanquablement le film de Hitchcock. Troublante coïncidence.
Robert Bloch a apparemment publié Psycho en 1959, il est donc possible qu'il ait vu le film de Welles et s'en soit un peu inspiré, comme Hitchcock.
D'ailleurs, sait-on ce que Hitchcock pensait du travail de Welles ? Etait-ce un cinéaste qu'il estimait ? Parce que Welles a tenu des propos plutôt durs à l'égard de l'oeuvre du Maître du suspense...

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Watkinssien
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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar Watkinssien » 14 févr. 10, 11:57

Demi-Lune a écrit : D'ailleurs, sait-on ce que Hitchcock pensait du travail de Welles ? Etait-ce un cinéaste qu'il estimait ? Parce que Welles a tenu des propos plutôt durs à l'égard de l'oeuvre du Maître du suspense...



Hitchcock était quelqu'un de très jaloux envers ses confrères les plus doués. Il n'a pas voulu rencontrer Spielberg parce que c'était le jeune qui avait fait Duel, par exemple. Welles aimait plus la période britannique du cinéaste, mais Welles était très injuste et parfois très dur envers d'autres cinéastes talentueux.

Du coup, Hitchcock et Welles étaient un petit peu "ennemis", mais Hitchcock a engagé Joseph Cotten dans Shadow of a Doubt parce qu'il avait beaucoup aimé Citizen Kane et The Magnificent Ambersons.

D'après ce que j'ai lu ici et là, dès qu'on parlait de Welles à Hitchcock, soit il se braquait, soit il répondait sur autre chose. M'est avis que Hitchcock reconnaissait beaucoup le talent de Welles, mais qu'il n'aimait pas trop le bonhomme !
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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar Demi-Lune » 14 févr. 10, 12:18

Watkinssien a écrit :Hitchcock était quelqu'un de très jaloux envers ses confrères les plus doués. [...] D'après ce que j'ai lu ici et là, dès qu'on parlait de Welles à Hitchcock, soit il se braquait, soit il répondait sur autre chose. M'est avis que Hitchcock reconnaissait beaucoup le talent de Welles, mais qu'il n'aimait pas trop le bonhomme !

Merci pour ces précisions. :wink:
C'est un peu l'impression que j'avais aussi. Je crois que Hitchcock vivait mal que quelqu'un puisse chasser sur ses terres avec tout autant de maestria (si ce n'est plus) que lui. Quant à Welles, là encore j'adore le cinéaste, mais l'homme, truculent, pouvait quand même être parfois d'une mauvaise foi incroyable, notamment lorsqu'il disait avoir été dégoûté des Sentiers de la gloire de Kubrick, ou quand il soutenait que "Hitchcock est un cinéaste dont les films ne susciteront plus le moindre intérêt dans un siècle" :shock:

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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar Watkinssien » 14 févr. 10, 13:54

Demi-Lune a écrit :
Watkinssien a écrit :Hitchcock était quelqu'un de très jaloux envers ses confrères les plus doués. [...] D'après ce que j'ai lu ici et là, dès qu'on parlait de Welles à Hitchcock, soit il se braquait, soit il répondait sur autre chose. M'est avis que Hitchcock reconnaissait beaucoup le talent de Welles, mais qu'il n'aimait pas trop le bonhomme !

Merci pour ces précisions. :wink:
C'est un peu l'impression que j'avais aussi. Je crois que Hitchcock vivait mal que quelqu'un puisse chasser sur ses terres avec tout autant de maestria (si ce n'est plus) que lui. Quant à Welles, là encore j'adore le cinéaste, mais l'homme, truculent, pouvait quand même être parfois d'une mauvaise foi incroyable, notamment lorsqu'il disait avoir été dégoûté des Sentiers de la gloire de Kubrick, ou quand il soutenait que "Hitchcock est un cinéaste dont les films ne susciteront plus le moindre intérêt dans un siècle" :shock:



Oui, cela faisait partie du personnage Welles. Il dénigrait pas mal de cinéastes et autre artistes et il disait souvent n'importe quoi lorsqu'il était dans le péjoratif. Il a décrié Minnelli (qui lui l'admirait), Bergman (qui lui l'admirait aussi mais ayant découvert les méchancetés de Welles à son égard a retourné sa veste), Nicholas Ray (qui lui idôlatrait Welles également), Ionesco, avec beaucoup de provocation. Sur Kubrick, il aimait bien le cinéaste mais effectivement il trouvait que Les sentiers de la gloire était "indigne" de ce jeune talent. Allez savoir pourquoi.
Par contre quand Welles encensait, c'était passionnant à lire ou à écouter et il était plus que pertinent le bougre.
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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar O'Malley » 14 févr. 10, 18:13

Watkinssien a écrit :Oui, cela faisait partie du personnage Welles. Il dénigrait pas mal de cinéastes et autre artistes et il disait souvent n'importe quoi lorsqu'il était dans le péjoratif. Il a décrié Minnelli (qui lui l'admirait), Bergman (qui lui l'admirait aussi mais ayant découvert les méchancetés de Welles à son égard a retourné sa veste), Nicholas Ray (qui lui idôlatrait Welles également), Ionesco, avec beaucoup de provocation. Sur Kubrick, il aimait bien le cinéaste mais effectivement il trouvait que Les sentiers de la gloire était "indigne" de ce jeune talent. Allez savoir pourquoi.


N'était-ce pas finalement de la rancoeur vis à vis de cinéastes tout aussi doués que lui mais qui arrivaient, eux, à composer avec bcp plus ou moins de bonheur avec le système et à construire leur oeuvre avec une certaine liberté financière mais aussi quelques concessions?

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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar Watkinssien » 14 févr. 10, 19:02

O'Malley a écrit :
Watkinssien a écrit :Oui, cela faisait partie du personnage Welles. Il dénigrait pas mal de cinéastes et autre artistes et il disait souvent n'importe quoi lorsqu'il était dans le péjoratif. Il a décrié Minnelli (qui lui l'admirait), Bergman (qui lui l'admirait aussi mais ayant découvert les méchancetés de Welles à son égard a retourné sa veste), Nicholas Ray (qui lui idôlatrait Welles également), Ionesco, avec beaucoup de provocation. Sur Kubrick, il aimait bien le cinéaste mais effectivement il trouvait que Les sentiers de la gloire était "indigne" de ce jeune talent. Allez savoir pourquoi.


N'était-ce pas finalement de la rancoeur vis à vis de cinéastes tout aussi doués que lui mais qui arrivaient, eux, à composer avec bcp plus ou moins de bonheur avec le système et à construire leur oeuvre avec une certaine liberté financière mais aussi quelques concessions?



Ca n'est pas certain, Welles avait au contraire un profond respect pour les cinéastes qui arrivaient à survivre au système. Disons qu'il était naturellement insolent et provocant.
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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar someone1600 » 15 févr. 10, 21:55

En lisant tout ca j'ai juste envie de revoir la soif du mal... lol. :D

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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar Akrocine » 18 janv. 12, 12:31

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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar monk » 15 juin 12, 17:25

Celui-là, je me le gardais de coté, sur d'apprécier. Trop sur même, je l'ai gardé trop longtemps. Mais c'est un film des grands soirs et ce soir là, c'en était un. En tout c'en est devenu un de fait, car ce soir là, j'ai vu Touch of evil pour le première fois.
Le film est allé au délà de mes espérences et m'a marqué bien plus que ce que j'imaginais. Je savais l'introduction virtuose, mais pas à ce point ! C'est très impresionnant, c'est magnifique. Mais le film n'est pas que son introduction, c'est aussi tout le reste...ce "chaos maitrisé" entre les personnages, cette tension grandissante entre les deux super-flics, au point que l'intrigue première passe bien au delà du second plan. Ce Quinlan extraordinaire, plein de rage et de mélancolie. Un personnage très trise, obsédé, touchant même. Vargas, l'antithèse, mais lui aussi ambigüe dans ce que son travail passe avant sa femme, au point de la mettre en danger, et cette femme justement, magnifique, fragile mais pas que, très forte et sur d'elle au début (excellent face à face avec Grandi !).
La mise en scène est épatante et pourtant je m'y attendais. Ces contre-plongées, ces gros plans...Et cette ambiance à la fois poisseuse entre les rivaux mais festive dans l'environnement. On sent la fête, l'été, mais pour les personnages, c'est l'enfer.
Voilà, grosse claque, au point que je l'ai regardé deux soirs de suite...

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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar Dirk Diggler » 15 juin 12, 18:00

Tu as vu la version courte, la longue, la preview, en 1:37 ou 1:85 ?
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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar monk » 15 juin 12, 18:10

Ha oui, la longue en 1:85, DVD Z1, très belle copie d'ailleurs.
Il a des grosses différences (à part qu'elles sont plus courtes) avec les autres ? Des modifications du fond ?

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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar Dirk Diggler » 15 juin 12, 18:21

Je n'ai vu qu'une seule fois chacune la longue en 1:85 (celle que j'ai vu en premier) et la courte en 1:33, et étrangement, je ne me souviens pas de si grosses différences, parce que les scènes qui m'avaient marquées dans la longue étaient toutes dans la courte.
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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar monk » 15 juin 12, 18:26

Visiblement la longue est la plus proche de la vision de Welles, j'ai donc commencé par celle là, considérant les deux autres plus comme des bonus. Après pour le format, le DVD US ne propose que le 1:85 pour la longue, donc...

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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar someone1600 » 16 juin 12, 15:11

voila c est fait j ai envie de regarder la soif du mal ... lol

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Re: La soif du mal (Orson Welles - 1958)

Messagepar xave44 » 18 mai 14, 11:56

http://www.amazon.com/Touch-Evil-Limited-Edition-UltraViolet/dp/B00I3C1T1Q/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1400405459&sr=8-1&keywords=Touch+of+Evil

Comparatif DVD US Zone 1 / DVD UK Zone 2 / BR UK MoC Region B / BR US Universal Region FREE :

http://www.dvdbeaver.com/film/DVDCompare2/touchofevil.htm

Le BR Universal a le défaut de ne pas proposer aucune version du film dans le format original (1:37) mais c'est a eu près le seul reproche qu'on peut lui faire.
Pour le coup, je crois que je vais devoir repasser à la caisse car la restauration offre sans conteste un très nette amélioration de l'image. :D