Top 20 Shaw Brothers

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar k-chan » 13 févr. 17, 11:16

bruce randylan a écrit :J'ai aussi Shaolin Intruders en stock. :)

Tu as gardé le meilleurs des 3 pour la fin ! :D
Opium est effectivement le moins bon des 3, mais ça reste une très bonne production Shaw Brothers.

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Kevin95
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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar Kevin95 » 27 févr. 17, 22:08

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SHAOLIN PRINCE (Shaolin chuan ren) - Chia Tang (1982) découverte

Romulus et Remus... pardon, Tao Hung et Wu Tzu-tai (merci Imdb) héritiers au trône d'un village pas loin, sont abandonnés dans deux coins différents après que leur père ait été assassiné. L'un est élevé normalement, l'autre est éduqué par trois moines renégats dégénérés (genre les trois Stooges sous acide) et le tout va se retrouver au bout d'une heure de film pour mettre sa tatane au méchant de l'histoire. Rien d'extraordinaire à priori sauf que Chia Tang est chorégraphe/cascadeur de cœur et que le scénario... bah il a laissé sa copie chez lui. Générique, bagarre, blague, bagarre, reblague (vous êtes lourds les trois gus !), bagarre, intermède fantastique (ne me demandez pas pourquoi, parait que les HS-HK sont monnaie courante), bagarre, nœud de l'intrigue (le film patine un peu), bagarre, super bagarre et festival bagarre. Pas vraiment le film le plus mémorable, ni le plus intéressant visuellement de la Shaw Brothers ont l'aura compris, mais l'un des plus rythmés (on est alors en fin de règne du studio qui tente pas tous les moyens de sauver les meubles) et pas avare en idées barjots/fun (le méchant a deux doigts coupe-faim pour arme fatale et le final se joue sur un trône bourré de pièges). A noter que Shaolin Prince met à mal un théorie perso voulant que la Shaw ait trop d'honneur pour sampler des titres extérieurs pour sa bande son, erreur ici puisque qu'un Ennio Morricone est utilisé (je ne me souviens plus lequel, sans doute Queimada) ainsi que la musique de Mad Max. Ça ne veut pas dire que le film est cheap (ça reste du niveau Shaw donc très classe) mais c'est toujours amusant à repérer.
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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar bruce randylan » 16 mars 17, 08:31

Shaolin Intruders (Tang Chia - 1983)

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Après une série de massacre, une série d'indices (un peu trop évident) viennent désigner une parfaite coupable. Deux de ses amis décident de mener leur propre enquête qui les conduisent jusqu'au temple Shaolin.

Shaolin Intruders est le second des 3 films réalisés par Tang Chia (le dernier qu'il me restait à voir) et s'inscrit dans la logique de Shaolin Prince dont on retrouve plusieurs éléments : deux hommes essayant de mettre à jour un complot et devant réussir plusieurs épreuves à l'intérieur d'un temple pour obtenir des informations.
La trame est cette fois encore plus réduite, pour ne pas dire abstraite lors du visionnage. Tout n'est que prétexte à introduire une succession de séquences martiales avec de brefs scènes de dialogues pour faire avancer une intrigue qui parait assez complexe à première vue mais forcément très simple quand on évacue les combats : un traite utilise un leurre pour bousculer la hiérarchie de Shaolin.
Peu importe de toute façon la trame, on est là pour les chorégraphie de Tang Chia qui se surpasse une nouvelle fois. Pour ma part, j'ai trouvé ça encore supérieur à Shaolin Prince : plus aucun intermède humoristique, pas de passage à vide et des affrontements encore plus spectaculaires tout en donnant l'impression que les acteurs sont de vrais artistes martiaux, ce qui n'était pas vraiment le cas.
C'est pratiquement du non-stop tout en étant d'une immense variété. Pour donner un idée, lorsque les héros arrivent pour la première fois à Shaolin, on leur annonce que pour répondre à leur requête, il faut passer trois épreuves. Trois combats évidemment pour une péripétie inutiles qui offre tout de même facilement 15-20 minutes de pure folie. Ca commence par un combat gentillet autour de pilonnes pour la première épreuve avant de virer dans le délire réjouissant pour la seconde, découpée en 3 actes : des moins munies de longs batons qui se transformeront ensuite en triples bâtons avant que les opposants ne s'assemblent en pyramide humaine. Quant à l'ultime test, il se déroule sur des bancs disposés en étoile avant eux aussi d'être disposer en une pyramide à l'équilibre précaire. De la pure folie super inventive, toujours parfaitement découpée pour profiter aux mieux des câbles, doublures et raccords mouvements. Le tout avec une fluidité dans le montage à étudier dans les écoles de cinéma.

La suite ne démérite pas entre armes stylisées (l'arc-sabre, l'épée télescopique ou les lames se greffant aux bracelet du personnage féminin), longs combats virtuoses et chorégraphies utilisant toujours intelligemment les décors ; le tout jusqu'au final assez bourrin qui souffre cela dit de la comparaison avec celui de Shaolin Prince et son trône gadgets imprévisibles.

C'est un tout cas un véritable must et un incontournable pour tout amateurs d'arts-martiaux qui fait inévitablement regretter que son cinéaste n'a pas continué sa carrière après la fermeture des studios Shaw. Il est également incompréhensible qu'aucun éditeur français ne se soit penché sur ses trois films.
Celui-ci est encore heureusement trouvable via les DVDs hong-kongais (zone 3) et américain (zone1), tous deux en VOSTA

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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar k-chan » 17 mars 17, 09:31

bruce randylan a écrit :Shaolin Intruders (Tang Chia - 1983)
(...)
Pour ma part, j'ai trouvé ça encore supérieur à Shaolin Prince
(...)
C'est un tout cas un véritable must et un incontournable pour tout amateurs d'arts-martiaux

Yep ! 8)

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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar bruce randylan » 3 avr. 17, 23:47

Holy flame of the martial world (Tony Liu – 1983)
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Plusieurs intriguants sans scrupules massacrent un couple qui connaît la cachette d'une arme légendaire. Leurs deux bébés sont cependant épargnés mais séparés : l'un est receuilli par un maître bienveillant tandis que le second est élevé par un des meurtriers. 18 ans ont passés et les enfants sont devenus des experts en arts-martiaux. L'heure d'en savoir plus sur leur passé et de retrouver l'arme de leur parent.


Par où commencer ?
En voilà une bonne question. Connaissant sa flatteuse réputation qui l'inscrit dans la lignée de Buddha's palm et Zu, les guerriers de la montagne magique, je m'attendais à un wu xia pian déjanté et psychédélique.
Mais même sachant ça, on ne peut être préparé à ce déferlement hallucinant et halluciné qui redéfinit le terme "Survolté".

Par où commencer alors ? Et bien par des superlatifs tabernacle ! :D
Holy Flame of the martial world est donc peut-être bien le film d'art-martiaux le plus fou, le plus inventif, le plus rythmé, le plus invraisemblable et le sans doute le plus savoureux car ce délire absolu ne se prend jamais au sérieux et se muni d'un solide sens de l'auto-parodie avec une ambiance pratiquement cartoonesque qui évite de tomber dans la pure hystérie.
Les acteurs appuient donc la candeur de leur personnage, plusieurs gags sont parfaitement absurdes avec des situations ou des techniques impayables tel le puissant rire qui fait trembler ses adversaires ou le combat démentiel contre une série d'idéogrammes ! Je ne parle même pas de certains intermèdes musicaux qu'on croirait sorti d'une gameboy pour un fou-rire irrépressible.
Du coup, l'ambiance est plutôt à la rigolade décontractée malgré une atmosphère qui aurait pu être bien plus violente et dramatique. Le scénario ne laisse en tout cas pas de temps mort et tous les événements s'enchaînent à une vitesse folle. On a l'impression de voir un roman de 3000 pages condensées en 1h30. Le scénario ne repose que sur un argument assez simpliste, et on remercie encore une fois le partie pris second degré de sa narration. Les personnages sont pour ainsi dire inexistant et certains ne servent par exemple à rien comme le "Snake boy" qui permet uniquement de justifier qu'un personnage féminin gagne des pouvoirs magiques ou que la sœur apprenne la vérité sur la mort de ses parents.
Cela dit, avec sa direction d'acteurs décalé, bon enfant et naïf, les comédiens sont extrêmement attachants et charismatiques. Et bon, je vais pas mentir, l'ensemble du casting féminin est quand même ravissant et irrésistible. De plus, ça fait plaisir de voir un Wu Xia Pian de cette période où les rôles féminins reviennent vraiment sur le devant de la scène et sont tout autant importantes et puissantes que leur homologues masculins.

Et pour être puissant, les affrontements sont déchaînés ! On voit bien que ce qui motive Tony Liu avant tout c'est de s'éclater sur ses chorégraphie et de pousser toujours plus loin les techniques de combats câblés.
Disons-le sans ambages, Holy flame of the martial world est tout bonnement ahurissant sur ce point. Même après avoir vu les autres références du genre, Tony Liu livre un film virevoltant dans tous les sens du terme... et dans tous les sens tout courts. Les personnages ne se content pas de seulement voler d'un bout à l'autre de l'écran, ils exécutent des pirouettes, des rotations, des tourniquets sans cesse avec une vitesse prodigieuse. Le pire c'est que ça n'a pas l'air encore trop accéléré dans l'ensemble.
L'occasion de dire aussi j'étais aussi totalement admiratif de la maîtrise et l'énergie de la mise en scène. Concevoir, chorégraphier, découper, mettre en place les techniques et les câblages ont dû représenter un travail de titan. De plus le montage est incroyablement nerveux sans être illisible. C'est d'autant plus un tour de force que la variété des combats est étourdissant : combat à l'épées, mains nus, pouvoir magiques, fantômes démoniaques (dessinés directement sur la pellicule !), contre des idéogrammes (il faut le voir pour le croire)... sans oublier le rire surpuissant...
Dans l'ensemble, c'est un mélange de tout ça. Le film est donc pratiquement du pur non stop et on sort de la séance lessivé, rincé mais dans un sentiment d'euphorie béat. On était beaucoup d'ailleurs à sortir avec pratiquement avec des crampes à la mâchoire à force d'avoir un large sourire, renforcé par plusieurs éclats de rire face au délire ambiant.
Enfin peut-être pas tout le monde. Je crois que Kevin95 est toujours bloqué dans la salle avec les yeux révulsés, de la bave au lèvre et tâtonnant pour retrouver son cerveau qui traîne sur sur la moquette encore largement imbibé des hectolitres de sueur qu'il a perdu durant le film. Mais je crois qu'il a aimé :mrgreen:

Injustement inédit chez nous, ce fleuron absolu existe en DVD zone 1 dans un chouette master (mais qui ne vaut pas la copie 35mm projetée à la cinémathèque 8) )

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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar Kevin95 » 4 avr. 17, 00:42

bruce randylan a écrit :Holy flame of the martial world (Tony Liu – 1983)

Je crois que Kevin95 est toujours bloqué dans la salle avec les yeux révulsés, de la bave au lèvre et tâtonnant pour retrouver son cerveau qui traîne sur sur la moquette encore largement imbibé des hectolitres de sueur qu'il a perdu durant le film.


Si quelqu'un peut venir me chercher...

bruce randylan a écrit :Mais je crois qu'il a aimé :mrgreen:


Et pas qu'un peu mon neuveu !

Gros bordel de la Shaw Bros en pilotage automatique, Holy Flame of the Martial World se drape du fantastique (alors à la mode), choure à deux trois succès américain (Star Wars, Excalibur, Conan the Barbarian) et fait péter les vannes faute d'une stratégie claire. "On en fait plusieurs films ?" "Non mets tout !", le film déborde de partout, balance son idée dingo tout en en cherchant une autre, accumule les moments hallucinants, tantôt magnifiquement foireux, tantôt sobrement géniaux. Pas le temps réfléchir, le scope sue des décors, des couleurs, des effets spéciaux, des gags chelous ou des combats à toute berzingue. Faudrait passer le film au ralentit pour choper toutes les friandises qu'il cuisine avec amour. La Cinémathèque a joué les grands seigneurs en passant le métrage dans une copie impeccable et en mettant le son à fond (j'en saigne encore des tympans). Pas forcément une perle en costard mais une sacrée pépite bis.
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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar bruce randylan » 4 avr. 17, 09:31

Si tu as aimé, et dans un registre un peu moins psyché/barré, une fois que Tony Liu a terminé l'aventure Shaw Brothers, il a pris le nom de Wong Chun Yeung pour signer pas mal d'excellents Girls with Guns fin 80's et début 90's : Angel Terminators 2, Devil hunters, Dreaming The Reality ou la comédie d'action déjantée The big deal. :)
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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar Kevin95 » 4 avr. 17, 15:20

Notés dans le tome 11 de mes bottins de péloches à mater. :wink:

Merci.
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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar bruce randylan » 17 avr. 17, 00:10

Tu vas
Kevin95 a écrit :Notés dans le tome 11 de mes bottins de péloches à mater. :wink:


Tu vas pouvoir ouvrir un volume 12 ! :D

Ce sur-vitaminé Holy Flame of the martial world m'a donné envie de dépoussiérer mon DVD de Secret Service Of The Imperial Court toujours signé par Tony Liu (en 1984).
Et bien c'est tout autant excellent mais pour des raisons bien différentes !

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La police secrète impériale effectue ses missions avec une dévotion implacable sans jamais remettre en question ses directives. Elle est dirigée de mains de fers par un chef qui n'hésite pas à sacrifier ses éléments les plus faibles mais son fils commence à se demander si tant de dureté déshumanisée est nécessaire. Au même moment un eunuque perfide profite de la frivolité de l'Empereur pour asseoir son influence sur la cour. Il décrète bientôt l'assassinat d'opposants politiques.

Si Holy Flame of the martial world (ou son également excellent Lady Assassin) brillait par son énergie débridée et un scénario prétexte à tous les délires, Secret service of the imperial court prend indéniablement en contre-pied cette démarche avec une rigueur inattendu qui fait assez penser au cinéma japonais (il y a d'ailleurs une référence assez clair à Baby Cart). Le film dégage une intensité dramatique remarquable reposant sur un script certes linéaire mais au final bien construit et d'une grande force avec pas mal de questions morales : le sens de la justice, jusqu'où doit suivre des ordres, quel est le prix d'une vie humaine et combien de vie mérite la notre.

En effet, le héros est rapidement, et injustement, condamné à mort. Refusant de rendre les armes, il va amener la mort parmi ses proches et sa famille, soit en représailles de sa fuite soit en devant les affronter directement. Ainsi, même si l'histoire peut paraître redondante, cette répétition des morts traduit toute la profondeur de cette intrigue et du sentiment de dégoût, de lassitude et d'absurdité pathétique de la situation.
Derrière la caméra, Tony Liu n'en perd pas une miette et livre une réalisation excellente et d'une maîtrise stupéfiante comparée à la folie de Holy Flame . Son découpage est d'une grande précision avec une volonté de refuser la facilité des champs-contre champs. Il y a une grande variété de cadrages qui confère une réelle noblesse à plusieurs scène comme lors de la cérémonie funéraire qui ne reproduit jamais deux fois le plan pour un admirable sens de l'espace.
Le montage n'est pas en reste et des idées simples décuplent l'émotion de certaines séquences. Par exemple lors de la charge du beau-père contre le héros, Tony Liu intègre quelques flash-backs fugaces où son petit-fils court vers lui. Trois-quatre plans qui confèrent au combat une dimension tragique où les personnages sont prisonniers d'un pouvoir tentaculaire et sadique et doivent se battre contre leurs convictions personnelles et contre leur volontés.

Ce qui est dommage à ce niveau là, c'est d'avoir recourt aux accélérés pour les combats. Sans être démentiels, ils sont d'un très bon niveau mais cette rapidité artificielle dessert l'atmosphère du film. Quand ils reviennent à une vitesse plus raisonnable vers la fin, on retrouve une puissance des coups qui semblent plus désespérés, fatalistes ou plus rageurs. Le final à ce titre dégage un sentiment de puissance impressionnant mais on pourrait évoquer aussi l'affrontement beau-père/fils ou le sacrifice du frère.
Le passage un brin clip avec la chanson couvrant un gigantesque massacre lors de la fuite éperdue du héros et de son épouse fonctionne curieusement très bien et aide à faire passer la démesure du combat.

Enfin, ultime bon point : une interprétation sans faille venant d'acteurs totalement habités par leur rôles et parfaitement crédible dans l'émotion.

Un référence absolu du genre que je n'attendais pas dans ce registre si pessimiste, tout en étant divertissant et rythmé idéalement. L'un des derniers chefs d'œuvre de la Shaw Brothers



Dommage que ce titre ne soit jamais sorti en France. Il reste le zone 3 forcément excellent. :wink:
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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar bruce randylan » 11 juin 17, 12:31

Police force (Chang Cheh & Tsai Yang Ming - 1973)

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Pour venger la mort de son meilleur ami, un jeune homme s'engage dans la police et reprendre l'enquête, initialement bâclée. Mais la formation et les échelons à gravir de sa carrière est trop lente pour la fiancée du défunt.

Même en délaissant l'univers historique des wu xia pian/kung-fu, Chang Cheh n'abandonne pas totalement son fond de commerce et agrémente ce film policier de son sadisme et sa violence coutumière... sans oublier nombres de ses figures de styles habituels dont l'amitié viril ou les mises à mort à l'armes blanche au ralenti. Ainsi l'histoire commence par l'assassinat d'Alexander Fu Sheng dans son premier rôle et qui n'aurait pas dépareillé dans un film de sabre avec Wang Yu ou David Chiang. Le jeune premier y est déjà d'un remarquable charisme et très compétent martialement, bien épaulé par Tang Chia et Liu Chia-liang qui s'acclimatent fort bien au kung-fu urbain pour leur chorégraphies.
On peut regretter à ce titre que son comparse Wong Chung ne possède pas la même présence à l'écran, se révélant un héros bien fade. Par contre, le scénario est moins basique qu'on pourrait croire et le film interroge (à son niveau) le tiraillement du protagoniste qui au fur et à mesure de son avancement dans la police cherche à se venger selon la loi et non plus selon une vendetta personnelle. Le personnage féminin est une fois de plus totalement sacrifiée par contre et sa psychologie est pour le moins inexistante.
Ca rapport à la justice donne cependant un peu de profondeur, et même d'intensité dramatique, à la seconde moitié. Dans l'ensemble, et malgré une réalisation qui se repose beaucoup trop sur les zooms, le film est bien rythmé, sans temps mort et avec une bonne progression.
Les combats sont aussi une bonne surprise et réservent de bons moments.

Sa nature contemporaine a fait de Police force un opus rapidement oublié dans la carrière de Chang Cheh. C'est certes moins flamboyant et exacerbé que ses œuvres les plus réputées mais il mérite qu'on lui accorde un petit visionnage à l'occasion (en zone 3 VOSTA)

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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar bruce randylan » 18 juil. 17, 13:51

Empress Dowager (Li Han Hsiang - 1975)

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A la fin du 19ème siècle, le Japon est sur le point d'envahir la Corée sous protectorat chinois (pour simplifier). Le jeune empereur est partisan de déclarer la guerre contrairement à l'Impératrice douairière Cixi qui contrôle officieusement toutes les décisions.

Malgré la présence de Ti Lung, David Chiang ou Ku Feng, ce film n'est absolument pas un opus martial mais un drame historique mettant en scène la figure de Cixi qui aura inspiré des douzaines de fictions (cinématographiques ou télévisuelles) dont l’œuvre séminale est Sorrow of the Forbidden City. Fort heureusement, cette nouvelle adaptation est d'un bien meilleur niveau que le "classique" de Zhu Shilin. S'il faut encore un peu de temps (15-20 minutes) pour rentrer dans l'histoire et comprendre qui complote contre qui, Empress Dowager se suit avec grand intérêt sans pour autant jamais tourner le dos à son concept de "film de palais". On ne sortira ainsi à qu'une seule reprise de la cité interdite et ça sera le temps d'une scène au Palais d'Eté. Ce qui fait la différence est le soin accordé par le cinéaste Li Han Hsiang qui s'était extrêmement documenté sur cette période : les mœurs de la cour, le protocole, le mobilier, la décoration, les costumes etc... S'il n'a pas pu tourner dans la Cité Interdite, il connaissait bien le lieu pour s'y être rendu lors d'un précédent tournage (et que j'ai moi même pu visiter une seconde fois en mai dernier).

Le tournage en studio se sent lors des plans en dehors des palais où l'on devine facilement les décors peints et où le dédale de cours, pavillons et esplanades sont réduits à quelques marches en marbre et un couloir entre deux bâtiments. Le palais d'été est un peu plus bricolé surtout les quelques plans du feux d'artifice (une photo passée en négatif pour faire croire qu'il fait nuit :uhuh: ). Toutefois le résultat est satisfaisant et plutôt crédible grâce à la réalisation très inspirée de Li Han Hsiang qui intègre la logique de son scénario dans son découpage. Pour signifier cette omniprésence de l'espionnage et des complots, il adopte une immense variété de plans qui évoque de multiplication de points de vues possible. Le film a beau se dérouler dans une poignée de pièces, il parvient à éviter tout académisme en ne reproduisant pratiquement jamais le même cadrage, sans pour autant rallonger la durée des plans. De plus le film alterne plans larges et des gros plans dénués de la moindre profondeur de champ, créant rapidement une ambiance claustrophobe et étouffante où l'air semble manquer autour des comédiens. C'est assez brillant et simple, sans être trop démonstratif à l'écran. Il en ressort une réelle intensité dramatique qui ne crée jamais d'ennui ou de lassitude.

Le casting est très surprenant et joue adroitement du contre-emploi avec Ti Lung dans le rôle du jeune empereur encore juvénile et maladroit dans les codes et jeux de pouvoir. David Chiang joue lui un eunuque trop candide qui se fait broyer par le système et les manipulations. Il n'est pas toujours juste mais ça fait plaisir de le voir dans une registre différent. Celà dit, celle qui est au cœur de toutes les attentions est Lisa Yu dans le rôle de Cixi et qui parvient à la nuancer, évitant d'être seulement une "garce" cruelle. Celà dit, j'aurais apprécié que le scénario détaille davantage les raisons de son refus de la guerre ou ce qui motive ces choix politiques (et ceux de ses conseillers) puisqu'ils conduiront en grande partie à la chute de l'Empire Chinois.
Outre un prix d’interprétation, son jeu a vraiment marqué les esprits au point qu'elle repris Cixi dans Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci.

Le film connu un grand succès et une suite l'année suivante avec la même équipe et d'une qualité égale parait-il : The last tempest. Va falloir que je me commande ça.



Empress Dowager est sorti en zone 3 chez Celestial. Malheureusement, il constitua l'un des premiers titres Shaw Brothers à être éditer en DVD. Le master est donc seulement en 4/3, ce qui est vraiment regrettable vu sa facture visuelle. De plus quelques rares plans ont une définition médiocre tandis que d'autres semblent un peu déformer. Sans doute des défauts de pellicule d'époque mais qui devraient pouvoir se corriger avec les moyens actuels.
Dernière édition par bruce randylan le 23 janv. 19, 19:08, édité 1 fois.
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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar bruce randylan » 18 nov. 17, 12:17

The millionaire chase (Inoue Umetsugu - 1969)
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Trois chanteuses de music-hall accumulent les déceptions amoureuses. Alors qu'elles se font la promesse d'épouser chacune un millionnaire, leur manager leur propose une tournée en Asie, l'occasion pour lui de voyager avec sa maîtresse. Dès le premier vol, les 3 amies font de drôles de rencontres.

L'une des plus célèbres comédie musicale de la Shaw Brothers qui s'apprécie toujours avec un réel plaisir pour sa bonne humeur insouciante et sa décontraction qui ne s'embêtent pas avec la vraisemblance.

Il y a tout d'abord le trio de comédiennes rafraichissantes menées par la grande vedette Lily Ho. Chacune interprète un caractère bien différents : il y a la douce rêveuse maladroite, la rebelle impulsive et la nunuche au bon cœur. Comme le film prend le pari du second degré, les différents clichés sont rapidement désamorcés, soutenus par une interprétation légère sans tomber heureusement dans le cabotinage.
Les 3 héroïnes tombent donc chacune sous le charme d'hommes mystérieux et qui dont la vie n'est pas celle qu'ils affichent. Ca donne ainsi le prétexte non seulement pour varier les registres comiques mais aussi varier les genres : l'un des prétendants est ainsi pris dans une histoire de trafic de bijoux tandis qu'un autre semble poursuivi par Interpol.
Du coup, de la simple comédie musicale initiale, on alterne avec la gentille comédie de moeurs, le comique de boulevard, le burlesque tarte à la crème, la comédie romantique, un peu de mélodrame, le vaudeville, le policier, l'espionnage et un peu d'action ! Sans oublier la carte postale puisque le film se déroule à Taïwan, au Japon et en Thaïlande !
Il va sans dire qu'on a pas le temps de s'ennuyer malgré les presque 2 heures au compteur. Les péripéties s'enchaînent rapidement, aidée par la dizaine de protagonistes récurrents. La qualité n'est par contre pas toujours au rendez-vous avec des situations ou des gags parfois convenues ou prévisibles qui n'altèrent pas la dynamique ni le rythme du film qui n'est si inégal au final.
Au voit que le cinéaste est japonais puisqu'on retrouve une ambiance Pop très proche des films de la Nikkatsu dont est originaire Inoue Umetsugu et qui livrera plusieurs classiques pour la Shaw avec pas moins de 17 films en 7 ans (surtout dans la comédie musicale avec par exemple Hong Kong nocturne) !
Ses couleurs sont chatoyantes, les extérieurs bien exploitées, il y a vrai souci du tempo dans les dialogues et la direction d'acteurs et la narration file droit sans perdre de temps. Également scénariste, on devine qu'il s'amuse des clichés du genre (le serveur millionnaire, les aventures exotiques...)

Évidement, le film n'a rien d'un chef d’œuvre et n'y concours pas. Mais pour qui cherche un divertissement bien mené avec des jolies filles, des chansons entraînantes, des rebondissements en pagaille et un charme suranné, The millionaire chase devrait répondre à ses attentes.
Ca m'a donné envie de découvrir d'autres représentants 60's en tout cas.



Par contre, le film est un peu victime de sa réputation : il fut l'un des premiers titres à sortir en DVD chez Celestial à l'époque où l'éditeur exploitait des master en 4/3 letterbox. De toute façon, le dvd est épuisé depuis longtemps (comme beaucoup de comédies musicales 60's en fait :cry: ). Des ré-éditions en HD seraient une excellente initiative mais faut pas trop y croire.
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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar Alphonse Tram » 18 nov. 17, 17:55

bruce randylan a écrit :Par contre, le film est un peu victime de sa réputation : il fut l'un des premiers titres à sortir en DVD chez Celestial à l'époque où l'éditeur exploitait des master en 4/3 letterbox. De toute façon, le dvd est épuisé depuis longtemps (comme beaucoup de comédies musicales 60's en fait :cry: ). Des ré-éditions en HD seraient une excellente initiative mais faut pas trop y croire.

Yep c'est sympa comme tout; et tu as raison de dire qu'on retrouve un coté japonisant des années 60-70 qui n'est pas pour me déplaire. Quand je pense que j'ai été obligé de voir HongKong nocturne en VCD :roll:

On était heureux de voir débouler ces centaines de films en vidéo il y a 15 ans, et depuis plus de rééditions, alors que le catalogue est clairement cadré. Je viens d'aller faire un tour sur le site de l'éditeur :
Celestial Pictures owns worldwide rights, across all media, in perpetuity including the rights for theatrical releases, multi-media distribution, merchandising and ancillary rights to the Shaw Brothers Library.
Souhaits : Alphabétiques - Par éditeurs
- «Il y aura toujours de la souffrance humaine…mais pour moi il est impossible de continuer avec cette richesse et cette pauvreté». - Studs Terkel.

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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar bruce randylan » 2 déc. 17, 12:09

Ouais, c'est triste quand même. A un moment, on pouvait trouver quelques titres édités en Thaïlande dans les mêmes conditions techniques qu'à HK. Mais même là, ca n'a plus l'air d'être disponible. :cry:

J'ai encore une quarantaine de titres en stock où j'ai pioché cette semaine :
The deadly breaking sword (Sun Chung - 1979)

Image

Un épéiste virtuose est réputé pour abattre ses adversaires (qui en valent la peine) en leur laissant planté dans un os un morceau de son sabre qu'il casse donc à chaque occasion.
Il va croiser la route d'un jeune homme turbulent qui, pour honorer, une dette de jeu est contraint de travailler dans un casino.


Une petite déception pour ce titre de Sun chung qui ne parvient pas à reproduire la réussite de La vengeance de l'aigle tourné un an avant et qui réunissait déjà Ti Lung, Alexander Fu Sheng, Ku Feng ; Ni Kuang au scénario et Tony Chia aux chorégraphies.
Le souci majeur provient du scénario qui non seulement ne parvient même pas à exploiter son postulat mais ne raconte en fait absolument rien. On a l'impression d'avoir un scénario parfait pour Chu Yuan (avec cette excellente idée de l'épée qui raccourcie à chaque nouveau mort, rapprochant donc son propriétaire d'une mort certaine comme une malédiction sur ses trop grandes compétences) qu'on aurait passé à la moulinette Kung-fu comedy pour surfer sur l'explosion des Yuen Woo-Ping, Jackie, Sammo & Cie via la popularité d'Alexander Fu Sheng.
Les univers se mélangent très mal sans que les genres se télescopent ou se complètent. Ti Lung est juste un arrogant antipathique tandis qu'Alexander Fu Sheng fatigue par son cabotinage. Ne parlons même pas des incroyables fautes de goût comme le personnage féminin qui voudrait garder Fu Sheng pour elle et qui subira sa colère dans une scène ratée et donc choquante. On dirait que l'équipe n'assume rien et se contente d'aligner bêtement les séquences. Il n'est également strictement rien fait sur l’ambiguïté des rôles de méchants entre la courtisane et le médecin. On a ainsi l'impression que les seconds rôles ne sont que des vagues prétextes comme le frère de cette dernière qui apparait gratuitement pour mieux disparaitre 5 minutes plus tard.
De plus la réalisation de Sun Chung se contente elle-aussi du minimun syndical si n'est un ou deux plans, plus techniques qui surgissent un peu au hasard (un travelling dans la prison)

On tente alors de s'accrocher aux combats. Pas de bol, là aussi, c'est très pauvre et ils s'avèrent mous et peu élaborés. Il faut bien attendre une heure avant d'avoir un échange digne de ce nom : l'affrontement entre Ti Lung et Alexander Fu Sheng. Les dix dernières minutes sauvent un peu les meubles et proposent quelques passes pas mal. Sans éclat ni surprises.

Snif. :cry:



On comprend pourquoi ce titre n'est pas arrivé chez nous.
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Re: Top 20 Shaw Brothers

Messagepar bruce randylan » 22 mars 18, 01:19

Iron bodyguard (Chang Cheh - Pao Hsieh-Li - 1973)

Image

Si vous vous demandez pourquoi il fallait deux cinéaste pour réaliser ce film d'arts-martiaux, c'est facile : Chang Cheh appuyait sur le touche "zoom avant" et Pao Hsieh-Li sur la touche "zoom arrière".
Je pense même qu'il a dû reigner une grosse rivalité entre eux deux et que ça s'est finit par beaucoup d'ampoules. Au détriment du résultat qui n'a rien de brillant.
Début archi-classique de 30 minutes (amitié virile inclue) avant de basculer sur quelques chose de plus politiques reprenant les événements autour de L'Impératrice Douairière Ci Xi et des réformistes ; les héros étant pris dans le tumulte de l'histoire.
Seulement le scénario est si mal construit et la mise en scène est tellement désespérante que j'avais abdiqué au bout de 40 minutes à suivre les dialogues, hypnotisé malgré moi par les zooms. Le genre de films où tu te retrouves à compter sans le vouloir le nombre de plans à la suite dénués de travellings optiques. On dépasse rarement 4.

Et puis les combats sont assez rares et également décevants en général comme le final de 5 bonnes minutes qui se résume au méchant sans la moindre technique de combat qui subit passivement des coups balancés par le héros en mode furie énervé.
Il y a que le long guet-apens lançant le dernier acte qui parvient à établir une vraie intensité dramatique, allié à une mise en scène plus rigoureuse. On retrouve là le style de Chang Cheh avec morts violentes, corps transpercés, foules de figurants bientôt réduit à un amoncellement de cadavres ensanglantés, contre-attaque désespérée, sacrifices héroïques avec une arme blanche enfoncé dans le ventre...

Maigre compensation.

DVD zone 3 celestial sous-titres anglais en letterbox mais à la compression solide : même en aggrandissant l'image, la qualité est encore satisfaisante.
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